"Ne vous faites pas avoir": l'intégralité de l'interview de Gabriel Attal avant les législatives
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Il est 8h30 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Gabriel Attal.
Bonjour Apolline de Malherme.
Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le Premier ministre bien sûr et c'est dimanche, le premier tour des élections législatives. Tous les sondages donnent désormais le RN en tête et deux donnent même le RN avec une majorité absolue. Avant de vous poser un certain nombre de questions, je voudrais que vous écoutiez un témoignage. Il m'a été livré ce matin sur RMC par une auditrice. Elle s'appelle Alexandra. Elle vit à Lille et pour la première fois, elle a voté RN. Elle a voté RN aux Européennes et elle s'apprête à voter à nouveau RN. Je vais vous l'écoutiez et que vous me disiez ce que vous pouvez encore peut-être lui dire.
Je me suis fait agresser deux fois sur le lieu de travail. À un moment donné, on se lève pour aller bosser. On paye des impôts, on paye tout et Macron n'est même pas capable de préserver notre sécurité quand même. Franchement, ça me fait mal. J'ai toujours été de gauche. Je ne me reconnais plus dans cette gauche. Et là, honnêtement, j'en ai presque chialé de voter RN.
Et elle insistait ensuite en disant « j'en ai chialé de voter RN ». Qu'est-ce que vous dites, Alexandra ?
Il y a beaucoup de Français qui ont voté pour le Rassemblement national aux élections européennes pour envoyer un message de colère. Et j'ai eu l'occasion de le dire dès le lendemain de ces élections. Ce message, évidemment, qu'il a été entendu. C'est un message qui, notamment, nous demande d'aller beaucoup plus loin sur un certain nombre de sujets. Je pense aux questions de pouvoir d'achat et évidemment à la question de la sécurité. Ce que je dirais à Madame, c'est que le Rassemblement national n'apportera aucune solution à ces problèmes. Et on l'a vu à l'occasion des différents débats. On y reviendra peut-être.
Dès qu'on lève le voile sur leurs propositions, on voit qu'en réalité, c'est du vent. Sur la question de la sécurité, j'ai eu l'occasion de le dire hier, on a renforcé massivement les moyens des policiers et des gendarmes. Maintenant, ce qu'il faut, c'est un tournant pénal, notamment sur la délinquance des mineurs. J'ai fait des propositions extrêmement claires sur le sujet, très concrètes, qui nécessitent une loi et donc une majorité. C'est pour ça qu'avec les candidats ensemble pour la République, on se présente pour la faire adopter.
Mais précisément, puisque vous parlez à l'instant de la question judiciaire et de la question pénale des mineurs, vous avez encore hier soir répété cette phrase, vous avez dit « tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies, tu défies l'autorité, on t'apprend à la respecter ». Je crois que les Français se retrouvent derrière ce principe. Et vous avez ajouté « je propose de rendre responsables les deux parents, même s'ils ne vivent plus sous le même toit ». RMC a eu accès cette semaine à une audition tout à fait exceptionnelle dans le bureau du juge pour mineurs à Bobigny. Il s'agissait d'un jeune, Adèle, de 15 ans.
Non, ça n'est pas un récidiviste, c'était la première fois qu'il participait aux émeutes, les émeutes de juillet dernier. C'était la fameuse application de la réforme des mineurs que vous avez mise en place, c'est-à-dire avec un premier volet pour dire « oui, vous êtes ou non coupable », et un deuxième volet pour la sanction en elle-même. Et cette sanction, elle est donc tombée cette semaine pour ce jeune. Il avait jeté une bouteille en verre sur la police, il a été condamné, il était poursuivi pour jet de projectiles sur agents dépositaires de l'autorité de l'État. Et il a écopé d'un simple avertissement. Le juge a même précisé « ce ne sera pas inscrit sur votre casier judiciaire ».
La réforme que vous évoquez, elle date d'il y a 3 ou 4 ans, je crois. Et effectivement, elle a permis que maintenant, il y ait une reconnaissance de la culpabilité, un déferment beaucoup plus rapide. Et une sanction qui arrive 8 ou 9 mois plus tard, après ce qu'on appelle une période de probation, pour évaluer si le jeune en question se remet dans le droit chemin ou pas. Moi, ce que je propose très concrètement, c'est de changer ça, notamment en cas de...
Mais c'est vous qui l'aviez changé. Enfin, c'est vous, c'est le gouvernement du précédent mandat. C'est votre majorité qui a changé ça.
Je suis Premier ministre depuis un peu plus de 5 mois. Dès ma déclaration de politique générale, j'ai fixé le principe que vous avez rappelé, et j'ai dit que je voulais changer ces règles. Je pense que la réforme que vous évoquez, elle a permis d'accélérer les délais. Maintenant, c'est sur la sanction.
En fait, elle a accéléré les délais avec la première comparution,
c'est-à-dire le moment où on dit « vous êtes coupable ».
Mais en revanche, la sanction est du coup dans un deuxième temps.
Avant, je rappelle que dans plus d'un cas sur deux, un mineur était jugé une fois qu'il était devenu majeur. Tout à fait. Il n'avait aucun sens. Donc maintenant, ça va plus vite, mais il faut que les sanctions soient plus efficaces. Je propose la mise en place d'une comparution immédiate pour les mineurs. Je propose une atténuation de ce qu'on appelle l'excuse de minorité dans un certain nombre de cas. Je propose qu'on retienne davantage la responsabilité des parents quand il y a manquement à l'obligation parentale.
Dans ce cas-là, puisque je viens vraiment sur cet exemple extrêmement concret,
seule la mère était présente. Exactement. Et vous savez que quand aujourd'hui, des parents sont convoqués devant le juge des enfants et qu'ils ne s'y rendent pas, il n'y a pas de sanction. Donc moi, dans mes propositions, il y a le fait qu'il y ait désormais une amende.
Dans ces cas-là, on n'a pas tellement intérêt à accompagner son enfant. On préfère qu'il n'y ait pas de sanction.
Il n'y a pas de sanction pour les parents qui ne se rendent pas à l'audience. Et moi, ce que je propose, c'est que désormais, les parents…
Les parents, s'ils ne se présentent pas, soient sanctionnés.
Exactement, soient sanctionnés financièrement.
Mais alors, est-ce que ça veut dire que dans le cas d'Adèle, dont je parlais à l'instant, le père n'étant pas présent physiquement à l'audience, il serait demain, avec vous, sanctionné ?
Oui, et par ailleurs, ce que je propose également, c'est qu'il y ait des courtes peines d'isolement dès les premiers faits de délinquance. Parce que parfois, c'est vrai qu'on voit qu'on a tendance à attendre que la situation s'aggrave, que les actes soient graves pour prendre une sanction. Mais en réalité, c'est dès le début qu'il faut le faire, y compris d'ailleurs à l'école. C'est pour ça que je fais des propositions sur l'école. C'est à l'école aussi qu'on doit apprendre les droits et devoirs, le respect des règles, le civisme. Donc sur tous ces sujets-là, il y a des mesures et des propositions qui sont très concrètes sur la composition pénale.
Il y a beaucoup de Français qui me parlent des difficultés qu'ils ont avec les rodéos urbains. Un jeune qui fait du bruit avec son...
Ça fait 7 ans que vous êtes là ? On en entend parler des rodéos urbains. J'entends parfaitement la Pauline de Malherbe. Quand vous êtes arrivé, ils existaient déjà.
Il y a des choses qui ont été engagées. Moi, je suis Premier ministre depuis un peu plus de 5 mois. Dans toutes les fonctions qui ont été les miennes, notamment à l'éducation nationale auparavant, j'ai montré que je prenais des mesures extrêmement claires, je crois efficaces, sur un certain nombre de sujets de laïcité à l'école, sur les sanctions à l'école. J'ai fixé ce principe dès ma nomination. J'ai travaillé depuis deux mois. J'ai proposé des mesures. Ces mesures, elles sont prêtes sur la composition pénale.
En fait, vous dites aux Français, donnez-moi un peu plus de temps.
Désormais, sans juge, on pourra saisir par exemple la moto dans un rodéos urbain sur simple signalement du procureur.
En fait, vous avez juste besoin de temps. C'est ça ce que vous nous dites ?
Ce que je dis, moi, c'est que ça fait un peu moins de 6 mois que je suis là, que j'ai identifié un certain nombre de problèmes auxquels je veux répondre, que j'ai lancé un certain nombre de chantiers, que les mesures, elles sont claires, qu'elles sont prêtes, elles sont dans notre programme. Pour les appliquer, il faut une majorité. Pour qu'on ait une majorité, il faut que les candidats, ensemble, pour la République, soient élus dans votre circonscription. Vous l'avez dit à Emmanuel Macron, ça ?
Quoi donc ? Pourquoi vous ne m'avez pas laissé plus de temps ?
Non, vous savez, moi, je ne regarde pas en arrière. J'essaie de regarder devant. Une fois qu'une décision est prise, que des élections sont organisées, je me bats parce que ce n'est pas uniquement, d'ailleurs, la question de moi. C'est la question des Français. Et on voit bien que dans les projets qui sont présentés en face, d'abord, je le crois, c'est des projets et des lignes politiques qui attiseraient beaucoup les tensions. On a une société qui est quelque part une cocotte minute. Il la ferait exploser, les extrêmes. Moi, je veux apaiser, je veux essayer de rassembler, je veux essayer d'unir. C'est vrai pour le Rassemblement national.
On a vu, encore une fois hier soir sur votre antenne, les propos absolument insupportables.
D'un député sortant, RN, vous faites référence aux propos de Roger Chardot, qui, effectivement, s'est exprimé sur la question de la binationalité, estimant qu'on ne pouvait pas être ministre si on avait une double nationalité. Et il faisait référence, notamment, à votre prédécesseur à l'éducation nationale, Najat Vallaud-Belkassan.
Et pas seulement, je crois qu'il a fait référence aussi à Rachid Adhati, à Manuel Valls. Monsieur Chudot, il est député, mais ce n'est pas simplement un député. Il est présenté par le Rassemblement...
Il demande des ministres, je précise même les mots, parce que les mots qu'il a utilisés, c'est des ministres franco-français.
Exactement. Et ce monsieur Chudot, il n'est pas seulement député, il est présenté régulièrement par le Rassemblement national, comme leur futur ministre de l'Éducation nationale, s'il venait à gagner ses élections. Monsieur Chudot, donc, dit que quand on est un Français binational, c'est-à-dire que pour des raisons d'histoire familiale, d'histoire personnelle, on a une deuxième nationalité en plus de la nationalité française, on n'est pas digne de confiance pour occuper des postes à responsabilité. Et monsieur Chudot, ce n'est pas le seul à le dire, puisqu'à cinq mois, Mme Le Pen a présenté au Parlement une proposition de loi pour exclure de la fonction publique les Français binationaux.
On parle de 3,5 millions de Français qui sont peut-être franco-marocains, franco-italiens, franco-canadiens, franco-arméniens, qui sont parfaitement français. Derrière ça, il y a une idée qui a toujours été celle du Front national, déjà de Jean-Marie Le Pen, c'est qu'un binational est un demi-national. Que vous êtes corruptible, que vous n'êtes pas loyal à la France. 3,5 millions de Français qui, depuis plusieurs jours, se sentent humiliés, injuriés par le Rassemblement national. Je veux le dire, dans mon gouvernement, il y a des binationaux. Roland Lescure, ministre de l'Industrie, franco-canadien. Fadila Khatabi, ministre des personnes en situation de handicap.
Rachida Dati, Krizoula Zakharopoulou. Il y a des députés qui sont binationaux. Je pense à Nadia Hay, sur la septième circonscription des Yvelines, à Triel-sur-Seine, conflant Saint-Honorine, qui est franco-marocaine, qui a été ministre. Elle est non seulement parfaitement française, mais elle se bat tous les jours, pour la France et pour les Français. Et je m'étonne, je m'étonne de voir que le Rassemblement national, qui tient ses propos, en même temps présente dans le Val d'Oise, une candidate franco-russe aux élections législatives, qui d'ailleurs a qualifié les Ukrainiens de néo-nazis. Donc c'est toujours à géométrie variable.
Ils vous font croire que c'est soi-disant pour lutter contre les ingérences russes. Mais après, on voit que la conseillère défense de Jordan Bardella, elle est franco-russe, qui présente des franco-russes dans ses élections législatives. En réalité, c'est toujours la même chose. C'est un moyen de stigmatiser ou d'humilier.
Et pour préciser les choses, Marine Le Pen, ce matin s'est dite estomaquée par les propos de Roger Chudot. Elle précise que ça n'a jamais été dans son programme et que ça n'est pas dans le programme du RN.
Il y a cinq mois, elle a fait une proposition de loi pour exclure les Français binationaux de responsabilité dans la fonction publique.
Est-ce que vous estimez que si le RN allait jusqu'au bout de sa logique, il devrait retirer l'investiture ou le soutien à Roger Chudot ?
Évidemment, mais vous savez, Apolline de Malherme, il y a plus de 100 candidats du RN dans cette élection, c'est-à-dire plus d'un sur cinq, qui ont tenu des propos soit racistes, soit homophobes, soit antisémites. Ils ont été identifiés par vos confrères, du Monde, de Libération. Tous les exemples sont sur Internet. Ils concourent dans cette élection. Ils ne leur retirent pas leur investiture.
Gabriel Attal, pour autant, vous restez sur le nini ?
Mais moi, d'abord, je suis dans le premier tour de cette élection. Donc, il y a un premier tour. Les Français vont se battre. Je le dis ici, s'il y a un camp qui a été très clair dès le premier tour pour éviter la victoire des extrêmes, c'est nous. Le RN...
Mais vous dites des extrêmes.
Oui, mais attendez. Le RN, la NUPES, il présente des candidats dans toutes les circonscriptions de France. Je suis le seul à avoir assumé de ne pas présenter des candidats dans une soixantaine de circonscriptions. Pourquoi ? Précisément parce que je savais que dans cette circonscription, le fait qu'on présente un candidat risquait de faire gagner l'extrême droite ou la France insôme.
C'est aussi, et on l'a vu, qu'il y avait des candidats, d'abord, des endroits où vous aviez plus de mal à trouver des candidats, et où de toute façon, vous saviez qu'ils ne marcheraient pas, qu'ils ne gagneraient pas.
Mais justement, Pauline de malheur, c'est parce qu'on savait qu'on ne pouvait pas gagner et que ça risquait de faire gagner les extrêmes. Donc, dans toutes les autres circonscriptions, c'est-à-dire 500 circonscriptions, où on a des candidats ensemble pour la République, s'ils sont là, c'est parce que c'est les mieux placés pour battre les extrêmes.
Mais il y a un certain nombre d'engagés dans votre camp qui disent ni-ni, et ils précisent même ni RN, ni LFI. C'est bien ni RN, ni LFI, c'est RN et LFI que vous mettez dos à dos, ou c'est RN et Nouveau Front Populaire ?
Moi, d'abord, je me bats contre tous ceux qui carburent à la haine, à la stigmatisation et aux divisions. Ensuite, je me bats dans un premier tour. Et je dis aux Français, parce que moi, tous les Français, enfin, beaucoup de Français, quand je me déplace, m'interrogent, et me disent, mais qu'est-ce que je fais si je me retrouve avec le RN contre la France insoumise ?
Voilà, ils vous posent la question, vous leur dites quoi ?
Je leur réponds qu'il y a un moyen de l'empêcher. C'est d'avoir un candidat ensemble pour la République au deuxième tour, qui permet d'éviter cette tenaille entre deux parties qui veulent vous matraquer fiscalement, deux parties qui, de manière différente, carburent à une forme de stigmatisation et ont des propos pour certains qui sont particulièrement ambigus sur des questions majeures. Maintenant, je vais vous le dire, moi, je sais où sont mes valeurs. Je prendrai toujours mes responsabilités. Elles sont où vos valeurs ? Mais moi, je veux évidemment éviter que les extrêmes, et notamment l'extrême droite, puissent gagner ces élections.
Mais vous entendez bien ce que vous dites, Gabriel Attal. Vous dites les extrêmes, et ensuite vous dites, et notamment l'extrême droite, mais c'est bien qu'au fond, vous ne voulez ni l'un ni l'autre.
Parce que ce que je dis, c'est que si on veut que l'extrême droite ne gagne pas ses élections, ce n'est pas avec l'extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon qu'on y arrivera. On discute avec les Français, vous le faites aussi, vous avez des auditeurs. Les Français ne veulent pas de Jean-Luc Mélenchon Premier ministre. Le problème...
Et je précise d'ailleurs qu'Alexandrin, qui, un peu plus tard dans ce témoignage, disait qu'elle avait toujours voté pour la gauche, qu'elle allait même à des meetings de Jean-Luc Mélenchon, qu'elle avait été rencontrée personnellement à la fête de l'Humain, et elle disait, aujourd'hui, il me fait honte, je ne peux plus voter pour lui.
Oui, et donc, ce qui s'est passé, c'est que les partis de gauche modérés, en s'alliant avec Jean-Luc Mélenchon, alors qu'ils ont expliqué pendant toute la campagne des Européennes, la main sur le cœur, qu'ils ne s'alliraient plus avec Jean-Luc Mélenchon, la réalité, c'est qu'ils ont ruiné leur possibilité de victoire. Parce que les Français ne veulent pas de Jean-Luc Mélenchon Premier ministre. Et donc, la seule manière d'éviter le Rassemblement national majoritaire, Jordan Bardella, Matignon, un matraquage fiscal sur les Français qui bossent, un projet de division, de stigmatisation des Français qui ont une double nationalité, c'est de voter pour les candidats ensemble pour la République.
Que feriez-vous différemment ? Vous avez encore hier, tout d'un coup, promis des référendums, des référendums, je cite, sur des grandes questions. Mais ça fait 7 ans qu'Emmanuel Macron nous dit qu'il va faire des référendums. Pourquoi vous en feriez maintenant et que vous n'en avez pas fait depuis 7 ans ?
Dans la Constitution, le Premier ministre a la possibilité de proposer des référendums au président de la République, et j'ai dit, effectivement, qu'en tant que Premier ministre, encore une fois, ça fait 5 mois que je suis Premier ministre, je le proposerais parce que... Moi, j'ai vu les élections européennes...
Vous le proposerais, mais on est bien d'accord, c'est quand même lui qui valide.
De toute façon, moi, je respecte la Constitution. Contrairement à Mme Le Pen et à M. Bardella...
Pourquoi est-ce qu'Emmanuel Macron, qui depuis 7 ans promet régulièrement des référendums sans le faire, au fond, il va faire la même chose avec vous, il va vous promettre vos référendums, mais il ne le fera pas ?
Je pense que les élections européennes, le résultat, ont été une forme de tournant. Les Français nous ont dit quelque chose dans ces élections, dit quelque chose sur le fond, je le disais tout à l'heure, aller plus loin sur le pouvoir d'achat, sur la sécurité. J'ai parlé de la sécurité, c'est pour ça que sur le pouvoir d'achat, je propose un certain nombre de mesures. Que les retraites de nos retraités soient systématiquement indexées sur l'inflation, que la facture d'électricité baisse de 15 % l'hiver prochain, que les salaires des Français qui sont au-dessus du SMIC puissent augmenter plus facilement en allégeant les charges de leurs patrons. Tout ça, c'est clair, c'est financé, c'est net.
Ensuite, il y a eu aussi un message dans ces élections sur la méthode, évidemment. Des Français qui disent on veut être davantage associés. On a fait un certain nombre de choses avec des conventions citoyennes. Moi, je pense que le référendum, c'est une pratique qui serait...
Et vous dites sur des grandes questions. C'est quoi les grandes questions ?
Justement, je pense que précisément, si on veut vraiment donner la parole associée, c'est peut-être pas à moi, là, tout de suite, d'arrêter quelles sont les questions. Je pense qu'avec les partenaires sociaux, et je vais vous dire, même avec les partis de l'opposition, s'il y a des sujets sur lesquels les partis de l'opposition sont favorables et que nous, on est plutôt défavorables. Moi, ça ne me choquerait pas qu'on les fasse trancher par les Français à l'occasion de référendum. Mais tout ça, ça se construit.
Si les candidats Ensemble pour la République ont une majorité, je suis Premier ministre dans les prochaines semaines et les prochains mois, évidemment, c'est quelque chose sur lequel je travaillerais avec les partenaires sociaux, avec les forces politiques.
Quand Emmanuel Macron, lors de sa grande conférence de presse au début de cette campagne, a dit par exemple qu'il souhaitait un grand débat sur la laïcité, ça vous paraît une des choses qu'il faut faire maintenant, un grand débat sur la laïcité, peut-être même un référendum sur la laïcité ?
Je pense qu'on doit toujours chercher à faire appliquer nos règles et à faire respecter la laïcité. Ce n'est pas moi qui vais vous dire le contraire. Quand j'ai été ministre de l'Éducation nationale, je rappelle, quand j'ai été ministre de l'Éducation nationale, j'ai moi-même garanti l'application de la loi de 2004 sur la laïcité à l'école en prenant une décision qui était attendue par nos chefs d'établissement, par beaucoup d'enseignants depuis des années, l'interdiction du port de la Bayard et du Camis dans les établissements scolaires. J'ai été nommé ministre de l'Éducation nationale, je me suis engagé sur ce sujet, j'ai pris la décision.
Aujourd'hui, il n'y a plus d'Abaïa dans nos établissements scolaires. Donc oui, faire respecter la laïcité, c'est essentiel. Et si on veut réussir à le faire, il faut évidemment associer l'ensemble des acteurs, ne serait-ce que pour qu'ils fassent remonter les atteintes à la laïcité et pour qu'on trouve tous ensemble des solutions.
Gabriel Attal, vous êtes Premier ministre, vous parliez à l'instant de la question du respect des institutions. Qui est aujourd'hui le chef des armées ? C'est vous ou c'est le président de la République ?
C'est le président de la République, c'est la Constitution, c'est la manière dont le général de Gaulle l'a toujours dit et présenté. Le Premier ministre, il est responsable de la défense nationale. Il n'est pas pareil. Ça veut dire quoi, responsable de la défense nationale ? Ça veut dire que le Premier ministre, et c'est ma responsabilité depuis près de six mois maintenant, doit s'assurer que tous nos outils de défense sont toujours opérationnels. Ce à quoi ? En termes d'entretien, en termes de présence sur le sol national. Ça, c'est ma responsabilité de Premier ministre, tous les jours. Mais le chef des armées, c'est le chef de l'État.
Donc le chef des armées, pour vous, ce titre n'est pas conorifique, comme le dit Marine Le Pen à propos de ce titre pour Emmanuel Macron ?
C'est grave ce qu'a fait Marine Le Pen, parce que, vous savez, il y a beaucoup de choses qui ne fonctionnent pas ou fonctionnent mal dans nos institutions. Mais enfin, s'il y a une chose qui fonctionne, c'est la chaîne de commandement. Elle est très claire. Et pourquoi on a intérêt à ce qu'elle fonctionne ? Parce que ça envoie un message au monde entier, c'est que si la France est menacée ou la France est attaquée, il n'y aura pas de débat au sommet de l'État, il n'y aura pas de blocage. Évidemment qu'elle se protégera toujours. Ce qu'a fait Marine Le Pen, c'est un tournant grave. Ils ne sont pas élus. Ils considèrent que c'est déjà fait, peut-être. Ils se ruent déjà sur le bouton nucléaire.
Déjà, ils commencent à dire c'est nous qui allons reprendre toutes les prérogatives du chef de l'État qui ne sera plus chef des armées. Vous vous rendez compte le message qui est envoyé au monde ? Vous vous rendez compte le message qui est envoyé aux puissances étrangères ?
Marine Le Pen vous répond puisque sur Twitter hier soir, elle a dit il serait utile que Gabriel Attal lise la Constitution, mieux vaut tard que jamais, dit-elle. Et elle cite le titre 3 de la Constitution sur le gouvernement, article 20. Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Il dispose de l'administration et de la force armée.
Oui, c'est ce que je vous disais tout à l'heure. Le gouvernement, il est chargé évidemment de l'entretien, de la formation, des budgets des armées. Le chef des armées, c'est dans la Constitution. C'est ainsi que l'a voulu le général de Gaulle. Et je vais vous dire, c'est aussi ce qui protège les Français parce que ça envoie un message très clair au monde. C'est le président de la République. Donc peut-être que Jordan Bardella, 28 ans, qui n'a jamais géré d'administration, considère que désormais il va aussi être chef des armées.
Est-ce que c'est un problème ? Est-ce que vous voulez dire que le fait qu'il soit si juvénile est... Non, ce n'est pas moi
qui vais faire des critiques sur l'âge Apolline de Malarbre. J'ai 35 ans. Ce que je dis simplement, c'est que si je n'avais pas été ministre dans des fonctions importantes à Bercy, au ministère de l'Éducation nationale, je ne me serais pas senti suffisamment préparé pour être au Premier ministre de mon pays.
Vous voulez dire que si vous étiez à sa place, à son âge, vous lui auriez dit « je ne suis pas prêt ».
Chacun se présente à des élections, chacun fait comme il le sent et se présente devant les Français et surtout, c'est les Français qui décident. Ce que je dis, c'est que là, on voit bien qu'on a Jordan Bardella, tenu quelque part par Marine Le Pen, qui est en train d'expliquer si les députés RN ont une majorité et que je suis Premier ministre, je disputerais et je viendrais prendre au président de la République son rôle de chef des armées. Je le dis, c'est dangereux pour la sécurité de notre pays parce que les puissances étrangères qui menacent nos intérêts, elles regardent ça, qu'est-ce qu'elles se disent ? Elles se frottent les mains.
Elles se disent, vous imaginez, si jamais on atteint aux intérêts de la France, regardez, ça va être le boxon au sommet de l'État, ils ne seront pas d'accord entre eux et donc, on aura une forme de brèche dans laquelle on pourra s'engouffrer. Notre chaîne de commandement, elle a toujours été très claire et je pense que c'est pour la sécurité des Français qu'elle doit rester très claire.
Sur la sécurité, à quoi faut-il s'attendre pour le 7 au soir en cas de victoire du RN ? Certains, et notamment les renseignements généraux, territoriaux, disent qu'ils redoutent d'éventuelles émeutes. Qui tiendra les comptes ? Qui s'occupera d'envoyer la police sur le terrain ? Qui sera en charge le 7 au soir,
le 8 à la journée ? D'abord, je me bats dans cette campagne pour que les candidats ensemble pour la République puissent gagner. Ensuite, il y a un gouvernement, un gouvernement qui est au travail.
Vous resterez le temps qu'il faudra ? Même si vous n'avez pas la majorité, vous seriez prêt à rester le temps qu'il faut
pour que l'ordre soit rétabli ? Je ne suis pas là pour faire des hypothèses, pour dire ce qui se passera, etc. Je me bats dans ces élections. Et donc, je le dis ici, évidemment, on se bat tous les jours et on travaille tous les jours pour la sécurité des Français. Évidemment, on le fera toujours. Maintenant, je le redis ici, le Rassemblement national a, je le disais tout à l'heure, des candidats qui tiennent des propos haineux et violents. On le voit depuis plusieurs jours. Il y a aussi, malheureusement, des gens dans notre pays qui ont des pulsions de haine, d'agressivité, qui se libèrent quelque part avec la perspective de l'arrivée du RN.
On a vu il y a quelques jours, quelques semaines, le fils d'un cadre du Front national. Le soir des élections européennes. Voilà, qui a été interpellé pour agression homophobe.
Condamné d'ailleurs depuis.
Voilà, et qui, quand il a été interrogé, a dit vivement dans trois semaines, sous-entendu après les législatives, on pourra casser du PD comme on veut. Voilà ce que c'est. On a vu, chez vos confrères de France 2, une femme aide-soignante, victime de racisme par des personnes sympathisantes ou adhérentes, je ne sais plus, du RN. Donc, la réalité, c'est qu'il libère quelque part aussi, malheureusement, pose la question
de qui tiendrait le pays. Gérald Darmanin, lui, a dit qu'il ne souhaitait pas rester au gouvernement s'il est élu et qu'il préférerait siéger à l'Assemblée. Il serait tout de même aux manettes ? Vous seriez tout de même aux manettes ?
Je vais vous dire de manière très claire, il y a un gouvernement aux manettes, il y aura toujours un gouvernement aux manettes. Là-dessus, évidemment, il n'y a pas d'inquiétude à avoir des Français de ce point de vue-là. L'inquiétude, elle est si la majorité change et si vous avez le Rassemblement national qui venait à gagner ces élections.
Et vous, ça ne vous a pas traversé l'esprit, comme Gérald Darmanin, de dire au fond « je passe à autre chose » ?
Moi, je suis engagé dans cette campagne, je me bats pour nos candidats, je me bats pour qu'on ait une majorité. Encore une fois, parce que je vois les projets de matraquage fiscal, matraquage fiscal, et je le dis aux Français, ne vous faites pas avoir. Vous ne faites pas avoir par la NUPES qui veut remettre des charges sur les heures supplémentaires alors qu'il y a un salarié sur deux qui travaille, qui veut augmenter la CSG sur nos retraités et sur ceux qui travaillent.
Vous ne faites pas avoir par le Rassemblement national qui explique qu'ils vont supprimer les impôts jusqu'à 30 ans, vous permettre de ne plus travailler à partir de 60, et donc entre les deux concentrer toute la pression fiscale sur les Français qui ont entre 30 et 60 ans et qui travaillent. Vous ne faites pas avoir par le Rassemblement national qui dit qu'on va baisser tous les taux de TVA alors que partout où ça a été fait, y compris dans notre pays, il n'y a pas eu de gain pour les Français.
Vous êtes sur des questions fiscales, de sérieux budgétaires, et on l'a entendu avec Alexandra, mais avec beaucoup d'autres témoignages, ce n'est pas sur cette question-là.
Parce qu'on a abordé les questions de sécurité tout à l'heure, que j'ai par ailleurs abordé les questions de valeur qui sont majeures aussi, mais j'aborde aussi les questions de pouvoir d'achat parce que les Français, évidemment, qui sont attentifs et attachés aussi à ces sujets-là, et que la réalité, c'est que, que ce soit le Rassemblement national ou la NUPES, c'est un projet de matraquage fiscal assumé dans l'un des deux cas, masqué pour l'autre, mais qui serait forcé par des mesures de dépenses massives.
Merci Gabriel Attal d'être venu répondre à mes questions ce matin. Vous êtes effectivement, au moment où l'on se parle, le premier ministre.
Gabriel Attal