Industrie : "La création, l'innovation, le design, c'est ce qui fait la différence du savoir-faire français", estime la présidente de Technilum
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« Je pense que c'est essentiel aujourd'hui. On a pendant trop longtemps vécu en dehors de l'industrie. »
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« Ce n'étaient pas des métiers qui attiraient. L'industrie avait une très mauvaise idée, image. »
- 2:45Invité politiquePromesse
« C'est ce qui fait aujourd'hui la différence du savoir-faire français. »
- 4:07PrésentateurChiffre
« j'ai parlé des aides à l'apprentissage, qui devraient être réduites, pareil pour les exonérations de cotisations. »
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Bonsoir à toutes et à tous, c'est la semaine de l'industrie avec une foule de manifestations partout en France pour faire découvrir les métiers, les filières, le made in France, notamment aux plus jeunes. Mille collégiens, lycéens et étudiants de l'île de France seront accueillis demain au ministère de l'économie et des finances à Bercy dans ce cadre. Bonsoir Agnès Julien. Bonsoir Isabelle Raymond. Vous êtes à la tête de Technilum, entreprise familiale qui conçoit et fabrique du mobilier urbain d'éclairage. Est-ce que c'est important ce genre d'initiative donner le goût de l'industrie aux plus jeunes ? Est-ce que c'est nécessaire ?
Je pense que c'est essentiel aujourd'hui. On a pendant trop longtemps vécu en dehors de l'industrie. Ce n'étaient pas des métiers qui attiraient. L'industrie avait une très mauvaise idée, image. On pensait que c'était Zola et aujourd'hui l'industrie est toute autre chose, surtout en France. Est-ce qu'il faut montrer aussi aux jeunes filles que l'industrie peut être une voie possible ? Alors je pense qu'il n'y a pas de distinguo à faire, que ce soit les hommes, les femmes, tout le monde peut aller vers l'industrie. Effectivement il y a de plus en plus de femmes qui s'y engagent, on le voit dans les écoles d'ingénieurs.
Mais on peut aussi avoir des gens qui viennent dans des postes ouvriers, dans les industries.
Vous le voyez vous qui recrutez, qui êtes patronne d'industrie ? On en voit de plus en plus. Vous avez de plus en plus de CV, de jeunes filles, de jeunes femmes qui viennent vous voir ?
Alors on fait en sorte d'en avoir, on fait aussi en sorte de valoriser celles qui sont déjà chez nous, y compris au travers de réseaux sociaux et autres, de valoriser leur expérience. Et je crois que c'est essentiel puisqu'aujourd'hui il n'y a pas de distinguo à faire. Mais surtout les femmes qui sont dans l'industrie aujourd'hui réussissent plutôt bien. Et donc c'est peut-être aussi à souligner.
Est-ce qu'il faut des rôles modèles féminins, des femmes à la tête d'entreprises industrielles comme vous, vous êtes la seule femme patronne au sein de l'UIMM, le puissant syndicat de la métallurgie ?
Alors non, je ne suis pas la seule femme au sein de l'UIMM. Il y en a heureusement d'autres. Au sein du conseil d'administration ? Mais par contre oui, peut-être un peu plus en régionale. En revanche je suis peut-être la seule au syndicat de l'éclairage, ce qui est peut-être une certitude depuis déjà pas mal de temps au niveau du conseil d'administration. Mais oui, c'est des métiers qui n'ont pas été spécialement à vocation de femme. Moi j'y suis depuis maintenant une trentaine d'années, donc j'ai fait ma place. Mais ça ne m'a jamais gênée d'être au milieu des hommes. Donc je pense que tout le monde peut être à n'importe quel poste aujourd'hui. D'accord.
Alors Technilum, c'est du mobilier urbain made in Béziers. Vous êtes présent dans une vingtaine de pays. C'est donc possible aujourd'hui de fabriquer en France à prix compétitif, Agnès Hulion ?
Alors on fabrique peut-être pas à prix compétitif si on compare à des choses qui sont très exotiques et qui malheureusement peuvent aussi arriver sur le sol national. En revanche, on fabrique un matériel de qualité qui a des atouts. On est surtout dans des critères qui sont la création, l'innovation, le design. C'est ce qui fait aujourd'hui la différence du savoir-faire français. On a toujours parlé de la French Touch. Aujourd'hui, on porte aussi des valeurs qui vont avec la French Fab, on est l'entreprise du patrimoine vivant. Et donc on valorise un vrai savoir-faire. On valorise aussi des choses qui sont différentes de ce qui peut se faire ailleurs.
Même si c'est plus cher, parce que quand on voit les débats budgétaires actuels avec l'industrie qui est mise à contribution, que ce soit avec la baisse des aides à l'apprentissage, que ce soit aussi la diminution prévue des exonérations de cotisations, vous pensez que vous pouvez rester compétitif ?
Je pense qu'il ne faut pas raisonner sur le seul prix d'achat. Il faut aussi raisonner sur la maintenabilité des matériels, la réparabilité. Et aujourd'hui, les produits que nous, on a pu installer, l'entreprise a plus de 50 ans aujourd'hui, il y a 50 ans, ils sont encore dans les villes. On sait les rétrofiter, on sait les faire évoluer. Je pense que c'est un petit peu ça à l'avenir. Si on consomme un peu de manière abusive des produits pas chers, au final, on n'aura peut-être pas, et surtout les collectivités ne vont pas faire non plus de l'embellissement des villes. C'est un tout.
Nous, on propose des choses qui sont aujourd'hui novatrices, mais qui permettent aussi, au-delà du simple fait d'éclairer, d'ajouter des fonctionnalités. Et je pense que c'est l'innovation qui va dans ce sens-là et qui fait en sorte que le matériel français, fabriqué en France, peut s'exporter partout dans le monde aussi.
Et le fait que l'industrie soit mise à contribution dans le budget 2025, qui est en ce moment en débat, donc j'ai parlé des aides à l'apprentissage, qui devraient être réduites, pareil pour les exonérations de cotisations. Comment est-ce que vous le voyez quand on parle d'un gouvernement, enfin un gouvernement qui parle beaucoup d'aide à l'industrie, lutte contre la délocalisation ? Est-ce que vous avez l'impression d'avoir un gouvernement qui est à vos côtés ?
Alors nous, on a fait le choix, je suis obligée de revenir un petit peu en arrière, on a fait le choix il y a déjà quelques années de faire un très lourd investissement immobilier, et donc d'industrialiser encore plus ce que nous faisions en France, qui était déjà un choix un peu audacieux. On l'a fait à la veille du Covid, donc on sort tout juste du Covid. Effectivement, ça n'envoie pas de très bons messages, mais il faut espérer qu'on arrivera à se relever. Bon, c'est évidemment pas la bonne période. Ce n'est pas un bon signal. Ce n'est pas un bon signal. Évidemment, ce n'est pas un bon signal.
Après, moi j'ai une devise qui a toujours été, il ne s'agit pas d'être optimiste ou pessimiste, il faut être déterminé. En revanche, effectivement, ça ne va pas faciliter les choses. Donc, on n'est pas sûr de lancer autant de recrutements sur des contrats d'apprentissage par exemple, et on sera vigilants. Et effectivement, le plus dur, c'est de ne pas savoir ce que va être demain. Et le plus dur, c'est aussi quand on voit des projets qui étaient bien engagés, qui parlent des engagements de certaines collectivités locales.
Alors justement, vous avez vu que le Premier ministre, Michel Barnier, vient de s'exprimer devant les maires qui sont rassemblés en congrès, eux aussi mis à contribution dans le cadre du budget. 5 milliards d'économies sont demandées aux collectivités. Comment ça peut se traduire concrètement dans les commandes ? Pour vous, Agnès Julien, qui y vivait notamment de la commande publique.
Alors effectivement, on fait 30% à l'export, donc 70% en France. Je viens de le dire, c'est un mauvais signal. En revanche, il faut espérer qu'il y aura peut-être d'autres leviers. Un mauvais signal pour la compétitivité, mais pour la commande aussi. Pour la commande publique, effectivement. Même si on ne répond pas en direct aux commandes publiques, on répond par le biais d'installateurs qui eux-mêmes répondent à des commandes publiques. Et effectivement, on ne sait pas de quoi va être fait demain.
Donc, c'est un petit peu ce qui est difficile, surtout quand les choses étaient très engagées, qu'on avait déjà plus ou moins dans nos carnets de commandes ou en tout cas dans des opportunités existantes, des projets référencés qui peuvent être mis à mal avec les nouveaux dispositifs et peut-être le désengagement de certaines collectivités locales. Et vous l'avez vu, ça ?
Vous voyez une sorte d'attentisme ces derniers mois ? On l'entend, effectivement.
À cause de ces sujets ? Depuis quelques temps, on l'entend, on l'a entendu, effectivement, y compris dans les allées du Salon des Mères. Et effectivement, c'est un vrai souci. Et on espère passer au-delà. C'est là où il faut aussi aller peut-être un peu plus à l'international. Mais rien n'est simple. Merci beaucoup Agnès Julien,
PDG de Technilum, PME spécialisée dans l'éclairage urbain. À l'occasion donc de la Semaine de l'Industrie, vous étiez l'invité éco de France Info ce soir.