Hommage national à Samuel Paty
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- 6:01Emmanuel MacronFait
« Ce soir, je n'aurai pas de mots pour évoquer la lutte contre l'islamisme politique, radical, qui mène jusqu'au terrorisme. »
- 7:00Emmanuel MacronFait
« Samuel Paty fut tué précisément pour tout cela. Parce qu'il incarnait la République qui renaît chaque jour dans les salles de classe, la liberté qui se transmet et se perpétue à l'école. »
- 8:00Emmanuel MacronPromesse
« Nous redonnerons aux professeurs le pouvoir de faire des républicains, la place et l'autorité qui leur reviennent. »
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... (U2 : "One") (...) ... -Nous te saluons, camarade, nous, tes amis, tes frères et soeurs de classe préparatoire, de l'université, des 1ers pas dans le métier de professeur d'histoire et de géographie.
Le 15 janvier 1888 dans La Dépêche de Toulouse, Jean Jaurès écrit aux instituteurs et institutrices quelques conseils pour que les élèves apprennent à être autonomes, à réfléchir, à se forger une opinion. Conseils auxquels, Samuel, tu as été fidèle. "Vous tenez en vos mains l'intelligence "et l'âme des enfants. "Vous êtes responsables de la patrie. "Les enfants qui vous sont confiés "n'auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, "à lire une enseigne au coin d'une rue, "à faire une addition et une multiplication. "Ils sont français "et ils doivent connaître la France, "sa géographie et son histoire, "son corps et son âme. "Ils seront citoyens "et ils doivent savoir ce qu'est une démocratie libre, "quels droits leur confère, "quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. "Enfin, ils seront hommes, "et il faut qu'ils aient une idée de l'homme. "Il faut qu'ils sachent "quelle est la racine de toutes nos misères, "l'égoïsme aux formes multiples. "Et il faut qu'ils sachent "quel est le principe de notre grandeur, "la fierté unie à la tendresse. "Il faut leur montrer la grandeur de la pensée. "Il faut leur enseigner le respect et le culte de l'âme, "en éveillant en eux le sentiment de l'infini, "qui est notre joie et aussi notre force. "Car c'est par lui que nous triompherons du mal, "de l'obscurité et de la mort. "Sachant bien lire, l'écolier, qui est très curieux, "aurait bien vite, avec 7 ou 8 livres choisis, "une idée très générale, il est vrai, mais très haute, "de l'espèce humaine, de la structure du monde, "de l'histoire propre de la Terre dans le monde, "du rôle propre de la France dans l'humanité. "Le maître doit intervenir "pour aider ce 1er travail de l'esprit. "Il n'est pas nécessaire qu'il dise beaucoup, "qu'il fasse de longues leçons. "Il suffit que tous les détails qu'il leur donnera "concourent nettement à un tableau d'ensemble. "De ce que l'on sait, "de l'homme primitif à l'homme d'aujourd'hui, "quelle prodigieuse transformation. "Et comme il est aisé à l'instituteur et au professeur, "en quelques traits, de faire sentir à l'enfant "l'effort inouï de la pensée humaine. "Je dis donc aux maîtres et aux professeurs, "pour me résumer, "lorsque, d'une part, vous aurez appris aux enfants "à lire à fond et lorsque, d'autre part, "en quelques causeries familières et graves, "vous leur aurez parlé de grandes choses "qui intéressent la pensée et la conscience humaine, "vous aurez sans peine, en quelques années, "fait oeuvre complète d'éducateurs. "Dans chaque intelligence, il y aura un sommet.
Et ce jour-là, bien des choses changeront." Adieu, Samuel. ... -A Samuel Paty.
Il paraît qu'on s'habitue aux larmes de la nation. Ce matin, on s'est tus sous le coup de l'émotion. Il paraît qu'on s'habitue quand l'infâme est légion.
Tous ces hommes abattus pour les traits d'un crayon. Il paraît qu'on s'habitue à défendre à tout prix les 3 mots qu'on a lus au fronton des mairies. Il paraît qu'on s'habitue quand on manque de savoir.
Par chance, on a tous eu un professeur d'histoire. Il paraît qu'on s'habitue à la pire barbarie. Mais jamais on n'y a cru.
Et pas plus aujourd'hui. Il paraît qu'on s'habitue aux horreurs qu'on vit là, mais l'innocent qu'on tue, on ne s'habitue pas. ... -Lettre de Camus à son instituteur, Louis Germain, écrite le jour où il a reçu le prix Nobel de littérature. 19 novembre 1957. "Cher M.
Germain. J'ai laissé s'éteindre un peu "le bruit qui m'a entouré tous ces jours-ci "avant de venir vous parler un peu de tout mon coeur. "On vient de me faire un bien trop grand honneur, "que je n'ai ni recherché ni sollicité. "Mais quand j'ai appris la nouvelle, "ma 1re pensée, après ma mère, a été pour vous. "Sans vous, sans cette main affectueuse "que vous avez tendue "au petit enfant pauvre que j'étais, "sans votre enseignement et votre exemple, "rien de tout cela ne serait arrivé. "Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur. "Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire "ce que vous avez été et êtes toujours pour moi, "et pour vous assurer que vos efforts, votre travail "et le coeur généreux que vous y mettiez "sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers, "qui, malgré l'âge, n'a pas cessé d'être votre reconnaissant élève. "Je vous embrasse de toutes mes forces.
Albert Camus." ... -E.
Macron : Mesdames, messieurs. Ce soir, je n'aurai pas de mots pour évoquer la lutte contre l'islamisme politique, radical, qui mène jusqu'au terrorisme. Les mots, je les ai eus.
Le mal, je l'ai nommé. Les actions, nous les avons décidées, nous les avons durcies, nous les mènerons jusqu'au bout. Ce soir, je ne parlerai pas du cortège de terroristes, de leurs complices et de tous les lâches qui ont commis et rendu possible cet attentat.
Je ne parlerai pas de ceux qui ont livré son nom aux barbares. Ils ne le méritent pas. De nom, eux n'en ont même plus.
Ce soir, je ne parlerai pas davantage de l'indispensable unité que toutes les Françaises et tous les Français ressentent. Elle est précieuse et oblige tous les responsables à s'exprimer avec justesse et à agir avec exigence. Non.
Ce soir, je veux parler de votre fils, je veux parler de votre frère, de votre oncle, de celui que vous avez aimé, de ton père. Ce soir, je veux parler de votre collègue, de votre professeur, tombé parce qu'il avait fait le choix d'enseigner, assassiné parce qu'il avait décidé d'apprendre à ses élèves à devenir citoyens, à prendre les devoirs pour les remplir, à prendre les libertés pour les exercer. Ce soir, je veux vous parler de Samuel Paty.
Samuel Paty aimait les livres, le savoir, plus que tout. Son appartement était une bibliothèque, ses plus beaux cadeaux, des livres pour apprendre. Il aimait les livres pour transmettre, à ses élèves comme à ses proches, la passion de la connaissance, le goût de la liberté.
Après avoir étudié l'histoire à Lyon et avoir envisagé devenir chercheur, il avait emprunté la voie tracée par vous, ses parents, instituteurs et directeurs d'école à Moulins, en devenant chercheur en pédagogie, comme il aimait à se définir, en devenant professeur. Aussi, ne pouvait-on trouver meilleur endroit que La Sorbonne, notre lieu de savoir universel depuis plus de 8 siècles, le lieu de l'humanisme, pour que la nation puisse lui rendre cet hommage. Samuel Paty aimait passionnément enseigner.
Et il le fit si bien, dans plusieurs collèges et lycées, jusqu'à celui de Conflans-Sainte-Honorine. Nous avons tous, ancré dans nos coeurs, dans nos mémoires, le souvenir d'un professeur qui a changé le cours de notre existence. Vous savez, cet instituteur qui nous a appris à lire, à compter, à nous faire confiance, cet enseignant qui ne nous a pas seulement appris un savoir, mais nous a ouvert un chemin, par un livre, un regard, un instant passé, par sa considération.
Samuel Paty était de ceux-là. De ces professeurs que l'on n'oublie pas. De ces passionnés capables de passer des nuits à apprendre l'histoire des religions pour mieux comprendre ses élèves, leurs croyances, de ces humbles qui se remettaient mille fois en question, comme pour ce cours sur la liberté d'expression et la liberté de conscience qu'il préparait depuis juillet, encore l'été dernier, à Moulins, à vos côtés, et des doutes qu'il partageait par exigence, par délicatesse.
Samuel Paty incarnait au fond le professeur dont rêvait Jaurès dans cette "Lettre aux instituteurs" qui vient d'être lue. La fermeté unie à la tendresse. Celui qui montre la grandeur de la pensée, enseigne le respect, donne à voir ce qu'est la civilisation.
Celui qui s'était donné pour tâche de faire des républicains. Alors reviennent comme en écho les mots de Ferdinand Buisson : "Pour faire un républicain, écrivait-il, "il faut prendre l'être humain si petit et si humble qu'il soit "et lui donner l'idée qu'il faut penser par lui-même, "qu'il ne doit ni foi ni obéissance à personne, "que c'est à lui de chercher la vérité, "et non pas à la recevoir toute faite d'un maître, d'un directeur, d'un chef, quel qu'il soit." Faire des républicains, c'était le combat de Samuel Paty.
Et si cette tâche aujourd'hui peut paraître titanesque, notamment là où la violence, l'intimidation, parfois la résignation prennent le dessus, elle est plus essentielle, plus actuelle que jamais. Ici, en France, nous aimons notre nation, sa géographie, ses paysages et son histoire, sa culture et ses métamorphoses, son esprit et son coeur, et nous voulons l'enseigner à tous nos enfants. Ici, en France, nous aimons le projet tout à la fois terrien et universel que porte la République, son ordre et ses promesses, chaque jour recommencer.
Alors oui, dans chaque école, dans chaque collège, dans chaque lycée, nous redonnerons aux professeurs le pouvoir de faire des républicains, la place et l'autorité qui leur reviennent. Nous les formerons, les considérerons comme il se doit, nous les soutiendrons, nous les protégerons autant qu'il le faudra, dans l'école comme hors de l'école. Les pressions, l'abus d'ignorance et d'obéissance que certains voudraient instaurer n'ont pas leur place chez nous. "Je voudrais que ma vie et ma mort servent à quelque chose", avait-il dit un jour, comme par prescience.
Alors, pourquoi Samuel fut-il tué ? Pourquoi ? Vendredi soir, j'ai d'abord cru à la folie aléatoire, à l'arbitraire absurde, une victime de plus du terrorisme gratuit.
Après tout, il n'était pas la cible principale des islamistes. Il ne faisait qu'enseigner. Il n'était pas l'ennemi de la religion dont ils se servent.
Il avait lu le Coran. Il respectait ses élèves, quelles que soient leurs croyances. Il s'intéressait à la civilisation musulmane.
Non. Tout au contraire. Samuel Paty fut tué précisément pour tout cela.
Parce qu'il incarnait la République qui renaît chaque jour dans les salles de classe, la liberté qui se transmet et se perpétue à l'école. Samuel Paty fut tué parce que les islamistes veulent notre futur et qu'ils savent qu'avec des héros tranquilles tels que lui, ils ne l'auront jamais. Eux séparent les fidèles et les mécréants.
Samuel Paty ne connaissait que des citoyens. Eux se repaissent de l'ignorance. Lui croyait dans le savoir.
Eux cultivent la haine de l'autre. Lui voulait sans cesse en voir le visage, découvrir les richesses de l'altérité. Samuel Paty fut la victime de la conspiration funeste, de la bêtise, du mensonge, de l'amalgame, de la haine de l'autre, de la haine de ce que, profondément, existentiellement, nous sommes.
Samuel Paty est devenu, vendredi, le visage de la République, de notre volonté de briser les terroristes, de réduire les islamistes, de vivre comme une communauté de citoyens libres dans notre pays. Le visage de notre détermination à comprendre, à apprendre, à continuer d'enseigner, à être libres. Car nous continuerons, professeur.
Nous défendrons la liberté que vous enseigniez si bien et nous porterons haut la laïcité. Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins, même si d'autres reculent. Nous offrirons toutes les chances que la République doit à toute sa jeunesse, sans discrimination aucune.
Nous continuerons, professeur. Avec tous les instituteurs et professeurs de France, nous enseignerons l'histoire, ses gloires comme ses vicissitudes. Nous ferons découvrir la littérature, la musique, toutes les oeuvres de l'âme et de l'esprit.
Nous aimerons de toutes nos forces le débat, les arguments raisonnables, les persuasions aimables. Nous aimerons la science et ses controverses. Comme vous, nous cultiverons la tolérance.
Comme vous, nous chercherons à comprendre sans relâche et à comprendre encore davantage ceux-là qu'on voudrait éloigner de nous. Nous apprendrons l'humour, la distance. Nous rappellerons que nos libertés ne tiennent que par la fin de la haine et de la violence, par le respect de l'autre.
Nous continuerons, professeur. Et tout au long de leur vie, les centaines de jeunes gens que vous avez formés exerceront cet esprit critique que vous leur avez appris. Peut-être, certains d'entre eux deviendront-ils enseignants à leur tour.
Alors, ils formeront des jeunes citoyens, à leur tour. Ils feront aimer la République. Ils feront comprendre notre nation, nos valeurs, notre Europe, dans une chaîne des temps qui ne s'arrêtera pas.
Nous continuerons, oui, ce combat pour la liberté et pour la raison, dont vous êtes désormais le visage, parce que nous vous le devons, parce que nous nous le devons. Parce qu'en France, professeur, les Lumières ne s'éteignent jamais. Vive la République, vive la France. ... ("La Marseillaise") (...) ... (Mozart : "Symphonie No3") (...) ... (...)
Emmanuel Macron