Présidentielle 2027 : «Jean-Luc Mélenchon est le plus repoussoir au second tour» estime Pierre Jouvet, secrétaire général du PS
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Europe 1 Matin Week-end, 6h-9h, Charles Lullier. Et à 8h12, il est l'heure d'accueillir l'invité d'Europe 1 Matin Week-end, Pierre Jouvet, secrétaire général du Parti Socialiste. Bonjour Pierre Jouvet. Bonjour M. Lullier. J'aimerais revenir évidemment avec vous sur ce coup de tonnerre au sein du PS, le départ de Boris Vallaud de la direction du Parti Socialiste. En fait, il est en désaccord avec Olivier Faure sur la stratégie à adopter. Alors Boris Vallaud, c'était quand même le patron des députés socialistes. La question est simple, Pierre Jouvet. Est-ce que le PS, déjà pas très en forme avant cet épisode, peut se remettre de cette crise à un an de la présidentielle ?
Oui, évidemment. Boris Vallaud est toujours d'ailleurs président des députés socialistes à l'Assemblée nationale. Et effectivement, vous l'avez dit, il a relevé un désaccord, il a fait un choix. Moi, je regrette ce choix. Et dans le moment dans lequel nous sommes, à un an d'élection présidentielle, je crois que la responsabilité de tout dirigeant politique est d'amener des solutions, pas de provoquer des crises ou des départs. Et donc, moi, j'ai absolument confiance dans la capacité de tous les dirigeants socialistes à travailler pour amener des solutions aux Français en vue de l'élection présidentielle. Je crois que c'est ça le plus important.
Et je rappelle quand même que le principal point de fracture porte sur le mode de désignation du candidat PS à la présidentielle. Olivier Faure défend l'idée d'une primaire de la gauche et des écologistes, tandis que Boris Vallaud rejette cette option et réclame que le PS désigne rapidement son propre chef de file sans dépendre en fait d'un processus de primaire. Alors, c'est l'ensemble du courant de Boris Vallaud qui quitte la direction du PS, qui représente 21 secrétaires nationaux, un tiers de l'état-major. Est-ce qu'Olivier Faure, Pierre Jouvet, est-ce qu'Olivier Faure, le patron du parti, est fragilisé aujourd'hui ?
Non, il ne l'est pas parce qu'il y a une majorité qui reste, il y a une direction du parti qui va proposer évidemment à tous les socialistes des solutions et des alternatives. Vous savez, il y a une chose simple dans le moment dans lequel on est. Qu'est-ce que nous voulons pour les socialistes à la prochaine élection présidentielle ? Nous nous considérons, avec Olivier Faure, qu'il est de notre devoir de rassembler la gauche et les écologistes pour avoir un candidat commun de cet espace-là qui va de François Ruffin à Raphaël Glucksmann et de proposer aux Françaises et aux Français un candidat unique sur la ligne de départ qui corresponde à cet espace politique.
Et nous mettrons, dans les semaines et dans les mois qui viennent, toute notre énergie pour arriver à ce rassemblement et permettre aux Français d'avoir une offre politique qui puisse être en mesure d'être au deuxième tour de l'élection présidentielle et de la gagner face à l'extrême droite ou face à la droite d'Emmanuel Macron ou à la nouvelle droite reconfigurée. C'est notre obsession.
Pierre Jouvet, alors le problème, c'est qu'il y a en face de vous la France insoumise. Vous, vous voulez évidemment porter une voix de la gauche hors Mélenchon. Est-ce que c'est possible, Pierre Jouvet, d'atteindre le second tour avec deux candidats à gauche ?
Avec deux candidats à gauche, oui. Avec plus, non. Votre question est très simple et ma réponse l'est tout autant. Vous savez, on a vu dans le passé, il y a eu de nombreux exemples aux élections présidentielles. En 2002, tout le monde se rappelle de Lionel Jospin et de la dispersion des offres à gauche. Sept candidatures au premier tour, une disqualification de Lionel Jospin du deuxième tour et une incapacité de gagner l'élection présidentielle. Puis ensuite, on a vu 2017, puis 2022. Et à chaque fois, on voit que le morcellement de l'offre à gauche fait que nous sommes empêchés d'être au deuxième tour.
Ce que je considère, c'est qu'il y a dans ce pays une place pour une gauche dite radicale, incarnée par Jean-Luc Mélenchon, qui a annoncé sa candidature, et une place pour une gauche démocrate, écologiste, qui veut proposer un projet qui rassemble les femmes et les hommes de gauche et surtout qui est en capacité de rassembler plus largement au deuxième tour. Et c'est ça que nous voulons faire, c'est ça que nous devons proposer. Et je crois que tout dirigeant politique du Parti Socialiste, tout dirigeant politique de notre famille et de notre espace politique devrait se concentrer exclusivement là-dessus. Je vais vous dire, il n'est pas l'heure des états d'âme.
Il est l'heure des états de service et il est l'heure de travailler pour offrir cette solution à des Françaises et à des Français qui attendent de nous des réponses dans un moment de crise extrêmement important. Vous l'avez relevé dans votre journal juste avant notre interview.
Mais alors c'est vrai qu'on peut parfois comprendre peut-être la frilosité de certains Français, de certains sympathisants du PS. Quand Olivier Faure a récemment renouvelé ses nombreux désaccords avec Jean-Luc Mélenchon, sauf que ce discours est percuté parfois par la réalité lorsque par exemple au municipal, les listes et les filles ont fusionné avec des candidats socialistes. Ça concernait une trentaine de villes et pas des moindres. Toulouse, Brest, Nantes, Limoges, Clermont-Ferrand entre autres. Est-ce que vous comprenez qu'il y a un décalage entre le discours et la réalité, Pierre Jouvet ?
Le discours, il est de dire que nous offrons une offre politique alternative pour l'élection présidentielle et ça, rien ne viendra le changer. Vous relevez évidemment des choix qui ont été faits notamment au niveau local par des municipalités au moment des élections municipales et nous pouvons le comprendre et même, je vais vous dire, les accepter. Vous savez, l'essentiel, c'est d'arriver à construire cette offre politique alternative qui fasse que la gauche peut l'emporter.
Nous savons tous et les sondages nombreux le démontrent que Jean-Luc Mélenchon n'est pas en capacité de rassembler au-delà de son camp de la France insoumise, que Jean-Luc Mélenchon est aujourd'hui celui qui apparaît comme le plus repoussoir dans un deuxième tour et qui serait à coup sûr battu par Jordan Bardella, Marine Le Pen ou Édouard Philippe. Et la responsabilité de la gauche qui ne dirige plus ce pays depuis plus de dix ans, c'est d'arriver à être en capacité de gagner à nouveau l'élection présidentielle.
Et pour gagner, nous considérons, et c'est ça le travail que nous faisons avec Olivier Faure, avec la direction du Parti Socialiste, nous devons rassembler les forces de gauche qui sont parfois en désaccord, qui ont dans le passé souvent été désunies. Et c'est ça qui doit véritablement chacun nous avoir comme objectif et comme obsession politique dans les semaines qui viennent.
N'avez-vous pas peur, Pierre Jouvet, que ce qui se passe au PS puisse laisser une sorte de boulevard à LFI à gauche ? Surtout que ça arrive au moment où Jean-Luc Mélenchon annonce sa candidature. Est-ce que vous n'avez pas peur de cette temporalité un peu malheureuse ?
D'abord, vous savez, je crois qu'on est encore loin de l'élection présidentielle et que si nous, en tant que responsables politiques, journalistes, on a la tête déjà dedans, les Français ne l'ont pas encore et que l'essentiel, c'est l'offre que nous proposerons. Mais par contre, ce que je peux comprendre néanmoins, c'est que les Français trouvent un peu tout ça ridicule. Et en réalité, excusez-moi cette expression un peu triviale, je crois que les Français se foutent un peu de tout ça. Et ce qu'ils veulent, c'est qu'on puisse leur amener des réponses et qu'on arrête un peu ce ridicule des crises, des familles qui s'engueulent pour après mieux se retrouver.
Donc moi, vous savez, ce matin, j'appelle tout le monde à la foi, à la raison, à la responsabilité et au dialogue. Nous avons beaucoup de travail. Nous avons un projet, qui est le projet du Parti Socialiste qui a été présenté par Chloé Rydel, qui s'appelle Vivre Libre, que nous sommes en train de présenter partout à nos militants, que nous allons voter le 25 juin prochain. Chacun doit mettre beaucoup d'énergie à défendre nos propositions.
Chacun doit mettre beaucoup d'énergie à trouver une solution qui permettra de rassembler toute la gauche pour arriver en mois de septembre à l'élection présidentielle en étant préparé avec un projet, avec une stratégie politique qui nous permettra d'affronter cette élection présidentielle et d'aller devant les Français.
Le problème, c'est que la gauche se heurte tout de même à une sorte de plafond de verre depuis plus de dix ans. Est-ce que, selon vous, Jean-Luc Mélenchon fracture davantage la gauche qu'il ne l'unit aujourd'hui, en 2026, en France ?
Aujourd'hui, force est de constater que Jean-Luc Mélenchon est totalement isolé du reste de la gauche. Nous, nous travaillons de manière régulière, et c'est même plus que régulière, c'est quasiment quotidienne, avec les écologistes, avec les ex-insoumis qui avaient décidé de quitter Jean-Luc Mélenchon, que ce soit François Ruffin, Clémentine Autain, Alexis Corbière. Nous travaillons avec les communistes, et nous voyons qu'aujourd'hui, la France insoumise est isolée dans son espace à gauche. C'est le choix de Jean-Luc Mélenchon, c'est les choix qu'ils ont faits. Moi, je n'ai rien à en commenter. Ce que je sais, c'est que nous, nous travaillons avec l'ensemble des forces de gauche.
Et ce que je leur dis, c'est très simple. C'est que je ne sais pas si le rassemblement de la gauche et des écologistes permet de gagner. Ce dont je suis sûr, c'est que quand la gauche est divisée, elle perd.
Rapidement, il nous reste 20 secondes, Pierre Jouvet. Êtes-vous choqué lorsque Bali Bagayoko, le maire et les filles de Saint-Denis, appelle à une insurrection populaire en cas de victoire du RN en 2027 ?
Non, je pense que l'insurrection populaire n'est pas le bon terme. Ce qui est certain, c'est qu'il faut tout faire d'un point de vue démocratique et politique pour empêcher l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir qui serait une catastrophe absolue pour notre pays.
Merci beaucoup, Pierre Jouvet. Merci à vous que vous êtes le secrétaire général du Parti Social.
Pierre Jouvet