"On peut être très à gauche et en même temps très républicain" : Jérôme Guedj
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Bonjour Jérôme Gage, bienvenue sur le plateau. Vous êtes candidat socialiste dans l'Essonne. Socialiste, mais êtes-vous candidat Nouveau Front Populaire, puisque vous avez face à vous une dissidente, la France Insoumise, qui d'ailleurs était votre suppléante. Je ne dis pas de bêtises ?
Oui, c'est une situation un petit peu compliquée. Moi, je suis le candidat qui a été investi par le Parti Socialiste, mais j'ai souhaité ne pas recueillir, solliciter le soutien de la direction de la France Insoumise pour des raisons que j'ai déjà longuement évoquées, à savoir la brutalisation du débat public, dont j'ai été moi-même l'objet de la part directement de Jean-Luc Mélenchon.
A votre sujet, je le cite, il avait dit à votre sujet, je le cite, c'est intéressant de le voir s'agiter autour du piqué, ou le retient à la laisse de ses adhésions. Beaucoup y avaient vu des allusions claires antisémites. C'est la façon dont vous l'aviez vu, vous aussi ?
Très sincèrement, c'est comme ça que je l'ai ressenti, et c'est ce qui a déclenché aussi très fortement cette rupture. Mais au-delà de mon cas personnel, c'est ce que disent d'ailleurs beaucoup, regardez les déclarations de François Ruffin il y a quelques jours, en disant qu'il est devenu un repoussoir à gauche. C'est-à-dire que quand on a une aspiration à gouverner le pays, on peut avoir des convictions très fortes. Moi je suis un républicain, on peut être d'accord ou pas d'accord avec moi.
Je suis un socialiste, mais j'exprime ça dans le cadre d'une dispute apaisée, des convictions fortes, mais un débat démocratique, pas cette idée qu'il faut conflictualiser pour pouvoir avoir l'oreille des électeurs. Je pense que dans ce moment crucial, face au Rassemblement national, il faut avoir un discours cohérent, un discours rassembleur, un discours déterminé, parce que la menace du RN est à nos portes, et il ne faut pas qu'on se retrouve dans la situation où telle ou telle prise de position de certains, et notamment de la direction de la France insoumise, fracture et donne des arguments aux adversaires.
M. Gaeth, il fait partie du nouveau front populaire, j'ai le contrat de législature ici. M. Fort, qui vous soutient, patron du PS, lui, il est membre de cette alliance politique-là. François Hollande, ancien président de la République socialiste, vous étiez d'ailleurs un frondeur, c'est assez intéressant, lui aussi participe de cette alliance. Pourquoi je dis ça ? Je me mets à la place des électeurs. Il y a une élection locale pour décider d'une politique nationale. Les députés sont élus à un endroit, mais ils sont députés de la nation entière. M. Gaeth, qu'est-ce que vous dites aux gens localement ?
Vous êtes front populaire, vous êtes PS, vous allez conduire cette politique-là si vous êtes élu, vous allez être frondeur de ça ?
M. Gaeth, moi je suis cohérent. Mes propositions sont celles que j'ai défendues depuis deux ans à l'Assemblée nationale. C'est quoi l'enjeu principal aujourd'hui ? C'est la question du pouvoir d'achat. On ne parle que de ça. La question de boucler les fins de mois, augmenter le SMIC, permettre d'avoir la scolarité qui soit totalement prise en charge.
M. Gaeth, ça fait partie du fond populaire.
M. Gaeth, mais ça fait partie du programme du fond populaire, tout simplement parce que c'était les contre-budgets que nous déposions à l'Assemblée nationale depuis deux ans. Quand nous souhaitons mieux partager les richesses, notamment en taxant les super-profits, pour financer les services publics, l'hôpital, l'école, la justice, tous ces services publics qui sont pour beaucoup en déshérence, ça c'est des propositions qui sont dans le giron de la gauche républicaine, sociale, écologique, que moi je souhaite incarner. La différence, mais encore une fois, moi je ne veux pas la monter en épingle, la différence c'est, pour faire cela, qu'est-ce qui est mieux ?
C'est d'essayer de convaincre des gens qui ne sont pas déjà convaincus, et pour cela, de ne pas les brutaliser, y compris dans sa propre formation politique. Moi j'ai été meurtri de voir Jean-Luc Mélenchon et Vincer, Raquel Garrido ou Alexis Corbière, qui sont des voix importantes, qui participaient justement de cette gauche dans sa diversité, qui pouvaient être entendues par les uns et par les autres. Donc, voilà, moi j'essaye d'incarner dans cette élection-là, deux choses. Un principe d'éthique personnelle et de conviction cohérente. Mais c'est-à-dire quoi ?
Vous êtes un genre de trait d'union ? Vous serez un ambassadeur extérieur à ce mouvement politique ? Vous viendrez soutenir par votre voix certains textes, mais pas d'autres ? Ou vous serez en opposition ?
Mais vous savez, comme on l'a fait dans la période précédente, moi je...
Non mais on est à un moment où chacun compte ses troupes.
Je siégeais dans le groupe socialiste, je continuerais à siéger dans le groupe socialiste, et sur chaque texte, nous décidions, on n'était pas pieds et poings liés, nous décidions si nous votions ou non ou si nous abstenions sur tel ou tel texte et donc nous continuerons à le faire. Il n'y a pas... Mais c'est qui nous ? On crève, les socialistes et de la même manière, les écologistes feront pareil. Le problème à gauche, c'est s'il y a une hégémonie d'un camp, en l'occurrence la France insoumise, sur les autres. Parce qu'à ce moment-là, on a l'impression que c'est le seul émetteur.
Dans ce pays, je vais vous dire sincèrement, il y a un espace pour cette gauche républicaine, universaliste, laïque, écologiste, qui peut avoir des convictions fortes. Regardez, on l'a vu avec la campagne de Raphaël Glucksmann qui a mille pieds dans la porte, si j'ose dire, et qui, en arrivant en tête à gauche, a illustré le fait qu'il y avait la possibilité
d'avoir une expression. Sauf que la dissolution a comme balayé le résultat de Raphaël Glucksmann aux européennes.
C'était l'objectif aussi de la dissolution portée par Emmanuel Macron.
Monsieur Guedj, vous faites allusion aux socialistes, aux gens de gauche, à la gauche républicaine. Est-ce que c'est la gauche de François Hollande ou est-ce que c'est la gauche de Bernard Cazeneuve ? Est-ce que c'est la gauche de François Hollande, président de la République, candidat désormais au législatif, qui dit il faut travailler avec l'LFI contre le Rassemblement National ou Bernard Cazeneuve, Emmanuel Valls, par exemple, qui disent c'est ni, ni, il est hors de question que le LFI ait une seule voix socialiste ?
D'abord, personne ne peut avoir raison à gauche et tout seul. Et donc, il y a besoin, et c'est ça la logique d'une coalition, d'un rassemblement, c'est qu'on s'oblige mutuellement, moi, c'est ma conception du débat politique. Je n'arrive pas en disant écoutez, c'est moi qui ai raison sur tout et donc, il faut absolument suivre ma ligne. Maintenant, sur la question précise que vous évoquez, qui est que face à la menace du Rassemblement National, à l'imposture économique et sociale, franchement, la toute petite campagne électorale qu'on a là permet quand même de décrypter l'anguille que constitue Jordan Bardella. Il dit tout et son contraire d'un jour à l'autre.
Donc, face au RN, il n'y a pas un gramme d'hésitation. Il faut empêcher l'accession au pouvoir du Rassemblement National et partout, on verra dans chacune des circonscriptions où ils sont en situation de le gagner. Il faudra, comme on l'a fait dans le passé parce qu'on est des républicains, que nous votions contre le Rassemblement National.
C'est plutôt une ligne hollande que vous écrivez ce matin. En gros, ce que vous nous dites en creux, c'est que vous avez un problème personnel de comportement avec Jean-Luc Mélenchon. Non, ce n'est pas un problème personnel.
Mais pas un problème politique. Moi, je vais vous expliquer. Bien sûr que c'est un problème politique parce que je veux pouvoir dire, y compris à des gens qui ne partagent pas mes idées, on peut être à gauche, authentiquement, très à gauche et en même temps, très républicain. Et considérer que cet espace-là existe dans le débat politique. C'est pour ça que moi, vous rappeliez mon histoire avec François Hollande, quand il était aux responsabilités, que j'étais parlementaire, comme lanceur d'alerte, je lui disais, mais attention, là, on s'éloigne des aspirations des classes populaires, des classes moyennes, sur les questions notamment déjà de pouvoir d'achat, de justice fiscale, etc.
Bon, on avait ce débat à gauche. Donc moi, je veux pouvoir le prolonger en étant évidemment à l'Assemblée nationale. Vous savez, dans un moment où on va être, je ne sais pas, dans une crise de régime ou une crise politique, il va y avoir besoin de députés expérimentés, solides, qui vont être capables de tenir tête si le RN est aux responsabilités et puis s'il n'y a pas de majorité absolue et puis évidemment si la gauche l'emporte dans les trois cas, il y a besoin de gens qui sont capables à l'Assemblée nationale
de tenir la rampe. Est-ce que vous comprenez que pour les électeurs, c'est très compliqué à suivre ? Mais vous avez bien vu que le paysage politique a totalement implosé... C'est très compliqué à suivre. Qui est socialiste et qui ne l'est pas ? Qui incarne une voix de gauche ? Que feront tel élu socialiste ou tel élu socialiste demain à l'Assemblée ? Dans quelle majorité ? Des socialistes, par exemple, sont en conversation avec la majorité sortante. Est-ce que vous, par exemple, vous pourriez voter des textes ou travailler avec la majorité sortante ? Dans le cadre d'un arc républicain ?
Mais ça n'a pas de sens. Le travail, il se fait, regardez, dans la période précédente législature, quand il y avait possibilité de travailler sur des textes, on travaillait sur des textes. Je vous prends un exemple. Moi, je travaille depuis des années sur la question du grand âge et l'accompagnement des personnes âgées. Moi, j'ai travaillé avec des parlementaires de toute sensibilité contre le gouvernement qui ne voulait pas d'une loi grand âge.
J'ai travaillé avec des parlementaires communistes, LFI, Renaissance, LR, qui disaient que c'est une préoccupation l'amélioration de la situation dans les EHPAD, les services à domicile, baisser le coût des maisons de retraite, lutter contre la solitude ou les difficultés des personnes âgées, plus recruter de personnel. Là, on était des parlementaires parce qu'on est sur le terrain et qu'on connaît les situations. Et c'était le gouvernement qui a refusé d'avoir une loi grand âge.
Donc, il y a des moments où on peut travailler, heureusement, dans ce pays de manière transpartisane sur un certain nombre de textes, mais sur d'autres, sur le budget, le gouvernement, il était obligé de passer à coups de 49.3. Donc, l'enjeu aujourd'hui, c'est d'être capable d'arriver avec des convictions fortes sur les sujets que tu viens de mentionner pour créer ce rapport de force dans la politique. Est-ce que cette façon
de raisonner est valable face à l'importance du moment ? J'entends ce que vous dites, les convictions chevillées au corps, texte par texte, etc. Beaucoup disent que ce moment est historique, sans doute l'élection la plus importante depuis 1958. Il faut que le message soit clair, il faut que les choses soient très nettes.
Mais dites-moi, vous parliez de... Dites-moi, une famille politique qui, après cette dissolution, n'est pas totalement remise en question. Les LR ont explosé en plusieurs fragmentations. Une partie est allée s'allier avec Jordan-Denbardella et puis d'autres partent au fur et à mesure comme M. Pradié. La Macronie, on voit bien qu'elle est en train d'essayer de sauver les meubles avec une partie d'entre eux qui sont totalement désarçonnés. Et il y a une recomposition, évidemment, à gauche, qui est en train de s'opérer pour ne pas reproduire exactement ce qui s'est passé dans la période précédente.
J'entendais Clémentine Autain ce matin indiquer qu'évidemment qu'à LFI, ça va aussi bouger, ça va aussi changer. Tant mieux parce qu'aujourd'hui, on va dans le mur si on reproduit exactement le même mode de fonctionnement. Là où vous avez raison, c'est que face au rassemblement national, il ne faut pas sourciller, il ne faut pas hésiter, il faut être cohérent. C'est mon principe en politique. Vous avez évoqué ce que je vis, moi, dans ma circonscription. Moi, je veux pouvoir me regarder dans une glace et pouvoir dire j'ai eu des désaccords et je redis qui ne sont pas personnels.
Parce que quand on touche aux valeurs, aux principes républicains, à une certaine conception du débat, oui, mais une attaque personnelle qui devrait interpeller tous les démocrates et tous les républicains. Parce qu'on ne peut pas brutaliser le débat politique, avoir les propos que vous avez rappelés tout à l'heure, franchir les lignes rouges et de considérer que ce n'est que mon affaire. S'il y a des propos qui sont stigmatisants, qu'ils soient sexistes, qu'ils soient homophobes, qu'ils expriment du racisme anti-musulman ou de l'antisémitisme, quand on est un universaliste, alors tout le monde doit se sentir conscient.
Pour moi, c'est ma conception du débat politique. C'est-à-dire quoi ? Alors, Manuel Valls avait coupé les ponts ou les ponts ont été coupés avec lui pour une partie de la gauche, mais Bernard Cazeneuve a encore très récemment été présenté comme une solution potentielle pour une partie de la gauche comme candidat 2027. Bernard Cazeneuve, il dit, c'est ni-ni. Il dit, il ne faut pas une voix LFI.
Mais ça, chacun prendra ses responsabilités. Ce n'est pas la ligne que je partage, y compris parce que le centre de gravité de cette gauche républicaine, il est en train de se rééquilibrer et qu'il faut mener cette discussion, ce débat parfois un peu heurté avec nos autres partenaires de gauche. Je vous parlais d'hégémonie tout à l'heure.
Moi, je pense que dans cette coalition, des voix comme la mienne, des voix comme de nombreux socialistes, des voix comme des écologistes, des communistes doivent permettre justement ou des dissidents, si j'ose dire, ce n'est pas le bon terme, en tous les cas, des insoumis qui refusent cette brutalisation et qui eux-mêmes ont été victimes de celle-ci, je pense qu'il y a un espace pour que dans le débat démocratique, vous savez, le pays se portera mieux avec une droite républicaine, une gauche républicaine qui sont capables de construire des alternances, de se confronter. c'est le clivage et c'est le débat démocratique.
Que va-t-il se passer si le 8 juillet au matin, au lendemain du second tour, la gauche est majoritaire dans ce pays, LFI a le plus de voix et la France insoumise propose le nom de Jean-Luc Mélenchon comme Premier ministre ?
Vous voyez, moi, c'est ce qui m'agace profondément, c'est qu'on feuilletonne autour de cette histoire-là. Non, c'est très important pour les gens qui n'ont rien. Les électeurs, et vous le savez mieux, personne,
et surtout les électeurs socialistes sont concernés par ça.
Je vais être extrêmement clair, comme beaucoup l'ont dit, Jean-Luc Mélenchon ne sera pas Premier ministre parce que pour la simple raison, c'est qu'au bout du bout, il faut voter la confiance à celui qui est désigné. Je peux vous assurer, moi, élu, je ne voterai pas la confiance pour Jean-Luc Mélenchon. Les choses sont claires, mais je pense que lui-même en est conscient, il feuilletonne pour pouvoir dire « Eh, regardez, j'existe là ». Mais là où c'est dramatique, c'est que pendant qu'on parle de ça, on ne parle pas du reste. Le reste, c'est les préoccupations des Français. On parle tous les matins ici et sur la longueur.
Je sais, mais dans beaucoup de débats, l'accès à la santé, l'accès aux soins, la lutte contre les déserts médicaux, la question du pouvoir d'achat, la question, alors le grand absent de cette campagne électorale, du coup aussi brève, de la bifurcation écologique et de la nécessité de changer, de braquer plutôt que de regarder ailleurs. Ça, c'est le programme du Rassemblement National qui ne fera rien contre le réchauffement climatique. Donc, voilà, moi, je préfère qu'on se concentre sur ces enjeux-là, les enjeux du quotidien de nos concitoyens. Moi, je les vois dans ma circonscription.
Ça, il y a la peur du Rassemblement National parce que c'est des fractures, parce que c'est une parole xénophobe, raciste qui peut se libérer, qui a déjà commencé à se libérer dans le pays et c'est aussi pas de réponse.
M. Gage, ces arguments manifestement ne prennent plus... C'est d'ailleurs la difficulté des adversaires politiques.
Il y a la question des valeurs et il y a la question du programme. Je vous donne un chiffre,
s'il vous plaît, M. Gage. La participation, a priori, elle sera sans doute pas historique, mais très, très importante. On a 1,900,000 procurations qui ont été signées. C'est un formidable élan démocratique, mais ça n'est pas un élan contre le Rassemblement National, contrairement à ce que vous souhaiteriez peut-être ou d'autres adversaires de ce parti. Ça se répand de façon très équilibrée, ces voix supplémentaires qui viennent sur ce scrutin. Ça signifie quand même que ce parti porte des valeurs, ou en tout cas des idées, qui sont reconnues par une grande partie des Français, qui n'entendent plus ces arguments.
J'ai bien été clair. Il y a à la fois la question du combat historique contre l'extrême droite, parce qu'on ne va pas effacer ce qu'est l'histoire de l'extrême droite dans ce pays. Donc moi, je suis attaché à rappeler que de l'affaire Dreyfus jusqu'à la création du FN par un ancien Waffen-SS en passant par Pétain, l'ADN de l'extrême droite est un ADN de clivage, de durcissement des relations à l'intérieur de la société, de stigmatisation de l'autre. Mais il y a aussi la question du programme économique et social du Rassemblement National.
Et moi, je veux qu'on puisse dire que le programme du RN aujourd'hui, c'est plutôt prendre aux 30% des ménages les plus modestes pour améliorer la situation des 10% des ménages les plus aisés. C'est pas moi qui le dis, ce sont les économistes qui ont décrypté le programme du RN.
Un cas très concret qui concerne la gauche et que vous connaissez bien. La réforme des retraites. En écoutant très attentivement le débat qui a eu lieu sur TF1 et LCI, en écoutant M. Mélenchon hier cette même chaîne, moi il me semble avoir entendu qu'un départ à la retraite à 60 ans, ce n'était pas à taux plein si la gauche était au pouvoir demain. Est-ce que ça, typiquement, vous pouvez dire aux gens qui nous regardent, vous partirez à 60 ans comme l'exprime une partie des responsables de gauche, à taux plein ?
Mais vous savez, pour les gens qui ont commencé à travailler tôt, depuis 2012, c'était, quand j'étais parlementaire à l'époque, une des premières mesures qui a été prise. Voilà. Pour les gens qui ont commencé et qui ont 40 annuités, ils peuvent partir à la retraite à 60 ans, à taux plein. Aujourd'hui, nous, l'engagement qui est pris, c'est celui que moi j'ai mené. J'ai fait un travail de parlementaire fin, ciselé, pour décrypter, en faisant y compris des contrôles sur place pour démentir les chiffres que donnait M. Dussop. Donc moi, sur la réforme des retraites, la première étape, là, qui est une étape de justice, c'est qu'on abroge la réforme à 64 ans, on revient à 62 ans.
Ça, c'est l'engagement qui est pris. L'horizon du retour de la retraite à 60 ans, nous le portons, mais bien sûr, en y intégrant ce qui ne se fait pas en un claquement de doigts, qui est la question de la prise en compte de la pénibilité. Ce ne sera évidemment pas dans la même situation pour tous. Mais vous savez bien, monsieur Getsch, que beaucoup de responsables
à gauche laissent entendre que c'est la retraite à 60 ans. Écoutez,
moi, j'ai lu attentivement ce programme, et puis surtout, c'est ce que nous disions pendant la réforme des retraites, pendant la réforme des retraites, on était contre cette réforme-là. On a proposé des modalités de financement alternatives pour équilibrer autant que faire se peut le régime déficitaire. On n'avait pas contesté que le régime était déficitaire, mais on pouvait organiser différemment le partage des richesses, notamment en mettant à contribution des gens qui ne cotisent pas suffisamment au régime des retraites aujourd'hui. Et par contre, oui, il y aura besoin incontestablement d'une réforme qui tienne davantage compte de ces situations.
Encore une fois, ce n'est pas la même chose d'avoir travaillé dehors, d'avoir été explosé, exposé à des substances chimiques ou à du bruit ou à du travail de nuit et que toutes ces questions-là doivent être prises en compte pour gagner une sorte de bonus pour moins cotiser.
Encore un mot, parce que c'est très important et que vous-même, vous avez attaqué à plusieurs reprises le Rassemblement National, ce sont sérieux économiques. Vous avez sans doute lu les échos la semaine dernière, il y a une page entière, Mme Rabot, rapporteure du budget, socialiste, qui dit « Nous sommes autour de 160 milliards de dépenses nouvelles avec ce projet de nouveau Front Populaire » et dans la même page, Mme Trouvé, qui est économiste aussi, qui est LFI, dit « On est plus autour de 250 milliards ». Est-ce qu'il y a un chiffrage définitif de ce programme et est-ce qu'on peut avoir un chiffre ?
Il a été donné, ça c'était avant la présentation du chiffrage complet, 25 milliards la première année, enfin en 2024, 105 ou 106 ou 110 milliards en 2025 et en rythme de croisière, 150 milliards d'euros.
Alors les chiffres comme ça peuvent apparaître vertigineux quand on parle au français de milliards, mais concrètement, quand on regarde, et là c'est pareil, des économistes totalement objectifs, on dit que les mesures, encore une fois, que nous défendions dans la précédente mandature de soutien au pouvoir d'achat, ça veut dire que pour 80% des Français, c'est une augmentation immédiate, notamment pour les premiers déciles, comme on dit, c'est-à-dire les gens autour du SMIC, jusqu'à 2000, 2500 euros de revenus par mois, c'est immédiatement 200, 250 euros chaque mois de pouvoir d'achat supplémentaire et ça, ça change la vie des gens.
Quand on dit que la cantine, le transport scolaire ou les fournitures scolaires dès la rentrée prochaine seront gratuits, ça, ça change concrètement la vie des gens. Et on ne mesure pas à quel point il y a aujourd'hui de l'apreuté, de la difficulté dans beaucoup de familles qui sont obligées de faire des arbitrages de payer les factures et s'occuper des enfants, leur payer une sortie ou ainsi d'aim.
M. Gage, est-ce que le Front populaire, comme le dit certains de ses adversaires, fait fi des menaces européennes, de la commission qui met, pas sous tutelle, mais qui demande de gros efforts à la France en la classant en deuxième division des pays européens sur le sujet de la dette et du déficit, est-ce que le Front populaire se fiche de l'objectif maastrichtien des 3% ?
Mais il ne vous a pas échappé que depuis plusieurs années, nous ne respectons pas cet objectif un petit peu comme ça mythifié du respect des 3%. On est à 5,5% de déficit aujourd'hui. Et donc, l'arbitrage entre le soutien au pouvoir d'achat, le soutien à l'activité économique, parce que derrière ça, c'est pour les PME, les TPE, du carnet de commandes qui se remplit. La priorité aussi, je vais reprendre une formule qui avait été utilisée, je préfère un point de déficit de plus qu'un degré supplémentaire dans le réchauffement climatique. Voyez donc, il y a un moment, on hiérarchise les priorités.
Oui, mais M. Gatz, c'est la question du non-respect. Ça n'est bien heureusement pas aussi simple que ça. La France, là, par exemple, va emprunter 300 milliards sur les marchés. Mais sa signature est encore respectée. Oui, mais sa signature a baissé. Donc, ça veut dire que si notre signature est moins bonne, enfin, pardon, vous le savez, mais je rappelle pour les gens, les intérêts vont augmenter, les intérêts roulent. Il est potentiellement en 2027. Le remboursement des intérêts de la dette sera le premier budget français.
Mais est-ce que la politique menée depuis plusieurs années qui a consisté à appauvrir les recettes de l'État, pourquoi on est dans cette situation de déficit aussi important ? C'est que depuis 2017, l'État a décidé de baisser de 50 milliards les impôts. Et pour l'essentiel, les impôts dits de production ou les impôts des ménages les plus fortunés. Quand on supprime l'impôt de solidarité sur la fortune, quand on décide, cette chose un peu dingue, les gens vont le comprendre, de moins taxer les revenus du capital que les revenus du travail.
Quelqu'un qui gagne 1000 euros par son travail tous les jours en se levant, il va payer proportionnellement plus d'impôts que quelqu'un qui a encaissé 1000 euros de dividendes qui sont versés parce qu'il y a des actions quelque part. Ce n'est pas profondément choquant. Donc il y a eu un appauvrissement qui a été décidé et qui n'a pas marché. C'est le fameux ruissellement. Vous savez, Emmanuel Macron, il nous disait « Mets des impôts, des premiers de cordée et vous allez voir mécaniquement la situation de tout le monde va s'améliorer ». Ce n'est pas le cas. C'est pour ça qu'il faut cette rupture. C'est pour ça que je vous redis qu'on peut être d'accord ou pas d'accord avec moi.
Mais moi, je veux porter cette voix dans le débat démocratique. Merci beaucoup. Comme républicain, comme universaliste, comme écologiste, comme féministe, cet espace à gauche, il existe et personne ne peut le préempter.
Merci beaucoup Jean-Michel d'avoir été avec nous ce matin en direct sur LCI. Merci beaucoup.
Jérôme Guedj