François Bayrou : "Parler des gens qui seraient réduits à 'cloper' et à 'rouler au diesel' m'a fait honte"
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France Inter
Bonjour et merci de nous être fidèles tous les dimanches. L'invité de France Inter du journal Le Monde et de France Info aujourd'hui, c'était il y a tout juste dix ans, l'ami Frédéric Becbedé était allé le rencontrer à Pau. Question de Freddy pour le magazine GQ, qu'est-ce qu'être béarné ? Et voici ce qu'il répondait, ici on enlève son béret devant personne, ici le regard ne baisse pas. Mais il y a en réalité deux âmes béarnaises, une de ses âmes est portée au compromis et l'autre est portée à la résistance. Moi, je suis plutôt de la deuxième. Fermez les guillemets, mais est-ce toujours vrai ?
On dit de lui aujourd'hui qu'il est l'un des hommes forts de la Macronie et c'est peut-être flatteur, mais vraiment réducteur quand on pense à sa vie politique. Le président du Modem et maire de Pau, François Bayrou, s'est installé au micro de questions politiques. N'hésitez pas à intervenir sur l'appli France Inter ou les réseaux sociaux avec le mot-clé Question Paul. Bonjour et bienvenue François Bayrou. Merci d'avoir accepté notre invitation. Beaucoup de sujets sur lesquels nous voulions vous entendre. À mes côtés, pour vous interroger, la Dream Team de questions politiques, Nathalie Saint-Cricq de France Télévisions. Bonjour Nathalie. Et du Béarn. Et du Béarn.
Françoise Fressos du Journal Le Monde. Bonjour Françoise. Bonjour Ali. Et Karine Bécard de France Inter. Bonjour Karine. Salut à tous. Question d'actualité, ce vote historique en Nouvelle-Calédonie, François Bayrou, 165 ans après la prise de possession de l'archipel par la France. Très large victoire du nom à l'indépendance qui se profile. Résultat partiel, plus de 60% pour le nom. Et la Nouvelle-Calédonie qui choisit donc de rester en France. Le président de la République doit s'exprimer sur le sujet à 13h, allocution qui est enregistrée en ce moment même.
Nathalie Saint-Cricq, on connaît le contenu de cette déclaration, mais vous n'avez peut-être pas le droit de nous en parler tout de suite. Mais est-ce que vous êtes satisfait par le résultat, François Bayrou ?
C'est un vote d'une très grande importance historique. Et c'est un vote qui a plusieurs significations. La première de ces significations, c'est que la France est sortie de cette longue période qu'on appelle impérialisme, où il s'agissait pour les nations de prendre le contrôle de territoires et d'une certaine manière d'annexer leurs richesses.
Ça s'appelle la colonisation.
Et je préfère parler d'impérialisme, vous allez voir pourquoi dans une minute. Et nous en sommes sortis parce que d'autres n'en sont pas sortis. Je veux dire, il y a en particulier dans cette région du monde des influences, des tentations, des convoitises qui sont très importantes. Et on pense évidemment à la Chine et à une stratégie mondiale qui s'exprime en particulier là. Donc la France a tourné cette page et elle est entrée dans une autre page qui est la page du travail en commun, de la vie en commun, de l'intimité avec les populations qui sont précisément dans cet ensemble.
Vous ne diriez pas que la Nouvelle-Calédonie reste une colonie, François Bayron ?
Ah non, sûrement pas. Et c'est ce que dit le corps électoral qui, très largement, sans doute au-delà de 60%, en ayant voté, c'est aussi important que le score, à 81%, c'est-à-dire plus que n'importe quelle autre consultation. Et ça a une deuxième signification qui, pour moi, est très importante. C'est que la réconciliation peut l'emporter. Si l'on regarde l'histoire des dernières décennies et même siècles, alors on voit que chaque fois, l'affrontement, le conflit, la haine sont plus fortes que la passion de la réconciliation. Pour une fois là, la réconciliation l'emporte. Et je veux rendre hommage ici à tous ceux qui ont participé. Le premier nom qui vient, c'est Jean-Marie de Chibaou.
Et puis, Dikou Kewe, et puis Jacques Lafleur, et puis Michel Rocard et Christian Blanc. Tous ceux qui y ont conduit, et dont beaucoup, pardonnez-moi de le rappeler, appartenaient à ce grand courant central qui envisage qu'on puisse rapprocher les gens plutôt que de les opposer perpétuellement. Et ceci est un immense combat.
Mais la réconciliation, c'est quand même au prix de centaines de forces de l'ordre qui sont pour l'instant sur le caillou pour que tout se passe bien.
J'ai dit que c'est une dépêche à effet qui vient de tomber. Plusieurs voitures ont été brûlées. Deux faits de caillassages ont été signalés en Nouvelle-Calédonie. On va voir ce qui se passe maintenant.
Il y a eu des caillassages pendant la nuit de Halloween et beaucoup de voitures brûlées en France. Et on ne dit pas cependant qu'il y a une situation de cet ordre. Donc ça, c'est la deuxième chose. Troisième chose. Et puis, bien sûr, je répondrai à vos questions. Troisième chose, c'est que maintenant, l'avenir est à la charge de ceux qui sont à la tête des institutions en Nouvelle-Calédonie et à la tête de l'État en France. Il y a un devoir commun de bâtir quelque chose qui soit exemplaire, non seulement pour cette région, mais pour beaucoup d'autres régions du monde. étant donné la situation tellement originale de la France présente sur tous les océans.
À mon avis, c'est un petit peu ce que Mme Macron va dire tout à l'heure, ce qu'on vient d'entendre. Simplement, est-ce que vous ne croyez pas qu'il y a intrinsèquement, enfin que pour l'avenir, l'indépendance est en marche ? Ça prendra 10 ans, 20 ans. Ceux qui sont là-bas, disent que de toute façon, à terme, c'est plus éluctable. Cette question-là de confondre indépendance, souveraineté, séparation est une question extrêmement brûlante. C'est la question du siècle qui vient. Qu'est-ce que c'est l'indépendance si on n'est pas capable de prendre des décisions pour son propre compte ? C'est la question qui est posée aux pays européens, ne vous trompez pas, c'est la même.
Lorsque vous vous trouvez en présence d'immenses puissances, à la fois militaires, économiques, qui se moquent de savoir ce que veulent les autres, alors votre indépendance ne signifie rien. Et c'est pourquoi, on va le voir tout à l'heure quand on abordera la question européenne, c'est pourquoi nous avons le devoir d'imaginer que se rassemblent ceux qui ont une identité forte pour défendre leurs valeurs de civilisation. Alors, à ce moment-là, on est vraiment dans une idée réelle et réaliste de la souveraineté partagée et pas dans une idée de la domination.
On va y venir après le portrait. Question de Françoise Fresseuse.
Qu'est-ce que vous attendez concrètement de l'allocution d'Emmanuel Macron ? Vous dites que le résultat engage le gouvernement français. Qu'est-ce que vous attendez du gouvernement français après ce résultat ? Vous avez vu que le président de la République et le gouvernement ont fait le choix d'un très grand respect du débat calédonien. On refusait les pressions. Les consignes. Et ont refusé d'intervenir pour faire confiance, manifester leur confiance à la population calédonienne. C'est extrêmement courageux de leur part. Et ça a joué un très grand rôle.
Parce que je suis sûr que si le choix inverse avait été fait, c'est-à-dire si on avait rompu avec l'esprit des accords de Nouméa, en disant, mais au contraire, nous allons intervenir puissamment pour que les Calédoniens se rangent à l'avis des autorités françaises. Alors je suis certain que le climat et le résultat n'auraient pas été le même. Il était extrêmement courageux de faire cela. De même que c'est un très grand défi de penser ce que va être l'avenir du territoire. On pense au nickel, évidemment, avec ses fluctuations perpétuelles, j'allais dire.
On pense à cet esprit si particulier qui s'est noué au sein de la démocratie sur le territoire calédonien et que je veux saluer à cet instant qui est pour moi un instant historique.
On va revenir en métropole dans un instant, mais ce sera juste après votre portrait François Bayrou, portrait signé Karine Bécard.
François Bayrou, la question qui se pose désormais quand on pense à vous, c'est tout simplement à quoi servez-vous ? Certes, vous êtes le maire de Pau depuis plus de 4 ans maintenant. Certes, vous présidez votre parti, le Modem, que vous avez fondé il y a déjà 11 ans. Mais aux côtés d'Emmanuel Macron, François Bayrou, très secrètement, que lui apportez-vous ? Au départ, on a pu vous voir comme un père, comme son père en politique. Vous lui avez offert toutes vos cicatrices, lui qui apparaissait si jeune et surtout si lisse.
Mais aujourd'hui, François Bayrou, est-ce que vous êtes un simple conseiller, un admirateur énamouré ou un redoutable manœuvrier, comme le dernier remaniement finalement a pu laisser le penser ? En réalité, à bien vous observer, vous, le fils de paysan qui a toujours rêvé de devenir président, vous tentez à présent de vous ériger en vigie, une vigie au cœur de la Macronie que vous avez acceptée de rallier et avec laquelle vous vous trouvez engagé.
Je n'ai pas l'habitude de renier mes rêves et mes objectifs. Je crois que cette alliance peut aider de manière décisive à faire entrer dans la réalité ce qui apparaissait à beaucoup impossible.
Ce 22 février 2017, vous avez 65 ans, vous en avez consacré 35 à la politique et vous vous sacrifiez. François Bayrou, vous acceptez d'aider Emmanuel Macron comme vous auriez sans doute aimé que Jacques Delors en 2007 le fasse pour vous. Mais dans le même temps, reconnaissez que vous ressuscitez et pour la première fois, vous décrochez 47 députés, ce qui vous a fait sangloter à la première réunion de groupe, à l'Assemblée. Et puis surtout, tout ce en quoi vous croyez et tout ce pour quoi vous avez toujours œuvré, rassemblée droite et gauche pour avancer, cette idée-là a enfin permis de gagner.
Une sacrée victoire sur tous ceux qui vous ont toujours critiqués, en particulier sur Nicolas Sarkozy, qui ne vous a, c'est vrai, jamais ménagé.
Je trouve simplement curieux le système qui consiste à dire, pour François Bayrou, si je suis au deuxième tour face à Nicolas Sarkozy, je serai le candidat de la gauche. Si je suis au deuxième tour face à Ségolène Royal, je serai le candidat de la droite. Quand même pour diriger la cinquième puissance du monde, qu'est la France, c'est quand même pas un geste de conviction formidable.
C'était le 18 avril 2007. Deuxième campagne présidentielle pour vous, la plus belle, celle où vous êtes arrivée troisième. Onze ans plus tard, vous n'avez rien oublié, l'homme des Pyrénées s'est savamment activé pour qu'aucun Sarkoziste n'entre au gouvernement lors du dernier remaniement. Mais aujourd'hui, François Bayrou a 67 ans, vous n'êtes plus ministre, balayé par cette affaire d'emploi présumé fictif, et vous vivez donc la politique à travers Emmanuel Macron, autrement dit, par procuration. Vous chuchotez à l'oreille du président, et pour l'instant, il vous entend. Jusqu'à quand ?
Réponse, François Bayrou ?
Oui, c'est toujours un tout petit peu particulier de se voir ainsi croqué, au sens figuré du mot, jusqu'à maintenant. Et donc, c'est toujours un tout petit peu particulier. C'est extrêmement simple. Le combat que je mène n'a jamais changé. Il s'est trouvé que pendant longtemps, comme vous l'avez rappelé, ce combat a été considéré comme un combat perdu d'avance, symbolique, et d'une certaine manière, sans aucune perspective.
Et puis, il s'est trouvé que c'est précisément ce choix-là qui l'a emporté, et qui a renversé ces deux partis, je dis les deux tours jumelles, qui gouvernaient la France alternativement, sans que jamais on puisse avoir le sentiment qu'ils sortaient des postures qui étaient les leurs. Ça, c'est le fil rouge. Vous venez de voir précisément sur la Nouvelle-Calédonie que la vérité était précisément là où on refusait de l'avoir ou de l'imaginer. Et je crois aussi que c'est évidemment le cas aujourd'hui pour la France et pour l'Europe dont on va parler.
Avant de donner la parole à Françoise Fressoz pour essayer de comprendre ce rôle que vous jouez aujourd'hui auprès du Président de la République, comment décririez-vous cette relation étonnante ?
Non, non, non, pas auprès du Président de la République. Auprès des Français. Parce que je suis en situation d'être un élu et le porte-parole des Français.
Mais comment décririez-vous cette relation étonnante que vous avez avec le Président de la République ? On sent qu'il y a entre vous quelque chose de très fort. Alors, je ne sais pas si vous avez été un père, mais vous êtes quoi, un grand frère, un oncle ? On se souvient tous de cette scène incroyable du documentaire Macron, Les coulisses d'une victoire, où vous êtes, quelques mois avant l'élection présidentielle, avec lui, à l'étage d'un restaurant absolument désert et où vous lui dites, je suis là pour vous aider, pour rien d'autre. Grand frère, oncle, François, c'est comme ça qu'il doit vous appeler ?
Non, on m'a souvent dit, vous savez, c'est bizarre, j'ai commencé ma vie politique, on m'a dit, mais au fond, vous êtes le fils de Giscard ou de Barre. Oui. Je dis, non, je ne suis pas leur fils, parce que j'avais un père formidable qui est parti très, très tôt. Mais je n'ai pas besoin d'avoir un visage paternel auprès de moi. Et après, on a dit, vous l'avez rappelé, que j'avais un rôle paternel auprès d'Emmanuel Macron. Pas du tout, parce que j'ai des fils formidables, eux aussi. Je n'ai pas besoin de substituts. Je n'ai pas besoin de substituts. Disons qu'il y a quelque chose de fraternel.
C'est difficile d'aider, Emmanuel Macron ?
Il y a quelque chose de fraternel, de humainement fraternel et de politiquement fraternel. Il y a de l'admiration ou pas ? Françoise François. Des deux côtés ? Ah, des deux côtés, je ne sais pas. Je ne parle pas à sa place. Mais en tout cas, je ne le soutiendrai pas si je n'avais pas le sentiment qu'il représente pour la France une chance unique. Et c'est la raison aussi de mon engagement.
Alors, ce qui est intéressant, Françoise, vous remarquez que pour quelqu'un qui n'est pas au gouvernement, il a quand même une drôle d'influence, François Bayron.
Oui, moi, c'est ce qui m'a frappé lors du dernier remaniement ministériel, laborieux remaniement ministériel. Et on voit que deux de vos proches sont promus, Jacqueline Gourault, promu ministre de la Cohésion des Territoires, et Marc Fénaud, en charge des relations avec les Parlements. Alors, depuis, on entend du côté du Modem une complainte. Il a 47 députés, nous plus de 300. Pourquoi accorder autant de place à François Bayrou ? Qu'est-ce que vous leur répondez ? La situation politique dans la majorité est assez simple. Il y a un mouvement, en effet, très important dans le champ parlementaire de l'Assemblée nationale. Pas le cas au Sénat, ni encore au Parlement européen.
Donc, un mouvement très important à l'Assemblée nationale, qui est un mouvement, on va dire, de génération spontanée, qui est né avec l'élection d'Emmanuel Macron, et pour aider à cette élection, parce que les Français ont voulu qu'il y ait une cohérence dans les institutions. Très bien. Puis, à côté, ayant joué un rôle, je crois, très important dans cette élection, il y a un mouvement qui a un visage complètement différent. Parce que c'est un mouvement qui a une histoire, qui a une doctrine, C'est le Modem. qui a une unité intérieure, une très grande solidarité intérieure, et qui a, disons, un leader, un responsable, qui a des relations très étroites avec tous ceux qui en sont les acteurs.
C'est bien cruel pour La République En Marche. Non, non, non. Je décris... Pas de doctrine, pas de leader. Je n'ai pas dit ça. C'est exactement ce qu'on comprend. Je n'ai pas dit ça, et si vous me laissiez finir la phrase, alors vous comprendriez. Ce que je crois, c'est que La République En Marche, elle s'est fondée sur les mêmes attentes, sur les mêmes principes que le mouvement démocrate il y a dix ans. Mais c'est ces dix ans et les 60 années qui précèdent qui racontent cette histoire-là. Et donc, l'intimité doit être ou est destinée à être très grande. Ce n'est pas encore établi, mais ça viendra. Je vais vous citer un chiffre.
Il y a plus de 50 députés de La République En Marche qui sont d'anciens adhérents du Modem. Cédric Villani, par exemple, je cite cet exemple, il a été adhérent du Modem à Lyon quand le Modem s'est créé pendant plusieurs années. Vous voyez bien que c'est, au fond, c'est le même arbre. Simplement, le Modem a davantage caractérisé son ADN. Parce que pour les végétaux, c'est la même chose. Donc, davantage caractérisé, davantage élaboré au travers du temps, cet effort-là. On vient de parler de Chibaou à l'instant.
La question est quand même de savoir ce que vous êtes un hyper protecteur de cette famille que vous décrivez très bien, le Modem. Et aujourd'hui, on a le sentiment que votre rôle, c'est surtout de jouer les grands manœuvriers pour permettre effectivement à cette famille d'exister et notamment au sein du gouvernement. D'abord,
il faut que vous vous disiez que le temps est long. Cinq ans, c'est long. Cinq ans, ça passe vite.
Ça fait déjà 18 mois.
Cinq ans, c'est long. Et donc, la pierre que chacun d'entre nous peut apporter à cet édifice, je considère que c'est une pierre précieuse. Et pour moi, il se trouve que j'ai la chance en effet d'avoir un lien avec l'opinion publique, un lien avec beaucoup de Français qu'ils aient voté pour moi. Ils sont nombreux à l'avoir fait, des millions et des millions, ou qu'ils ne l'aient pas fait. Ils savent bien que je ne joue pas la comédie. Ils savent bien que je ne suis pas dans les intrigues. Ils savent bien que je ne suis pas dans les manœuvres et que nous ne sommes pas. dans cette famille politique, ni dans les intrigues, ni dans les manœuvres.
Alors justement, la pierre, votre pierre précieuse que vous apportez à l'édifice, ou votre branche, puisque vous êtes partie d'un arbre, est-ce que ce n'est pas la politique, tout simplement, c'est de faire comprendre à La République En Marche, à un certain nombre de personnes comme Benjamin Griveaux ou Emmanuel Macron, qu'on ne parle pas d'une France qui clope et qui est au diesel et que c'est une façon de mépriser ces gens-là quand on ne leur parle pas correctement ?
François Bayon.
Cette phrase m'a fait mal. D'une certaine manière, elle m'a fait honte. Parler de la France comme parler du peuple, comme des gens qui seraient réduits à cloper ou à rouler au diesel comme si c'était une infamie de rouler au diesel. Je rappelle que c'est l'État qui a fait rouler les gens au diesel et qu'encore aujourd'hui, il faudrait approfondir les études pour savoir quelle différence réelle et profonde il y a sur ces sujets. Donc, oui, j'ai trouvé cette phrase le contraire de ce que nous avons voulu bâtir avec le président de la République. Le contraire.
L'élection d'Emmanuel Macron, elle s'est faite précisément sur l'idée qu'on allait rompre avec cette manière de couper le pays en deux avec les gentils chics d'un côté et les désagréables pas chics de l'autre. J'ai trouvé, alors je dis qu'il est temps que s'expriment dans la majorité tous ceux qui refusent cette rupture entre le prétendu haut et la base de la société, il est temps que se fassent entendre ceux qui ont, ceux qui revendiquent cet esprit populaire-là, c'est-à-dire considérant que dans un pays comme le nôtre, la base est aussi importante que le sommet, que les deux, que le prétendu sommet, parce que pour moi, c'est pas du sommet. l'homme des Pyrénées.
Donc, qu'on a besoin de cette unité-là du pays... Vous l'avez dit Emmanuel Macron, pardon de vous interrompre parce que c'est lui aussi qui a parlé à ses troupes. Je vous assure que rien de ce que je dis là, je l'aurais tué ou je ne saurais rester silencieux sur ces sujets. Je trouve que les temps que nous vivons, ils sont marqués par une chose sur toute la surface de la planète. Je pense aussi bien au Brésil qu'aux Etats-Unis, qu'au Moyen-Orient, qu'à la Russie, qu'ils sont marqués par une chose. C'est que les sociétés sont dirigées par des personnalités et des attitudes qui sont en rupture complète avec ce que vivent les citoyens de base. Et les citoyens de base se vengent.
sur tous les sujets. Par exemple, ceux qui sont au prétendu sommet, ils parlent une langue que les citoyens ne comprennent pas. Ils passent leur vie à employer des mots, des concepts, des statistiques, à parler avec des chiffres au lieu de parler avec les mots charnels qui s'imposent pour qu'un pays comprenne. Pas du tout. En tout cas, de ce que j'en vois.
sa pensée complexe atteint les Français quand ils parlent de démancipation de la société, des gens comprennent. Vous croyez que
le général de Gaulle n'avait pas une pensée complexe ?
On peut avoir une pensée complexe et l'exprimer simplement.
Et moi, je pense qu'il a précisément les mots pour le faire et le regard pour le faire. Il se trouve que je pense que lui n'est pas dans ce cas-là. Mais on est toujours devant l'éternelle tentation de voir revenir les habitudes des pouvoirs satisfaits qui trouvent que leurs raisons doivent s'imposer à tout le monde. Et moi, je pense qu'ils se trompent et qu'il y a un énorme travail de civisme à faire pour partager précisément avec les citoyens de base les raisons et les choix que l'on fait. Ce travail n'est pas assez fait. Vous savez que je l'ai dit beaucoup de reprises et je pense que c'est au président de la République principalement ou le premier à faire ce travail et à le conduire.
Et les dix jours, je suis très content qu'il ait choisi d'aller passer dix jours dans les régions françaises
autour du souvenir et de l'avenir. L'itinérance, je ne sais pas si vous aimez le mot, on va en parler dans un instant. François-Esprit-Sosé.
Juste une dernière question sur votre rôle et celui du modem. Est-ce que vous voyez en coalition aujourd'hui ou est-ce que vous voyez sur un modem qui va essayer d'imprégner la République en marche ? Comment vous imaginez ce système ? La forme n'est pas encore établie. Il se trouve que la République en marche est en grand changement, que j'ai des relations de très grande confiance avec la personnalité qui a pris l'intérim de la République en marche. Philippe Branjon. Philippe Branjon, qui est quelqu'un que j'estime et avec qui je travaille depuis longtemps, avec qui je discute depuis longtemps. on ne sait pas encore quelle forme ça va prendre. Ce que je sais, c'est que...
Ce ne sera pas une fusion-acquisition ? Deux choses. Première chose, la disparition de l'identité est mortelle. Et deuxième chose, la division est mortelle. Et donc, je n'accepterai ni l'une ni l'autre. Je ne laisse pas... Je ne reste pas silencieux quand je vois que des choses ne vont pas. Et en même temps, je refuse la division qu'on a appelée dans d'autres parties la fronde. Je pense qu'il faut au contraire que nous nous sentions co-responsables de l'avenir du pays.
Alors, il y a justement ce coup d'envoi aujourd'hui à Frasbourg de l'itinérance dont vous parliez, François Bayrou, Emmanuel Macron, en voyage dans l'est de la France, itinérance mémorielle sur les traces de la Grande Guerre, l'occasion aussi de rencontrer certains de nos compatriotes dans les régions ou certaines des contrées les plus pauvres du pays. Alors, vous s'est féru d'histoire, quel regard portez-vous sur le débat autour des commémorations de la Grande Guerre ? Le Président de la République ne veut pas donner une tournure trop militaire à ces cérémonies.
Il faut d'abord se souvenir de la fin de l'hécatombe monstrueuse qu'a été la Première Guerre mondiale ou célébrer la victoire militaire sur l'Allemagne comme le réclament certains ?
Non, je pense que c'est une guerre qui a été terrible ou plutôt une succession de guerres qui ont été terribles et dont chacune a appelé l'autre et que dans cette guerre-là, le peuple allemand a été victime autant que le peuple français. très gravement victime. Je suis né et je vis toujours aujourd'hui dans un village qui comptait en août 1914 320 habitants. Il y a 30 noms sur le monument aux morts. Si vous enlevez les femmes, les moins de 20 ans et les plus de 40 ans, alors vous vous apercevez que peut-être deux garçons sur trois sont morts à la guerre. J'ai connu très très bien, j'ai beaucoup aimé une vieille dame qui a participé à mon éducation.
En août 1914, elle est fiancée avec un garçon du village. Il est tué en septembre 1914. Deux ans après, elle se fiance avec son frère. Il est tué en 1917. Il n'y a plus d'hommes dans le village. Et elle finira par épouser 20 ans après le père de ces deux garçons devenus veufs. Ça, c'est le sacrifice des villages. Il y a au cimetière de Pau une superbe sculpture qui avait été faite pour être une esquisse pour le monument aux morts de la ville. Je comprends bien qu'on ne l'ait pas prise. Ce monument aux morts, il est très... Cette esquisse, elle est superbe. c'est pour commémorer la guerre une femme qui pleure. Et c'est... Tous ceux qui peuvent aller le voir, c'est superbe.
Ça dit énormément de choses. Pour moi, je suis d'accord avec le président de la République pour dire que les deux peuples ont été victimes. Alors, naturellement, il faut célébrer tous ceux qui, autour de Clémenceau, magnifique discours de Clémenceau le jour de l'armistice, tous ceux qui, autour de Clémenceau et des généraux de l'époque et des officiers et des sous-officiers et des hommes du rang...
Et des maréchaux ?
Non. Tous ceux-là ont donné plus d'un million quatre cent mille de leurs enfants pour... Et en effet, on sait quel affaiblissement de l'Europe a été ce jour-là décidé. Et quelle stratégie était adoptée puisque pour les deux états-majors, il s'agissait de saigner l'autre peuple. C'est comme ça que c'était présenté. Alors, il faut rendre hommage à l'héroïsme et en même temps tendre la main. Je trouve que c'est très juste. Nathalie Sacric. Est-ce que vous pensez, François Bayrou, que vous avez dit tout à l'heure souvenir, avenir, les deux volets de l'itinérance comme on appelle ça ?
Est-ce que Emmanuel Macron a besoin de relier, vraiment retisser les fils, comme il dit, avec la population, avec les Français ? Parce que, pour l'instant, manifestement, il y a une espèce de fracture entre les deux. Est-ce que vous pensez que c'est vraiment utile ? Est-ce que ce genre de choses, pendant une semaine, c'est quelque chose de fabriqué ? Non, je pense que c'est unique et ça ne peut marcher que dans une très grande authenticité. Et sans dérapage. bien sûr, mais vous savez, dans la vie en général, il vaut mieux éviter les dérapages, quels qu'ils soient. Alors, quand on est président de la République, les dérapages se voient davantage parce que vos objectifs...
Quand il va engueuler les Français partout, ils les rencontrent. il parle cash, peut-être parfois trop, mais il parle cash. Et en tout cas, je n'ai jamais vu chez lui la moindre once de condescendance. Alors, comme personne ne le dit, je le dis. Mais... Oui, parce que personne ne le dit. Personne ne le voit, peut-être. Quand personne ne dit les choses, ça ne veut pas dire qu'elles ne sont pas vraies. Mais Gérard Collomb était dans l'erreur, par exemple, en considérant qu'il avait une forme d'engagement. Il ne parlait pas d'Emmanuel Macron. Ah, d'accord. Gérard Collomb, il ne parlait pas d'Emmanuel Macron. Il parlait des milieux de pouvoir à Paris.
Bon, je le sais parce que nous en avons discuté ensemble. il parlait en effet de cette organisation du pouvoir, de la technostructure du pouvoir qui en effet pour des élus provinciaux est un sujet d'étonnement et d'agacement. Alors, beaucoup de questions à vous poser. Et quand je dis des élus provinciaux, je ne parle pas que de Gérard Collomb. Vous voyez ce que je veux dire ? François Spicarine.
Parle, d'accord.
Je voulais juste savoir pourquoi le geste qu'avait fait Emmanuel Macron en juillet devant le Congrès en disant on va passer de la République verticale à la République contractuelle. Il avait tendu la main aux collectivités locales et il n'y a pas eu cette réconciliation attendue. Qu'est-ce qui cloche depuis le début du quinquennat dans la relation aux élus ? Cette réconciliation, elle est en marche. Mais qu'est-ce qui vous fait dire qu'aujourd'hui, ça va marcher ?
Parce que je sais, je vois, le fait qu'on ait reconstruit ou construit pour la première fois depuis longtemps un grand mouvement chargé des collectivités locales et de l'aménagement du territoire autour d'une femme que j'estime, pour qui j'ai de l'affection et que j'estime, qui connaît parfaitement les problématiques du terrain. C'est un élément décisif et je suis sûr que les gestes vont être faits nécessaires. Il y a en effet comment dire, deux sensibilités. Une sensibilité jacobine très présente au sein de l'État qui considère que les bonnes décisions doivent se prendre en haut et être appliquées en bas.
Il y a une sensibilité girondine qui considère que l'énergie vient autant du bas que du haut. Et même si on devait pousser quelquefois plus l'imagination, le renouvellement de la pensée, la fédération des différentes sensibilités, ça se fait davantage en bas que ça ne se fait en haut. Karine Becker.
Ce n'est pas le seul problème de savoir si Emmanuel Macron est girondin ou plutôt jacobin. Emmanuel Macron est taxé depuis le départ.
Permettez-moi de vous dire, votre phrase est inexacte et je la corrige. La question, ce n'est pas si Emmanuel Macron est ceci ou cela, c'est si la France est comme ça. Et donc, c'est une question centrale de savoir si l'avenir est dans une espèce de verticalité qui impose des décisions si souvent erronées qui viennent du sommet en ignorant la base.
Sauf qu'aujourd'hui, l'État est incarné par Emmanuel Macron et qu'Emmanuel Macron est plutôt vu comme un président des villes, un président des métropoles et tout à coup, il essaie de nous faire croire
qu'il est un président
des territoires et des gens modestes.
Complètement. Il se trouve que je suis pyrénéen. Donc les Français se trompent. Surtout, les sondages d'opinion le disent. Mais je pense que des erreurs de communication ont été faites. Je ne veux pas vous dire le contraire. Et il le sait bien, lui. Donc il est victime d'une injustice formidable, le président de la République, François Bayreau. Et quand on a des erreurs, on les corrige. Je disais, je suis pyrénéen et donc je connais mieux encore que d'autres ses racines. Je sais qu'il est ami avec des bergers depuis très très longtemps. Je sais qu'on l'a assez accusé d'être sensible aux chasseurs. Pourquoi, croyez-vous, ce n'est pas une sensibilité électorale ? C'est que simplement...
Vous croyez vraiment ? Permettez-moi d'affirmer des choses. Allez-y. Je dis qu'il a, avec les populations rurales et ouvrières, un contact les yeux dans les yeux qui ne ressemble absolument pas à la caricature qui est faite de lui. Je ne suis pas son avocat. Je n'ai pas l'intention de l'être. Je ne suis pas son défenseur ni son conseiller en communication. Mais je dis ce que je vis. Vous êtes le meilleur d'entre eux. Je dis ce que je vis. c'est un homme qui parle à d'autres femmes et d'autres hommes les yeux dans les yeux à la même hauteur. Alors simplement, il parle cash. Simplement, il dit à un jeune garçon on peut trouver du travail. Il n'est pas exactement ce qu'il a dit.
Il a dit il suffit de traverser la rue pour en trouver. Nicolas Sarkozy le faisait aussi et vous ne trouviez pas ça irrésistible. Excusez-moi, j'ai écrit beaucoup sur Nicolas Sarkozy. Je sais ce que j'ai écrit. Je pense que les rapports ne sont pas du tout les mêmes mais je n'ai pas de querelle avec Nicolas Sarkozy. Françoise Fressoz. Pour bien comprendre, est-ce que vous pouvez nous citer un ou deux domaines où vous verriez qu'il y a vraiment un geste que le président n'est plus aussi jacobin et davantage girondin dans l'actualité très présente des jours à venir ? Qu'est-ce que vous attendez ? C'est très simple.
Il y a un an, le président de la République est allé devant l'association des maires et il a dit qu'on allait pouvoir faire des adaptations, qu'il allait demander au préfet de ne pas hésiter à corriger un certain nombre de choses même de manière expérimentale. C'est-à-dire, on sort de la règle unique imposée à tout le monde et pour tout le monde pour considérer que l'initiative du terrain peut être très importante. Mais ça veut dire révision de la Constitution pour que ça marche ? Elle est en cours. Vous croyez qu'elle va aboutir ? Que des collectivités puissent avoir des statuts et des compétences particulières, c'est en cours. C'est ce qui vient d'être annoncé, par exemple, sur l'Alsace.
Les deux départements qui fusionnent. Les deux départements qui fusionnent pour faire une collectivité. Permettez-moi de dire au passage que je considère que la réforme des régions qui a été faite par la loi NOTRe est une honte et un échec. C'est la réforme menée par François Hollande. C'est la réforme menée par François Hollande. C'est la plus grosse erreur du quinquennat. Ce n'est pas la plus grosse, mais c'est une très très grosse erreur. Il suffit de regarder le profil d'un certain nombre de régions.
Le Grand Est est sûrement un exemple, mais le Grand Sud-Ouest, ce qu'on appelle Nouvelle-Aquitaine, est une stupidité qu'il faille sept heures pour aller d'un bout à l'autre de la région, qu'on considère que dans l'esprit régional, c'est la même chose, c'est la même région que Pau, Limoges, Poitiers, Bressuire, mais il ne faut jamais n'avoir parcouru la France pour comprendre ce que c'est. Et ça, multiplie par X les frais de fonctionnement, parce qu'il faut aller d'un bout à l'autre de la région, ça empêche l'esprit régional de se former. Bon, la loi est dure, mais c'est la loi. C'est une identité, c'est une volonté. Ce n'est pas la loi, c'est nul. C'est la loi, ça s'appelle la loi.
C'est nul. C'est nul, mais la loi est dure. Appelons nulle une loi nulle. Eh ben, on va changer de sujet. Cependant, il y a des régions où c'est bien, la Normandie, c'est bien, la réunification des deux Normandies. Mais ça a été fait, non pas pour des raisons profondes, historiques, géographiques, sociologiques, tout ce que vous voulez. Ça a été fait pour des raisons électorales, sur un coin de table, avec une calculette aveugle, une calculette à œillère, pour simplement favoriser le parti socialiste. Simplement, tout à l'heure, vous avez dit qu'il ne fallait pas avoir... Oui, ça n'a pas marché, c'est le moins qu'on puisse dire. Ça ne marche jamais, vous savez.
Vous avez dit qu'il ne fallait pas avoir de mépris dans l'expression pour la France d'en bas, parce qu'on appelait dans le temps la France d'en bas. Est-ce que vous considérez... Plus que ça, il faut avoir du respect dans l'expression. Est-ce que vous considérez que la distinction populisme-progressisme n'est pas une façon de dire on a raison ou ils ont tort ? Je crois que vous préférez la distinction démocratie-démagogie. Est-ce que c'est une bonne idée pour Emmanuel Macron d'avoir encore laissé entendre qu'il était dans le camp du bien et que les autres n'étaient que dans l'erreur ?
Et c'est le clivage qu'il essaie d'imposer au monde de la campagne pour les élections européennes ?
Je pense que cette formulation, la première qui a été retenue, progressisme, nationalisme, n'est pas excellente. Pourquoi ? Parce que je n'abandonne pas la nation nationaliste. Parce que pour moi, la nation, c'est quelque chose de très important. L'identité d'un peuple, la communauté de destin, comme je l'avais défini autrefois dans un livre, c'est très important. C'est en cela que les gens se reconnaissent. c'est le bien commun de ceux qui n'ont pas grand-chose. Et donc, mettre le mot nation dans le monde des adversaires, ce serait une erreur.
Pourquoi il s'obstine alors sur ce sujet-là ?
Je ne suis pas sûr que ce soit son idée, mais peut-être il aura l'occasion. Vous êtes vraiment son meilleur avocat, c'est incroyable, François Bayrou. Je ne cherche pas à être avocat. Non, mais il est responsable des mots qu'il prononce. Excusez-moi. Il est responsable des mots qu'il prononce, pour la situation historique dans laquelle nous sommes et je donne mon jugement sur les personnes. Mais le président de la République est responsable des mots qu'il prononce. Sûrement. Et donc, moi aussi. Et donc, je vais reprendre les miens. Il y a une immense question historique qui n'est d'ailleurs pas étrangère à ce qu'on vient de vivre en Nouvelle-Calédonie. C'est la même chose.
Est-ce que, pour exercer sa souveraineté, pour défendre ses propres choix, est-ce qu'il faut s'isoler selon la doctrine du chacun pour soi et du charbonnier et maître chez soi ou bien est-ce qu'il faut se rapprocher de ceux avec qui on partage l'essentiel ? Ça, c'est une immense question historique. Et il y a donc, d'un côté, ceux qui veulent l'union et de l'autre, ceux qui veulent la division. C'est ça, c'est ça la vérité. Je vais prendre un exemple très simple.
Et rapide.
Parce que l'heure tourne, François Bayrou, et qu'on a beaucoup de questions à vous poser. Aussi rapide que possible. Je ne sais pas si vous avez vu ce qui s'est passé pour les entreprises européennes en Iran. Les Etats-Unis ont décidé, sans consulter personne, qu'ils allaient imposer revenir aux sanctions en Iran. Qu'est-ce qui s'est passé pour les entreprises européennes ? Pour Peugeot, pour Total, immenses entreprises. Ce n'est pas des PME. Eh bien, dans les deux mois, ils ont plié bagage. Et vous croyez qu'on va être plus fort en étant tout seul ?
Quel est l'esprit qui va oser venir devant les Français en disant, écoutez, mes chers amis, j'ai bien réfléchi, j'ai regardé le monde, j'ai vu la Chine, j'ai vu les Etats-Unis, j'ai vu Trump, j'ai vu ce qui se passe au Brésil, je vais vous proposer quelque chose, on va se mettre tout seul, on sera plus fort.
Pour l'instant, l'Union Européenne existe et malgré tout, toutes ces entreprises
européennes sont parties. Parce qu'on n'a pas fait le travail qui devrait donner à l'Europe sa pleine souveraineté.
Emmanuel Macron a essayé de le faire et il s'est retrouvé tout seul. Eh bien, il s'est retrouvé
tout seul, ça n'a pas d'importance s'il avait raison. Je pense que le Président de la République devrait à chaque occasion expliquer aux Français quel est le but qu'il se fixe dans l'immense travail européen et tant pis s'il n'arrive pas chaque fois à obtenir les objectifs qu'il s'était fixé. C'est une question très... La question de l'Europe, c'est la question de l'association des citoyens aux questions essentielles de leur avenir. Simplement, depuis des décennies, les institutions et même de bonne foi ont fait en sorte que les citoyens n'y comprennent rien, que les citoyens soient tenus en lisière, soient tenus à l'écart.
Et moi, je suis pour que, c'est pour ça que j'aime le mot de démocratie, pour qu'on rende au peuple la pleine conscience et la pleine responsabilité de ses choix. Françoise Fressoz. Il y a eu pendant très longtemps en France l'idée qu'il ne fallait surtout pas être isolé sur la scène européenne et on avait l'alliance franco-allemande sur laquelle a misé Emmanuel Macron. Aujourd'hui, on voit que le couple est un peu en panne, qu'Angela Merkel est en difficulté et la tentation d'Emmanuel Macron de se dire même si je suis seul ou isolé, je vais affirmer ma conviction. Est-ce que c'est quand même pas dangereux ? C'est pas une tentation qu'il doit avoir, c'est un devoir qu'il doit exercer.
Est-ce que c'est pas le risque de, au fond, se retrouver complètement isolé parce qu'on ne réforme pas l'Europe tout seul ? Françoise Fressoz, De quoi manque l'Europe ? L'Europe manque de sens parce que les institutions complexes, loin des peuples, une représentation même parlementaire qui n'est pas suivie ou comprise ou dont l'opinion n'est pas informée, tout ça a creusé un fossé. Et personne, y compris nous cinq autour de cette table, n'est capable de dire ce que l'Europe discute aujourd'hui. Impossible. Je vais même un peu plus loin. On vit la grande époque du Brexit, n'est-ce pas ? Qui a expliqué aux Français ce que le Brexit entraînait comme enjeu pour les Britanniques et pour nous ?
Michel Barnier sur France Inter
il n'y a pas si longtemps. Le négociateur du Brexit.
Vous voyez, c'est exactement ce que répondent toujours les responsables, même médiatiques. Ils croient que parce qu'il y a eu une émission,
ça a été entraîné. Vous dites qu'il a fait,
je vous cite un nom et un lieu où il l'a fait. Je suis très content que Michel Barnier le fasse et je le soutiens. Mais je veux que vous compreniez que l'explication quotidienne réitérée, répétée, humblement ressassée des enjeux de ce qu'on est en train de faire, des risques que l'on prend, des échecs qu'on rencontre si on en rencontre. C'est ça qui donnera aux Français et aux autres le sentiment que l'Europe ça existe vraiment. Pour l'instant l'Europe c'est extérieur à eux et cette faiblesse-là elle doit être corrigée d'urgence.
Alors justement pour corriger cette faiblesse et partant du principe qu'ensemble tout devient possible, est-ce que vous qui envoyez des SMS sans arrêt en latin notamment à Alain Juppé vous lui dites viens avec nous ça mérite on va essayer de faire campagne tous ensemble au nom justement de cet éclatement des clivages et finalement est-ce que vous avez un léger espoir qu'il va vous rejoindre ?
je vais vous dire quand les buts sont clairs il faut qu'il le soit quand les enjeux sont historiques ils le sont alors le rassemblement le plus large est recommandé non mais recommandé mais possible plausible est-ce que vous vous ouvrez en lui disant viens avec nous je ferai tout ce que je pourrais pour cela dans le respect des différentes sensibilités mais vous lui dites
Alain rejoins-nous faisons campagne ensemble
vous avez l'impression qu'il y a une marge si j'ai besoin de parler à Alain Juppé je vous assure que je ne le ferai pas sur France Inter non mais c'est pour comprendre en l'occurrence mais bien sûr je pense que plus c'est large et mieux c'est mais je n'ai jamais pensé que les ralliements étaient faciles je sais très bien que la tendance naturelle des choses elle n'est pas à cela moi j'ai un espoir
il y a quand même une partie de la droite de la droite modérée je pense évidemment à Alain Juppé on peut mettre Valérie Pécresse Xavier Bertrand c'est plus compliqué et puis tout le groupe indépendant agir qui reste très attaché finalement aux valeurs de droite et qui n'ont pas envie effectivement de passer le pas de franchir le rubicon et d'aller effectivement à la République en marche pourquoi ? comment est-ce que vous expliquez ça ?
Qu'est-ce qu'a dit l'élection d'Emmanuel Macron ? C'est qu'on pouvait construire un pays conservant chacun son identité
il n'y croit pas alors ?
Des gens de droite modérés comme vous dites ils peuvent conserver leur identité il y en a au gouvernement des gens du centre pleinement inscrits dans l'histoire dans la grande histoire du centre français peuvent conserver leur identité des sociodémocrates venus de la gauche peuvent conserver leur identité il n'y a rien de plus important que de rassembler dans le respect de cette histoire c'est vraiment ce qui s'est passé ?
de cet enracinement on peut aussi expliquer l'élection d'Emmanuel Macron par le rejet de l'extrême droite et de Marine Le Pen
non l'élection d'Emmanuel Macron elle a été acquise au premier tour elle a été confirmée au deuxième tour notamment après le débat mais elle a été acquise au premier tour c'est au premier tour que les français ont dit voilà l'ambient en tête avec 24% voilà le surgissement que nous souhaitons et que nous apprenons 24% vous appelez ça un surgissement ?
24% venus de pas beaucoup c'est un surgissement et je veux ajouter une chose c'est que une des questions qui se posent chaque jour aujourd'hui y compris à ceux qui sont autour du président de la république ou qui le soutiennent c'est précisément de ne pas oublier l'esprit de ce printemps 2017 dans lesquels le choix des français a été pour un renouvellement profond de de l'engagement politique un renouvellement profond des attitudes et dans lequel renouvellement profond la bienveillance avait une très grande importance Françoise Presseuse tout le responsable politique qui s'exprime en ce moment insiste sur la gravité de la situation on a évoqué 14-18 il y a l'ambiance des années 30 évoquée par Emmanuel Macron des années 20 pardon il y a aussi cette interview de Nicolas Sarkozy dans le point où il dit le modèle démocratique européen touche ses limites car il devient synonyme d'impuissance comment vous réagissez à ça et est-ce que l'Europe à laquelle vous avez rêvé est en train de s'écrouler ou menace de s'écrouler en tout cas quand je vois la maison que j'aime menacer de s'écrouler je n'ai pas d'autre urgence que de saisir les outils nécessaires pour la consolider mais on est à cette période là ou pas oui ce que Nicolas Sarkozy a dit que je partage sur le fait qu'en effet la démocratie était au risque parce que les citoyens n'y voient plus d'efficacité et vous avez vu ce sondage qui dit que 41% des français seraient prêts à ce qu'on appelle des gouvernements autoritaires un pouvoir politique autoritaire c'est un sondage
qui a été publié jeudi par IFOP on critique la méthodologie mais le résultat est là
vous voyez enfin en tout cas la tendance est significative et donc je ne sais pas si c'est ces chiffres exactement mais c'est significatif bien sûr mais vous ne voyez pas que nous sommes un archipel de petites îles dans le monde alors que montent les océans au contraire des pouvoirs pour qui la liberté n'a pas grande importance et la démocratie n'en a aucune c'est c'est un mouvement qui paraît irrésistible soit pour des raisons d'intégrisme religieux soit pour des raisons de prise en main de la société par des par des clans qui veulent le plus grand libéralisme économique mais le contrôle total des citoyens toutes ces choses là elles sont en marche devant nous nous sommes désormais isolés un confetti d'îles pour lesquels la liberté la démocratie ça existe et c'est la raison fondamentale pour laquelle nous n'avons pas le droit de nous diviser nous n'avons pas le droit de jouer le chacun pour soi ni charbonnier et mettre chez soi l'ambiance des années 30 je croyais qu'il avait dit des années 30 mais c'est peut-être des années 20 je ne sais pas de la fin de la première guerre mondiale à la crise de 1929 on voit bien la crise qu'est-ce que c'était cette ambiance des années 30 il nous reste 3 minutes c'était cette affirmation scandaleuse selon laquelle je reprends les mots de qui vous savez charbonnier et mettre chez soi nous pouvons faire ce que nous voulons dit-il à la société des nations le représentant du gouvernement national socialiste de l'Allemagne il dit nous pouvons faire ce que nous voulons de nos juifs de nos socialistes de nos communistes charbonnier et mettre chez soi et bien cette affirmation là qui avait été annihilée par des siècles par des décennies de combats démocratiques aujourd'hui se retrouve d'actualité on a voté donc on peut faire ce qu'on veut et bien ce que nous croyons nous c'est que naturellement le vote ça a de l'importance naturellement les gouvernements sont responsables naturellement la souveraineté ça compte dans le respect de principes essentiels auxquels nul ne devrait pouvoir déroger c'est pourquoi vous me permettrez de citer cette jeune femme Hassiane Bibi qui est au Pakistan cette chrétienne au Pakistan cette chrétienne condamnée à mort pour avoir partagé un verre d'eau
et interdite de quitter le territoire
interdite de quitter le territoire alors qu'elle a été libérée par la justice elle a été libérée par la justice et on essaie aujourd'hui de l'assassiner elle et tous ceux qui en sont proches
résultat d'ailleurs puisque vous parliez d'un vote et qu'on a commencé l'émission avec ça c'est les résultats du référendum pour le nom de dépendance en Nouvelle Calédonie 57% c'est ce qu'indiquent les résultats toujours partiels mais les derniers résultats qui viennent de nous parvenir Nathalie Saint-Cricq
Excusez-moi j'étais en train de regarder justement le détail
Et vous faites bien le détail des résultats partiels un mot quand même puisque vous avez été ministre de l'éducation et qu'on a vu régulièrement la question de l'éducation se poser autour de la problématique de la violence il y a eu cette proposition d'envoyer des gendarmes ou des policiers dans les écoles vous-même quand vous étiez ministre vous aviez théorisé l'idée d'une école sanctuaire qu'est-ce que vous pensez de cette proposition-là ? Je n'ai pas changé d'avis
d'un millimètre sur ce sujet Je pense que l'idée c'est une illusion et c'est une illusion trompeuse fallacieuse parce que l'idée que l'ordre dans les écoles ça se remet en mettant des policiers et des gendarmes à l'intérieur de l'école est une idée qui ne correspond à rien de la réalité et à rien des principes de l'école républicaine Ce qu'il faut c'est que l'école impose son propre ordre pas la loi du plus fort avec des armes parce que ça ça voudrait dire qu'on gagnait tous ceux qui voudraient introduire à l'intérieur de l'école mais il faut que l'école puisse dire tel élève s'est mal comporté il doit être exclu de l'école pendant un temps déterminé et pendant ce temps lui offrir une éducation y compris renforcée qui fasse qu'il revienne dans le chemin du respect des personnes et du respect de ce qu'on transmet à l'école et à ce titre le ministre de l'éducation a raison de pouvoir de vouloir prévoir j'avais appelé ça quand j'étais moi-même ministre de l'éducation des collèges hors les murs avec un encadrement qui soit un encadrement solide et qui impose le respect
on aurait eu encore beaucoup de questions à vous poser l'émission se termine merci François Bayrou d'avoir été notre invité malgré cette voix un peu enrouée mais on vous souhaite de bien vous porter merci mesdames et merci à Alexandre Gilardi à toute l'équipe technique de questions politiques à la semaine prochaine merci à l'éducation
François Bayrou