Le "tu" a-t-il tué le "vous" ?
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Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 13 %
Temps de parole
- Invité27 %
- Présentateur21 %
- Invité 217 %
- Présentateur 216 %
- Auditeur5 %
- Auditeur 24 %
- Auditeur 33 %
- Auditeur 43 %
- Auditeur 53 %
- Auditeur 62 %
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France Inter, le 18-20, Christelle Rebière. On se tutoie ? Combien de fois avez-vous entendu cette invitation ? On se donne du tu, de plus en plus souvent, au dépend du vous. Le tutoiement dans les offres d'emploi, par exemple, a doublé en trois ans. Plus de la moitié des salariés affirment tutoyer leur N plus 1. On ne parle pas des réseaux sociaux où c'est devenu la règle. Alors, le tu est-il en train de s'imposer au dépend du vous ? Emmanuel Macron tutoie ostensiblement Poutine, Trump, il l'avait même fait avec le pape François. Est-ce simplement parce qu'il transpose le you anglais en tu, qu'il veut afficher une intimité avec ses grands personnages ?
Et quelle est la part de stratégie géopolitique ? On l'entend, l'usage du tu et du vous est subtil. Il y a tout un tas de codes sociaux, mais aussi de l'affectif. C'est une façon de marquer notre rapport à l'autre. Et ça plonge au plus profond de nous. On a grandi dans le tutoiement. C'est ensuite que ça se complique face à une autorité ou tout simplement la première fois qu'on rencontre nos futurs beaux-parents. Alors, qu'est-ce que ça raconte de notre société et de l'évolution du langage ? Est-ce une uniformisation ou au contraire une simplification bienvenue ? Comment le vous résiste-t-il au Québec ? Et c'est ce qui nous a donné l'envie d'évoquer ce thème avec vous ce soir.
On vient de rétablir le vouvoiement obligatoire dans les établissements scolaires. C'est le Téléphone Son ce soir. Soyez les bienvenus. Le Téléphone Son. 01 45 24 7000. Bonsoir Zoé. Oui, bonsoir. Nous vous écoutons.
Merci de prendre mon appel. Moi, ce que je voulais dire, c'est que je pense que le vouvoiement n'est pas encore désuet. Il est la marque, en fait, d'une distance assumée entre deux personnes. Par contre, ce qui me semble désuet et ce qui, moi, me dérange quand je l'entends, c'est quand il y a une asymétrie entre deux adultes dont l'un tutoie et l'autre vouvoie. Ce qui pouvait, je pense, à une certaine époque, être perçu comme quelque chose de très respectueux. En fait, une marque de respect envers la personne qui est vouvoyée. Mais que moi, personnellement, je trouve à l'heure actuelle, me semble plutôt irrespectueux pour la personne qui est tutoyée.
Et quand je suis témoin d'une conversation où l'un tutoie et l'autre vouvoie, ça me met vraiment mal à l'aise. Et je pense que c'est ça qui tombe. Alors, ce n'est pas très courant. Je pense que ça, ça tombe en désuétude.
Eh bien, on va y venir, justement, avec nos invités. Bonsoir, Julie Neveux. Bonsoir. Merci d'être avec nous dans ce studio. Vous êtes maîtresse de conférence en linguistique à Sorbonne Université. Il y a aussi en face de vous Jean-Claude Delgène. Bonsoir. Bonsoir. Experte des risques professionnels en entreprise, parce qu'on va y venir aussi, il y a plein de choses à dire sur les entreprises. Fondateur du cabinet technologien, auteur de Faire face aux risques psychosociaux. Et nous sommes aussi en ligne avec Étienne Kern. Bonsoir. Bonsoir. Merci d'être avec nous à distance. Professeur de lettres en classe préparatoire, auteur de Le tu et le vous. On est au cœur du sujet.
L'art français de compliquer les choses. C'est publié chez Flammarion. Alors, on a Zoé qui nous dit, en fait, c'est l'asymétrie qui la dérange quand l'un tutoie et l'autre vous voit. Julie Neveux.
C'est très intéressant ce que vous dites, Zoé, puisque là, je vous vois et c'est la marque par défaut quand même pour une première interaction avec une personne. Déjà, ça, c'est pour aller dans votre sens du début. Je pense que le vouvoiement reste tout à fait la norme quand on rencontre quelqu'un qu'on ne connaît pas encore et qu'on a un échange, une interaction avec cette personne.
Et ensuite, ce que vous soulignez, Zoé, aussi, c'est drôle parce que les premiers linguistes qui ont travaillé sur le sujet de ces pronoms d'adresse, tu et vous, qu'ils ont appelé la distinction T et V, comme ça vient du latin tardif où il y a tu et vos, ces deux initiales, ces deux lettres, eh bien, ils ont montré qu'il y avait une sorte de changement historique entre une logique qu'ils ont appelée la sémantique du pouvoir qui avait lieu, qui prévalait dans l'ancien régime et puis qui a commencé à changer avec la révolution, etc. Et on est passé à une sémantique de la solidarité.
Et la grande différence, c'est exactement ce que vous avez dit, Zoé, c'est-à-dire dans le premier système, c'est la non-réciprocité. Donc, il y a une asymétrie et ça vaut évidemment dans toutes les sociétés, dans toutes les structures où il y a une hiérarchie très forte. Tandis que dans les autres milieux, on va vers un système de solidarité où il y aurait plus de réciprocité possible. Mais cette réciprocité, qu'elle soit possible, c'est assez récent finalement. Le tu et le vous, ils viennent d'où ? On va commencer par faire un petit peu d'histoire. Justement, ce qui est intéressant, c'est qu'ils viennent du latin tardif, mais pas le latin classique.
En latin classique, la norme, c'était le tu, même César, on le tutoyait. Donc ça, c'est fou. Et ils viennent sans doute, c'est très difficile de savoir, mais du latin tardif, on a introduit un vous quand il y avait peut-être plusieurs empereurs. Donc ce serait un vous du pluriel. C'est-à-dire que, vous savez, notre vous, c'est le même, si je vous adresse, si je vous dis vous, Christelle, c'est un vous de pluriel. Alors qu'il y a plein d'autres langues qui, elles aussi, ont des pronoms d'adresse pour marquer la politesse, qui changent pour dire la politesse. Mais là, ce sera la troisième personne, du singulier ou du pluriel. Par exemple, en espagnol ou en italien, on a une troisième personne.
C'est comme si je disais, Christelle est-elle d'accord avec ce que je dis ? Et c'est notre façon de marquer ma déférence en sortant de la situation d'interlocution directe. Donc il y a beaucoup de stratégies de politesse, en fait, et elles diffèrent selon les langues. Et les langues qui n'ont pas cette façon de marquer, à travers les pronoms d'adresse, tu et vous, ou bien tu, ou il ou elle, ont d'autres systèmes, comme des suffixes qu'on rattache à des noms, comme évidemment des formules de politesse. Il y a plein d'autres façons d'être polis, en fait.
Etienne Kern, est-ce que c'est l'anglais qui vient brouiller un petit peu les cartes aujourd'hui ? Alors je crois que sur la question de l'anglais, mon ami Julie est bien plus complétente que moi. Mais c'est certain qu'il y a un minimalisme pronominal en anglais qui est assez fascinant. Mais je rappelle quand même au passage que c'est un vouvoiement. En fait, c'est le tu qui a disparu en anglais, qui ne s'emploie que dans un contexte religieux, où il prend un sens extrêmement, comment dire, solennel. C'est drôle parce que vous dites... Je vous en prie, pardon. Je vous laisse finir votre phrase.
Je disais simplement que le tu français est évidemment plutôt du côté de la proximité, de l'affection et de l'affectivité, alors qu'en anglais, ce fameux zao que je prononce très mal, le T-H-O-U, ne s'emploie que dans un contexte solennel, religieux.
Julie Neveu. Oui, en fait, jusque chez Shakespeare, vous savez, début du XVIIe, il y a le zao, pour dire tu, et le vous, et l'alternance. Et toutes les insultes chez Shakespeare, c'est avec zao, tuer un marchand de poissons, fishmonger, etc. Et ce qui est intéressant, c'est que le zao... Bon, il y a plusieurs hypothèses pour expliquer pourquoi il a disparu, mais donc c'est le pronom pluriel qui l'a emporté, en effet. Et donc il y a une neutralisation de ce sens possible, de cette variation entre les deux.
et on explique sans doute que c'est parce que le zao, donc le tu, était trop coûteux dans les interactions, c'est-à-dire que c'était une prise de risque et qu'il était interprété comme étant excessivement familier. Donc en fait, on le vivait mal, c'était des situations de gêne social, et finalement il a été évacué entre le XVIIe et le XVIIIe. Le XVIIIe, il n'y a plus du tout de zao. Donc c'est le you, la neutralité qui l'emporte. Et c'est vrai que c'est plus simple, pour répondre à votre première question, c'est plus simple, mais néanmoins il y a d'autres façons de marquer du respect dans son corps, dans d'autres termes qu'on utilise. Jean-Claude Delgène.
Oui, je réagis à ce que dit Julie, parce qu'en milieu professionnel, le tu, effectivement, instaure une certaine proximité et expose aussi, quelque part, quand vous avez par exemple deux personnes qui sont de niveaux hiérarchiques différents, le tu fait que la personne qui est peut-être en demande de négociation, de revendication, peut plus facilement avec le tu poser son problème de revendication. Là, effectivement, c'est tout à fait clair. Alors que quand il y a le vous, il y a une distance, et c'est plus compliqué d'aller négocier et d'exiger, par exemple, une augmentation ou une valorisation, parce qu'il y a la barrière de la langue.
Et donc, effectivement, le tu est peut-être plus coûteux en matière de négociation pour ceux qui ont le pouvoir.
Mais le tu, il crée une fausse intimité dans le milieu professionnel ?
Pas toujours, parce que le tu, dans certains milieux professionnels, il est de rigueur. Vous allez, par exemple, conduire un camion, vous êtes recruté pour être chauffeur dans une entreprise, les gens, ils se tutoient tous. Les mecs, vous allez dire. Oui, il y a très peu de femmes qui conduisent. Vous allez sur un chantier de BTP, c'est pareil. Vous avez des endroits où le tu, il est de rigueur. En tout au moins, dans le groupe. Parce que quand on commence à vous voyer, c'est les cadres qui vous voient, vous voyez. Donc, il y a une question de statut et de, je dirais, de différenciation, y compris par l'usage des pronoms.
Bonsoir Stéphane. Oui, bonsoir. Soyez le bienvenu sur France Inter, nous vous écoutons. Merci.
Oui, merci. Je voulais juste témoigner par rapport à ce mouvement, ce tutoiement. J'ai une petite fille qui a 9 ans, qui est en CMA. Et depuis sa tendre enfance, elle tutoie ses instituteurs, ses institutrices. Et moi, j'ai 47 ans. J'étais à l'école primaire dans les années 80, 90. Et de cette époque-là, pas si lointaine, on vous voyait, nos instituteurs. À l'heure actuelle, les professeurs ont vraiment peu de leviers pour tenir en place une classe. Les punitions sont plus possibles. L'époque du petit coup de droit, de règles sur les doigts, je ne dis pas que c'était la bonne solution, mais c'est encore à des années-lumière.
Et à mon sens, un des moyens de tenir une classe est de tenir aussi une distance qui ne veut pas dire manque d'efficacité de la part de l'instituteur. Mais ce vouvoiement, à mon sens, créait une distance et imposait une sorte de respect. On a ça en France. On a ce vouvoiement, ce tutoiement. Ça n'existe pas dans le monde anglo-saxon. À mon sens, ça serait un levier encore possible. Et j'ai entendu apparemment qu'au Québec, ça a été réinstauré de vouvoyer les professeurs. Et à mon sens, vu que les professeurs et les instituteurs ont peu de levier maintenant, c'est juste cette petite différence au niveau de comment s'adresser à certains instituteurs ou son institutrice serait bienvenue.
Étienne Kern, c'est une question pour vous, puisque vous êtes professeur de lettres en classe prépa. Comment ça se passe ? Il y a vous, vous, amants, vous, avec vos élèves ou pas ? En fait, c'est une relation qui est renégociée, en fait, à chaque fois entre l'enseignant et la classe. Je veux dire que tous les enseignants n'ont pas la main politique sur la question. Pour ma part, je vouvoie mes élèves et je suis vouvoyé par eux. Et j'apprécie cette réciprocité, cette sorte de quasi-horizontalité dans les pronoms. Il n'y a pas d'asymétrie pour le coup, là ? Voilà. Je comprends très bien que des collègues fassent le choix de tutoyer leurs élèves, leurs étudiants.
Mais comme ils attendent, a priori, un bouvoiement en retour, il y a quelque chose qui rappelle la question tout à l'heure posée par Zoé sur l'asymétrie. Cela dit, je crois que l'essentiel passe par ce qu'on dit, par le ton, et pas du tout par ce simple choix du pronom. Je pense, en vous parlant, à l'un de mes professeurs d'histoire en classe préparatoire, que j'aimais beaucoup, qui est malheureusement décédé, qui nous tutoyait en classe, qui était très chaleureux de sa part, parce qu'il aimait beaucoup de gentillesse. Mais lorsqu'il corrigeait une copie, et qu'il fallait dire que ce n'était pas très bon, il disait, vous, vous n'avez pas compris le sujet.
Et après, il y en a la copie, il a fait un effort, c'est bien. Et il y avait quelque chose de, je ne sais pas, de désarmant dans l'effort qu'on sentait chez lui pour jouer un peu au méchant, avec ce vouvoiement qui était là pour rappeler la supériorité, la hiérarchie verticale, etc. Mais on sentait que le fond de sa nature était du côté d'un tutoiement affectueux. Jean-Claude Delgène.
Oui, c'est très intéressant ce qui vient d'être dit. Dans le milieu professionnel, par exemple, quand un DRH convoque quelqu'un pour le licencier, employé, même si le tutoie avant, ou régulièrement, lorsqu'il y a l'opération de licenciement, de sanction, et bien c'est le vous qui va être employé.
Parce qu'il est obligé de le mettre à distance.
Il est obligé de le mettre à distance, mais même y compris en matière judiciaire, le fait de licencier quelqu'un en le tutoyant, en faisant preuve de proximité, etc., pourrait être interprété comme un peu de cynisme. Ah oui, d'accord. Voilà, donc c'est intéressant de noter que dans cette affaire, quand on doit s'éloigner de quelqu'un, quand on doit le sanctionner, effectivement, on va utiliser cette possibilité, ce levier.
Il n'y a pas de règle écrite dans l'éducation nationale, Étienne Kern ? Il n'y a pas de texte là-dessus ? Non, je pense qu'il y a un usage tacite qui est plus du côté du vouvoiement, mais il n'y a pas de règle écrite. Par contre, je pensais, en écoutant Jean-Claude, je crois, au code de la police, qui pour le coup a strictement interdit le tutoiement policier. Oui, c'est vrai. Le policier n'a pas le droit, en principe, de tutoyer quelqu'un pour des raisons juridiques.
Julie Neveu. Oui, c'est que je voulais répondre à Stéphane aussi, qui faisait part de sa remarque et de son regret. Donc, je voulais vous rassurer, Stéphane, parce qu'en fait, il se trouve que cette distinction TV, donc tu vous, elle arrive assez tard dans l'acquisition du langage, qu'en fait, les enfants en primaire, ce que montrent les collègues qui travaillent un petit peu sur ces sujets, c'est que quand on a en dessous de 6, 7, 8 ans, vraiment, c'est difficile à comprendre. Ah oui ?
Oui, qu'en fait, la politesse et le respect peuvent tout à fait, comme le disait Étienne très bien, passer par bien d'autres marques, que ce soit dans le ton, dans l'adresse monsieur, madame, que ça, ils peuvent attendre. Ils savent donner des formules de politesse, évidemment, ils apprennent à dire s'il vous plaît ou s'il te plaît, d'ailleurs, ils s'embrouillent un petit peu. Mais ce qui est sûr, c'est de comprendre, de modéliser la relation sociale à l'œuvre qui va générer l'emploi du tu ou du vous, c'est trop tôt, en fait, en primaire.
C'est trop tôt et c'est bien pour ça qu'en fait, on demande à peu près aujourd'hui, je crois, au collège seulement, aux enfants de se mettre à vouvoyer leur professeur, puisqu'avant, c'est pas quelque chose qui est très compréhensible.
Et vous pensez que c'est une distance qui est nécessaire à partir d'un certain âge pour les élèves ?
J'imagine que c'est un code de plus qu'on peut intégrer. Moi, je continue à penser que c'est la réciprocité qui est plus importante, et la déférence et le respect par d'autres. Ça n'a pas besoin d'être marqué à cet endroit-là du langage.
Bonsoir, Anne-Claire.
Oui, bonsoir.
Soyez la bienvenue.
Bonsoir à tous. Bonsoir. Oui, moi, c'était juste pour un petit témoignage et justement, d'écouter la personne précédente. Moi, je vais souvent en Polynésie voir mes filles qui vivent là-bas. Et à Tahiti, on ne dit jamais vous. On dit toujours tu. Et par contre, on emploie beaucoup de petites expressions gentilles pour accueillir les gens, pour qu'ils assurent qu'ils se sentent bien. Et je voulais dire que, voilà, ce n'est pas parce qu'on dit tu à tout le monde qu'il n'y a pas un respect, même une hiérarchie qui s'instaure. Donc, ça ne passera jamais par vous, maman, parce que personne ne l'emploie. Mais je pense que ce n'est pas du tout contradictoire. Et on se sent plus considérée.
On rentre plus vite dans l'intime. Et moi, chaque fois que je rentre en France, je me sens perdue parce que je me sens plus anonyme. Et à chaque fois, ça me manque. Après, ça passe parce qu'on rentre dans sa culture et c'est normal. Mais c'est vraiment une culture. Le tu, le vous, pour moi, ça ne veut pas dire grand-chose. Sauf que quand c'est le tu pour tout le monde, je trouve que c'est pas mal, en fait.
Vous préférez le tu, vous trouvez que c'est plus simple et plus direct ? Il n'y a pas de ségrégation. Pour moi, c'est un peu une... C'est un tu universel, qui est finalement, pour vous, plus universel que le vous. Julien Neveu. Oui. Julien Neveu, pardon.
Je vous en prie. N'importe quoi. Ce que je trouve hyper intéressant, Anne-Claire, dans ce que vous avez dit, c'est qu'en fait, vous ressentez comme plus intime ce tutoiement généralisé. Mais en fait, vous ne le ressentez comme tel que parce que vous êtes encore habitué à cette variation entre le tu et le vous dans cette culture. Comme vous le dites, c'est une question culturelle. Et si vous deviez vous installer et vivre longtemps là-bas, peut-être vous perdriez cette nuance d'intimité. C'est ça.
En fait, le code, c'est Saussure, le premier grand linguiste, celui qui a fondé un peu la cette science, qui explique que les signes valent dans une langue donnée, à un moment donné, par opposition les uns aux autres. Et donc là, aujourd'hui, notre tu vaut par opposition et différence avec le vous. Et même dans une situation, vous connaissez tous ces cas, moi, qui me font toujours rire, où je constate que des gens très bien élevés prennent le volant de leur voiture et se mettent à devenir complètement injurieux et à dire des insultes tout en disant tu, tu la bouges, ta caisse.
C'est toujours tu. L'insulte, c'est toujours tu direct.
C'est toujours tu. Et donc, c'est une ressource expressive qui est importante, mais qui ne vaut que puisqu'on a les deux en concurrence. Or, quand il y a un seul pronom qui crée cette adresse à la deuxième personne, donc en anglais, « you », ça disparaît tout doucement. Donc, je pense que si vous viviez même ne serait-ce que plus de quelques mois, vous perdriez cette sensation d'intimité. C'est intéressant quand on entre, ce contact avec une autre culture fait ressentir ces subtilités.
À propos du tutoiement, j'ai cette citation de Milan Kundera dans l'un de ses livres, « La plaisanterie ». Son personnage avoue son aversion pour le tutoiement. Il dit ceci, il écrit ceci, « Le monde où le tutoiement est d'usage n'est pas un monde d'amitié générale, mais un monde d'irrespect général. » Qu'est-ce que vous en pensez, Etienne Kern ? Je pense que Kundera, historiquement, vient du bloc soviétique. Et donc, dans ce tutoiement obligatoire, en quelque sorte, il entend quelque chose qui devient violent, qui devient maltraitant dans la fausse réciprocité, alors que finalement, rapport de force très fort se joue là.
Et d'ailleurs, historiquement, c'est fascinant de voir comment ça se passait en russe à l'époque de la révolution bolchevique, puisque la première décision prise par les bolcheviques consistait à interdire le tutoiement à l'armée d'un inférieur par un officier. Mais une fois que les commissaires du peuple ont installé leur pouvoir, ils ont exigé à leur tour d'être vouvoyés. Perpétuant, finalement, cet ancien système, cette sorte d'hypocrisie d'un tu qui était là pour les autres, mais qui devait garder bien au soleil cette petite place réservée à une élite. Et on sait que Lénine se faisait vouvoyer.
Et on sait même qu'à l'époque du Parti communiste français dans les années 50, une consigne avait été passée interdisant de tutoyer les grands camarades comme Maurice Thorez, par exemple. Ça fait beaucoup rire, Julie Neveu. Julie Neveu, les révolutionnaires, ici, 1793. il y a eu un décret pour interdire le tutoiement qui n'a pas été appliqué. Non, mais je pense
qu'on ne peut pas faire de contraintes aussi fortes politiquement, aussi brutales. C'est-à-dire que c'est très difficile de contraindre à changer des usages qui sont installés. donc, c'est vrai que les idéologies égalitaires aiment bien promouvoir le tu. Et on comprend cette... Mais malgré tout, il y a la contrainte de l'autre côté. Après, ça devient comme ce que Barth décrit comme une langue fasciste. Vous voyez, on est obligé d'emprunter ce qui n'est pas naturel et n'est pas inscrit dans nos usages. Donc, c'est très difficile. C'est arrivé en Suède, cependant, qu'il y ait un changement vers le tu, vers le doux, qui ne m'était pas porté par...
Enfin, il était un peu porté politiquement, mais aussi culturellement. Il y a une influence très forte d'un ministre, je crois, pas dire de bêtises, mais qui est arrivé et qui a dit c'est très compliqué parce qu'il avait un système de politesse qui était très compliqué avec trois pronoms d'adresse. Et il a dit simplifions, moi je vais dire doux si vous voulez bien tu. Et tout le monde, apparemment, la culture suédoise assez vite, c'est fait assez rare, s'est emparé de cette proposition et à plus ou moins délaisser les autres formes marquant plus le respect.
On a Doris qui habite à Bruxelles et qui nous dit chez nous on tutoie tout de suite ici le vouvoiement magas surtout quand on me dit que c'est par respect pour les aînés à chaque fois que je prends un coup de vieux je propose un compromis à la Belge on commence une conversation en vous voyant on la termine en se disant tu et pour toujours. C'est une bonne idée mais c'est vrai qu'on a quand même du mal à trouver la bonne distance Jean-Claude Delgène dans n'importe quelle conversation il y a toujours un moment où on ne sait plus quel pronom choisir.
Tout à fait d'autant que encore une fois il y a d'autres marqueurs hiérarchiques il y a des expressions qui peuvent qui peuvent perturber je voulais revenir simplement sur un point qui a été exprimé tout à l'heure sur la question du tu et de la violence on peut aussi être extrêmement violent avec le vous j'étais tout à l'heure en train de raconter à Julie en fait une situation qui m'était arrivée il y a quelques années j'étais en relation avec une relation amicale assez forte et on s'était fâchés parce que pour différentes raisons cette personne était conseiller ministériel j'avais milité pour la création d'un observatoire des suicides elle était contre elle protégeait son ministre bon au final ça s'est fait donc quand je l'ai revu je lui tends la main en fait j'étais vraiment dans une relation d'amitié et je lui dis peut-être ça serait-il bien que l'on puisse se dégêner ensemble qu'est-ce que tu en penses et la personne me regarde vous n'y pensez pas il faudrait encore que nous ayons quelque chose à nous dire vous voyez donc la violence que ça avait concentré et là j'ai compris combien je l'avais blessé en menant en fait cette opération jusqu'au bout à laquelle je ne pouvais pas renoncer vous voyez donc le vous peut être aussi extrêmement violent c'est pas simplement ça dépend vraiment comme le disait tout à l'heure monsieur Kern du ton de la posture de la communication non verbale qui peut s'exprimer et qui peut accompagner une violence psychologique forte Julie Neveau oui et pour revenir au témoignage de Doris c'est ça je crois belge ce qui est drôle c'est que c'est vrai que je pense que c'est une situation assez commune où une personne prend mal qu'on la vouvoie c'est quand il l'interprète comme reflétant l'âge et ça c'est vrai que moi ça m'est arrivé qu'une collègue plus âgée soit contrariée que je pense à la vouvoyer or je pense c'est quand même un des facteurs quand même une des variables d'ajustement qui fait qu'on vouvoie encore c'est vraiment l'âge et c'est peut-être parce que c'est intégré à l'enfance en effet la différence d'âge provoque le vouvoiement mais donc c'est vrai qu'il y a une logique d'exclusion qui peut s'adosser à ça et qu'on peut ressentir comme tel c'est une façon de se sentir exclu de la communauté des plus jeunes locuteurs Etienne Kern
vous souhaitiez réagir ?
Oui alors sur plusieurs choses pour réagir la logique d'exclusion finalement on parlait tout à l'heure de l'exemple de la Suède c'est vrai que le tutoiement est devenu absolument hégémonique mais il semblerait que depuis quelques années la jeunesse réactive un pronom qui était un peu tombé dans l'oubli qui est le pronom ni qui sort de vouvoiement et que la jeunesse l'applique justement pour les personnes âgées pour exclure ou pour au contraire renforcer un sentiment d'appartenance à une même communauté du côté de la jeunesse mais il y a une forme de retour paradoxal du vou alors même qu'on a l'impression que tout avance vers le tutoiement et j'enchaîne si vous voulez bien vers une deuxième petite histoire c'est pas une affaire d'âge mais vous savez pendant longtemps en français les usages étaient encore assez souples et on pouvait assez facilement passer du tu au vou au XVIIIe siècle sans que ce soit une fausse note et on a dans le correspondant de Napoléon vous voulez dire oui comme en Belgique ou la même lettre dans la correspondance de Napoléon il y a une lettre absolument délicieuse qu'il adresse à Joséphine à l'époque où il n'est que général Bonaparte etc et il a trouvé la lettre de Joséphine un peu froide mais il faut dire qu'elle était déjà en train de le tromper bon peu importe il y a un contexte il sent qu'il y a une distance du côté de la femme et il écrit dans ta lettre tu me traites de vous vous toi-même c'est génial allez on parle du tu et du vous ce soir et de ce tutoiement qui gagne du terrain sur le vouvoiement bienvenue si vous nous rejoignez c'est le téléphone sonne sur France Inter et bonsoir Laurence Bonsoir donc moi
je vous appelle pour faire part de mon expérience donc moi j'ai entre 60 et 70 ans on va dire et donc j'ai été élevée en vous voyant mes parents bon c'était déjà exotique à l'époque on était les seuls enfants à vous voyer nos parents et quand mes enfants sont nés c'est posé la question de savoir comment ils s'adresseraient à leurs grands-parents bon sachant que mes parents ils tenaient beaucoup et bien on les elles ont appris à les vouvoyer alors je pense que ça n'a pas été compliqué dans la mesure où nous-mêmes nous les vouvoyons donc c'était sans doute par imitation mais je précise aussi que mes filles nous tutoyaient leurs parents nous tutoient moi-même et leur père et elles ont vraiment fait cet apprentissage sans aucune difficulté c'était pour revenir sur vous avez dit l'intervenante précédemment
Laurence vous ça vous a posé un problème de vous voyer vos parents ou pas du tout
absolument aucun alors c'était si vous voulez on ne s'en était même pas vraiment rendu compte enfin c'est surtout le regard des autres et parfois nos camarades nous disaient ah bon tu vois tes parents même encore des gens qui m'entendent leur parler nous font la remarque mais bon maintenant on est grands mais ça non on n'a pas été traumatisés pour autant et mes filles ne sont pas traumatisées bon elles sont de jeunes adultes maintenant et elles ne sont pas du tout traumatisées en vous voyant leurs grands-parents en tutoyant leurs parents et elles ont toutes petites fait la différence la distinction entre les adultes d'une manière générale et leurs proches leurs proches
Julie Neveu Merci Laurence de vos témoignages mais je pense qu'en effet comme vous l'avez très bien dit c'est par imitation et par mimétisme et ma question est-ce que vous pensez qu'elles ont compris est-ce qu'elles s'adressaient également à d'autres adultes peut-être plus âgés en les vous voyant ou bien ce que c'était réservé à vos parents parce qu'a priori il me semble qu'en effet c'est un peu différent d'apprendre comme un code qu'il faudrait répéter plutôt que de savoir vous voyez c'est un peu le nom des grands-parents de leur dire vous vous voyez c'est une habitude qui se fige donc c'est assez différent et c'est normal que ce n'est pas posé de problème en revanche si vous me dites qu'en effet elles arrivaient tout à fait à comprendre quand est-ce qu'il fallait dire tu ou vous en dehors de ces personnes identifiées ça ça me paraîtrait plus étonnant mais bien sûr que ce n'est pas en tout cas problématique et pas traumatisant puisque c'est une norme et la norme vous intégrez une norme au moment où vous intégrez des habitudes linguistiques entre vous entre gens familiers d'une même famille et donc c'est normal que ça ne pose pas du tout de problème et que c'est quand même
devenu extrêmement rare
disons que c'est stigmatisant socialement j'imagine qu'on vous a dit que vous deviez avoir des mœurs un peu d'aujourd'hui
on n'a plus Laurence en ligne Etienne Kern vous confirmez je crois qu'il n'y a plus que je crois elle est là oui Laurence on attendait votre réponse alors
je voulais répondre justement en sous-spécifiant que par exemple elles tutoient leurs autres grands-parents elles ont toujours tutoyé leurs autres grands-parents elles ont toujours fait la distinction entre les deux les deux pères
Etienne Kern on dit qu'il n'y a plus que 20 000 familles en France je ne sais pas d'où sort ce chiffre où l'on se vouvoirait oui ce sont les Pinson-Charlot qui ont fait une étude sur cet usage donc c'est une pratique sociale qui est évidemment résiduelle même s'il semblerait que certaines jeunes familles choisissent volontairement d'employer un vouvoiement alors que précédemment ils tutoyaient leurs propres parents mais d'une manière générale c'est plutôt une survivance au début de l'émission je lui ai rappelé ce grand basculement historique entre une sémantique de pouvoir et une sémantique de solidarité qui se joue au 18e-19e siècle et finalement vous voyez ses parents c'était la seule possibilité jusqu'à 1790-1800 l'idée de tutoyer ses parents ça vient grosso modo avec les lumières et ça vient surtout avec la révolution française qui va aussi révolutionner la famille la conception du rapport à l'autre et ça c'est fascinant de voir dans l'histoire dans la littérature comment ça évolue comment on en arrive oui Jean-Claude Delgène
sur la question du retour au vous je voulais un peu intervenir parce que nous on a fait une étude il y a deux ans et demi sur la romance au travail qu'on a publiée en février 2024 pour la Saint-Valentin et en fait on s'est aperçu qu'il y avait eu quand même une incidence de MeToo en particulier sur les relations amoureuses au travail très forte mais en fait on s'aperçoit que les femmes aujourd'hui en entreprise sont très contentes qu'il n'y ait plus par exemple l'obligation de faire la bise l'obligation d'être en rapprocher et y compris le fait de le tutoiement et le vouvoiement l'usage du vouvoiement permet aussi de mettre un peu à distance et de se protéger de parfois des situations un peu lourdes un peu de drague mais les hommes
ont quand même tendance à tutoyer plus facilement les femmes en entreprise que l'inverse ça reste vrai ça
on en parlait tout à l'heure avant l'émission les hommes utilisent le tutoiement beaucoup plus facilement d'ailleurs y compris parce qu'ils sont beaucoup plus entreprenants dans les relations vis-à-vis de l'agente féminine et donc ils utilisent plus le tu et les femmes tentent justement avec le vou parfois de se garder un peu à l'écart de ces tentatives
bonsoir Raphaël bonsoir vous vous utilisez le vouvoiement mais pas dans n'importe quelle situation
oui alors c'est effectivement étonnant d'autant que ça se relie à ce qui a été dit juste avant parce que moi j'ai une amie très proche avec qui c'est une ancienne collègue et avec qui le vouvoiement sert surtout dans des phases de sensualité ou d'intimité alors on s'écrit aussi par d'autres moyens notamment des lettres et on a tous les deux une trentaine une quarantaine d'années mais le vouvoiement on l'utilise nous dans des configurations de complicité et d'intimité qui sont une forme de déférence un petit peu pas tant du respect qu'une relation à l'altérité qui est plus romanesque et plus effusive dans sa forme d'expression ça ouvre d'autres champs d'expression en fait plus littéraires et plus intellectuels qui permettent d'autres fusions dans les échanges et ce vouvoiement là est à contre-temps un peu des réseaux sociaux et du tutoiement très invasif très anglo-saxon et vous voulez dire
que c'est un
Raphaël
c'est un vouvoiement érotique aussi
oui tout à fait Julie Neveux oui oui le vous est tout à fait propice et connu pour pouvoir être utilisée comme une ressource érotisante en effet dans un couple pourquoi ?
parce que comme vous l'avez très bien dit Raphaël il y a une distance qui est réinstaurée il y a l'imaginaire qui peut se déployer de nouveau on perçoit de nouveau que cette personne qu'on a face à nous qui est pourtant si intime si familière redevient cet être mystérieux dont on a pu tomber amoureuse ou amoureux et donc il y a tout un monde qui se réouvre de possibilités c'est sûr donc je pense que il faut avoir une certaine je pense assumer un certain jeu érotique pour pouvoir essayer ce vous à l'intérieur d'une relation intime mais c'est sûr que oui c'est tout à fait propice à recréer une sorte de oui évidemment de distance et aussi de désir puisque le désir pour se déployer vous savez a besoin d'un petit peu d'espace donc si on est collé complètement à l'autre peut-être le désir se manifeste moins facilement
Etienne Kern de toute façon l'emploi du tu ou du vous modèle la relation qu'on a à l'autre Oui mais surtout dans un contexte amoureux ou affectif ou sensuel comme on l'a entendu je pense à une phrase très belle de Michel Piccoli à l'époque où il était l'époux de Juliette Gréco et il l'a vouvoyé et un jour un journaliste s'interroge et il dit que dire vous à la femme qu'on aime c'est comme une vie en plus c'est-à-dire qu'il y a des gens qu'on tutoie il y a des gens qu'on vouvoie et on est deux personnes différentes on joue deux rôles différents même au sein du même couple parce qu'on peut tout à fait envisager et tout à l'heure le témoignage j'évoque Raphaël pardon Raphaël parlait d'une complicité on peut tout à fait envisager qu'à un certain moment la complicité soit du côté du tutoiement du sort du camaraderie et de l'autre de ce vouvoiement sensuel artificiel érotique etc donc on dédouble le rapport à l'autre et on choisit quand on passe d'un code à l'autre on a cette liberté de réinventer la relation à l'autre et notre langue finalement ne nous laisse pas tant de liberté que ça on a une grammaire assez stricte et là on a une magnifique liberté dans ce choix entre le tu et le vous et c'est bien pour ça qu'il serait dommage qu'à un moment on aille vers un seul pronom d'adresse mais justement pourquoi le tutoiement a-t-il gagné autant de terrain dans notre société Jean-Claude Delgène c'est arrivé par le management
je pense que c'est lié aussi aux générations les jeunes arrivent en entreprise en général ils doivent apprendre le vouvoiement quand ils arrivent très souvent en entreprise d'ailleurs dans les endroits normés en fait je ne parle pas des start-up qui sont créés mais dans les grandes boîtes c'est quand même assez figé encore et donc il y a le boss il y a le N plus 1 N plus 2 et donc très souvent c'est le vous qui l'emporte et le vous est obligatoire et donc les jeunes réapprennent mais ceci dit il y a une telle aujourd'hui profusion sur les réseaux sociaux le langage le tu a tellement progressé
quand on voit que même dans les offres d'emploi on s'adresse aux personnes en leur disant tu c'est assez étrange on n'aurait pas imaginé ça il y a 10 ans
alors ce n'est pas tout parce qu'une grande partie des offres d'emploi il y a le tu qui progresse mais le vous reste quand même très présent très présent ça dépend des postes que vous offrez que vous offrez c'est vrai que si vous ciblez par exemple des commerciaux si vous ciblez ça dépend à qui
on s'adresse absolument
parce qu'il y a certains postes le vous reste quand même la norme Julie Neveux oui moi je ne suis pas sûre en fait que le tutoiement progresse qu'on puisse décider en tout cas affirmer que le tutoiement l'emporte vraiment c'est à dire qu'il y a des milieux notamment entrepreneurieux où il devient un peu la norme et un peu imposé non mais c'est cool
dans les start-up
voilà c'est ça mais dans la vie réelle finalement je crois que le vous est encore tout à fait utilisé et en revanche il y a des milieux en effet peut-être que cette annonce je voudrais savoir quelle est cette annonce d'emploi mais est-ce que c'était dans un milieu associatif peut-être où là il y a plus de tudes tous les milieux qui valorisent la solidarité les milieux un peu rock, culture, piercing etc. s'il s'agit d'aller se faire piercer là on vous tutoie direct au théâtre il y a des milieux où on est fait le tueur
nous dans notre métier ici tout le monde se tutoie exactement de manière très naturelle Jean-Claude Delgène
oui oui il y a des milieux où on n'échappe pas au tutoiement et il y a des endroits où le vouvoiement reste la règle vous prenez par exemple on en parlait tout à l'heure de la police mais vous avez aussi dans la fonction publique plus généralement une règle quand même qui reste celle de la distance du respect des codes du respect de la hiérarchie plus on monte dans la hiérarchie vous ne verrez pas y compris dans le domaine médical ou dans les directeurs d'hôpitaux les grands toubis ils se font vous voyez
allez on va prendre Marie-Thérèse pour finir bonsoir Marie-Thérèse
bonsoir bonsoir à tous et merci pour vos émissions voilà moi j'ai 68 ans et je fais partie d'un club de randonnée en Ardèche et dans ce club de randonnée il y a des gens de tout âge et des gens assez âgés et avec qui on se tutoie tout le monde se tutoie c'est sympathique c'est comme ça et on ose se tutoyer sans problème or ce qui est quand même particulier pour moi en tout cas c'est que quand je vois certaines de ces personnes en dehors du club je vais les vouvoyer par contre ah c'est drôle ça oui et pourquoi ?
parce qu'il y a des gens à qui je ne parle pas énormément c'est juste de la petite conversation pendant notre randon mais on se dit tu et donc on ne se connait pas quand même suffisamment pour moi surtout des gens un peu âgés même si moi j'ai déjà 68 ans des gens un peu âgés où je ne me permets pas en dehors c'est plus pareil je retrouve mon cadre habituel je ne suis plus dans le contexte de ce petit club de randonnée voilà
merci Marie-Thérèse Etienne Kern vous souhaitiez intervenir ?
oui merci Marie-Thérèse vous avez employé le mot de contexte et c'est ça la clé finalement dans le contexte de randonnée il y a ce partage autour de cette activité joyeuse qui appelle le tutoiement dans un contexte différent les règles deviennent autres dans la littérature française il y a un exemple absolument magnifique dans Aurélien d'Aragon un roman qui met en scène Aurélien qui est un grand bourgeois riche rentier etc qui à un moment va à la piscine et il a un maillot de beurre dans la piscine dans l'eau et il croise un certain Riquet qui est ajusteur fraiseur qui vient du pub qui est un ouvrier et les deux hommes se tutoient et ils sympathisent et en sortant de l'eau ils décident d'aller boire une vieille ensemble et en sortant de l'eau alors qu'ils sont passés par leur cabine Riquet se rend compte qu'Aurélien a des beaux habits de riche et là d'un coup ils se mettent vous voyez et ça crée une douleur chez le personnage d'Aurélien qui sent qu'il y a une sorte de faille tragique comme ça qui est sûrement celle qu'Aragon le communiste grand bourgeois en fait devait y prouver lui-même c'est d'une finesse sociologique et psychologique magnifique Absolument mais de toute façon c'est toujours sociologique on l'a bien compris on arrive à la fin de cette émission tout dépend du contexte évidemment et le vouvoiement a encore de beaux jours devant lui Merci à vous tous d'avoir participé à cette émission c'était passionnant d'avoir regardé cette émission