Alain Finkielkraut : "La langue française évolue, d'accord, mais on peut juger cette évolution"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:54OuverteRéponse directe
Pourquoi avez-vous Le Coeur Lourd ?
- 1:50OuverteRéponse directe
Vous êtes encore un angoissé, un éternel angoissé à 76 ans ?
- 2:55OuverteRéponse directe
Voyez ce que devient la langue française.
- 4:10RelanceRéponse directe
Est-ce que vous ne cédez pas à un travers qui consiste à faire d'un exemple une généralité ?
- 5:10RelanceRéponse directe
Vous parlez de nuances, mais vous êtes sans nuances sur le monde d'aujourd'hui ?
- 6:43RelanceRéponse directe
Traduction en langage simple : ça ne vous émeut pas particulièrement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:27Alain FinkielkrautFait
« l'explosion de l'antisémitisme depuis le 7 octobre »
- 3:30Alain FinkielkrautFait
« le Conseil d'État vient, contre l'avis du gouvernement, d'autoriser l'écriture inclusive dans les documents officiels »
- 10:02Alain FinkielkrautFait
« l'égalitarisme qui tue l'égalité des chances »
- 10:37Alain FinkielkrautPromesse
« je plaide pour une écologie intégrale. Sauver la terre, la terre, pas la planète »
- 12:19Alain FinkielkrautFait
« si vous inquiétez d'une immigration immétrisée, vous êtes très vite traité de raciste »
- 12:48Alain FinkielkrautFait
« comment les hommes l'aimeraient si leur patrie n'est rien de plus pour eux que pour un étranger »
- 17:42Alain FinkielkrautFait
« j'ai honte »
- 17:55Alain FinkielkrautFait
« on a parlé de génocide à Gaza quelques jours après le 7 octobre alors que même l'armée n'était pas intervenue »
- 18:59Alain FinkielkrautFait
« les étudiants engagés de Sciences Po dans Malsup sont tous des antisémites enragés »
- 20:18Alain FinkielkrautFait
« c'est qui les sionistes ? C'est tous les juifs. 99% des juifs sont attachés à Israël »
Temps de parole
- Présentateur67 %
- Présentateur 214 %
- Invité12 %
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Dans le grand entretien avec Benjamin Duhamel, nous recevons ce matin un philosophe, écrivain, bien connu des auditeurs de Radio France. Pour dialoguer avec lui, n'hésitez pas, appelez-nous au 01 45 24 7000. Bonjour Alain Finkielkraut. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous publiez cette semaine aux éditions Gallimard l'un de vos ouvrages les plus personnels. Ça s'appelle Le Coeur Lourd, c'est une conversation libre avec le journaliste du Figaro, Vincent Trémolet de Villers.
Vous vous livrez sur votre cheminement intellectuel, sur votre rapport à la littérature, à votre identité juive, à la France. Et à cette époque, notre époque, que vous aimez de moins en moins. Je voudrais commencer par ce titre, Alain Finkielkraut, Le Coeur Lourd, c'est la tristesse, l'inquiétude profonde. Pourquoi avez-vous Le Coeur Lourd ?
Alors, c'est une expression que j'utilisais beaucoup quand j'étais enfant, et elle m'est revenue pour qualifier, en effet, mon tourment, et un tourment assez répandu, devant l'époque, devant ce que devient la France, et devant aussi, à la fois, l'explosion de l'antisémitisme depuis le 7 octobre, et la politique révoltante menée par Benjamin Netanyahou et son gouvernement. Cette expression, donc, s'est imposée à moi.
On va revenir sur tous les sujets que vous évoquez. Effectivement, c'est longues pages que vous consacrez à votre lien avec Israël, à votre identité juive. Mais d'abord, sur cette angoisse existentielle, cette intranquillité. Vincent Trémolet de Villers raconte dans son introduction, le fait qu'à chaque fois, quand vous commencez à travailler, vous dites, si c'est pas bon, on jette tout, ou que vous faites carrément des cauchemars, ou vous repassez le bac, vous êtes encore un angoissé, un éternel angoissé à 76 ans, Alain Finkielkraut ?
C'est pas la peine de rappeler mon âge, mais enfin, vous l'avez fait, il est trop tard. Non, non, mais cauchemars, c'est pas ça. Si je repasse le BEPC, parce que le BEPC, je l'ai révisé trois mois. Donc, c'est vrai, c'est vrai. J'ai la peur des examens, la peur des compositions, m'a toujours accompagné. Mais ça, si vous voulez, c'est mon idiosyncratie. L'intranquillité, elle me vient aussi, aujourd'hui, plus objectivement, de ce qui se passe. C'est-à-dire qu'au moment, par exemple, où la France est en train de changer de visage, elle se dépouille rageusement d'elle-même. Voyez la langue. Voyez ce que devient la langue française. Je voudrais vous citer, par exemple, l'actrice Adène Hélène.
Adèle Haenel. Si moi, en tant que femme blanche, je ne fais pas un travail de déconstruction sur comment j'ai été construite, sur comment j'ai été construite, alors je me fais le véhicule du racisme. Ce galimatia idéologique, et cet effondrement de la syntaxe, c'est un peu la France d'aujourd'hui. Autre exemple, en haut lieu, le Conseil d'État, le Conseil d'État, vient, contre l'avis du gouvernement, d'autoriser l'écriture inclusive dans les documents officiels. L'écriture inclusive, c'est le coup de grâce porté à la langue.
L'Académie française l'avait dit, c'est un coup mortel porté, c'est un péril mortel pour la langue, et une humoriste, non pas de France Inter, je ne vais pas me faire d'ennemis aujourd'hui, une humoriste d'ailleurs, avait commenté, le seul péril mortel à l'Académie, c'est la prostate de ses membres.
Voilà où nous en sommes. Alain Finkielkraut, juste pour revenir sur ce que vous dites, sur Adèle Haenel, ou sur l'écriture inclusive, c'est vraiment, on peut tisser, tracer une généralité à partir de ces exemples-là. La langue française, elle vit aussi par ses écrivains, par la francophonie. Est-ce que là encore, vous ne cédez pas à un travers qui consiste à faire d'un exemple une généralité expliquant que la langue française est en train de s'effondrer ? Non, il suffit d'ouvrir les oreilles,
partout, si vous voulez, la syntaxe s'effondre, disais-je, le vocabulaire sera bougri. Voyez ces mots qui sont vraiment des serial killers. Super, sympa, kiffé. Combien de nuances sont remplacées par super et par sympa ? Un jour, j'avais prêté Retour à Florence à quelqu'un, Retour à Florence d'Henri James, et cette personne avait aimé et elle m'avait répondu oui, c'est très sympa. Comment voulez-vous comprendre quelque chose si Henri James est sympa ? Alain Finkielkraut, vous parlez de nuances, mais vous êtes sans nuances sur le monde d'aujourd'hui, sur la France d'aujourd'hui.
Votre fils vous dit j'aimerais que tu t'interroges sur le besoin désormais compulsif que tu as de te jeter sous les roues du camion de l'époque pour prouver que ces freins ne fonctionnent pas. Vous ne pensez pas qu'il a un peu raison ? Cette phrase d'ailleurs, le livre va sortir dans quelques jours, mais les gens qui l'ont lu, c'est cette phrase qui a le plus de succès. Donc je suis très content pour mon fils Thomas, mais bon, c'est vrai, il s'agissait de... Mais là, vous voyez, reprenons le truc, il s'agissait de l'affaire Duhamel, j'avais dit à la télévision, j'avais dit à la télévision, un homme ça s'empêche, s'il ne s'est pas empêché, oui, il est coupable.
Mais simplement, je ne me suis pas mis à la place de l'avocat, je me suis à la place du juge. Le juge demande, ça a commencé à quel âge ? Est-ce qu'il y a eu des violences ? Et ça, c'était encore trop pour une époque qui aime le lynchage. Qui aime le lynchage. Donc voilà, oui, c'est vrai, moi, je fais mienne cette phrase du poète Bertrand Delvaille, je n'ai jamais hué personne. Donc je ne suis jamais du côté des nageurs.
Il y a dans l'introduction de ce livre, cette anecdote formidable qui d'ailleurs se passe dans le studio de France Inter, et c'est comme ça que Vincent Trémolet de Villers ouvre ce livre. Vous êtes invité en 2009, c'est Nicolas Demorand qui présente la matinale, et il s'avère que vous tombez un jour où Michael Jackson est mort. Donc, évidemment, il commence l'entretien, Nicolas Demorand, en vous interrogeant sur ce que suscite chez vous la mort de Michael Jackson, et vous faites cette réponse qui a le mérite de la clarté. J'éprouve un sentiment de désappartenance, répondez-vous. Traduction en langage simple, ça ne vous émeut pas particulièrement. Il y a quoi ?
Une incapacité à communier avec l'époque, avec les émotions qui traversent l'immense majorité des gens
qui vous écoutent ? Pas du tout. Vous savez, j'ai un côté concon aussi. Donc, par exemple, quand le PSG a gagné la Ligue des Champions, 5-0 contre la Terre de Milan, j'étais très heureux. Je ne suis pas descendu dans la rue. Et j'étais très heureux et bêtement heureux parce que le PSG c'est devenu quand même le Qatar Football Club. Ça ne devrait pas me plaire. Donc, je communis. Je communis quand je regarde le Tour de France, etc. Là, la mort de Michael Jackson, c'est vrai, ça aurait été Paul McCartney. Vous savez, j'aurais été venu au studio en pleurant. Donc, voilà, c'est tout.
Mais ce sentiment de désappartenance, il vous caractérise par rapport à l'époque que l'on vit aujourd'hui. Vous avez l'impression d'être défasé.
Il me caractérise aussi pour le meilleur parce que je pense que c'est une preuve de lucidité et peut-être pour le pire parce que je n'ai pas de téléphone portable, je ne me sers pas d'ordinateur. Donc, j'ai un peu l'impression dans l'époque d'être un peu comme d'être comme, vous savez, ce personnage joué par Christian Clem, qui arrive dans le monde moderne, j'accouille. Je suis le j'accouille de l'hypermodernité. Ça ne nous venait pas immédiatement à l'esprit cette comparaison, mais je... Oui, en plus, c'est un film populaire dont je vous parle.
Alors, on va parler politique Alain Finkielkraut puisque vous évoquez votre cheminement, vous qui avez commencé à battre le pavé en mai 68, qui avez trinqué à la victoire de François Mitterrand en 1981. On va vous demander où est-ce que vous en êtes aujourd'hui, mais on a d'abord une question de David au Standard de France Inter. Bonjour et bienvenue, David.
Bonjour.
Allez-y, posez votre question.
Oui, bonjour, M. Finkielkraut. Bonjour, monsieur. Je suis ravi de vous avoir à l'antenne. Je voulais tout d'abord vous remercier pour votre oeuvre. Pour moi, qui n'est pas philosophe, ça a été pour moi une manière de découvrir des auteurs remarquables comme Milan Kundera que je n'aurais pas connu sans vous. et par ailleurs, je suis un homme de gauche et j'aurais voulu avoir votre avis sur l'avenir de la gauche. Vous qui en fuis membre et peut-être encore aujourd'hui vous vous considérez comme un homme de gauche.
Alors, merci. Merci, David. Je précise qu'il y a une phrase dans votre livre qui nous a aussi marqué. et vous dites c'est parce que je suis de gauche que je ne suis plus de gauche. Oui, alors, parce que la gauche, comme l'a d'ailleurs remarqué Jacques Julliard, a trahi tous ses principes fondamentaux l'un après l'autre. La laïcité, d'abord, que la gauche, ou une partie de la gauche traite maintenant, considère comme islamophobe. Pas toute la gauche, Alain Finkielkraut. Une partie importante de la gauche qui, malheureusement, disons, met le reste de la gauche un peu sous tutelle. Et elle a trahi l'école. C'est l'égalitarisme qui tue l'égalité des chances. Elle a trahi la République.
Elle oublie la nation au profit de l'hospitalité inconditionnelle. C'est pour ça que je dis c'est parce que je suis de gauche que je ne suis plus de gauche. Mais, la gauche a-t-elle un avenir ? Je n'en sais rien. Mais pour me qualifier moi-même, je dirais plutôt, à l'instar du philosophe polonais et l'échec Kolakowski que je suis conservateur, libéral, socialiste. Conservateur, j'ai peur pour ce qui existe et je plaide pour une écologie intégrale. Sauver la terre, la terre, pas la planète, la terre. Sauver la nuit, le silence, silence, la langue, l'école, la culture. Voilà. Et pourquoi je ne dis pas je suis de droite puisque vous n'êtes plus de gauche ?
L'écologie intégrale n'est pas forcément de droite. Je dis conservateur, libéral, socialiste, donc conservateur, ce que la droite devrait traître. Valéry a une phrase géniale. Ce qui a ruiné les conservateurs, c'est le mauvais choix des choses à conserver. Et la droite a souvent fait ce mauvais choix. Je suis libéral parce qu'une société où l'initiative individuelle est bridée et la concurrence anéantie, eh bien, elle s'installe dans le ressentiment. Et je suis socialiste parce que si tout, si rien dans le capitalisme ne fait exception au capitalisme, s'il n'y a pas de valeur non négociable, alors la civilisation menace de s'effondrer.
Alain Finkielkraut, pour là encore essayer de vous positionner dans cette époque, toutes les enquêtes d'opinion, tous les sondages montrent que les idées du Rassemblement National n'ont jamais été aussi partagées. Elles progressent. Ceux qui les incarnent là aussi sont bien placés en vue de l'élection présidentielle de 2027. Est-ce que ça vous inquiète la progression du Rassemblement National ?
Ce qui m'inquiète, c'est que toute une partie de la classe politique a fait au Rassemblement National le cadeau du réel. C'est-à-dire que si vous inquiétez d'une immigration immétrisée, vous êtes très vite traité de raciste. Alors que c'est la social-démocratie danoise qui a réglé le problème en rendissant drastiquement l'immigration. si vous parlez de préférence nationale alors là vous êtes carrément fasciste. Alors qu'il n'y a pas de nation sans préférence nationale.
C'est Rousseau qui n'est pas l'ancêtre du fascisme qui disait comment les hommes l'aimeraient si leur patrie n'est rien de plus pour eux que pour un étranger et si elle ne peut leur accorder si elle ne leur accorde que ce qu'elle ne peut refuser à personne. On prendrait en charge l'angoisse vous parlez d'angoisse existentielle l'angoisse existentielle des français qui se demandent ce que leur pays va devenir si elle était prise en charge par les autres partis le rassemblement national serait marginal.
Là si on vous écoute la préférence nationale ça apparaît comme une sorte d'évidence pour vous. Faire une distinction par exemple quand il s'agit d'allocations ou de droits au logement entre des français et des étrangers ça relève à minima pas de l'évidence et d'un choix politique qui est un choix politique marqué qui fait donc une distinction entre les français et les étrangers. Vous parlez de ça comme si au fond ça allait de soi.
Le conseil constitutionnel si vous voulez a interdit aujourd'hui en retournant le principe de fraternité contre la souveraineté populaire a interdit l'aide aux étrangers en situation à la circulation des étrangers en situation irrégulière pourvu que cette aide soit désintéressée. Donc au nom de l'état de droit excusez-moi on criminalise l'état de droit et on voue celui-ci à l'impuissance. C'est cela qui rend les gens furieux et qui pousse certains d'entre eux à choisir le rassemblement national ce que je trouve regrettable Vous pourriez voter pour le rassemblement national ?
Non je le trouve non pas que le rassemblement national soit encore un parti collaborationniste et fasciste son antisémitisme à lui est résiduel pas comme l'antisémitisme d'en face mais c'est un parti dont le programme économique est aberrant et qui tout souverainiste qu'il est s'agenouille devant la Russie de Poutine donc ce n'est pas mon parti ce ne sera jamais mon parti Alain Finkielkraut il y a des passages très intéressants consacrés à votre identité juive à votre rapport à Israël on va parler de la guerre à Gaza dans un instant mais d'abord vos origines vos parents sont des réfugiés juifs polonais votre père est rescapé d'Auschwitz vous n'êtes pas croyant vous professez même l'inexistence de Dieu comme un savoir mais vous insistez sur cette identité juive expliquez-nous ce paradoxe ah oui mon père a été déporté à Auschwitz de France qu'on voit du 18 juin 1942 donc oui je mes parents sont des survivants toute leur toute leur famille est morte pendant la guerre et c'était un peu l'ambiance de la rue Lucien-Sampet dans le 10ème arrondissement où j'habitais c'était une maison hantée les morts étaient présents et être juif pour moi c'est un effort d'être simplement fidèle et en plus vous savez c'est la phrase célèbre on est juif de génération en génération et ça concerne aussi c'est-à-dire très mystérieux les juifs sécularisés après tout on aurait pu dire la sécularisation c'est la fin du peuple juif mais non d'ailleurs Israël a été fondé par des juifs laïcs dans leur très grande majorité donc c'est un peu le mystère de cette continuité c'est pour ça que je dis à un moment donné les juifs sont comme les éléphants ils naissent avec des rides à l'âge déclaré d'un juif il faut toujours ajouter 5000 ans disait Edmond Lefouet Edmond Jabès mais vous ne croyez pas en Dieu non et je vis cette incroyance à tort sans doute comme un savoir je l'avais dit au cardinal Ustiger dans un dialogue que j'avais eu avec lui un homme d'ailleurs absolument extraordinaire j'avais dit le croyant sait qu'il croit l'athée croit qu'il sait moi je crois que je sais je vis l'absence de Dieu peut-être à tort bien sûr comme une certitude l'idée de Dieu l'idée d'un au-delà l'idée d'une vie après la mort ne m'a jamais effleuré la mort c'est le néant et comme vous avez dit mon âge tout à l'heure tout le monde sait que je m'approche il faut qu'on parle de vos liens de votre rapport à Israël vous avez des mots très sévères contre Benyamin Netanyahou et ceux avec qui il gouverne vous dites vous parlez de répugnants fanatiques qui exigent toujours plus de cruauté dans la guerre on parle de la guerre entre Israël et le Hamas qui a succédé au pogrom du 7 octobre et vous dites à propos de cette guerre et de la façon dont elle est menée par Israël vous dites j'ai honte alors soyons clairs le 7 octobre de manière absolument incroyable a désinhibé l'antisémitisme on a parlé de génocide à Gaza quelques jours après le 7 octobre alors que même l'armée n'était pas intervenue donc c'est tout à fait effrayant ce qui se passe il y avait le peuple déicide autrefois maintenant il y a le peuple génocide et les juifs c'est un antisémitisme plein de bonne conscience Bernanos disait l'antisémitisme Hitler a déshonoré l'antisémitisme phrase étrange mais très profonde donc vous récusez le terme de génocide mais c'était faux à propos de ce qui s'est passé à Gaza l'antisémitisme raciste n'existe plus maintenant nous vivons à l'époque de l'antisémitisme antiracisme antiraciste un antisémitisme bouffi de bonne conscience on voit si vous voulez une sorte de vertu se réconcilier avec une haine ancestrale en 68 ça n'était pas la question à la fin que vous dites j'ai honte oui alors mais j'y viens en 68 nous étions tous des juifs allemands aujourd'hui les étudiants engagés de Sciences Po dans Malsup sont tous des antisémites enragés nous vivons à l'époque du pogromisme vertueux mais on ne peut pas en rester là on ne peut pas en rester là on ne peut pas se cacher simplement derrière l'antisémitisme qui sévit depuis cet accord pour ne pas regarder les choses en face pour ne pas regarder par exemple ce que fait Israël en Cisjordanie les chants d'Olivier détruits etc ça c'est terrible et beaucoup de gens peuvent être en colère mais moi c'est mon peuple alors c'est pas simplement de la colère c'est géante deux Israëls se font face et même deux judaïsmes un judaïsme fondé sur les tables de la loi c'est-à-dire la justice et un judaïsme fondé sur la promesse faite à Abraham cette terre est pour toi et ces deux judaïsmes effectivement se font face aujourd'hui et c'est très douloureux pour moi d'avoir à faire mener sans cesse ce double combat vous avez évoqué il y a quelques instants les étudiants
en disant tous des antisémites enragés les étudiants militants oui il y a eu des marques d'antisémitisme indéniables dans l'enseignement supérieur il y a aussi eu une contestation précisément de la politique là que vous que vous contestez Alain Finkielkraut
il y a quelle politique de Netanyahou oui non et ça n'a jamais pris cette forme ça n'a jamais pris cette forme sioniste hors de nos facs c'est qui les sionistes c'est tous les juifs 99% des juifs sont attachés à Israël donc ils sont considérés comme sionistes sionistes nous on nous coupe on nous coupe on nous coupe pas sur la poitrine l'étoile jaune on nous coupe l'étoile de David l'étoile de David l'étoile de David le drapeau israélien on en est là aujourd'hui et d'ailleurs ces étudiants vous les voyez sur l'Iran vous les voyez ils descendent dans l'amphi-science-po ils n'en ont rien à faire no Jews no news voilà où nous en sommes et c'est catastrophique Alain Finklethraut on a le temps pour un appel pour vous qui ne concerne pas le sujet dont on parle mais qui concerne la langue à laquelle vous êtes extrêmement attachée et dont vous supportez mal qu'elle évolue manifestement on a Elodie en ligne bonjour Elodie bienvenue
oui bonjour merci de m'écouter moi effectivement je voulais réagir à vos propos sur la langue française je suis professeure de français j'ai fait des études de langue j'ai étudié le français de son origine au latin jusqu'à l'ancien français et au français d'aujourd'hui et en fait je voudrais rappeler que le français c'est une langue en perpétuelle évolution c'est ce qui fait d'elle une langue vivante et non une langue morte et c'est normal qu'elle évolue c'est normal que le vocabulaire change et c'est des choses qu'il faut accepter il faut vivre avec son monde et c'est beau aussi une langue qui évolue une langue qui grandit et moi quand j'entends mes élèves parler alors c'est sûr que ce n'est pas la langue que je parle forcément moi mais en tout cas c'est une langue nouvelle qui me suscite de l'intérêt et qui va grandir avec ces nouvelles personnes voilà je voudrais remettre du beau dans ces évolutions parce que c'est la vie aussi
merci beaucoup merci beaucoup Elodie je précise qu'on a beaucoup d'appels qui vont dans le même sens alors Alain Finkelcroft il faut savoir laisser évoluer la langue aujourd'hui que la langue française est en plein déclin ce qui m'attriste le plus c'est que les français n'ont pas l'air d'en souffrir et c'est moi rebu des Balkans qui me désole de la voir sombrer et bien je coulerai inconsolable avec elle lisez sur un et comparez avec l'usage actuel de la langue française la langue française évolue d'accord mais qu'est-ce que ça veut dire ça veut dire qu'il n'y a plus de bon usage ça veut dire qu'on ne peut pas juger cette évolution ça veut dire que voilà tout va bien parce que ça change mais
ça veut dire que peut-être il y a 50 ans Alain Finkelkraut on avait le même regard sur les nouveaux mots qui étaient utilisés non ça veut dire
le français si vous voulez la France était une patrie littéraire était une patrie littéraire elle l'est toujours la langue quand on parlait était habitée par la littérature ce n'est plus le cas et on n'a plus le droit de le voir à cause justement de ce processus évolutif qui nous conduit et qui nous condamne à l'extase permanente et bien je ne suis pas d'accord on va se quitter là-dessus merci Alain Finkelkraut mais oui d'avoir été à notre micro grosse matin le moment le moment