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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 12 août 2026 23 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sportNumérique

Du street art dans les musées, entre "reconnaissance institutionnelle" et "valorisation des pratiques"

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:23OuverteRéponse directe

    À quand remonte les origines du street art tel qu'on l'entend aujourd'hui ?

  • 1:52OuverteRéponse directe

    Quand est-ce qu'on bascule de graffiti à art urbain ?

  • 2:42OuverteRéponse directe

    Vous pratiquez le collage sur rue. Vous vous inscrivez dans cet héritage ?

  • 3:36OuverteRéponse directe

    Quand le monde de l'art classique commence à s'intéresser au street art ?

  • 6:07OuverteRéponse directe

    Vous y voyez une forme de consécration ?

  • 6:47OuverteRéponse directe

    Quel bénéfice pour les artistes urbains ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:30PrésentateurChiffre
    « 22 millions d'euros pour un Banksy. »
  • 3:58InvitéFait
    « On se situe au début des années 80. »
  • 7:45InvitéFait
    « Le Centre Pompidou va acquérir certaines œuvres en 2024 seulement. »
  • 16:28PrésentateurFait
    « Désormais, avoir un flic aux fesses parce qu'on a peint du mobilier urbain, ce n'est plus un critère obligatoire pour être qualifié de street artiste. »

Temps de parole

  • Présentateur30 %
  • Invité27 %
  • Invité 223 %
  • Locuteur 119 %

≈ 0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

De la rue au prestigieux salon du Petit Palais, du graffiti contestataire à la fresque reproduite sur toile. Le street art ou l'art urbain investit de plus en plus les musées. En témoigne donc cette exposition cet été au Petit Palais à Paris. We are still here. Mais ce n'est pas la première ni la seule. On ne compte plus les expos temporaires, les galeries. Depuis une vingtaine d'années, on a aussi vu émerger un marché du street art. 22 millions d'euros pour un Banksy. Une forme de reconnaissance, de consécration pour ce qui est resté longtemps une contre-culture.

Mais peut-être, on va en débattre, au risque de s'embourgeoiser, voire de dénaturer cet art libre contestataire qui joue avec la légalité. On va poser la question à nos invités. En studio à mes côtés, une street artiste, Aurélie Ludivine Bidot, alias Madame. Bonjour. Bonjour. Vous faites partie notamment de l'exposition du Petit Palais. Vous pratiquez, vous, on y reviendra, un art du collage sur rue. Et en ligne aussi ce matin avec nous, Nicolas Logereau-Lasser, commissaire d'exposition, collectionneur, fondateur d'Art 42 et de Fluctuart, des musées permanents consacrés au street art. Et Thomasine Zoller, historienne de l'art, guide conférencière. Bonjour à tous les deux.

Je rappelle aux auditeurs qu'ils peuvent évidemment nous poser leurs questions au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. On va peut-être commencer avec vous, Thomasine Zoller, pour rappeler peut-être d'où l'on part. C'est un art qui a, alors vous allez me dire si je ne me trompe pas, une soixantaine d'années. À quand on fait remonter les origines du street art tel qu'on l'entend aujourd'hui ?

1:38
Invité

Alors tel qu'on l'entend aujourd'hui, en effet, ça remonte à une soixantaine d'années. C'est un mouvement qui va se développer aux Etats-Unis, en France et en Europe et qui va évoluer avec différentes pratiques, différents courants aussi et évidemment différents outils.

1:52
Présentateur

Parce qu'au départ, on parle de tag ou de graffiti à New York, vous le disiez, notamment à Philadelphie, parallèlement aussi peut-être à la culture hip-hop new-yorkaise. Quand est-ce qu'on bascule, qu'on passe de ce qu'on appelle le graffiti à l'art urbain ?

2:08
Invité

Alors l'art urbain, en fait, si vous voulez, c'est une grande appellation un peu générique qui recrouve différents mouvements et différentes pratiques qu'on va retrouver dans l'espace public. Donc on va retrouver aussi bien le tag, le graffiti, comme vous l'avez dit, qui étaient des mouvements à l'origine qui se développent aux Etats-Unis. On parle d'ailleurs de graffiti writing. C'est lié vraiment au lettrage, à une différence esthétique. Et puis dans l'art urbain, on va en prendre aussi le pochoir, la mosaïque, l'installation, l'affiche, le collage. Toute une grande famille, en fait, qui est regroupée sous cette appellation, cette étiquette un peu générique.

2:42
Présentateur

Et alors vous, Aurélie Ludivine Bidot, vous faites donc, je le disais, du collage. Est-ce que vous vous inscrivez dans cet héritage dont on parle à l'instant ?

2:51
Locuteur 1

Moi, je ne sais pas du tout. Je m'inscris dans l'idée d'avoir besoin de dire des choses. Je pense que poser quelque chose dans la rue, c'est qu'on a des choses à dire et besoin de dialoguer. C'est dans cette optique-là que je fais ça. Je ne sais pas s'il y a une quelconque filiation. J'admire les gens qui ont eu cette démarche avant la mienne. Et j'admire ceux qui passeront après moi. Mais je ne sais pas s'il y a une quelconque filiation. Moi, je viens du théâtre, c'est un peu particulier. Et je faisais de la scénographie et c'est très lié à mon travail. Et cette idée de me mettre en scène, de coller en pleine rue, en plein jour et de très grands formats, ça vient plutôt du théâtre et de...

3:33
Présentateur

L'idée d'exprimer quelque chose. Nicolas Logereau-Lasserre, à partir de quand le monde de l'art dit classique ou légitime commence à s'intéresser à ce qui se passe dans la rue ? À partir de quel moment il y a prise de contact entre les deux ? Parce que longtemps, ces deux mondes-là se sont regardés quand même d'un peu loin.

3:53
Invité

Oui, absolument. En fait, à partir, on va dire, d'une deuxième phase, d'une espèce de naissance de ce que communément on appelle le street art en France. Donc, on se situe au début des années 80. Et des figures émergent, bien connues aujourd'hui, comme Mystique, Jérôme Ménager, Speedy Graffito, Jeff Aerosol, Black Lora, les VLP, bref, et beaucoup d'autres. Donc, de ce début des années 80, il y a cette pratique dans la rue, en France, à Paris. Mais on va dire que pendant quelques décennies, tout ça est quand même sous les radars. C'est très underground, c'est vraiment une contre-culture, avec beaucoup de médiums, Thomasine l'a dit, beaucoup de médiums différents, de pratiques différentes.

Mais véritablement, je pense que c'est au début des années 2000, et en particulier autour de 2005, qu'il y a véritablement une popularité de cette pratique et de ces artistes. Puis tout de suite, je pense évidemment à un certain Banksy. Alors voilà, parce qu'il a fallu, j'allais vous le dire,

4:53
Présentateur

il a fallu que des grands noms, Banksy ou Invader, forcent un peu l'entrée aussi d'institutions culturelles. On se rappelle de ce qu'ils ont fait au Louvre ou à la Tête Moderne de Londres.

5:02
Invité

Exactement, c'est vrai que finalement, cette deuxième génération, parce qu'on peut aussi raisonner en termes de génération, on est aujourd'hui sur quatre générations d'artistes, et cette deuxième génération, je dirais de cinquantenaire à peu près aujourd'hui, à la louche comme ça, a permis aussi de populariser. Banksy en fait partie et beaucoup d'autres. Je pense aux Français Invader, J.R. qui arriva un petit peu plus tard, mais je pense aussi au fameux Shepard Ferré, le fameux O.B., cet artiste américain, rendu célèbre par l'affiche d'Obama en 2008.

Et bien voilà, toute cette deuxième génération va contribuer à l'essor, à une grande popularité du mouvement, et aussi par ce fait à rendre hommage aux prédécesseurs et à cette première génération qui va aussi à nouveau devenir plus connue.

5:56
Présentateur

Et voilà comment on en arrive à 2026. En 2026, ça a retrouvé 200 artistes au Petit Palais cet été, donc dans un musée, normalement, dont les connexions ne dépassent pas la Première Guerre mondiale. Vous en faites partie, Aurélie Ludivine Bidoux. Vous y voyez, je vais poser la question franco, vous y voyez une forme de consécration ?

6:14
Locuteur 1

Non, non, moi je n'ai pas du tout. Alors là, vraiment pas du tout. Non, non, je suis plutôt honorée plus qu'autre chose, de me retrouver dans un tel endroit. Moi, consécration, non pas du tout, c'est la cohésion de plein de choses, d'une équation un peu magique, de rencontres, d'un parcours, de choix que j'ai fait, de rencontres très importantes que j'ai faites et de gens qui ont cru plus à mon travail que moi-même. ce n'est pas du tout une consécration, non, c'est une étape parmi tant d'autres. Juste, non, je suis honorée, c'est tout.

6:47
Présentateur

Thomasine Zoller, notre historienne de l'art, quel bénéfice pour les artistes urbains ? Est-ce qu'ils y trouvent là la reconnaissance institutionnelle que certains attendaient sortir justement de l'underground, comme on l'évoquait ?

7:00
Invité

Oui, oui, tout à fait. Alors, il y a une reconnaissance institutionnelle, en effet, une valorisation de leur pratique, de leur travail, de leurs esthétiques. Mais il faut savoir qu'en fait, les expositions institutionnelles, il y en avait dès les années 90, mais qui étaient de moindre importance. Là, on parle de l'exposition au Petit Palais, il faut avoir conscience que c'est une exposition dans un musée institutionnel. Mais une fois de plus, ces œuvres ne rentrent pas dans les collections publiques. Donc, c'est aussi à l'initiative d'une galerie, la galerie itinérance qui est derrière. Donc, ce n'est pas tout à fait une institution publique qui valorise ces œuvres-là.

Et pour moi, c'est très important que ces expositions éphémères existent, mais je pense qu'il y a encore beaucoup de travail à faire sur le travail d'institutionnalisation de cette pratique et notamment de le faire rentrer dans les collections publiques. Si on réfléchit à ça, par exemple, le Centre Pompidou va acquérir certaines œuvres en 2024 seulement. Donc, il n'y a que deux...

7:52
Présentateur

Alors voilà, il y a un gros retard des collections publiques. Ça, j'ai pu le lire en préparant cet entretien. Le Mucem aussi fait quelques efforts, mais c'est encore très timide par rapport à ce qui se passe dans les galeries.

8:03
Invité

Exactement. Et puis, le Mucem, il faut se rappeler qu'on est sur une collection d'objets ethnographiques. Donc, il y a une étude descriptive d'un certain groupe humain. Il y a un caractère anthropologique, social derrière. On n'est pas sur une dimension artistique, d'histoire de l'art, d'esthétique, de style, d'évolution graphique et des outils comme on peut avoir dans les musées, les institutions, vraiment les centres d'art ou autres.

8:26
Présentateur

Nicolas Logerot-Lasserre, il faut quand même qu'on parle de reconnaissance, on parlait de reconnaissance institutionnelle, de reconnaissance financière aussi. Est-ce que c'est un moyen pour les artistes de vivre de leur travail ? Est-ce que le musée, si je puis dire, la galerie, vient nourrir le travail dans la rue ?

8:43
Invité

Oui, exactement. C'est ce que je pense. En réalité, ce n'est pas nouveau. Depuis le début des années 70, on en parlait tout à l'heure aux Etats-Unis, à New York en particulier, un grand nombre de ces praticiens, de ces graffeurs dont on parlait, avaient déjà une pratique sur toile, une pratique d'atelier, un début de marché de l'art.

Évidemment, ce n'était pas du tout le marché d'aujourd'hui, mais souvent, il y a eu l'idée pour ces artistes, graffeurs, street artists, à la fois d'avoir une pratique de rue gratuite, souvent militante, madame nous le rappelait, avec des choses à dire dans la rue, une dimension, on parle même parfois d'artivisme, une dimension un peu militante, des choses à dire. Et puis, en parallèle, un travail d'atelier pour beaucoup d'entre eux, pas tous, mais beaucoup d'entre eux, et le fait d'avoir un univers sur toile. Et c'est ce marché qui va, entre guillemets, exploser fin des années 2000, qui va naître autour de 2005, avec des grandes ventes aux enchères.

Je pense en particulier à la grande maison de vente Arcurial, qui a été assez pionnière au milieu des années 2000. Et ce marché, effectivement, ne va pas cesser de se développer et de faire parler aussi d'une autre façon, en parallèle, on l'a dit, des institutions, des collectivités, de faire parler de ce mouvement.

10:05
Présentateur

Madame, c'est, je le rappelle, Aurélie Ludivine Bidot, qui est avec nous en studio, artiste du collage. Dans votre cas, est-ce que vous le concevez comme ça ? C'est-à-dire que le musée, la galerie, c'est un moyen de financer aussi ce qui se fait dans la rue beaucoup plus librement ?

10:23
Locuteur 1

Oui, totalement. En fait, c'est une espèce d'équilibre qui se crée entre, effectivement, les pièces que je vais distiller en galerie, en musée, etc. Et ensuite, avec ce que je vais pouvoir récolter, me permettre de faire des projets qui sont très justement dans la lignée de ce que j'ai envie de dire et ce que j'ai envie de faire et pouvoir distiller des pièces gratuitement dans la rue. C'est essentiel.

10:49
Présentateur

Parce que sur le papier, comme ça, a priori, ça peut être un peu paradoxal quand on passe de la rue, qui est un espace illimité, très libre, à un musée. Forcément, c'est contraignant en termes d'espace. On doit changer de matière aussi, de support. Ce n'est quand même pas du tout la même chose.

11:03
Locuteur 1

Oui, mais justement, c'est ça ce qui est intéressant. On est tous un peu polymorphes là-dedans. On a cette capacité de s'adapter. Moi, je sais que j'adore ça. J'adore chercher de nouvelles manières d'interpeller, d'interroger. Et je sais que j'adore m'adapter, justement. J'aime faire de très grands formats dans la rue, un peu sauvage. Et à côté de ça, j'adore réfléchir l'espace d'un musée, d'une galerie, investir, vraiment faire de l'immersif, des installations, essayer de la céramique, des vitraux, plein de choses. En fait, je crois aussi que c'est une des forces de ce mouvement, si on peut appeler ça comme ça. C'est vraiment cette capacité d'adaptation.

11:41
Présentateur

Et ce que vous faites au musée, c'est moins rebelle que ce que vous faites dans la rue ?

11:44
Locuteur 1

Ça n'a rien à voir. Ça peut tout à fait être rebelle d'une autre manière, de manière peut-être plus sournoise. Je ne sais pas si c'est vraiment le terme. mais en tout cas, de manière plus diffuse. Mais en tout cas, les deux ne sont pas antinomiques, en aucun cas.

12:02
Présentateur

Thomasine Zoller, votre avis là-dessus, avec le recul de l'historienne, la question finalement du risque, je ne sais pas si c'est le mot, mais du risque de dépolitiser cet art par nature contestataire, revendicatif, qui a souvent été utilisé par des communautés aussi en marge, en entrant au musée. Est-ce qu'on perd un peu de ça ?

12:19
Invité

Non, pas forcément. Pour moi, en effet, je rejoins madame sur ce qu'elle dit. Il faut savoir que c'est un art contextuel. Donc les artistes ou les graffeurs vont s'adapter aux différents contextes dans lesquels ils interviennent. Ce n'est pas deux choses qui sont opposées, mais au contraire, qui se complètent. Donc ça, je pense que c'est très important. Et puis pareil, on parlait des pratiques d'atelier de certains artistes, mais même ceux qui n'ont pas forcément de pratiques de travail sur toile vont avoir tout un travail qui est intéressant aussi à montrer, à conserver, à préserver.

Je pense notamment à tout le travail d'archives, les photographies, des interventions dans la rue, les protocoles. En fait, là, on peut faire un rapport et un rapprochement avec la performance. La performance, quand elle apparaît à la fin des années 60, début des années 70, on est sur quelque chose qui est très contestataire, qui est dans l'espace public, qui implique le corps de l'artiste dans un temps particulier. Donc on est sur quelque chose qui est très éphémère et en ça, on peut tirer des parallèles en fait avec la pratique dans l'art urbain et on voit bien que c'est quelque chose qui a été institutionnalisé.

On retrouve des documents d'archives, on retrouve, que ce soit des éphéméras, comme je vous disais, des photographies. Eh bien, les graffeurs, quand ils interviennent dans la rue, certains ont des sketchbooks dont on parle, ou des esquisses, un travail préparatoire. Et tout ça, c'est très intéressant à montrer en institution. Ce n'est pas la même chose, en fait.

13:37
Présentateur

Alors, parce que j'ai pu voir passer certaines critiques sur, justement, vous parliez du contexte, du risque de décontextualisation, visualiser une oeuvre quand on la déplace ou quand on la reproduit dans un musée, on la sort de son environnement naturel, de la rue. Est-ce que les musées doivent faire un effort là-dessus ?

13:52
Invité

Bien sûr, il y a une réflexion à faire sur comment montrer et comment exposer cet art. C'est primordial. En fait, pour moi, arracher une oeuvre de son contexte, donc prendre, par exemple, je vais vous dire n'importe quoi, mais un mobilier urbain, une boîte aux lettres, un banc qui est peint, où il y a du collage ou autre, l'extraire du contexte pour le mettre dans un musée, pour moi, ça, ça n'a pas de sens. En effet, c'est juste... Je crois qu'il y a un artiste italien qui s'en était élu à Bologne. Oui, tout à fait. Tout à fait. C'est ça. C'est l'artiste Blu, BLU, qui lui avait marqué son mécontentement face à un...

Alors, si je me souviens bien, c'était un galeriste ou une maison de vente aux enchères qui avait comme ça extrait des oeuvres de la rue pour en plus les proposer à la vente, mais sans qu'il y ait l'accord avec l'artiste. Donc, il n'y avait pas de pourcentage en plus qui revenait financièrement à l'artiste sur son travail. Enfin, bref, c'était déjà assez scandaleux dans la manière dont c'était fait. Et l'artiste, pour marquer vraiment son opposition à ses pratiques qui sont encore plus illégales pour moi que certaines pratiques artistiques, avait décidé de détruire en une nuit toutes les oeuvres qu'il avait faites dans la rue.

Donc, il y avait 20 ans de travail de l'artiste qui ont disparu sous les yeux des riverains et des passants.

14:57
Présentateur

On a une question au standard de Stéphane. Bonjour Stéphane, vous nous appelez de Montauban.

15:03
Invité

Bonjour à vous, bonjour à tous les intervenants et merci pour vos émissions. Voilà, je voulais vous demander si on pouvait comparer donc en fait le strip-tart à l'impressionnisme. Tout simplement parce que l'impressionnisme donc en fait à ses débuts était totalement décrié. C'était tout sauf de l'art. Et maintenant, donc l'impressionnisme, bon,

15:25
Présentateur

on ne dirait plus ça aujourd'hui, évidemment.

15:27
Invité

On ne dirait plus ça aujourd'hui. Il y a le musée d'Orsay et plein d'autres encore.

15:31
Présentateur

Merci Nicolas Lojereau-Lasser, cette comparaison avec les débuts de l'impressionnisme. Eh bien, figurez-vous

15:37
Invité

qu'elle est extrêmement à propos. C'est une comparaison que nous faisons souvent dans le milieu. Et ça va même plus loin. Parce qu'en fait, ces artistes, les impressionnistes, eh bien, sortaient, alors non pas dans la rue, mais en tout cas dans la nature, étaient en extérieur. et ça, c'était un vrai changement dans l'histoire de l'art. Et donc, oui, on peut, c'est très intéressant de faire ce parallèle avec les impressionnistes, avec l'art urbain, puisqu'il y a cette pratique en extérieur, il y a une forme de révolution, comme ça, esthétique, et aussi de propos. Donc, oui, c'est très intéressant. Merci à l'auditeur. Il y a aussi la question,

16:17
Présentateur

Aurélie, Ludivine Bidot, des règles, de la légalité, de l'illégalité, aussi de l'attitude des autorités qui a aussi peut-être un peu changé. J'ai lu une citation du commissaire de l'exposition au Petit Palais qui dit « Désormais, avoir un flic aux fesses parce qu'on a peint du mobilier urbain, ce n'est plus un critère obligatoire pour être qualifié de street artiste. » On est sortis de ça et d'ailleurs, vous qui affichez dans la rue, qui collez dans la rue, ça peut se faire aujourd'hui avec l'autorisation d'une mairie, d'une collectivité locale ou pas forcément ? Comment vous jouez avec ça ?

16:47
Locuteur 1

Alors moi, je continue toujours des interventions et je le ferai jusqu'à ce que je puisse encore le faire mais je privilégie vraiment l'initiative et l'initiative personnellement permissive.

17:05
Présentateur

Sans demander l'avis.

17:06
Locuteur 1

Voilà, exactement. Moi, j'adore ça, le fait de cette espèce de liberté d'arriver, de voir un mur, de coller à une très grosse pièce et de partir et de le faire au vu et au su de tout le monde en plein jour parce que c'est ma manière à moi de m'excuser de poser quelque chose que les gens n'ont pas forcément choisi de voir.

17:24
Présentateur

Mais vous avez encore des problèmes ?

17:26
Locuteur 1

Non, alors voilà, c'est là où je voulais en venir. Moi, c'est un peu particulier, je fais du papier, c'est quand même quelque chose d'éphémère. On ne va pas se mentir, après deux averses et trois bons gros coups de soleil comme en ce moment, il ne va pas rester grand-chose. Donc c'est vrai que j'ai quand même eu toujours un peu de chance par rapport à ça. En tout cas, en France, je n'ai jamais eu trop de problèmes à part au tout début mais franchement, effectivement, je suis quand même en bon entendement avec les gens qui peuvent me prendre entre guillemets en flagrant délit.

17:55
Présentateur

Nicolas Lojereau-Lasserre, là-dessus, est-ce que l'attitude des autorités a changé ou alors est-ce qu'elles font... J'ai l'impression que maintenant, il y a le graffiti qu'on efface et qu'on ne tolère pas et le graffiti qu'on tolère, voire qu'on autorise, voire qu'on promeut parfois sur des espaces autorisés.

18:12
Invité

Oui, exactement. Alors, ce qu'on peut remarquer depuis, j'ai même envie de vous dire, quelques décennies, vraiment 15-20 ans quasiment, c'est une forme de... On parlait tout à l'heure d'institutionnalisation dans les musées mais on va parler de reconnaissance des collectivités. Je parle là des mairies, des agglomérations. On voit que l'art urbain en général est plébiscité. il y a beaucoup de commandes, il y a plus d'un millier de festivals en France. On a parlé, vous voyez, du Petit Palais mais partout en France, dans chaque ville moyenne, il y a des murs tolérés. C'est ça, il y a des parcours qui sont promus par les offices de tourisme, des parcours street art.

C'est vrai que le graffiti et on peut le déplorer ou pas mais peut-être un peu le parent pauvre parce qu'il y a un peu moins de tolérance pour une inscription, pour un lettrage. c'est moins toléré qu'une peinture ou qu'un collage et d'ailleurs c'est un mot intéressant souvent des graffeurs qui disent mais pourquoi est-ce que la lettre serait moins belle qu'une image ou qu'une représentation ? Voilà, j'en appelle à de la réflexion. Vous voyez, pourquoi est-ce qu'un lettrage comme on en voit au bord parfois de voies ferrées ou dans des tunnels ce serait moins esthétique ?

Mais il y a quand même toujours un petit peu ce double traitement entre le graffiti writing, le graffiti vandal et le street art plus figuratif. Mais globalement, on voit quand même un plébiscite, c'est quand même un engouement véritablement des collectivités pour une pratique

19:45
Présentateur

artistique dans la rue. Oui, tout ça s'inscrit, on le rappelle toujours dans un cadre légal évidemment. Thomasine Zoller, je reviens au musée, il y a la question de la gratuité ou pas de ces expositions puisqu'on est sur un art que normalement on voit gratuitement dans la rue. Est-ce que la condition pour les institutions culturelles c'est de faire des expositions forcément gratuites ?

20:08
Invité

Alors, ce n'est pas forcément une condition, ça dépend de la manière dont est faite l'exposition mais moi je pense que c'est en effet quelque chose qui est quand même très important parce que souvent dans le cadre de certaines expositions les artistes ne sont pas rémunérés pour le travail qu'ils ont fait et pour la production d'ailleurs d'oeuvres pour l'exposition donc d'oeuvres ou in situ ou vraiment réfléchies dans une thématique, une recherche et du coup faire payer l'entrée quand on demande aux artistes de payer gratuitement de travailler gratuitement pardon ça pose problème en fait de savoir où va cet argent ensuite derrière donc ça c'est une chose après moi je reviendrai aussi sur le côté là on a pas mal parlé du marché aussi des collectivités publiques des mairies qui vont mettre en avant justement des parcours de street art etc donc moi ça je trouve que c'est en effet une très bonne chose pour la démocratisation de cet art mais d'un point de vue de l'histoire de l'art là où on parle pur et dur ça peut poser aussi certains soucis parce que des fois c'est fait par des collectivités qui vont pas forcément faire appel à des acteurs du milieu ou à des associations de terrain ou à des connaisseurs et donc qui vont parfois juste prendre les artistes entre guillemets du star system et donc on va retrouver parfois toujours les mêmes artistes qui ont pas forcément enfin voilà alors même que il y a tout un pan d'acteurs qui ont une importance historique dans ce mouvement et qui ne sont pas du tout mis en avant et donc ça c'est certaines initiatives d'institutions qui sont en train enfin d'être mises en marche et à regarder de nouveau ce mouvement avec un nouvel oeil et je pense je rajouterais juste ça je pense notamment au centre Arcane qui a été construit qui est un centre national des archives numériques de l'art urbain et qui travaille justement à cette sauvegarde cette valorisation des archives et des différentes branches de l'art urbain

21:51
Présentateur

Aurélie Ludivine Bido je voulais vous interroger alors je ne sais pas si vous l'avez vu une autre exposition dont on n'a pas encore parlé toujours à Paris dans la grande halle de la Villette Beyond the Streets où là on parlait de contextualisation tout à l'heure là on reproduit carrément des rues des rues new-yorkaises ou des rues urbaines avec le street art dessus est-ce que ça c'est une solution ou c'est un peu artificiel selon vous ?

22:13
Locuteur 1

Je vais être tout à fait honnête je ne suis pas allée la voir

22:14
Présentateur

Mais sur l'idée ?

22:17
Locuteur 1

Je ne sais pas du tout oui sur l'idée je ne peux pas me permettre de porter un jugement moi je crois que ce qui est important c'est ce que disait justement à l'instant l'intervenante c'est que tout l'intérêt est de contextualiser en fait et après tout dépend de la manière dont c'est fait mais je crois que contextualiser expliquer c'est quand même toujours important après c'est une question de commissariat d'exposition de choix je ne peux pas me permettre de juger quoi que ce soit là-dessus

22:56
Présentateur

Merci beaucoup Aurélie Ludivine Bidot alias Madame que l'on retrouve donc dans la rue et dans les musées merci aussi à pardon Nicolas Logereau-Lasser qui était avec nous et notre historienne de l'art Thomasine Zoller je rappelle quelques rendez-vous donc on a parlé du Petit Palais on a parlé de la Grande Halle de la Villette en région aussi à Nancy notamment vous avez encore une dizaine de jours pour cette expo temporaire consacrée à l'un des pionniers de l'art urbain au musée des Beaux-Arts de Nancy Bonne journée à tous les trois