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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 28 février 2025 7 minComplaisantPortrait personnel

"Je n'ai pas dormi pendant quasiment huit jours", raconte Mathieu Blanchard, champion d'ultratrail

Au micro : Ali Badou Source d'origine 2 locuteurs

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Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:01OuverteRéponse directe

    Quelques jours après votre exploit, quelle est l'image, quelles grandes sensations gardez-vous de cet exploit ?

  • 1:33OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que ça veut dire se transformer en animal, Mathieu Blanchard ?

  • 3:48OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui est le plus dur, Mathieu Blanchard, juste pour qu'on comprenne ? Est-ce que ce sont les problèmes physiques, respiratoires par exemple, ou est-ce qu'il y a dans la tête les hallucinations dont vous avez parlé ?

Temps de parole

  • Invité politique59 %
  • Présentateur41 %

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0:00
Présentateur

France Inter, Ali Badou, 6-9. Et le premier invité du 6-9 est un sportif de l'extrême, champion d'Ultra Trail, vainqueur de la Yukon Arctique Ultra. C'était le 11 février dernier au Canada et on a le bonheur d'avoir Mathieu Blanchard avec nous. Bonjour. Bonjour M. Badou. Félicitations et merci infiniment de nous parler de votre extrême performance et de votre grande victoire avec nous sur Inter. Je campe le décor, la Yukon Arctique Ultra. C'est tout simplement la course en milieu naturel, probablement la plus dure et la plus froide au monde. Et vous êtes, Mathieu Blanchard, le premier athlète à avoir terminé cette course à pied en 7 jours et 22 heures.

7 heures ça aurait été vraiment un très grand exploit avec des températures qui peuvent atteindre jusqu'à moins 50 degrés. Quelques jours après votre exploit, quelle est l'image, quelles grandes sensations gardez-vous de cet exploit ?

1:10
Invité politique

La première image qui me vient c'est un peu l'instinct animal pour réussir à parcourir plus de 600 km au fin fond du nord du Canada en forêt. Il faut se transformer un petit peu en animal pour survivre à moins 50 degrés tout seul avec sa petite luge dans ce décor infini de neige. Voilà, c'est ce que je retiens.

1:33
Présentateur

Qu'est-ce que ça veut dire se transformer en animal, Mathieu Blanchard ?

1:38
Invité politique

Eh bien ça veut dire réussir à survivre parce que quand on vit dans un petit confort du quotidien, sur des températures clémentes, avec tout ce qu'on peut avoir autour de nous, se retrouver dans de telles températures tout seul pour 8 jours, à devoir se nourrir, résister au froid et même dormir. Dormir dehors, par terre, sur la neige parce que j'avais fait le choix de ne pas prendre de tente dans une optique d'optimisation de poids. Voilà, il faut retrouver un petit peu cet instinct primaire qui est caché au fond de nous, dans notre cerveau et qui nous permet de survivre dans de telles conditions.

2:14
Présentateur

Il faut dire que c'est une course extrême et le mot est vraiment justifié parce qu'on peut mourir très, très facilement et rapidement. On peut connaître, quand on est skieur, des températures de moins 20 degrés sur des pistes de ski. En revanche, quand on descend en dessous, il n'y a plus aucune marge d'erreur.

2:34
Invité politique

Oui, tout à fait. En fait, on a tendance à penser que le froid, c'est le froid, mais tous les 10 degrés, on rentre dans un nouveau monde. Comme si on passait une nouvelle porte, il y a moins 10, c'est quelque chose. Il y a moins 20, c'est quelque chose. Mais en dessous, on est encore dans autre chose. Moins 30 et moins 40. Et en dessous de moins 40, effectivement, moins 40 en température réelle parce qu'on parle souvent aussi de ressentir lorsqu'il y a du vent. Voilà, mais un vrai moins 40, la marge d'erreur est très, très faible. Ça veut dire qu'au moment où on s'arrête, en fait, c'est le mouvement qui fait survivre parce que le mouvement crée de la chaleur.

Au moment où on s'arrête parce qu'il va falloir boire ou manger ou refaire un lacet ou faire un petit geste, les secondes sont comptées parce que le froid nous croque et peut nous amener effectivement vers des hypothermies et peuvent amener au décès aussi. Alors avant ça aussi, on va avoir ce qu'on appelle des engelures. On peut avoir des engelures au niveau des doigts et des orteils qui arrivent très, très vite. En fait, c'est des petits cristaux de glace qui se mettent sous la peau et qui peuvent conduire malheureusement à des amputations. C'est arrivé sur ma course, c'est arrivé dans d'autres expéditions dans le grand froid. Il faut faire très, très attention avec ça.

3:43
Présentateur

Il faut dire qu'il y a moins de 3% des compétiteurs qui terminent la course. Qu'est-ce qui est le plus dur, Mathieu Blanchard, juste pour qu'on comprenne ? Est-ce que ce sont les problèmes physiques, respiratoires par exemple, ce que vous avez ressenti quand vous ne pouviez plus inspirer profondément comme si les poumons étaient bloqués ? Ou est-ce qu'il y a dans la tête les hallucinations dont vous avez parlé quand vous avez vu des vaches bleues, des dromadaires, des arbres qui se transformaient en dromadaires dans le Yukon ?

4:16
Invité politique

Oui, il n'est pas censé y avoir des dromadaires au fin fond du Yukon au moins 40. Non, a priori pas. Ni Casper, l'âge du fantôme. Je dirais que le plus difficile, il y a eu deux choses. Dans la première partie de course, disons dans les 3-4 premiers jours, ça a été vraiment le froid. Apprivoiser ce moins 40, ça a été très difficile. Mais avec le temps, on finit par finalement le comprendre, s'y adapter et bien utiliser notre matériel au bon moment. Se couvrir, se découvrir, ouvrir des zips pour faire entrer de l'air pour ne pas transpirer, ça c'est quelque chose qui a été très très difficile aussi.

Et puis je dois dire que quand je me pose dans mon sac de couchage à 3h du mat' à moins 40, il fait froid. Donc quand on travaille dans son sac de couchage, ça fait vraiment souffrir. Et quand on a peur de s'endormir parce qu'on a peur de faire une hypothermie pendant le sommeil et de mourir, ça c'est très très difficile sur le plan mental. Et ensuite, en fait, ça a vraiment été la déprivation de sommeil parce qu'au final, je n'ai pas dormi pendant quasiment 8 jours. J'ai essayé de me poser entre 2 et 4 heures par jour, enfin par 24 heures parce que les jours ne voulaient plus rien dire, dans mon sac de couchage. Et là, j'avais froid, alors je n'arrivais pas trop à dormir.

Et c'est vrai que le manque de sommeil, la déprivation de sommeil, je dois avouer que c'est une torture énorme. On n'est pas trop fait pour ne pas dormir, nous autres, les humains. Et au bout de plusieurs jours, effectivement, on commence à avoir des hallucinations. Alors, c'est assez marrant de voir des dromadaires et des vaches bleues au milieu d'un milieu polaire. En revanche, ça peut être dangereux parce que... Pardon ?

5:39
Présentateur

C'est drôle quand on en parle avec vous et comme on entend votre enthousiasme ce matin. En revanche, ça ne doit pas être très très drôle à vivre.

5:47
Invité politique

Non, ce n'est pas très drôle et surtout que c'est dangereux parce qu'en fait, à ce moment-là, on perd ce qu'on appelle la lucidité. Et la lucidité nous permet de rester bien alerte avec notre environnement. Et quand on perd la lucidité, c'est là qu'on peut faire des bêtises, c'est là qu'on peut faire des erreurs, c'est là qu'on peut un peu moins ressentir le froid, qu'on peut oublier de mettre une couche, un gant et où on peut se mettre en danger. Donc voilà, le sommeil, la déprivation de sommeil, c'est extrêmement difficile.

6:13
Présentateur

Merci infiniment, en tout cas Mathieu Blanchard, d'avoir répondu à nos questions. Bravo, un très très grand bravo pour votre exploit. Et puis, c'est assez fascinant, il faut absolument aller sur votre Instagram pour voir comment vous reprenez l'entraînement physique, comment vous avez perdu 10 kilos de muscles pendant cette course. Et puis, la différence entre les parcours de l'extrême dans le Sahara, dans les jungles, où le chaud est plus gérable que le grand froid. Merci et très très belle journée Mathieu Blanchard. Merci Monsieur Badoui, à vos auditeurs, au revoir.