Mobilisation lycéenne : François Villeroy de Galhau appelle à "être créatif" pour trouver des solutions "sans moyens"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 1:24OuverteRéponse directe
Est-ce que vous entendez une jeunesse sacrifiée par les choix gérontocratiques du pays et donc vous comprenez cette mobilisation dans la rue ?
- 2:23OuverteRéponse directe
Pourquoi à votre avis les seigneurs sont-ils à ce point préférés à la jeunesse ? Est-ce que c'est pour des raisons électorales ?
- 3:21OuverteRéponse directe
Est-ce que votre message sur les retraites, c'est de dire aux retraités, ce matin, à votre tour, il faut se sacrifier si vous ne voulez pas que ça soit la jeunesse qui le soit ?
- 4:47RelanceRéponse directe
Vous parlez justement des dépenses publiques. Quand on entend, par exemple, les revendications des syndicats lycéens et étudiants, ils demandent 10 milliards d'euros tout de suite. Est-ce que vous dites qu'on ne peut pas se le permettre dans l'état actuel des choses ?
- 6:15OuverteRéponse directe
Les lycéens, ils vont vous dire, mais ce n'est pas nous qui avons creusé cette dette. Pourquoi ce serait à nous de la payer aujourd'hui d'une certaine manière en n'étant pas entendu ?
- 7:43OuverteRéponse directe
Alors depuis juin, vous présidez la Fondation des Apprentis d'Auteuil qui accueille et accompagne des décrocheurs, des enfants de la SE, des mineurs non accompagnés. Qu'avez-vous découvert de cette jeunesse-là au fond qu'on ne voit pas depuis les bureaux de la Banque de France ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:43Invité politiqueFait
« si on regarde sur la longue période, ces dernières années, et soyons honnêtes, ces dernières décennies, nous avons fait un certain nombre de choix qui étaient plutôt en faveur des générations avancées dont je suis. »
- 1:54Invité politiqueFait
« nous leur léguons de fait la facture climatique, ça fait partie de leur anxiété, et puis nous leur léguons la facture financière, la dette dont vous parliez, et qui est en train de nous rattraper très rudement. »
- 2:12Invité politiqueFait
« il n'y a plus de moyens budgétaires disponibles, il n'y a pas d'argent supplémentaire dans les caisses. »
- 3:50Invité politiqueChiffre
« la France empruntait à 10 ans, au début de l'année, à 3,5%, à peu près. Vendredi soir, on était à plus de 5%. Donc on a augmenté en 10 mois de 1,5%. »
- 4:20Invité politiqueFait
« nous avons au total beaucoup plus de dépenses publiques que nos voisins. »
- 5:37Invité politiqueChiffre
« chaque année, les intérêts de la dette nous coûtent plus que 10 milliards de plus que l'année précédente. »
- 5:51Invité politiqueChiffre
« un point de coût, c'est 40 milliards de plus. »
- 7:20Invité politiqueChiffre
« quand moi j'avais 20 ans, c'était il y a très très longtemps, on était en 1980, je partais dans la vie avec un sac à dos qui pesait la dette publique 20% du PIB. Aujourd'hui, les lycéens ou les étudiants qui ont 20 ans, ils partent dans la vie avec un sac à dos qui pèse presque 120% du PIB. Six fois plus lourd. »
- 9:42Invité politiqueChiffre
« nos voisins, ils dépensent 270 milliards d'euros de moins. »
- 12:55Invité politiqueFait
« le poids des impôts, ce qu'on appelle les prélèvements obligatoires, y compris les cotisations sociales, est à peu près stable en proportion de notre économie. »
- 19:16Invité politiqueFait
« cette dette, elle est détenue pas par la BCE, mais par la Banque de France, directement, qui appartient à tous les Français. »
- 20:18Invité politiquePromesse
« 2027, c'est un peu notre dernière fenêtre d'action parce que si nous, nous ne solutionnons pas le problème. »
- 20:45Invité politiqueFait
« quand l'ajustement est imposé par l'extérieur, il est beaucoup plus brutal et beaucoup plus injuste. »
Temps de parole
- Invité politique74 %
- Présentateur11 %
- Invité9 %
- ?3 %
≈ 20,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Il a tenu le gouvernail de la Banque de France pendant dix ans, dans une période où la mer était du genre agité. Brexit, gilet jaune, Covid et quoi qu'il en coûte, sans oublier l'Ukraine, Trump, la guerre en Iran et finalement cette crise de l'énergie et des carburants. Autant d'événements qui ont percuté nos vies, pesé lourd sur l'économie et sans doute sur les colères qui s'expriment ces derniers jours du mouvement lycéen à ce nouveau samedi de mobilisation contre la vie chère. Cette jeunesse, cette France, inquiète pour son avenir.
Notre invité l'observe avec attention l'autre œil fixé sur les comptes et cette dette qui flambe, un État qui emprunte très cher et des débats très tendus sur le budget entre parlementaires. Alors faut-il choisir entre l'avenir et le redressement des comptes ? Sacrifier la jeunesse pour les errements du passé ou du présent
?
On va poser ces questions à François Villeroy de Gallo qui est avec nous ce matin. Bonjour. Bonjour Nicolas Thayer. Ancien gouverneur de la Banque de France, désormais président de la Fondation Apprenti d'Auteuil. Vous publiez « Croire en la France » résolument. Ça sort ce mercredi chez Odile Jacob. On attend d'ailleurs les questions, les réflexions de nos auditeurs au standard Inter 0145 24 7000 ou sur l'appli Radio France, la Banque de France, que vous avez quitté sur cette lettre au président de la République. Vous lui disiez, vous dénonciez dans cette lettre les choix gérontocratiques du pays.
Est-ce que vous entendez une jeunesse sacrifiée par là et donc vous comprenez cette mobilisation dans la rue
? Alors
qu'est-ce que j'ai voulu dire en parlant de choix gérontocratiques ? C'est que si on regarde sur la longue période, ces dernières années, et soyons honnêtes, ces dernières décennies,
nous
avons fait un certain nombre de choix
qui
étaient plutôt en faveur des générations avancées dont je suis. Au passage, je suis moi-même un seigneur avec 67 ans, donc j'ai rien contre les seigneurs,
mais
qui jouent contre la jeunesse.
Nous
leur léguons de fait la facture climatique, ça fait partie de leur anxiété, et puis nous leur léguons la facture financière, la dette dont vous parliez, et qui est en train de nous rattraper très rudement.
Parce
qu'une des difficultés pour répondre au mouvement lycéen,
je
crois qu'il
y
a un certain nombre de revendications légitimes, mais c'est qu'il n'y a plus de moyens budgétaires disponibles, il n'y a pas d'argent supplémentaire dans les caisses. Donc il va falloir être créatif sur les solutions. Alors il y a un certain nombre de solutions que j'essaye de mettre en avant dans le livre.
Justement, pourquoi à votre avis les seigneurs sont-ils à ce point préférés à la jeunesse ? Est-ce que c'est pour des raisons électorales ? On sait que les seigneurs votent plus aux élections que les plus jeunes, les 18-25 ans.
Alors je crois que ça peut jouer un rôle, mais je crois qu'il
y
a une raison de base, il faut reconnaître, c'est nos contradictions à nous tous, les citoyens. C'est-à-dire, nous tous, nous aimons bien la dépense publique,
et
bénéficier des services publics, des retraites, de la santé, mais nous n'aimons pas payer l'impôt qui les finance. Et donc la façon de résoudre cette contradiction, au moins à court terme, c'est les déficits.
Ça
fait 45 ans que la France est en déficit chaque année. Et la dette, c'est simplement l'accumulation, le total des déficits année après année. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, ça ne marche plus. C'est-à-dire que les prêteurs internationaux ou nationaux disent, la France a trop de dettes, donc je vous prête de plus en plus cher, et la France est en train d'être étouffée par les intérêts de la dette.
Est-ce que votre message sur les retraites, c'est de dire aux retraités, ce matin, à votre tour, il faut se sacrifier si vous ne voulez pas que ça soit la jeunesse qu'il soit ?
C'est pas le dire seulement aux retraités, je crois simplement qu'il faut que nous rompions avec cette habitude de passer la facture aux générations suivantes.
Donc
si on regarde un peu plus d'où vient ce problème français,
parce
que nous avons aujourd'hui, il ne faut pas sous-estimer l'alerte financière, les choses se sont beaucoup dégradées ces dernières semaines,
il
faut rappeler les chiffres, Nicolas Taillard, la France empruntait à 10 ans, au début de l'année, à 3,5%, à peu près. Vendredi soir, on était à plus de 5%. Donc on a augmenté en 10 mois
de
1,5%. Et aujourd'hui, c'est la France qui emprunte la plus chère parmi tous les pays européens.
On
emprunte même plus chère que l'Italie,
ce
qui est très nouveau, 0,5% de plus. On emprunte
plus chère
que l'Allemagne, 1,7%. Et donc, quand on regarde l'explication de cette exception française, c'est que nous avons au total
beaucoup
plus de dépenses publiques que nos voisins. Nous avons à peu près le même modèle social européen, avec de la protection sociale, des services publics forts. Moi, je crois profondément à ce modèle social européen, mais il nous coûte beaucoup plus cher que nos voisins. Cette mauvaise nouvelle est en même temps un espoir, parce qu'il y
a
un écart d'efficacité. Il faut qu'on aille regarder, politique par politique, y compris sur les retraites, comment est-ce qu'on peut enfin stabiliser les dépenses.
Vous parlez justement des dépenses publiques. Quand on entend, par exemple, les revendications des syndicats lycéens et étudiants, ils demandent 10 milliards d'euros tout de suite. Est-ce que vous dites qu'on ne peut pas se le permettre dans l'état actuel des choses ?
Je crois que c'est une des grandes difficultés pour répondre à la colère sociale actuelle. Celle des lycéens et puis celle sur la vie chère, dont on parlera peut-être aussi, c'est qu'il faut y répondre sans moyens budgétaires disponibles. Je l'ai dit, c'est ça la vérité. Il faut qu'on sorte des illusions. Ça fait des années et des années
qu
'on vend des illusions, malheureusement, à l'opinion. Ça se paye
cher,
d'ailleurs, dans la déception vis-à-vis du politique. Nous ne pouvons plus... La première illusion, c'est l'illusion d'un endettement sans limite. Ça ne peut pas continuer comme ça. Parce que ces intérêts de la dette, ils mangent toutes nos marges de manœuvre. Vous citiez ce chiffre de 10 milliards. Chaque année, les intérêts de la dette nous coûtent plus que 10 milliards de plus que l'année précédente. Donc on perd, avant même d'avoir fait quelques dépenses, on a perdu plus de 10 milliards chaque année à cause de cet étranglement par la dette. Un point
de coût, c'est 40 milliards de
plus. C'est là, pardon, que je reviens sur les pays étrangers.
Il
faut qu'on cherche non plus la quantité de la dépense publique. Parce que ça fait des années qu'on dépense plus que nos voisins pour des résultats qui sont plutôt moins bons. Il y a quelque chose qui ne va pas dans la qualité, l'efficacité de la dépense publique en France.
Au
passage, le grand échec des gouvernements successifs, à mon avis, c'est ça. C'est ce qu'on pourrait appeler la réforme publique.
Parce que les lycéens, ils vont vous dire, mais ce n'est pas nous qui avons creusé cette dette. Pourquoi ce serait à nous de la payer aujourd'hui d'une certaine manière en n'étant pas entendu ? Je crois que ce qui est
extrêmement important pour les lycéens, il faut des mesures de court terme. Ça, c'est au gouvernement de décider. Je crois qu'il y a un certain nombre de demandes des lycéens qui sont plutôt de l'ordre de la qualité de l'amélioration sans dépense supplémentaire. Quand il parle des profs remplaçants qui sont disponibles, peut-être l'amélioration du bâti, est-ce qu'on peut ajuster Parcoursup sans faire toujours de suspension ou de régression ? Mais je crois qu'il y a des pistes pour faire mieux de la qualité. Mais le premier intérêt de la jeunesse, j'insiste beaucoup là-dessus, c'est qu'on arrête de leur transférer la dette.
Creuser encore les déficits, si on faisait 10 milliards de plus de déficits, ça joue contre la jeunesse, ça serait un but contre son camp. Donc on fasse extrêmement attention à ça. Il peut y avoir un soulagement instantané, mais ensuite, ça se paye, et ça veut dire que cette génération-là, je crois que ça fait partie de son anxiété. Cette génération-là part dans la vie sans marge de manœuvre.
Je
vais prendre une image très simple, Nicolas Théa. Quand moi j'avais 20 ans, c'était il y a très très longtemps, on était en 1980, je partais dans la vie avec un sac à dos qui pesait la dette publique 20% du PIB. Aujourd'hui, les lycéens ou les étudiants qui ont 20 ans, ils partent dans la vie avec un sac à dos qui pèse presque 120% du PIB. Six fois plus lourd.
Il
faut absolument qu'on arrête avec ça, qu'on allège progressivement le sac à dos.
Alors depuis juin, vous présidez la Fondation des Apprentis d'Auteuil qui accueille et accompagne des décrocheurs, des enfants de la SE, des mineurs non accompagnés. Qu'avez-vous découvert de cette jeunesse-là au fond qu'on ne voit pas depuis les bureaux de la Banque de France
?
Alors depuis les bureaux de la Banque de France,
j
'essayais d'aller beaucoup sur le terrain, parce que la Banque de France est présente partout, mais je raconte dans ce livre effectivement un certain nombre de rencontres que j'ai faites avec des jeunes, avec des directeurs et directrices d'établissements d'Auteuil, c'est la protection de
l
'enfance, c'est des collèges et des lycées qui au passage accueillent les jeunes dont les autres établissements scolaires ne veulent pas, donc une pédagogie innovante. Moi, ce qu
'ils
m'ont appris, c'est qu
'ils
ne s'arrêtent jamais d'y croire.
Vous
savez, il
y a
une devise à Auteuil que j'ai découverte, j'aime beaucoup, qui est « La confiance peut sauver l'avenir ». Ils le disent pour chaque enfant, c'est la confiance qu'on place dans chaque enfant, mais j'aimerais que ça vaille aussi pour notre pays. Moi, c'est pour ça que j'ai pris ce titre « Croire en la France résolument ». Nous avons des atouts. La confiance peut sauver notre avenir. Moi, j'ai la chance chaque semaine de pouvoir faire le plein de confiance et le plein d'espérance avec les responsables d'Auteuil et avec des enfants que je vois. J'étais à Colmar la semaine dernière, je peux vous dire, c'était formidable. Et
elles sont là, les difficultés qui sont décrites dans les cortèges depuis des semaines. Vous les constatez, c'est quoi qui bloque
? Alors,
encore une fois, je ne veux pas dire qu'il y
a
des solutions faciles parce que nous n'avons plus de moyens budgétaires. C'est ça qui est très compliqué aujourd'hui.
C
'est que traditionnellement, on fait des dépenses supplémentaires face à des revendications. Aujourd'hui, il s'agit de dépenser mieux, pas de dépenser plus. Mais heureusement, on a de la marge de manœuvre là-dessus. Moi, j'ai parlé de ce grand échec qu'est la réforme publique et je le regrette beaucoup comme passionné du service public. Alors, je crois que les solutions, elles passent vraiment par un effort de qualité et pas de quantité, qu'on ait les dépenses les plus efficaces. Si vous permettez, Nicolas Taillard, un effort de créativité, qu'on aille regarder ce que font nos voisins politique par politique.
Vous savez qu'avec une production de service public, un modèle à peu près équivalent, nos voisins, ils dépensent 270 milliards d'euros de moins. C'est un sacré gisement d'efficacité.
Parce que pour finir sur ce sujet des dépenses publiques, il y a un besoin de service public qui s'exprime dans les défilés ces dernières semaines, mais qui s'exprime aussi dans toutes les études à destination des candidats. Comment on fait pour
répondre à ce besoin à un service public qui s'éloigne
? C'est ça qui est la qualité. Reprenons l'éducation, qui est au cœur des revendications. Nous avons fait des comparaisons, et je les cite dans le livre. Il y a bon nombre de pays européens qui dépensent à peu près la même chose que nous, mais qui ont des bien meilleurs résultats. Qu'on aille regarder. C'est le cas du Royaume-Uni dans les Tespisa, c'est le cas de beaucoup de pays nordiques. Est-ce que vous entendez dans notre débat public certains candidats, certains responsables politiques nous dire qu'il y a telle solution pratique qui existe en Finlande ou au Royaume-Uni et que je propose d'appliquer en France ? Jamais, jamais. C'est là notre gisement.
Faisons un effort de qualité, de créativité
et
puis de ténacité. C'est-à-dire que toutes ces réformes prennent du temps. Je citais l'exemple du Royaume-Uni, ils ont commencé en 2010. Mais il faut le temps long, c'est aussi à ça que j'essaye d'inviter dans mon livre, c'est de prendre un tout petit peu de recul ou de hauteur par rapport à l'actualité immédiate.
Est-ce que vous avez le sentiment que les Français mesurent la réalité économique du pays ? Quand vous entendez dans les cortèges que, par exemple, le budget que prépare le gouvernement serait un budget austéritaire, est-ce que vous avez la sensation que les Français prennent la mesure de la situation dans laquelle on se trouve
?
Alors, je ne
veux
pas parler pour tous les Français, mais quand on regarde les enquêtes d'opinion, je crois qu'il y a deux choses en réponse à votre question. C'est que les Français, aujourd'hui, sont inquiets, objectivement, sur la dette et les déficits. Et ils ont raison de l'être. Là, il y
a
une prise de conscience. Ce thème n'existait pratiquement pas dans leurs préoccupations. Aujourd'hui, il est monté très haut. Maintenant, sur les solutions, sur la thérapie de cette maladie, je crois que nous tous, nous avons nos contradictions, je disais tout à l'heure, c'est
-à-dire
qu'on espère toujours que c'est les autres qui vont payer. Tout le monde a des idées d'économie, je ne
sais
pas si vous avez remarqué, mais toujours chez les autres. Les entreprises, ce n
'est
pas chez les entreprises, etc. Ou de faire payer l'impôt par les autres. La vérité, c'est qu'il faut un effort partagé par tous. À ces conditions-là, on peut s'en sortir. Moi, c'est ça que je veux dire avec beaucoup de force. Le problème du redressement, il est soluble, mais il faut arriver à stabiliser en volume, c'est-à-dire après inflation, l'ensemble des dépenses. L'État, les collectivités locales et les dépenses sociales. Il y a Frédéric qui est au standard de France Inter
et qui a une question pour vous. Allez-y, Frédéric.
Bonjour Inter, M. Villeroa de Velo, bonjour. Bonjour. L'État, pour se financer, disons schématiquement, a deux moyens. L'emprunt, avec le mandat d'intérêt, ou l'impôt, sans payer d'intérêt. Depuis une dizaine d'années, les impôts ont été drastiquement diminués avec
le
résultat que vous avez souligné, c'est-à-dire un mauvais résultat. N'est-il pas temps de réhabiliter l'impôt ?
Alors,
je suis très attaché à l'impôt et je suis sensible à votre question. Il se trouve qu
'il
y a très longtemps, j'ai été directeur général des impôts. Alors, si on regarde sur la longue période par rapport à votre question, en gros, le poids des impôts, ce qu'on appelle les prélèvements obligatoires, y compris les cotisations sociales, est à peu près stable en proportion de notre économie. Au passage, il est élevé. On a beaucoup plus de dépenses que dans les autres pays. Mais avec beaucoup de protection. Et on a aussi plus d'impôts, dont la protection sociale. Alors, moi, je me méfie beaucoup de ce que j'appelle des comptes de fées qui sont vendus dans le discours politique. Et vous allez voir, ils sont chacun d'un bord de l'échiquier politique, vous allez les reconnaître. Il y
a
un premier compte de fées quand c'est-à-dire qu
'il
faut baisser les impôts.
Or,
ça, c'est toujours très populaire. Et puis, ça va s'auto-financer parce que ça va générer de la croissance supplémentaire, etc. Ça, ça ne marche pas. Donc,
moi,
ça fait très longtemps que je dis nous n'avons pas les moyens d'avoir de baisse d'impôts. Et puis, de l'autre côté, vous avez l'espoir d'un prélèvement un peu providentiel qui, sans aucun dommage économique, comblerait le trou. Ça, ça n'existe pas non plus. Donc, comme on n'a pas le moyen de baisser les impôts et qu'on n'a pas beaucoup de marge pour les augmenter parce qu
'ils
sont élevés, est-ce qu'on pourrait faire une chose très nouvelle en France qui est la stabilité fiscale, la prévisibilité, de dire aux entrepreneurs et aux contribuables, Voilà,
ça va rester comme ça.
Ça n'empêche pas, si vous me permettez d'ajouter, Marie Mollet, un effort ciblé de justice fiscale sur certaines mesures. Je pense au holding patrimonial ou à certaines niches.
Et taxer les ultra-riches. Là, il faut qu'il y ait plus
favorisé. Il faut corriger certaines injustices.
Pardon ? Et taxer les ultra-riches
? Alors,
je viens de le dire là. Maintenant, taxer les riches, il faut corriger peut-être certaines inégalités.
Peut-être
que
ce
n
'est
pas la solution à
tout.
Mais
il
faut être dans les chiffres. Ça n'est pas la solution miracle. De toute façon, contre les illusions, moi, je plaide le devoir de vérité. La vérité, c'est que nous n'avons pas de solution miracle. Il y a un effort juste et partagé, mais il faut que ça porte sur toutes les dépenses. Et si je privilégie les dépenses, ce n
'est
pas du tout pour des raisons idéologiques ou politiques. C'est pour des raisons très pratiques. C'est ça, notre écart d'efficacité par rapport aux autres pays. Intéressons-nous à la qualité de la dépense.
François Villeroy de Gallo, vous en avez parlé la semaine dernière. Le taux d'emprunt de la France à 10 ans a dépassé le seuil des 5%. C'est une première depuis 2002. De votre expérience, est-ce qu'à votre avis, les taux vont continuer d'augmenter ?
Ça, je ne sais pas dire. Marie-Mollet, c'est fixé par les marchés financiers qui peuvent être très volatiles. Ce qu'on peut dire, c'est que ce qui se passe est une situation très sérieuse. C'est d'autant plus sérieux que ça coûte cher pour les contribuables et le budget de l'État. La charge de la dette. La charge de la dette. La charge de la dette, elle devient effectivement le premier poste, vous avez raison, de dépense de l'État, plus important que l'éducation nationale. Par rapport à ce qu'on disait sur le mouvement des lycéens, l'éducation nationale,
c
'est la dépense d'avenir par excellence. On dépense plus pour quelque chose qui est hérité du passé
parce qu'on a mal géré. Est-ce que
ce symbole-là va servir de déclic
?
Je l'espère.
Parce que la dette, ça fait plus la campagne présidentielle qu'il en ait question
les
premières
semaines. Mais le point sur
lequel j'insiste, c'est qu'il faut qu'on sorte de cette logique qui consiste à dire c'est toujours plus de dépenses qui va nous donner plus de services publics ou plus de justice. Non, c'est la qualité des dépenses qui comptent et allons regarder ce qui se passe dans les autres pays. Pour finir de répondre à votre question, Marie-Molet, c'est grave aussi
parce
que ça peut avoir des effets de contagion non seulement sur ce que paye l'État, mais sur ce que vont payer, hélas, les Français sur leurs emprunts immobiliers ou les entreprises pour financer leurs investissements. Donc, il faut absolument corriger ça, regagner la confiance de ceux qui nous prêtent.
Alors justement, est-ce qu'on sait dire, parce que effectivement le taux d'emprunt est à 5%, est-ce qu'on sait dire à partir de quand on risque l'asphyxie ? Est-ce que c'est 6%, 7%, 8% ? Est-ce qu'il y
a
un taux à partir duquel on bascule dans une crise de la dette ?
Je
crois qu'il n
'y
a pas de taux, mais ce que je dis c'est que 5% c'est déjà beaucoup trop.
C
'est déjà beaucoup trop. Nous ne devrions pas être à ce point éloignés des autres pays européens. J'ai cité tout à l'heure l'Allemagne et l'Italie. Ici,
je
joue aussi autre chose, si vous me permettez d'inciter, c'est notre crédibilité et notre influence en Europe. Dans ce monde qui est très dangereux, qui est très difficile, la France ne va évidemment pas s'en sortir tout seule. Je pense que personne n'imagine ça.
À
côté de l'illusion de l'endettement sans limite, l'autre illusion, c'est l'isolement sans l'Europe. Mais l'influence française, ça je peux vous dire, je l'ai vécue, elle est diminuée par le fait que nous avons les plus mauvaises finances publiques d'Europe. Est-ce qu'il faut une règle d'or sur cette question de la dette, du déficit
public ?
On commence à l
'entendre... Oui, mais la règle d
'or peut aider, vous mettez ça, mais la question...
Ça
veut dire gravé dans le marbre qu'on n'a pas le droit de dépasser. Mais la question, c'est comment vous faites après ? C'est pour ça que je propose un certain nombre de choses dans ce livre sur la stabilisation globale des dépenses. Ça veut dire, en gros, deux grandes pistes. La première, c'est traiter le problème des retraites dont vous avez parlé.
Je
pense d'ailleurs au passage
on
doit quand même régler le problème des retraites. Et l'autre chose, c'est améliorer le fonctionnement des services publics.
Il faut
un peu faire confiance aux fonctionnaires et avoir des contrats de bonne gestion. Il y a des exemples qui marchent, pas seulement à l'étranger. Il y en a en France. Prenez la Direction Générale des Finances Publiques. Les Français sont très contents de leur déclaration d'impôt. En tout cas, c'est un service public qui est soutenu, alors même que les effectifs ont diminué. Pourquoi ? Parce qu'il y
a
eu de la qualité. On va se tourner
vers
la présidentielle avec la question de Gabriel au Standard.
Oui,
bonjour. Allez-y. Merci beaucoup de m'accueillir. Et donc, ma question, c'est justement, suite aux deux contre-budgets présentés par le RN et le PIC, selon vous, lequel est le plus fiable
?
Le PIC-RN, lequel est le plus fiable ? J'ai l'habitude de ne pas commenter les propos de tel ou tel parti politique ou de tel ou tel responsable quand vous
étiez gouverneur
de la Banque de France. Non, mais je l'ai fait tout un temps quand j'étais gouverneur. Aujourd'hui, je suis un homme libre, un citoyen passionné du débat public, préoccupé par notre pays, mais je ne vais pas changer d'habitude. Je crois qu'il faut qu
'on
fasse allusion et je ne cible pas tel ou tel parti, mais vraiment, attention à l'illusion de l'endettement sans limite. Je ne vois pas, aujourd'hui, sur la table, de propositions suffisamment convaincantes pour améliorer la qualité, l'efficacité de la dépense publique et du coup, arriver à le stabiliser.
En tout cas, l'annulation de la dette, en tout cas, la part de la dette qui est détenue par la BCE, ça c'est la proposition de Jean-Luc Mélenchon, 16% environ de notre dette est détenue par la BCE. Est-ce que ça, ça peut être un remède ?
Non, c'est séduisant. Je comprends bien. Au passage, cette dette, elle est détenue pas par la BCE, mais par la Banque de France, directement, qui appartient à tous les Français. Et, en annulant, on a l'impression qu'on s'allège la charge, mais dans le même temps, vous creusez un trou équivalent dans le bilan de la Banque de France. Donc, ce que vous avez apparemment gagné d'une main, vous avez perdu de l'autre. Et, par ailleurs, c'est incompatible, totalement incompatible avec les règles de l'euro. Les Français sont attachés à 80% à garder l'euro. Eh bien, si on est dans l'euro, on en respecte les règles du jeu du club.
Alors, on parle de plus en plus souvent d'une intervention de la BCE pour venir sauver la France et éviter une contagion dans le reste de la zone euro. Qu'est-ce qui pourrait la décider à intervenir
?
Je vous pose la question parce que vous, vous avez siégé au Conseil des Gouverneurs qui est le principal organe de décision de la BCE. Donc, comment ça marche la décision de la BCE d'intervenir ?
Ça, je ne vais pas me prononcer pour Christine Lagarde et pour la BCE. Ce que je vais dire, c'est une chose de bon sens. Ce problème, il est d'abord français et budgétaire. Et donc, la solution, elle est d'abord française.
Au
passage, il est encore temps pour nous. J'ai dit, je développe dans ce livre qu'il y a des solutions possibles, mais 2027, c'est un peu notre dernière fenêtre d'action parce que si nous, nous ne solutionnons pas le problème.
Pourquoi ça serait trop
tard après
? Pardon
? Pourquoi ça serait trop tard après ? Parce qu'après, et c'est malheureusement ce qu'on a vécu sur la Grèce, en Europe, l'ajustement, il nous est imposé par l'extérieur, c'est-à
-dire
qu'on ne veut plus nous prêter ou à des
cours
prohibitifs et toute l'expérience prouve, ça vraiment,
c
'est très documenté, il y a une note de Terra Nova là-dessus, que quand l'ajustement est imposé par l'extérieur, il est beaucoup plus brutal et beaucoup plus injuste. Donc, c'est la fenêtre de tir que nous avons pour choisir nous-mêmes notre redressement. Il y a d'autres voies de solution dont on n
'a
pas parlé en dehors du budgétaire, mais sur lesquelles j'insiste, parce que, notamment face à la question du pouvoir d'achat, c'est de muscler notre croissance
et
de faire que le travail paye plus. C'est aussi des solutions que j'évoque dans le livre et muscler notre croissance, notamment grâce à l'Europe, sur l'intelligence artificielle, sur le passage à l'énergie propre, qu'on n'oublie pas cet aspect de l'action. Ça fait partie des solutions. Très rapidement pour terminer, l'Europe et l'euro nous protègent aujourd'hui
? Oui,
oui, je crois heureusement qu'il y a l'euro auquel les Français sont massivement attachés et puis on est dans un monde très dangereux. Regardez M. Poutine, Xi Jinping et malheureusement Donald Trump. Face à ça, personne ne peut imaginer que la France s'en sorte toute seule. Il faut que l'Europe s'affirme plus, il faut qu'elle ait ses projets mobilisateurs sur l'intelligence artificielle ou l'énergie propre,
mais
prenons un peu l'exemple canadien. Moi, j'ai beaucoup, je raconte, voilà, un certain nombre de rencontres avec des hommes de courage et de vision qui ont changé les choses. Mario Draghi ou Marc Carnet qui est aujourd'hui Premier Ministre du Canada. Eh bien, c'est ça, il faut qu'on prenne notre destin en main, il faut qu'on arrête de raser les murs. Moi, je préfère la fierté française et il est temps. Regardons tous nos atouts plutôt que ce qu'on pourrait appeler la tétanie, c'est-à-dire qu'on encaisse les buts comme ça et on n'y croit plus, ou bien la zizanie d'Astérix. Vous connaissez Astérix ?
On connaît bien Astérix.
Et
pour
vous ? C'est un
vrai danger, j'essaye de lutter contre ça dans mon livre. Il faut croire en la France résolument. Ça sort mercredi aux éditions Odile Jacob. Merci François Villerois
de
Gallo d'avoir été l'invité du Grand Entretien.
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