Éducation : "La mobilisation est rendue difficile car le gouvernement méprise les enseignants", juge Clémentine Autain
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Notre invitée ce matin est députée La France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Elle est interrogée comme chaque matin par Renaud Delis. Bonjour Clémentine Nautelin. Bonjour. Alors la colère des automobilistes contre la hausse du prix des carburants perdure. Il y a des blocages de routes, on sait qu'ils se préparent pour le 17 novembre. C'est samedi prochain, c'est la mobilisation des fameux gilets jaunes. Un certain nombre de responsables politiques vont participer, en tout cas soutiennent ce mouvement. Et certains s'inquiètent de ce qu'ils considèrent comme une forme de récupération.
On va écouter Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT qui était notre invité, ici même, hier à votre place.
Il y a une exaspération populaire sur l'histoire des carburants. Je vais revenir sur la transition écologique et pouvoir d'achat. Mais il y a aussi une manipulation de l'extrême droite pour récupérer ce mouvement. Est-ce que vous soutenez ce mouvement du 17 novembre Clémentine Nautin ?
Je comprends la colère qui s'exprime dans notre pays. Et je pense que le mouvement samedi aura une ampleur peut-être inattendue par rapport à certains commentaires au démarrage. Parce qu'au fond, derrière cette hausse du prix du carburant, se cache une colère, enfin ne se cache pas vraiment, mais s'exprime plus exactement une colère sur la hausse des prix, sur la qualité de vie, sur la façon dont les politiques méprisent aujourd'hui le monde populaire qui a du mal à joindre les deux bouts.
Donc vous y participeriez ?
Donc j'entends cette colère, mais je ne participerai pas personnellement. D'ailleurs je ne crois pas que ce soit la demande de ceux qui ont initié ce mouvement. C'est un mouvement citoyen où effectivement l'extrême droite a tenté de mettre son nez et de récupérer. Mais il y a un mouvement citoyen avec peut-être des mots d'ordre qui ne sont pas forcément identiques en fonction des personnalités ou des citoyennes et des citoyens qui y vont pour exprimer cette colère.
Et moi je crois que la tâche des responsables politiques, c'est quelque part d'apporter des solutions à la colère qui s'exprime et de dire quel est le projet, quelle est la nature du projet qui peut permettre de sortir de la nasse des populations qui aujourd'hui se sentent malmenées et qui ont énormément, énormément de mal à faire face et à trouver du sens, y compris à leur vie. Quand j'entends certains dans le mouvement par exemple qui sont aux patriotes ou qui au fond défendent un ras-le-bol fiscal, là je ne m'y reconnais pas forcément.
Mais je sais qu'il y en a d'autres, comme par exemple Priscilia Ludovski qui elle dit que c'est plutôt de l'injustice fiscale qu'il faut dénoncer et qui aussi, à travers tout ce qu'elle raconte, nous parle du travail, de la qualité de vie, de plein de sujets sur lesquels nous devons apporter des réponses.
Donc vous n'irez pas vous personnellement Clémentine Autain manifester sa vie prochaine ?
Mais vous croyez franchement que c'est la demande des citoyennes et citoyens qui vont y aller ? Ils réussissent à mobiliser plus d'un million de personnes, il y a je crois plus de 16 000 blocages. Vous pensez que l'attente c'est les élus avec leur écharpe ? Est-ce que vous appelez les militants de la France insoumise Clémentine Autain ?
Est-ce que vous appelez les militants de la France insoumise à y aller en masse et à bloquer le pays à partir de samedi ?
J'appelle les militants de la France insoumise et j'appelle aussi toutes les forces sociales, je pense aux 23 ONG hier, qui du côté de l'environnement, 23 ONG ont fait un appel aux politiques. C'était sur France Info hier matin. C'était sur France Info et qui disent politique prenez vos responsabilités. Moi j'appelle les forces politiques progressistes qui veulent la transformation sociale et écologique à dire clairement ce que nous voulons derrière.
Et ce que nous voulons derrière, c'est la justice fiscale, c'est qu'on commence par taxer total avant de racketter les automobilistes, c'est qu'on nous dise comment on permet qu'il y ait demain des transports publics pour avoir une alternative à la voiture, c'est qu'on nous parle très clairement de comment on répond au rapport du GIEC qui dit que sur la question de la transition écologique, nous n'avons plus le temps, il faut prendre des mesures, comment on accompagne tout le monde pour avancer vers cette préoccupation écologique. Et j'en veux au gouvernement.
Je veux dire solennellement, j'en veux au gouvernement parce qu'aujourd'hui avec cette mesure isolée, qui d'ailleurs aura peu d'impact puisqu'on sait que seulement 19% de cette taxe va aller vers la transition énergétique, il est en train de rendre la préoccupation écologique impopulaire. Et ça c'est extrêmement, extrêmement grave.
Clémentine Notin, pour être précis, vous vous appelez donc à une vraie transition écologique, mais avant il y a la journée de samedi. Samedi, vous ne participeriez pas à ce mouvement et sur votre page Facebook, vous écriviez il y a quelques jours « Je n'irai pas le 17 dans les blocages parce que je ne me vois pas défiler à l'appel de minutes et avec Marine Le Pen. » Vous n'appelez donc pas les militants de la France Insoumise à se joindre à un mouvement auquel se joint Marine Le Pen.
Vous n'avez pas l'air de bien comprendre ce qu'est cette mobilisation.
J'ai toujours pas compris si vous soutenez la journée de samedi ou pas.
C'est pas une affaire.
Si vous souhaitez, si vous soutenez les blocages de samedi ou pas. J'entends votre question, mais écoutez-moi. Vous n'avez pas besoin d'obtenir une autorisation si vous voulez aller manifester Clément Inotin ?
Je pense qu'aucun militant de la France Insoumise n'attend la consigne pour savoir ce qu'il va faire. Certains iront, d'autres n'y auront pas.
Vous souhaitez qu'ils y aillent ou pas ?
Certains iront, d'autres n'y tromperont pas. Moi, ma préoccupation, et je vous le dis avec force, ma préoccupation, c'est de rassembler toutes celles et ceux qui, dedans cette manifestation et dehors de cette manifestation, ont une préoccupation de lutter contre le réchauffement climatique et de se battre pour la justice fiscale et pour l'égalité entre les territoires et l'égalité sur le plan social. Si vous n'entendez pas ça, alors effectivement, je peux, je peux, voilà. Mais je ne crois pas que l'enjeu...
Tu dis à vous pas, peu importe.
Mais c'est pas peu importe, c'est que ce qui m'importe, c'est qu'on ait une issue à cette mobilisation qui soit une issue progressiste et qui soit une issue qui permette de partager les richesses et de repenser un projet global de société qui nous sorte de la nasse dans laquelle on est aujourd'hui et dans laquelle Macron veut nous enfoncer. C'est un modèle de développement qui est en cause, Renaud Deli. Aujourd'hui, c'est un modèle de développement. Vous croyez que les gens qui aujourd'hui sont obligés de prendre leur voiture pour aller travailler ont choisi l'étalement urbain ? Ils le subissent. Vous croyez qu'on a choisi les voitures diesel ?
On l'a subi à coup de mesure pendant tout un temps où on nous a expliqué que c'était bien le diesel qu'il fallait prendre ces voitures-là.
Alors justement, aujourd'hui, comment limiter le recours au diesel ? Est-ce que l'augmentation des taxes sur le diesel en particulier, c'est forcément injustifié quand on défend la transition écologique ?
Nous, ce qu'on avait proposé et ce qu'on continue de proposer, c'est d'abord de taxer les grands groupes comme Total, qui sont les premiers à utiliser de façon très forte, à avoir un bilan carbone catastrophique et du point de vue des émissions de gaz à effet de serre, ont un bilan qui est dramatique. Ça, c'est la première chose. Et la deuxième, c'est aussi le modèle de développement et j'insiste là-dessus. Vous avez aujourd'hui un gouvernement qui annonce des retardements, par exemple sur la ligne Seine-17 pour parler de l'Île-de-France, c'est-à-dire pour le super métro. Moi, je suis élue de Seine-Saint-Denis, je le vois très concrètement.
On ne prend pas le RERB parce qu'on n'est pas sûr d'arriver à l'heure à son travail, qu'on est serré comme des sardines et que ça fait des années et des années qu'on se bat pour qu'il y ait de l'investissement dans ces transports publics. Pas d'investissement, à mon avis, à la hauteur dans les transports publics. Et dans le même temps, vous avez dans le Grand Est, le GCO qui est un grand autoroute qui est soutenu par le gouvernement et qui là va accroître le transport routier.
Une question importante sur la hausse des taxes sur le diesel qui concerne tous les automobilistes, est-ce que ça vous y est favorable ? Vous trouvez ça justifié au regard de la transition écologique ou est-ce qu'il faut les annuler, par exemple, ces taxes, comme certains le demandent ?
Ce que je demande, en effet, c'est qu'on n'assomme pas les automobilistes aujourd'hui, qu'on les aide pour sortir du diesel. Donc on annule les hausses qui ont déjà été annoncées ? Il faut commencer par des hausses qui touchent ceux qui sont les plus riches. Vous vous rendez compte que cette taxe-là, elle va s'abattre sur des gens qui, aujourd'hui, subissent la hausse de tous les prix.
Donc on annule les hausses qui ont été décidées le 1er janvier dernier et on en décide d'autres uniquement pour les Français les plus riches ?
Il faut commencer par modifier le modèle de développement. Il faut commencer par aider les gens à sortir du diesel. Pardon, ma question est très simple.
Qu'est-ce qu'on fait des hausses qui ont déjà été décidées sur les taxes sur les carburants ?
Je ne suis pas favorable à la hausse. Je ne suis pas favorable à la hausse telle qu'elle est proposée aujourd'hui. Donc on revient dessus ? Oui, je suis pour un projet... Non, mais qu'on se comprenne bien. Oui, oui. C'est que cette mesure seule, isolée, elle s'abat sur les catégories populaires et elle ne permettra pas la transition énergétique. Donc ce qu'il faut, c'est un projet plus global qui permette la sortie du diesel pour tous, mais en aidant les populations. Et quand je vous dis plus global, c'est que la hausse des prix, ce n'est pas simplement ça. C'est le fuel, c'est le gaz, c'est même des produits de première nécessité. Je pense par exemple au prix de la carotte.
Vous savez que la carotte, depuis le 1er janvier, elle a augmenté de 43%. Et pendant ce temps-là, vous avez des salaires qui stagnent. Et pendant ce temps-là, vous n'avez aucun projet de société qui nous permette d'améliorer nos vies dans nos banlieues populaires ou dans des territoires ruraux, où on sait très bien que la mobilité est une difficulté, mais pas simplement la mobilité. C'est aussi la qualité de vie, la question du travail qui est en jeu. Et moi, j'aimerais bien qu'on pose ce projet de société global et qu'on tire tout le monde vers le haut avec une préoccupation écologique partagée, non pas comme le fait le gouvernement.
On poursuit cette interview dans un instant. Clémentine Autain, avec vous. D'abord, l'actualité à 8h41 sur France Info avec Victor Maté.
De très nombreux hommages à Hollywood après la mort à 95 ans de Stan Lee, légende de la bande dessinée. C'est au scénariste américain que l'on doit tous les personnages de l'univers Marvel, les X-Men, Hulk ou encore Spider-Man adaptés au cinéma. En Californie, les flammes continuent de ravager la région de Paradise au nord de Sacramento. Les autorités parlent de l'incendie le plus meurtrier de l'histoire de la Californie avec désormais au moins 42 morts. 130 morts et 350 blessés, les attentats les plus sanglants jamais commis en France, trois ans après les attaques du 13 novembre 2015.
Hommage national ce matin du Stade de France au Bataclan, en présence notamment du Premier ministre Edouard Philippe. Blablacar s'apprête à racheter Ouibus, le service de car de la SNCF. Le numéro un du covoiturage va lancer une levée de fonds de plus de 100 millions d'euros. Dans le même temps, c'est une information France Info, Ouibus annonce un plan de sauvegarde de l'emploi portant sur 95 postes. Greenpeace demande aux producteurs des biscuits Oreo de garantir qu'il ne participera plus à la déforestation de la forêt tropicale. 25 000 hectares auraient déjà été détruits par la marque américaine pour s'approvisionner en huile de palme.
France Info Toujours avec Clémentine Autain, députée La France Insoumise de Seine-Saint-Denis, la métropole du Grand Paris. Clémentine Autain a voté hier l'interdiction des vieux diesels dans toute la petite ceinture parisienne dès le mois de juillet prochain. Est-ce que vous, élue de banlieue, élue de Seine-Saint-Denis, donc concernée directement par cette mesure, vous applaudissez cette décision ?
Moi, je suis pour que la sortie du diesel se fasse par une aide au changement de voiture. C'est déjà le cas. Pour les personnes qui l'ont. Et faisons très attention parce qu'on peut avoir des méthodes qui sont des méthodes qui stigmatisent les populations qui sont sur des territoires périphériques. Donc moi, pour moi, la priorité, elle est de nous permettre d'aller et venir par des transports publics de qualité et en nombre suffisant. Et aujourd'hui, le compte n'y est pas. Ça touche aussi à la question du prix du transport public. Regardez la SNCF, je veux dire les prix de la SNCF. Moi, j'ai une famille nombreuse, je vous assure, pour partir en vacances.
Si je regarde combien je dois payer pour aller... Même quand on n'est pas une famille nombreuse. Voilà. Non, mais je veux dire, combien on paye pour faire un trajet avec la SNCF aujourd'hui par rapport à prendre la voiture, c'est sûr que...
Ça ne répond pas tout à fait à ma question sur les vieux diesel. Même avec l'avion. Est-ce qu'on les interdit, oui ou non ?
Mais il faut sortir du diesel. Donc, est-ce qu'on interdit les viols en part des voitures de plus de 18 ans ? Je suis en train de vous dire que la méthode d'interdiction qui va cibler en priorité les personnes des milieux populaires qui habitent sur des territoires périphériques ne me paraît pas la solution. Voilà. Je pense qu'il faut, au contraire, aider les gens à changer de voiture et à pouvoir se payer une voiture neuve qui soit sur des modèles plus respectueux de l'environnement. C'est quand même concret, ça. C'est clair.
Si vous n'en passez que par l'interdiction ou que par des taxes de hausse qui touchent en particulier les milieux les plus en difficulté et les plus en périphérie du cœur de métropole, alors je crois qu'on va aller vers une écologie impopulaire. Et moi, ce que je souhaite, c'est que l'ambition écologique, l'ambition de la transition énergétique, elle puisse être l'affaire de tout le monde. Qu'elle puisse être l'affaire de tout le monde et en particulier des milieux populaires. Et là, on est en train de nous proposer un scénario qui touche d'abord ces milieux populaires. Et pendant ce temps-là, Total fait son petit travail, tout le monde s'en fiche.
Et pendant ce temps-là, les budgets publics sont réduits et donc les transports publics sont réduits. Et pendant ce temps-là, et pendant ce temps-là. Et ça, c'est insupportable. Entendez-le, c'est insupportable.
Renaud Delis. Clémentine Autain, hier, se déroulait à l'appel de l'ensemble des syndicats d'éducation nationale pour la première fois depuis 2011. Un mouvement unitaire pour protester contre la suppression de postes, des suppressions de postes dans l'éducation nationale. Vous souteniez cette journée de grève. Vous êtes l'élu d'un département, la Seine-Saint-Denis, qui est souvent démuni sur ce plan. Quelles sont aujourd'hui les mesures d'urgence pour venir en aide à vos yeux éducation nationale dans votre département ?
On sait qu'il y a notamment un certain nombre de professeurs qui se sentent, on l'a vu dans un département voisin, en l'occurrence, c'était à Créteil, dans le Val-de-Marne au mois d'octobre, qui se sentent parfois démunis, un peu abandonnés, notamment face à la question des violences scolaires.
Évidemment. Enfin, c'est incroyable ce qui se passe en Seine-Saint-Denis. Il y a un rapport parlementaire, encore un, et je me bats pour que ce rapport ne finisse pas sur une étagère dans la poussière, qui a montré au mois de juin, quoi ? Que l'État donne moins en Seine-Saint-Denis que dans les autres départements, indépendamment des difficultés sociales rencontrées par les populations de Seine-Saint-Denis. Ça veut dire que pour éducation, justice, police, on a moins que dans n'importe quel département de France. Comment voulez-vous que ça marche ? Comment voulez-vous que ça marche ?
Donc moi, j'ai demandé, nous avons demandé, élus parlementaires de tous bords, de tous bords politiques, c'est assez inédit d'ailleurs, on s'est mis tous ensemble, on est allé voir le Premier ministre, et on a enclenché un processus de mobilisation pour demander à l'État un plan de rattrapage. Bon. Alors, quand en plus, on voit que le gouvernement décide de diminuer le nombre de postes dans l'éducation nationale, et donc nous, on va en passer...
Non, il n'y a pas de diminution des postes dans l'éducation nationale. Ah, bien sûr, il y a un rééquilibrage pour les collègues. Ah bah, excusez-moi. Parce qu'il y en a au niveau global, pardon.
Ah bah oui, au niveau global, pardonnez-moi. C'est-à-dire qu'on nous explique, on va dédoubler le CP.
Il y a plus de moins dans le secondaire, mais il y a 1800 plus dans le premier. Vous avez raison sur les équipes.
Donc le plus et le moins, désolé, désolé, mais les enseignants et le personnel éducatif ont eu bien raison de se souder hier et de manifester. Est-ce que vous avez été déçu ? C'est une colère légitime, surtout quand on sait qu'Emmanuel Macron avait fait de l'école une priorité.
Face à ce que vous décrivez, Clémentine Autain, pourquoi la mobilisation des profs, elle n'a pas été plus importante hier ? 11% de grévistes, d'après le ministère de l'Éducation. 11%.
Vous savez, ça fait un moment que la mobilisation dans l'éducation nationale ou dans d'autres secteurs est rendue difficile. D'abord parce que le dialogue, ce qu'on appelle le dialogue social, c'est-à-dire le gouvernement avec les syndicats a une tendance depuis longtemps à mépriser. Donc on se demande pourquoi...
Ça, au contraire, ça devrait pousser les enseignants à...
Non, non, non. On se demande... Ben non, parce qu'il y a des enseignants qui se demandent pourquoi faire grève ? On perd un jour de salaire. Il y a une paupérisation très importante du milieu enseignant. Vous le savez, ça, que les enseignants en France, ils ont un revenu qui est à peu près de l'ordre des enseignants en Pologne ou en Roumanie. C'est pas évident, quand même, d'imaginer ça en France. Et Emmanuel Macron voulait revaloriser l'école. Ça passe aussi par, d'abord, entendre ce qu'ont à dire les enseignants et aussi revaloriser leur carrière et leurs revenus. Et dans ce domaine, comme dans d'autres, Emmanuel Macron disait « greet again ». Il le disait aussi sur l'environnement.
Et on se retrouve avec « very small ». C'est-à-dire avec une politique qui est toute petite, qui est une politique de communication, d'affichage et qui, dans les actes, est catastrophique.
Vous disiez qu'il faut davantage de moyens, notamment en Seine-Saint-Denis, en termes d'éducation, de police, de justice, parce que ce département est sous-équipé. Vous l'expliquez à l'instant. Est-ce que la présence éventuelle, dans certaines circonstances, de policiers dans les établissements scolaires, lorsqu'il y a des violences scolaires, en l'occurrence, Emmanuel Macron n'a pas exclu l'hypothèse, à la suite du fait divers de Créteil, où une enseignante avait été braquée par un lycéen, que des policiers, parfois, soient présents dans les établissements scolaires. Est-ce que c'est quelque chose qui vous choque ?
D'abord, il faut protéger les enseignants. Personne ne va dire le contraire. Mais faisons attention. Commençons déjà par permettre aux enseignants de faire le travail dans des conditions dignes, dignes, dans des conditions qui permettent d'avoir des projets pédagogiques, d'accompagner les élèves, etc. Après, si on arrive au bout du bout de la corde, bien sûr qu'il faut protéger les enseignants. Personne ne va s'opposer. Oui, mais faisons attention, parce que là, on a une logique, on a l'impression qu'il va falloir remplacer les enseignants, c'est-à-dire on diminue le personnel éducatif, et on dit « Ah, il y a moins de personnes éducatifs ». Prenez les surveillants.
Les surveillants des établissements, en Seine-Saint-Denis, vous avez parfois un nombre de surveillants, mais qui est epsilon, qui est tout petit par rapport au nombre d'élèves. Quand à Paris, juste à côté, vous avez un nombre confortable de surveillants pour le nombre d'élèves. Donc je dis « Commençons par investir en personnel éducatif » et ça, c'est la meilleure protection. Et aussi, dans le même temps, faisons en sorte de lutter contre les inégalités sociales et territoriales, parce qu'elles ont évidemment aussi un impact sur la vie scolaire.
Clémentine Autain, vous restez avec nous. Dans un instant, on évoquera la question des migrants, la question des européennes, et puis peut-être aussi la question des affaires en ce moment à la France Insoumise. 8h50, l'actualité en titre, c'est Victor Maté.
Le gouvernement n'acceptera aucun blocage total le 17 novembre, dans quatre jours, à l'occasion de la journée de mobilisation des Gilets jaunes. Avertissement signé ce matin, Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur. De nombreuses manifestations sont prévues, samedi dans toute la France, contre la hausse des carburants. Du Stade de France, à 9h, jusqu'au Bataclan, à 11h. Hommage national ce matin, devant les lieux des attentats du 13 novembre 2015, les maires de Paris, Anne Hidalgo et de Londres, Sadik Khan accompagnent le Premier ministre Edouard Philippe. Ses attaques, il y a trois ans, avaient fait 130 morts. Le soutien de secours venu de tout l'Ouest américain.
4000 pompiers continuent de lutter contre les flammes en Californie, avec au moins 42 morts. Le campfire est désormais l'incendie le plus meurtrier de l'histoire de la Californie. Après des mois de violence, mais une relative accalmie ces dernières semaines, plus de 300 roquettes palestiniennes ont été tirées depuis hier sur Israël. Riposte immédiate de l'armée. Au total, quatre Palestiniens sont morts. L'ONU appelle toutes les parties à la retenue.
Clément Tinotin, député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis et la question des migrants, Renaud Delis. Clément Tinotin, vous avez signé un vaste appel lancé par trois médias, Politis, Regards et Mediapart, pour l'accueil des migrants en France. Jean-Luc Mélenchon vous l'a vivement reproché.
Je ne suis pas d'accord pour faire comme si l'immigration était quelque chose de naturel, de désirable, de souhaitable. Non, je ne suis pas d'accord.
Il y a un vrai désaccord aujourd'hui sur la question de l'immigration au sein de la France Insoumise.
Écoutez, on a quand même réussi au sein de la France Insoumise à mener un débat à l'Assemblée nationale face au gouvernement et aux propositions d'Emmanuel Macron, qui sont quand même d'une violence inouïe contre le droit d'asile.
Vous parlez de Jean-Luc Mélenchon.
Oui, mais je vous réponds sur ce qui... Puisque vous dites qu'il y a un vrai débat, vous n'êtes pas d'accord, je commence par vous dire qu'il y a un désaccord avec Emmanuel Macron. Non, non. On n'en avait pas de doute là-dessus. À l'occasion de ce désaccord contre la politique inique proposée par le gouvernement en la matière, qui n'a quand même même pas été capable d'accueillir quelques dizaines, voire centaines de personnes qui étaient en danger de mort avec l'Aquarius et qui, en plus, ne cessent d'empiler des dispositifs extrêmement virulents contre l'accueil des migrants, nous avons réussi à déposer des amendements et à faire corps.
Donc, quand vous dites division, je vous mets d'abord ça dans la besace pour qu'on ne se trompe pas. Est-ce que vous avancez ? Ensuite, moi, je regrette que Jean-Luc Mélenchon ou d'autres n'aient pas signé cet appel des migrants, je le dis sincèrement, évidemment.
Je le regrette parce que je pense que nous avons des plages d'accord qui sont fortes et que, dans le contexte actuel, européens et français, mais européens aussi, voire internationaux, quand on a des Trumps, quand on a des Bolsonaro, et quand, en Europe, on a des Salvini et la politique de Macron effroyable contre les migrants, moi, je dis que notre devoir, c'est de mettre l'accent sur la nécessité d'accueil, commencer par tenir face, tenir tête à l'extrême droite et à dire que nous, nous sommes du côté du devoir d'humanité.
Ce n'est pas ce que fait Jean-Luc Mélenchon aujourd'hui ?
Il a dit « Bravo l'Aquarius, bravo l'Aquarius, bravo l'Aquarius ». Voilà, je pense que dans l'appel et dans la mobilisation que nous avons autour de cette initiative, nous affirmons tout simplement ce devoir d'humanité.
Dans l'appel, il est écrit, par exemple, « Il est illusoire de penser que l'on va pouvoir contenir et, a fortiori, interrompre les flux migratoires ». Ça signifie que vous êtes contre les frontières ?
Non, ça signifie d'abord que, même si la France insoumise et des forces de transformation sociale arrivaient au gouvernement en France, on n'aurait pas le pouvoir d'arrêter les guerres, d'arrêter le réchauffement climatique, planétaire, voilà. Et donc, on est face à des migrations qui, malheureusement, vont durer. Alors, idéalement, si on pouvait ne pas nous-mêmes cotiser aux guerres, et là, je pense encore du côté d'Emmanuel Macron à quelque chose qui me choque énormément.
C'est-à-dire que vous avez un président de la République qui fait des discours pour la paix et qui réussit, dans le même temps, à vendre des armes à l'Arabie saoudite et donc à se rendre complice du massacre actuel au Yémen.
Clémentine Autain, autre question. On voit que la popularité de Jean-Luc Mélenchon est en baisse dans la quasi-totalité des enquêtes depuis sa colère froide lors des perquisitions menées notamment au siège de la France insoumise.
C'est une colère chaude, moi, je dirais.
Croide ou chaude, bon, c'est selon. C'est une colère chaude. Est-ce que vous diriez...
Il a été perquisitionné à 7h du matin chez lui et sa colère était chaude, je crois.
Est-ce que vous diriez, au vu de ses sondages et au vu de la polémique qui s'en est suivie, qu'il a eu tort ?
Il a eu tort de quoi ?
De s'énerver.
Alors, on a toujours tort de s'énerver. Oui, il vaut mieux être calme que de s'énerver, bien sûr. Mais voilà, moi, je n'ai pas été perquisitionné chez moi.
Vous auriez réagi de la même manière que lui ?
Écoutez, comment voulez-vous que je réponde à cette question ? Je ne peux pas répondre à cette question. Voilà, après, il y a une histoire de tempérament, de culture politique, sans doute un peu différent. Mais je ne peux pas vous dire...
Est-ce qu'on peut vouloir accéder à la présidence de la République et menacer un policier qui fait son travail ou un juge qui fait le sien ?
Non, mais idéalement, dans un monde idéal, il vaut mieux toujours être calme et dire ce qu'on a à dire calmement. Maintenant, je sais que Jean-Luc Mélenchon, ce matin-là, a été particulièrement choqué et affecté par la disproportion hallucinante des perquisitions. Vous aviez 14 perquisitions. Il n'y a pas d'autres moyens d'exprimer cette colère ? Oui, mais comprenez, je veux dire... Parce qu'on a beaucoup parlé de la colère et je trouve que, du coup, cette colère a masqué... Non, mais permettez-moi juste de dire...
Ici même, Clémentine Autain, on a beaucoup entendu les arguments des Insoumis dire qu'on n'a jamais vu un tel déploiement de policiers. Oui, mais globalement, moi, j'ai écouté, j'ai allumé ma télé...
Oui, j'entends bien, mais j'ai allumé ma télévision, etc. Et j'ai bien vu qu'on commentait davantage la colère de Jean-Luc Mélenchon que le fait même d'avoir 14 perquisitions le même jour avec une procédure qui est une procédure qui ne permet pas de faire valoir les droits de la défense. Et ça, c'est choquant. Il y a de quoi se mettre en colère contre ce procédé judiciaire qui n'est pas correct vis-à-vis d'un leader de l'opposition et de mouvements de l'opposition.
Clémentine Autain, Jean-Luc Mélenchon a critiqué la police, la justice. Il a aussi attaqué assez violemment les journalistes, notamment d'ailleurs les journalistes de Radio France. Il a dénoncé un parti médiatique, c'est son expression, qui chercherait à lui nuire. Est-ce que vous pensez qu'un parti médiatique cherche à nuire à Jean-Luc Mélenchon ?
Mais ce n'est pas nouveau, ça ne date pas des perquisitions. La notion même de parti médiatique, je ne suis pas d'accord avec cette notion de parti médiatique. Je l'ai déjà dit, je peux vous le redire. Voilà, je pense que les médias...
Il n'y a pas un parti unique des médias qui veut la peau de Jean-Luc Mélenchon.
Il n'y a pas de... Il y a un Mélenchon bashing dominant, ça oui, mais il n'y a pas de parti médiatique, je ne le crois pas. Et moi, dans la société dans laquelle j'ai envie de vivre demain, une société que j'appelle de mes voeux, il y aurait des politistes, des médiapart, des journaux de ce type. Il y aurait une radio de service public.
Ça tombe bien, il y en a déjà plein.
Voilà, mais plutôt confortée. Y compris celle qui vous accueille ce matin. Je pense qu'on a besoin de radios de service public. On a besoin de trouver de nouveaux modèles économiques.
Il paye cette attitude dans les sondages aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon, quand on voit sa cote de popularité reculer ?
Sur les médias, je ne peux pas tout à fait vous dire, parce que je connais la colère des Français à l'égard des médias, et que je partage parfois, parce que ce n'est pas parce que j'ai dit qu'il n'y avait pas de parti médiatique.
Quand vous vous levez ce matin, Clémentine Autain, vous vous dites, chouette, ce matin, je vais chez les abrutis de France Info.
Non, je ne me dis pas ça. Non, je ne me dis pas, je vais chez les abrutis de France Info. Je ne raisonne pas comme ça, mais je ne crois pas qu'on va dans une émission, quelle qu'elle soit, France Info ou ailleurs, en disant qu'avec les journalistes, on est avec des amis. Donc, je ne vais pas voir des amis journalistes. Mais il n'est pas question d'être amis ou ennemis ? Voilà. Vous m'enlevez là, pour le coup, le mot de la bouche. Ce n'est pas une histoire d'amis ou d'ennemis. Ce que je souhaite, c'est qu'on ait un modèle économique qui favorise l'information la plus indépendante, et que le pluralisme, et que le pluralisme soit de mise.
Or, aujourd'hui, les politiques publiques ne permettent pas à ce pluralisme d'exister. Et ça, ça me fait un autre point d'accord avec ce que nous défendons au sein de la France Insoumise.
Et aujourd'hui, quand vous voyez aussi les intentions de vote de la France Insoumise pour les élections européennes en baisse, 11% d'après les derniers sondages, est-ce que vous pensez que la France Insoumise paye cette attitude de Jean-Luc Mélenchon ces dernières semaines ?
Non, mais il y a une séquence qui n'a pas été positive, mais c'est une séquence. Et donc, nous avons maintenant à relever la tête, et je crois qu'on est en rendez-vous, pour parler du fond, du contenu, et de la transformation sociale et écologique. Et vous allez voir qu'à partir de samedi, ça va tonner dans le pays, et nous devons être à notre place et jouer notre rôle pour proposer un projet à ces colères qui sont légitimes.
Clémentine Autain, députée de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis, était, et je le remercie, l'invité de France Info ce matin.
Merci à vous.
Clémentine Autain