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Interviewfranceinfo (sur YouTube)· 21 octobre 2025 25 minContradictoireActualité / polémiqueJusticeInstitutions & élections

L'interview politique d'Éric Dupond-Moretti

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:26OuverteRéponse directe

    Que vous a inspiré ce cérémonial autour de l'incarcération de Nicolas Sarkozy ?

  • 2:13OuverteRéponse directe

    Il parle de vengeance et de haine. Ça, ça vous choque ?

  • 3:55RelanceRéponse directe

    Est-ce que ce n'est pas quelque chose qui peut faire peser un risque sur l'indépendance des magistrats ?

  • 4:55RelanceÉludée

    Est-ce que le ministre ne doit pas prendre le pas sur l'ami ?

  • 7:27RelanceRéponse partielle

    Pourtant, vous avez la dent dure avec les magistrats en général. Pourquoi ?

  • 9:13OuverteRéponse directe

    Faut-il porter un texte pour revenir sur la loi sur l'exécution provisoire ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:32Invité politiqueFait
    « Oui, bien sûr. Parce que qui peut dire sérieusement qu'un juge ? Car il n'est question dans son expression que d'un juge. »
  • 2:46Invité politiqueFait
    « En l'occurrence, la présidente du tribunal correctionnel, que cette femme, à raison de la haine qu'elle éprouve à l'encontre de Nicolas Sarkozy, l'aurait condamnée à 5 ans d'emprisonnement. »
  • 3:24Invité politiqueFait
    « D'ailleurs, je vous fais remarquer très aimablement que c'est exactement la même défense que celle qu'utilise Marine Le Pen. »
  • 3:36PrésentateurFait
    « Pas tous, la moitié a interjeté appel. »
  • 3:39Invité politiqueFait
    « Oui, enfin, ceux qui n'ont pas interjeté appel, c'est qu'ils sont coupables. »
  • 10:34Invité politiqueFait
    « L'exécution provisoire, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy ici en l'occurrence, pose la question évidemment du double degré de juridiction et c'est une entorse au double degré de juridiction. »
  • 11:00Invité politiqueFait
    « Moi j'ai dit dans le livre d'ailleurs que je n'aurais jamais porté un texte sur l'exécution provisoire, Marine Le Pen, je sais qu'on ne peut pas me suspecter d'être proche d'elle. »
  • 13:21Invité politiqueChiffre
    « Moi, je suis le garde des Sceaux qui a le plus saisi le Conseil supérieur de la magistrature. »
  • 13:40Invité politiqueChiffre
    « Et quand je suis arrivé, sur les 2500 plaintes de justiciables, aucune d'entre elles n'avait donné lieu à sanctions. »
  • 15:13Invité politiqueFait
    « Mais pour le reste, on va quand même reconnaître ensemble qu'il y a un Macron's bashing qui est absolument insupportable. »
  • 15:25Invité politiqueFait
    « La Covid, bon, dans cette période. Vaccin gratuit, d'accord ? Prise en charge du chômage partiel. Les boîtes sont aidées, pré-garanties. »
  • 21:52Invité politiqueFait
    « Les Retaillots-Darmanin, c'est deux ministres de l'Intérieur. Et il y en a, à mon avis, un de trop. »

Temps de parole

  • Invité politique61 %
  • Invité17 %
  • Présentateur16 %
  • Invité 23 %
  • Invité 32 %

6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Merci infiniment. Bonsoir Éric Dupond-Moretti. Il est très dissipé sur le plateau, je vous le dis. Éric Dupond-Moretti, avocat, ancien ministre de la Justice, auteur de Jurer craché, livre que je ne peux pas vous montrer parce que c'est Nathalie qui l'a, mais enfin on va le voir, le voici. Jurer craché, ce sont des entretiens avec Marc-Olivier Fogiel et c'est chez Michel Laffont. Ce matin, manifestation des proches de Nicolas Sarkozy pour l'accueillir à la sortie de chez lui. On les voit, puis un cortège de motos pour l'escorter en prison. Que vous a inspiré ce cérémonial ?

0:35
Invité politique

Pas grand-chose en réalité. Ce sont ses proches qui se mobilisent autour de lui. C'est quelque chose de tout à fait normal.

0:46
Invité

Nathalie ? Est-ce que vous ne trouvez pas qu'en revanche, la dramaturgie, Gilles a utilisé le terme de cérémonial, mais la dramaturgie qui fait qu'on est au courant que c'est le comte de Montecristo qui le suit en prison, qui l'a fait référence au capitaine Dreyfus, la vie de Jésus. Trois innocents. Trois innocents, sans doute. Mais le capitaine Dreyfus, est-ce que vous pensez quand même que c'est quelque chose qui... Vous allez me dire que c'est comme ça, mais c'est pas très fort par rapport à...

1:13
Invité politique

Oui. Écoutez, que lui se défende. Aller en prison, c'est pas facile. Que sa famille, que ses proches soient à ses côtés, rien à dire. Qu'en revanche, on en fasse des tonnes dans les commentaires. Là, si vous me permettez cet anglicisme, c'est too much. Pourquoi je dis too much ? Parce que ça ressemble à une forme de trumpisation de nos esprits et de nos mœurs. Bon, il va en prison. Encore une fois, c'est pas facile. C'est l'ancien président de la République. Ça heurte tout le monde. Qu'on l'aime ou qu'on l'aime pas. Qu'on l'aime ou qu'on le déteste.

1:52
Invité

Ça heurte pas tout le monde. Il y a des gens qui éprouvent une espèce de jouissance à voir ces images.

1:57
Invité politique

Oui, on peut pas se féliciter du malheur quand il s'abat sur d'autres, même sur des ennemis politiques. Voilà. Moi, je le vois pas du tout comme ça. Ce qui me choque, en réalité, c'est les commentaires. En particulier... Les autres ou les siens ? Non, non, mais les siens, lui, il a tous les droits. Il s'exprime.

2:13
Présentateur

Par exemple, il dit dans un tweet ce matin, envoyé au moment même où il était chez lui, il dit « mon incarcération est l'expression d'une vengeance, pas d'un jugement, d'une vengeance de la justice qui a porté la haine à un niveau inégalé ». Donc il parle pas de décision et de fait. Il parle de vengeance et de haine. C'est ce qu'il dit, lui. Ça, ça vous choque ?

2:32
Invité politique

Oui, bien sûr. Parce que qui peut dire sérieusement qu'un juge ? Car il n'est question dans son expression que d'un juge. En l'occurrence, la présidente du tribunal correctionnel, que cette femme, à raison de la haine qu'elle éprouve à l'encontre de Nicolas Sarkozy, l'aurait condamnée à 5 ans d'emprisonnement. Enfin, si ça, ça existe dans notre pays, c'est extraordinairement inquiétant. D'abord, je rappelle que c'est une collégialité. Mais moi, que Nicolas Sarkozy dise « je suis innocent », j'interjette appel dont acte. Il est d'ailleurs à nouveau présumé innocent. Et qu'il critique la décision en droit et en fait, oui, et que ses avocats le fassent.

Mais qu'on n'aille pas nous raconter, c'est la haine d'un juge qui fait que Nicolas Sarkozy part 5 ans en prison. D'ailleurs, je vous fais remarquer très aimablement que c'est exactement la même défense que celle qu'utilise Marine Le Pen. Marine Le Pen, elle dit « je suis innocente, ses co-prévenus n'ont pas interjeté appel et ils sont donc coupables ». Je veux le rappeler, Marine Le Pen, elle est présumée innocente.

3:35
Présentateur

Pas tous, la moitié a interjeté appel.

3:36
Invité politique

Oui, enfin, ceux qui n'ont pas interjeté appel, c'est qu'ils sont coupables. Bon, et là, elle, elle dit « moi, c'est la présidente du tribunal correctionnel, à qui j'en veux, qui est politisée, qui est syndiquée, et c'est une décision politique ». Sarkozy fait pareil. Ben oui.

3:55
Invité

Gérald Darmanin qui a annoncé hier matin qu'il irait le voir en prison et qui d'abord l'a vendu comme un travail normal, comme si le garde des soins allait visiter tous les gens qui étaient emprisonnés. Est-ce que ce n'est pas quelque chose, comme l'a dit Rémy Yates, on en reparlera après, qui peut faire peser ?

4:09
Présentateur

Alors, écoutons-le tout de suite. Alors, écoutons Rémy Yates et vous nous direz ce que vous pensez de l'échange entre les deux.

4:15
Invité

Il y a un risque, en effet, qu'une telle visite soit ressentie par les magistrats et soit, et c'est important, soit perçue par l'opinion comme une forme d'obstacle, finalement, à cette sérénité recherchée. Et de désaveu de la décision des magistrats ? Je ne parle pas de désaveu, je parle de risque d'obstacle à la sérénité et de risque, donc, d'atteinte à l'indépendance des magistrats. Encore une fois, ce doit être notre objectif à tous. Il faut véritablement préserver de toute influence l'intervention des magistrats dans un dossier aussi sensible. Est-ce que ça se fait ?

4:55
Invité politique

Je ne sais pas ce que j'aurais fait, moi. Il y a deux choses. Il y a le plan humain. J'aime quelqu'un, je suis son ami depuis longtemps, il est mon mentor, etc. Est-ce que je le trahis ? À une époque où beaucoup trahissent et où la loyauté n'est plus une vertu.

5:11
Présentateur

On va y revenir tout à l'heure. Il me semble savoir de qui vous parlez, on en parlera.

5:15
Invité politique

Oui, d'Atal, de Philippe. Bon. Donc il ne veut pas abandonner son ami. Je trouve que ça a de la gueule et de l'allure. En même temps, il est garde des Sceaux. Et institutionnellement, il y a la réaction qui est évoquée par Rémi Hetz. Compliqué. Franchement, je le dis, je ne sais pas ce que j'aurais fait.

5:33
Présentateur

Mais Rémi Hetz, il va loin. Enfin, il va loin. Il dit que c'est une atteinte à l'indépendance des magistrats. Est-ce que le fait d'aller en prison, effectivement, soutenir quelqu'un qui a critiqué vertement les magistrats, est-ce que le garde des Sceaux donne l'impression de davantage soutenir les critiques des magistrats que de soutenir les magistrats eux-mêmes ?

5:52
Invité politique

Écoutez, le président de la République, il a reçu Nicolas Sarkozy. Il a dit « Moi, je l'ai reçu humainement, parce que c'est un ancien président de la République. Je n'ai pas évoqué le dossier. Je n'ai pas attaqué les magistrats qui ont rendu la décision. Je les ai même protégés. » C'est vrai. Qu'est-ce qu'il y a à dire à ça ? Ce n'est pas moi. Je ne sais pas ce qu'ils vont se dire. Je ne sais pas ce que Gérald Darmanin, dans le secret du parloir, pourra dire à son ami Nicolas Sarkozy. En même temps, j'entends ce que Hetz a dit, mais j'entends aussi que quand on a un ami, voilà, il y a certaines formes de panache.

– J'entends, mais est-ce que le ministre ne doit pas prendre le pas sur l'ami ? – Non, mais vous n'allez pas me poser 50 fois la question. Je vous ai répondu, pardon.

6:42
Présentateur

– Non, non, non. On m'avait répondu, vous avez dit, il y a un ami, il y a un ministre. Est-ce que le ministre, là, ne doit pas prendre le pas sur l'ami et s'abstenir d'aller voir son ami ?

6:51
Invité politique

– Je n'en sais strictement rien, parce que s'il ne va pas voir son ami, il trahit l'amitié qui est la sienne. Et au fond, ça dépend de ce qu'il va faire là, de ce qu'il va lui raconter. Et en même temps, je comprends que Rémi Hetz, procureur général, puisse dire que ça pose problème aux yeux de certains magistrats. Je ne peux pas être plus clair que ça.

7:08
Invité

– Non. Alors, tout à l'heure, vous avez semblé, enfin vous avez probablement, refusé de mettre en cause les magistrats qui sont souvent condamnés et traités de tous les noms en considérant que c'est une magistrature qui est parfois de gauche. Vous assistez même dans votre livre en disant, le syndicat de la magistrature, il y a peut-être des dérives, mais enfin, tout ça est raisonnable. Pourtant, vous avez la dent dure avec eux en général. Il y a une anecdote, et il y en a plein dans votre livre. Une, alors vous m'avez dit tout à l'heure, parce que je vous en ai parlé, que c'était une boutade, mais un jour vous dites qu'en gros, il y a deux catégories de magistrats dans ce...

Il y a deux raisons de vouloir intégrer la magistrature. Vous dites, il y a ceux qui veulent faire, qui veulent rentrer par humanité, pour le choix du service public, le sens du service public, et d'autres qui veulent l'intégrer pour le pouvoir qu'elles confèrent. Et vous répondez à Marie-Lise Lebranchy qui vous parle de ça, « Je vous cite, je lui avais dit que pour distinguer le bon grain de l'ivresse et les bons magistrats, en devenir elle est mauvaise, il fallait instaurer une expertise psychologique et psychiatrique à l'entrée de l'école de la magistrature, et deux à la sortie. » Ce n'est pas non plus la déclaration d'amour la plus franche et massive vis-à-vis des magistrats.

On laissait entendre que certains ont des comptes à régler.

8:14
Invité politique

– Non, mais attendez, d'abord c'est une boutade. – Oui, enfin… – Non, mais voilà. Ensuite, Rachida Dati l'a fait, ça. Parce qu'après la commission d'enquête d'Outreau, on a quand même vu le juge Burgaud, et on s'est posé quand même quelques questions sur les motivations qui avaient été les siennes. Eh bien, on a dit, il faut peut-être maintenant que l'on sélectionne davantage. – Bon.

8:34
Invité

– Mais c'est vrai. – Une sélection d'un point de vue moral, avec un point de vue… – Non, mais, non, mais… – Un examen psychiatrique, ce n'est pas une sélection par les études.

8:41
Invité politique

– Non, mais les études, ils ont tous le même niveau. – D'accord. – Ensuite, pourquoi veulent-ils intégrer une profession où il y a du pouvoir, notamment le pouvoir de placer en détention ? Ça n'est pas rien. – Vous avez ceux qui vont devenir d'excellents magistrats et qui le font parce qu'ils ont le sens du service public, qu'ils ont une certaine humanité, etc. Puis il y en a d'autres, ils le font pour régler des comptes avec eux-mêmes. C'est une réalité. Tous ceux qui ont été avocats ou magistrats plus de deux mois, ils le savent, c'est une réalité.

9:13
Présentateur

– L'incarcération de Nicolas Sarkozy fait ressurgir le débat sur l'exécution provisoire, débat que le président de la République souhaite rouvrir.

9:24
Invité

– Quant aux questions d'exécution provisoire, j'ai vu que plusieurs responsables politiques souhaitaient s'en emparer. Le président du Sénat l'a indiqué, le garde des Sceaux aussi. Je pense que c'est un débat légitime dans une démocratie parce que tout le monde souhaite qu'il puisse y avoir des voies d'appel et de recours. Mais c'est un débat qui doit être mené dans le calme et indépendamment des cas spécifiques. Là aussi, pour que notre justice puisse se faire et puisse évoluer dans la sérénité qui convient.

– Claire, est-ce que vous considérez que c'est juste par opportunisme, opportunité, sens de l'opportunité, qu'ils considèrent que ce qui est une loi de 2004 doit être remis en débat, notamment parce qu'elle s'est affrappé, Marine Le Pen qui pourrait l'empêcher d'être candidate, et Nicolas Sarkozy qui le fait rentrer en prison alors que le double degré avec l'appel qui veut venir, ou est-ce que vous trouvez que c'est sain de mettre ça sur le tapis en sachant qu'on nous oppose toujours ? 85% ou 80% des condamnés le font et sont incarcérés au nom de l'exécution provisoire.

10:34
Invité politique

– L'exécution provisoire, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy ici en l'occurrence, pose la question évidemment du double degré de juridiction et c'est une entorse au double degré de juridiction, c'est-à-dire que vous êtes à la fois présumé innocent mais inéligible. Pardon, il y a un petit souci, ou présumé innocent là en l'occurrence et immédiatement vous allez en détention, ce qui est le cas de beaucoup de prévenus condamnés. Moi j'ai dit dans le livre d'ailleurs que je n'aurais jamais porté un texte sur l'exécution provisoire, Marine Le Pen, je sais qu'on ne peut pas me suspecter d'être proche d'elle.

11:11
Présentateur

– Faut-il porter un texte pour revenir sur cette loi ?

11:13
Invité politique

– Mais bien sûr, et d'ailleurs on va aller regarder qui a voté ce texte ?

11:17
Présentateur

– Oui, on voit ça. – Non mais d'accord.

11:19
Invité politique

– Nicolas Sarkozy ? – Pardonnez-moi quand même, ça se pose comme question. – Oui, bien sûr. – Donc oui, il faut que l'on regarde, peut-être que l'on rétrécisse les conditions qui permettent au juge de prononcer une exécution provisoire. Voilà. Mais moi j'aimerais revenir, si vous m'y autorisez, à la question qui à mes yeux est essentielle, qui est complètement dévoyée par les temps qui courent, de la syndicalisation dans la magistrature. En réalité, le juge, il est comme vous, comme moi, il a des opinions politiques, et il a le droit de les exprimer, et il a le droit d'être syndiqué, il a le droit d'être religieux, d'être agnostique, peu importe.

L'idée, c'est que lorsqu'il juge, il puisse se départir de certains préjugés, et qu'il puisse juger en toute impartialité. Et moi j'affirme qu'il y a de très grands magistrats de gauche, de très grands magistrats de droite, et l'inverse est vrai aussi. Et partant de là, si vous voulez, les amalgames, c'est-à-dire, c'est très simple. – Il y a des juges qui se départissent de leurs opinions, et d'autres qui ne le font pas. – La grande majorité des juges savent ce qu'est l'impartialité, et ils luttent contre eux-mêmes pour être impartiaux. Et puis il y en a quelques-uns, c'est vrai, qui ne savent pas s'en départir. C'est une réalité, mais ça n'est pas la majorité.

Et ça n'est pas parce qu'un juge est syndiqué, qu'a priori, vous devez dire que la décision qu'il va rendre est entachée de « je ne sais quelle mauvaise intention ». D'ailleurs, en droit, et je termine par là, la mauvaise foi ne se présume pas. – C'est un principe cardinal, ça.

12:48
Invité

– J'avais cru comprendre quand même, en vous entendant d'autrefois, qu'il n'y a pas grand-chose pour vérifier, non pas vérifier, mais contrôler. C'est-à-dire que les magistrats, ça reste une profession où on peut faire tout ce qu'on veut, ou pas tout ce qu'on veut, mais on ne peut pas dire qu'il y a un contrôle, comme il peut y en avoir dans un certain nombre de professions. Et même dans le droit administratif, où il y a une responsabilité du fait de l'État pour les actes de médecine, on a un principe sans arrêt. Ça progresse pour les policiers, pour tout. En gros, les magistrats, bah…

13:18
Invité politique

– Non, on ne peut pas dire ça. Moi, je suis le garde des Sceaux qui a le plus saisi le Conseil supérieur de la magistrature. – Avec quels résultats ? – Avec des résultats. Et puis j'ai simplifié les voies d'accès pour les justiciables qui ont été maltraités par les magistrats. Moi, j'ai permis que dans la simplicité, parce que c'était très complexe avant, ils puissent saisir les instances disciplinaires des magistrats qui les ont maltraités. Et quand je suis arrivé, sur les 2500 plaintes de justiciables, aucune d'entre elles n'avait donné lieu à sanctions. – 2500. – Les choses, elles ont changé de ce point de vue-là. On a simplifié les voies d'accès pour le justiciable.

Et moi, j'ai saisi le Conseil supérieur de la magistrature. Et chaque fois que je l'ai saisi, à vrai dire, une sanction a été prononcée. Donc les choses sont en train, c'est vrai, d'évoluer. Il reste encore beaucoup de choses à faire parce que le corporatisme et l'entre-soi existent toujours au sein de l'institution. Mais ça ne se décrète pas, ça. Il faut du temps, il faut mettre les choses en place, etc. Il y a un corporatisme chez les journalistes. Il y a un corporatisme dans la police, chez les avocats, chez les magistrats. Bien sûr, c'est une réalité.

14:21
Présentateur

– On va parler un petit peu de politique, si vous le voulez bien. Vous parlez dans le livre, longuement, d'Emmanuel Macron. Vous dites que c'est un homme intellectuellement hors normes. Vous ne dites pas qu'il est intelligent, vous dites qu'il est intellectuellement hors normes. Et vous soulignez sa faculté à démêler la complexité. Est-ce que l'intelligence suffit pour un président de la République ?

14:41
Invité politique

– Je n'ai pas dit que c'était une condition suffisante. Il y a évidemment d'autres choses. – Il est nécessaire, mais pas suffisante. – C'est quand même indispensable, oui. – Oui, si demain on élit un imbécile, vous allez voir la différence.

14:52
Présentateur

– Je vais vous poser la question plus directement. Vous qui connaissez l'âme humaine, comment vous expliquez-vous qu'un homme que vous trouvez si intelligent, eh bien qu'il lui arrive quand même de se fourvoyer ?

15:03
Invité politique

– Comme vous, comme moi.

15:05
Présentateur

– Mais moi, je ne suis pas d'une intelligence hors normes.

15:07
Invité politique

– Enfin, vous voudriez qu'il soit extraterrestre, inhumain. Bien sûr qu'il y a un certain nombre d'erreurs qui ont été commises. Mais pour le reste, on va quand même reconnaître ensemble qu'il y a un Macron's bashing qui est absolument insupportable. Enfin, sur certaines chaînes concurrentes, même quand il dit bonjour, c'est mal dit. Je vais vous donner un exemple, moi. La Covid, bon, dans cette période. Vaccin gratuit, d'accord ? Prise en charge du chômage partiel. Les boîtes sont aidées, pré-garanties. Et tout le monde, tous nos partenaires européens disent « Quand même, il est force, Macron ».

Aujourd'hui, on est passé du « quoi qu'il en côte », j'ai entendu ça dans la bouche de l'un de vos confrères, ou n'importe quoi qu'il en coûte. Et un morceau avalé n'a plus de saveur. Le chômage, l'attractivité de la France, l'apprentissage. Donc, on ne lui, aujourd'hui, on ne reconnaît pas grand-chose. Mais notre pays, cher monsieur, est un pays régicide. Vous voyez ? Et on a beaucoup de mal avec le politique. Et moi, je dis que la prochaine, ou le prochain président de la République ne connaîtra même pas un État de grâce de deux mois.

16:16
Invité

Il n'y en a plus, là, maintenant, du tout.

16:17
Invité politique

Il n'y en a plus, c'est fini. Terminé. Terminé. Donc, voilà. Et puis, il y a un certain nombre d'autres choses. Dans toutes les grandes démocraties, on conteste le pouvoir. Vous l'avez vu, ça, il n'y a pas qu'en France. Ce n'est pas un problème franco-français. Il y a des tas de facteurs. D'ailleurs, sur scène, j'essaie de décortiquer, dans le livre aussi, d'ailleurs, longuement, le pourquoi de la détestation de nos compatriotes à l'encontre de leur politique. Il y a un certain nombre de facteurs qui font que, oui, il y a une défiance de plus en plus importante en France, ailleurs, en tous les cas, dans toutes les grandes démocraties.

16:49
Présentateur

Alors, je vais vous faire entendre, Edouard Philippe. Je sens que ça va vous l'attendre. Je sens que ça va vous faire plaisir. Parce que, vous avez raison, ils sont nombreux désormais à critiquer ouvertement le président de la République, même parmi ses anciens premiers ministres. Gabriel Attal, qui dit ne pas le comprendre, et Edouard Philippe, qui dit ne rien devoir au président de la République et qui veut des élections anticipées. C'était chez Caroline Roux sur France 2.

17:13
Invité

J'ai beaucoup de respect pour le président de la République qui m'a nommé premier ministre, mais je ne lui dois rien. Il est venu me chercher, et puis il a cessé ce travail collectif que nous avions engagé, quand il l'a souhaité, et il en avait parfaitement le droit. J'aimerais que le président de la République, je trouve qu'il s'honorerait à trouver la façon la plus digne, pour lui et pour les institutions, de régler cette crise.

17:33
Invité politique

L'honneur, la dignité. Il est à la loyauté, ce que Richter est au séisme, à une référence. D'ailleurs, quand il n'est plus au gouvernement...

17:42
Invité

Vous aimez bien cette citation.

17:44
Invité politique

J'adore, j'adore. Écoutez, parce que je trouve qu'elle est signifiante. Quand il quitte le gouvernement, qu'est-ce qu'il dit ? Il dit, mais je vais vous montrer, moi, comment je suis loyal. Loyal et libre, il avait dit. Loyal et libre. Bon, libre, on l'a vu. Loyal, c'est discutable. Et je ne dois rien à Emmanuel Macron. Pardon, il lui doit tout. Ce n'est pas rien d'être nommé Premier ministre de ce pays. Excusez-moi. Il ne le connaissait pas. Pardon ? Surtout qu'il ne se connaissait pas avant. Mais bien sûr. Il va me chercher. Oui, il va me chercher, d'accord. C'est lui qui est allé chercher, le président de la République. Je ne lui dois rien. C'est quand même extraordinaire.

Et puis, pardon, autre chose. Autre chose, pardonnez-moi. Il aspire à la plus haute fonction, Édouard Philippe. Mais l'élection présidentielle, c'est un quinquennat. Cinq ans. Donc là, qu'est-ce qu'il dit, au fond ? Il dit, si je suis élu, moi, au moindre mouvement de protestation, on va réduire. On va réduire la voilure. Et dès que l'opinion publique, dont on sait qu'elle est versatile, ne sera plus de mon avis, moi aussi, je vais démissionner.

18:41
Invité

Vous croyez qu'il sabote la fonction présidentielle ?

18:42
Invité politique

Totalement. En tous les cas, il la désigne par... Il prend le risque de faire une jurisprudence, enfin, de faire un président. Mais oui, mais bien sûr. Mais à l'inverse... Mais bien sûr. Et il la désigne par rapport à ce qu'elle est dans notre constitution.

18:53
Présentateur

Lui, il fait de la politique. Gabriel Attal aussi. Oui. Mais ils estiment qu'ils ont le droit de juger les actes du président de la République. Est-ce que vous, à l'inverse, vous n'êtes pas dans un... Voilà, vous dites l'honneur, la fidélité dans une conception romanesque. Non. Existe. Enfin, eux, usent peut-être un peu trop de leur droit d'inventaire. Peut-être que vous l'interdisez trop. On a l'impression que c'est quelqu'un qu'on ne peut pas critiquer.

19:15
Invité politique

Non, mais ça, c'est votre jugement à vous. C'est ma question. Non, c'est un jugement. Et je n'ai aucune envie de le partager. C'est le vôtre. Moi, je pense... Pardonnez-moi. Excusez-moi. Édouard Philippe, là, il n'a pas fait d'erreur, lui. Les 80 km heure. Vous voulez que je vous reparle un peu des gilets jaunes ? Il a oublié ça. Donc il arrive au gouvernement. Il sort de nulle part. Oui, de la ville du Havre. Pardon, je ne veux pas être désobligeant. Il devient Premier ministre. Pas rien, quand même.

19:42
Invité

C'est pas mon beuge.

19:43
Invité politique

Pardon ?

19:44
Présentateur

C'est pas mon beuge. Éric Dupond-Moretti est né à mon beuge.

19:48
Invité politique

Voilà. J'explique là. Merci, Mme Saint-Cric. C'est une précision extraordinairement utile. Biographique. Non, biographique et très utile. Bon, bref. Voilà. Il sort de là. Il dit, je vais être loyal. Je vais vous montrer comment on est loyal. Libre et loyal. Vous avez rappelé ça. Il ne l'est pas. Ce que vous voulez que je vous dise. Il reste un an et demi. Et il pense quoi ? Se démarquer. Et puis, Gabriel Attal, c'est exactement la même chose. Qu'aurait-il été sans Emmanuel Macron ? Alors ensuite, évidemment que... Non, mais... Pardon. Mais il dit, je ne comprends plus. Alors, on peut... C'est un malgré que c'est le cas de pas mal d'offices.

Non, mais on peut ne pas être d'accord avec la politique conduite par le président de la République. Il y a des divergences qui s'expriment, d'ailleurs. À l'Assemblée, vous avez vu, il y a des divergences qui s'expriment, même au sein, j'allais dire, du groupe présidentiel. Bon, on peut exprimer ça. Je pense que François Bayrou n'est pas toujours d'accord avec Emmanuel Macron. Voilà, ça, c'est une réalité. Et on a de la liberté, là, dans l'expression. Mais pas ça, mais pas comme ça.

20:52
Invité

Est-ce que vous épargnez de votre jugement Gérald Darmanin ? Parce qu'on sait que vous l'écrivez, d'ailleurs. C'est écrit noir sur blanc dans votre livre. En gros, vous avez... Contrairement à ce qu'on a dit au début, vous avez eu de très bonnes relations. Mais là, on a quand même l'impression, effectivement, que le ton de Gérald Darmanin peut changer. Disons que vous, vous écrivez, que sa stratégie vous étonne et que lui-même vous étonne, faisant référence notamment à la construction d'une prise en Guyane, un certain nombre de choses. Et vous dites, la proximité de la présidentielle peut expliquer le changement de positionnement radical.

Est-ce que vous pensez qu'ils deviennent tous dingues ?

21:28
Invité politique

Ah, tous, je n'en sais rien. D'ailleurs, elle est habilement posée, la question. Parce que déjà, dans tous, vous me mettez Gérald Darmanin, moi, je n'ai pas dit qu'il devenait dingue. Ah, mais je... Ce que j'ai dit, chère madame, c'est que... Ça, c'est la vengeance de Maubeuge. Non, c'est ça. Il y avait un couple que je trouvais équilibré et qu'il l'était, intérieur-justice. Ça n'avait pas toujours été le cas dans la Ve République.

21:48
Présentateur

Les Retaillots-Darmanin, c'était moins équilibré que...

21:49
Invité politique

Les Retaillots-Darmanin, c'est deux ministres de l'Intérieur. Et il y en a, à mon avis, un de trop. Voilà ce que je pense. Avec des choses que j'ai trouvées incroyables. Commenter des décisions de justice, par exemple, pour dire qu'elles ne sont pas à la hauteur. Là, je note que le ministre de la Justice n'a pas commenté la décision qui frappe Nicolas Sarkozy. Moi, ça me choque. Je l'ai dit. Et puis, supprimer le sursis, un certain nombre d'autres mesures qui, à mon avis, sont dans l'air du temps. Mais il faut se méfier de l'air du temps. Vous savez, on a célébré Robert Badinter il y a quelques jours.

Et l'une des grandes leçons de Robert Badinter, c'est qu'il a eu le courage politique de ne pas être et de ne pas suivre l'opinion publique.

22:35
Invité

Pas à peine de mort, notamment 67%. Ah, mais pas que.

22:38
Invité politique

67% frappe à l'homosexualité. L'homosexualité et un certain nombre d'autres choses, il est allé à contre-courant de l'opinion publique.

22:44
Présentateur

Je rappelle votre livre, juré que la crachée, chez Michel...

22:48
Invité politique

Ah, mais pas classé.

22:49
Présentateur

Bien sûr. Vous y racontez ses 4 ans à la chancellerie. Ce que vous ferez également sur scène, puisque vous avez un nouveau spectacle qui s'appelle « J'ai dit oui », qui est mis en scène par Philippe Lelouch. Mais dans la vie, vous ne faites pas que comédien. Vous allez reprendre la robe.

23:03
Invité politique

Sans doute, j'ai une boîte de conseil, là. Mais pas au pénal. Mais sans doute pas dans le judiciaire. Et je me laisse jusqu'à la fin de la nuit.

23:12
Invité

Vous avez dit quand même une phrase que j'essaie désespérément de retrouver, je n'aurai pas le temps.

23:14
Invité politique

Oui, mais je vais vous dire où elle est, je ne connais pas.

23:16
Présentateur

Une question. Vous serez amené, enfin, si vous êtes avocat, vous serez quand même amené à plaider face à des magistrats. C'est ma question. Dont vous avez été le ministre.

23:24
Invité

Non, mais vas-y, je n'ai trouvé la citation, donc. En disant, en gros, j'ai peur de tomber face à des abrutis.

23:29
Invité politique

Non.

23:30
Invité

Vous n'avez pas dit abrutis, c'est pour ça que je cherche le mot.

23:32
Invité politique

Mais non, je n'ai pas envie de tomber devant un magistrat qui me dira, par exemple, écoutez, vous n'êtes plus garde des sceaux. Voyez, ce genre de choses, je n'ai pas envie de le vivre. Ou qui se vengerait, même si ce n'est pas le genre. Ou qui donnerait un petit coup de patte. Oui, je n'ai pas envie de vivre ça à mon âge.

23:46
Présentateur

A l'inverse, vous allez être amené à plaider devant des magistrats qui ont été promus pendant votre mandat.

23:53
Invité politique

C'est pour ça que je vous dis que je n'ai pas envie de faire du judiciaire. Vous anticipez les précautions que je prendrai et qui seront utiles.

24:01
Invité

La médiocrité de certains magistrats. Vous n'avez pas envie de la subir.

24:06
Invité politique

Vous avez envie de subir la médiocrité de quelqu'un ? D'un interviewé, d'un je ne sais pas. Mais ça m'arrive. Mais ça existe. Ça existe. Moi, j'ai toujours dit, on a caricaturé un peu mon propos, qu'il y avait de très grands magistrats. Et il y a de grands magistrats parce qu'il y en a des petits. Et c'est vrai chez les avocats et c'est vrai chez les journalistes. Et c'est vrai chez tous ceux qui ont des fonctions visibles et que les autres peuvent regarder. Voilà. Je n'ai pas envie de revivre ça, c'est vrai.

24:38
Présentateur

Eh bien, moi, j'ai la chance d'animer cette émission avec une grande journaliste.

24:42
Invité politique

Vous avez bien de la chance.

24:43
Présentateur

Merci, Nathalie. Merci, Eric Dupont-Moretti. Dans un instant, les informés. On se retrouve demain.

L'interview politique d'Éric Dupond-Moretti · Pourquijevote