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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 5 juin 2024 25 min

Sincérité du scrutin européen, désunion de la gauche, visite de Volodymyr Zelensky en France... Le "8h30 franceinfo" de Manon Aubry

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Manon Aubry. Bonjour. Ces derniers jours de campagne se déroulent sur fond de commémoration du débarquement. Aujourd'hui et demain avec une vingtaine de chefs d'État invités, dont le président américain Joe Biden. Cette mémoire pour des gens de votre génération, en quoi est-elle importante ?

0:21
Manon Aubry

J'ai 34 ans pour préciser pour ceux qui nous écoutent. Ma génération, vous savez moi j'ai grandi dans le sud de la France à Fréjus, donc c'est un autre débarquement qui est un petit peu moins connu, mais le débarquement de Provence a permis aussi de libérer le sud de la France. Mais pour les gens de ma génération qui n'ont évidemment pas connu cette époque, si ce n'est l'apprendre dans les livres d'histoire, c'est aussi se remémorer des dérives de l'extrême droite. C'est l'Allemagne nazie qui nous a amenés dans une guerre totale sur notre continent, l'une des guerres les plus meurtrières de notre histoire.

Et quand je rappelle ce que j'ai fait au débat hier soir à Jordan Bardella, que son parti a été fondé par des anciens Waffen-SS, mine de rien ça les met mal à l'aise au Rassemblement national, mais c'est l'histoire qu'ils portent en eux. Et c'est cette xénophobie qu'ils portent aussi en eux. Et à des gens de ma génération qui n'ont évidemment pas connu l'extrême droite au pouvoir, eh bien parfois on ferait bien de se remémorer un petit peu le fruit de notre histoire pour éviter de commettre les mêmes erreurs. Et c'est un message aussi envoyé à la gauche parce que je pense qu'on est à H-1 avant l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir.

Et donc que ce moment d'histoire, ce moment de commémoration nous serve aussi à éviter de reproduire les mêmes erreurs dans le futur très proche.

1:37
Présentateur

Manon Aubry, l'Europe, celle que vous pratiquez en quelque sorte comme députée européenne depuis 5 ans, et celle pour laquelle vous souhaitez être réélu, c'est une garantie pour la paix ?

1:47
Manon Aubry

Ça a toujours été la manière dont ça nous a été présenté. On nous a promis une Europe comme une garantie de la paix, comme une garantie de la prospérité. Manque de pot, au final on n'a ni l'un ni l'autre, puisqu'on a la guerre à nos portes de l'Union Européenne. Et on y reviendra sur les questions économiques. Il n'y a pas eu de guerre quand même pendant des décennies entre les membres de l'Union Européenne ? C'est la meilleure chose qu'on ait eue. Par ailleurs, il y a aussi un principe de solidarité entre les États membres de l'Union Européenne, qui est je pense aussi un ciment qui nous permet de protéger à l'heure où la Russie a envahi l'Ukraine.

Donc on est vraiment aux frontières même de l'Union Européenne. Mais il y a un enjeu pour que l'Union Européenne continue à être le continent de la paix. Il y a un enjeu à la fois d'indépendance, d'indépendance vis-à-vis des blocs, d'un côté les États-Unis, de l'autre côté la Chine et enfin la Russie. Et il y a un enjeu de souveraineté industrielle. Je pense notamment à la production d'armement. On est encore très dépendants des États-Unis. Et donc il faut que l'Union Européenne garantisse sa souveraineté en matière d'industrie militaire si elle veut continuer à conserver son indépendance. Qu'est-ce qui menace aujourd'hui directement la paix en Europe ? Qui menace la paix ?

Il y a plusieurs menaces. Il y a évidemment la menace de Vladimir Poutine qui existe, qui nous interroge aussi sur notre stratégie à avoir en Ukraine pour essayer de ramener la paix le plus rapidement possible. Évidemment qu'il doit se traduire par un soutien financier, logistique, militaire à l'Ukraine, mais qui ne suffit pas. Il faut arrêter notre hypocrisie avec la Russie. Je veux dire, on a un président de la République qui va faire cette semaine des grands discours sur la paix et qui dans le même temps continue à acheter du gaz liquifié russe et donc à financer l'arme de guerre russe contre l'Ukraine.

Et puis à un moment, il faudra aussi que la diplomatie reprenne le dessus pour ouvrir un chemin vers la paix qui est sinueux, c'est vrai, mais qui est aujourd'hui le seul chemin qui est possible pour mettre fin à cette guerre.

3:34
Présentateur

Marine Le Pen sur ce plateau a accusé Emmanuel Macron de vouloir entrer en guerre parce qu'il veut autoriser Kiev à frapper directement les bases russes qui bombardent l'Ukraine en retour. Qu'est-ce que vous dites là-dessus ?

3:48
Manon Aubry

D'abord, on n'y comprend plus grand-chose sur la stratégie du président de la République. Un jour, il va envoyer des troupes. L'autre jour, il ne veut plus. Un jour, il veut frapper en profondeur le territoire russe. L'autre jour, il ne veut plus. Je pense que ces propos du président de la République sont intenables, sont irresponsables et sont inefficaces. Sont inefficaces parce qu'il a été désavoué sur l'envoi de troupes, y compris par nos alliés, comme les États-Unis, et sont irresponsables parce que ça fait prendre le risque d'une escalade guerrière.

4:15
Présentateur

Oui, mais là, il n'est plus question d'envoyer des troupes. Les troupes, c'était de l'ambiguïté stratégique.

4:20
Manon Aubry

Même taper en profondeur le territoire russe, je pense que la demande des Ukrainiens, c'est d'abord qu'on leur livre les armes qui leur ont été promis. Et on l'a livré moins du tiers des armes qui étaient promis de la part de l'Union européenne. Donc commençons par cela, notamment tenir nos promesses en termes de véhicules avant-blindés, de systèmes aériens anti-défense. Ce genre de choses que l'on doit délivrer parce qu'aujourd'hui, l'attitude de la France, elle n'est pas claire. Et je pense qu'elle dessert à la fois l'Ukraine, mais elle dessert aussi la voie de la paix de l'Union européenne que l'on doit retrouver dans ce conflit.

4:56
Présentateur

Dame Ovolonimir Zelensky, après-demain, devant l'Assemblée nationale. Pour prononcer un discours, il est le bienvenu ?

5:02
Manon Aubry

Il est évidemment toujours le bienvenu à l'Assemblée nationale. Après, permettez-moi de dire que quand même la ficelle est un peu grosse à deux jours des élections européennes. On a le président de la République qui s'invite en prime time de l'ensemble des télés et radios ce jeudi soir. Et puis ensuite, il reçoit le président Zelensky de manière exceptionnelle et non prévu. A l'occasion du 6 juin qui se trouve trois jours avant les élections européennes. L'occasion est importante, mais on peut quand même s'interroger sur le timing et la volonté d'instrumentaliser la guerre en Ukraine, qui est un sujet très sérieux, sur lequel il faut des réponses très claires.

Et je vous l'ai dit, notamment sur le soutien que l'on y apporte, sur la manière dont on ouvre des canaux diplomatiques, sur l'arrêt de l'hypocrisie avec la Russie. Mais je ne suis pas d'accord pour qu'on instrumentalise ce conflit à des fins électorales.

5:48
Présentateur

Manon Aubry, est-ce que vous considérez, comme Jean-Luc Mélenchon, que l'antisémitisme est résiduel en France ?

5:55
Manon Aubry

Je remets dans le contexte, cette phrase, il l'a écrite sur une note de blog, il parlait des mobilisations pour Gaza. Et il disait que, contrairement à l'anathème, aux insultes qui sont faites et proférées à l'égard des mobilisations pour la paix en Palestine, que non, ces mobilisations ne sont pas antisémites. Moi, j'y participe à toutes ces mobilisations.

6:18
Présentateur

Il n'est pas question de remettre en cause l'antisémitisme qui existe à travers les différents actes qui ont été comptabilisés par le ministère de l'Intérieur.

6:26
Manon Aubry

Et je vais vous dire de manière très claire et très ferme, chaque acte dans notre pays, chaque acte antisémite est un acte de trop. Et chaque victime d'actes antisémites me trouvera toujours à ses côtés. Et précisément parce que l'antisémitisme est un sujet sérieux, n'inventons pas d'antisémites là où il n'y en a pas. Nous avons toujours fait la différence entre un sniper de Tzahal de l'armée israélienne et le peuple israélien. Nous avons toujours fait la différence entre des juifs de France et d'Israël et le gouvernement israélien.

6:57
Présentateur

Pourquoi le CRIF, alors, ne voit pas cette différence-là ? Le président Jonathan Arfi espère que vous perdiez les élections dimanche. Il a déclaré cette semaine, juste écoutez ce qu'il dit, il faut que LFI soit vaincu, que son projet communautariste, sa complicité avec les islamistes soient défaits dans les urnes et que ceux qui ont sacrifié les juifs pour quelques voix soient durement sanctionnés.

7:19
Manon Aubry

C'est la démonstration que ce n'est plus une institution représentative des juifs de France. C'est une institution politisée au service d'Israël. Je le regrette, au service du gouvernement israélien, je le regrette, mais je n'ai pas envie de polémiquer avec le CRIF. Vous voyez, le sujet à Gaza est bien trop sérieux. Il y a des horreurs qui sont commises, plus de 40 000 civils qui sont morts. Je veux dire, vous avez vu ces images d'enfants décapités, d'hommes et de femmes brûlés à vif. Les gens sont en train de boire les eaux usées pour pouvoir survivre. Ils mangent de l'herbe pour pouvoir survivre. Je n'ai pas envie de polémiquer.

Ce n'est pas une guerre de religion, ce qu'il se passe à Gaza. C'est une guerre qui vise à exterminer un peuple. Et ça, je veux le dire que nous défendrons coûte que coûte la paix dans la bande de Gaza. Et coûte que coûte, nous défendrons le droit international, puisqu'un mandat d'arrêt a été lancé, une demande de mandat d'arrêt par le procureur international pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Il est temps que Benjamin Netanyahou paye pour les crimes qu'il a commis.

8:14
Présentateur

Manon Aubry, vous restez avec nous. On vous retrouve juste après le fil. Info, il est 8h41. Mathilde Romagnon.

8:19
Invité

Joe Biden est attendu ce matin en France. Le président américain vient assister demain au 80e anniversaire du débarquement en Normandie. Il y rencontrera le président ukrainien Volodymyr Zelensky, lui aussi invité à ses commémorations. Les deux hommes évoqueront l'aide américaine à l'Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Les premières cérémonies du débarquement qui commencent aujourd'hui, Emmanuel Macron préside ce matin celle de Plumelec dans le Morbihan, où il rendra hommage à la résistance bretonne. Cet après-midi, il sera à Saint-Lô dans la Manche pour prononcer un discours sur les victimes civiles des bombardements alliés.

Si vous avez entre 16 et 27 ans, vous pouvez acheter dès aujourd'hui le passeraille de la SNCF des trajets illimités sur les TER, intercités et trains de nuit pendant 4 semaines cet été et pour 49 euros. Le pass n'est pas valable en revanche pour les TGV ni pour les trains de la région Île-de-France. Plus de 230 artistes et influenceurs signent une tribune pour demander une reconnaissance de l'État palestinien par la France. Elle a été publiée hier dans le journal Libération. Parmi eux, la youtubeuse Lena Situation, le chanteur Renaud, DJ Snake ou encore l'actrice Leila Beghti et la chanteuse Angèle.

Le tennisman italien Yannick Sinner va devenir le nouveau numéro 1 mondial après l'abandon hier de Novak Djokovic, le serbe triple vainqueur de Roland Garros tenant du titre à du déclaré forfait après une blessure au genou. Hier, l'espagnol Carlos Alcaraz, numéro 3 mondial, s'est qualifié pour les demi-finales du tournoi.

9:57
Présentateur

Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Braclia. Et Manon Aubry, la tête de liste LSI pour les Européennes. On a regardé votre programme économique. Le pacte de stabilité européen impose de nouveau aux 27 que leur déficit public ne dépasse pas les 3%. La France, vous le savez, a un déficit supérieur à 5%. La situation est partie pour s'aggraver en 2025. On fait tout pour revenir aux 3% comme l'envisage Emmanuel Macron où on laisse filer la dette.

10:25
Manon Aubry

Je veux lancer assez solennellement l'alerte à votre antenne. On a face à nous sans doute la pire cure d'austérité jamais connue sur notre continent qui est la conséquence, vous l'avez dit, des nouvelles règles budgétaires qui, soit dites en passant, ont été votées conjointement par les socialistes, les macronistes et la droite. Je m'y oppose fermement parce que qu'est-ce que ça veut dire en pratique ? Ça veut dire une saignée sociale sans précédent, des coupes budgétaires sans précédent, notamment dans nos services publics. Je veux dire, on a déjà nos écoles à l'abandon.

Vous avez vu cette mobilisation en Seine-Saint-Denis, notamment le lycée Blaise-Sandrard, où on a juste des trous dans le plafond. Ils n'ont pas parfois des problèmes aussi basiques que l'accès à des services essentiels. Vous avez vu aussi l'état de nos hôpitaux dans le pays. Et c'est le moment où le gouvernement se lance dans un petit concours l'épine des pires idées pour faire les poches des Français. Un jour, c'est la réforme de l'assurance chômage. Le jour d'après, c'est le gel des pensions de retraite. Mais vous, là, vous parlez du gouvernement.

11:21
Présentateur

Ma question s'adressait à vous et à votre...

11:23
Manon Aubry

Mais j'y arrive. Le jour encore d'après, c'est la hausse du reste à charge sur les médicaments. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'on est en train de payer les cadeaux fiscaux qui ont été faits massivement par ce gouvernement depuis un certain nombre d'années. On a quand même le gouvernement qui fait 50 milliards de cadeaux fiscaux chaque année et qui dit qu'au bout de 7 ans, il y a un problème pour 10 à 20 milliards d'euros. Donc de l'argent, on en a, Jérôme Chapuis. On en a. Je veux dire, la France est la septième plus grande puissance économique. On a 3 000 milliards, plus de 3 000 milliards de dettes.

11:48
Présentateur

Alors on fait comment pour la dette déjà ? C'est la question de départ.

11:51
Manon Aubry

D'abord, pardon, mais la dette, ça ne se négocie pas à la planète. Quand je vois que le gouvernement coupe en priorité dans le budget de l'écologie et donc hypothèque notre avenir, c'est irresponsable. Et oui, on a de l'argent à aller chercher. Les 500 plus grandes fortunes possèdent 45% des richesses dans notre pays. Le gouvernement a supprimé l'impôt de solidarité sur la fortune. Eh bien, moi, je propose un ISF à l'échelon européen. Le gouvernement a multiplié les cadeaux fiscaux aux grandes entreprises. Je propose une taxation sur les super profits.

12:20
Présentateur

Parce que... Sur l'ISF européen, allons-y. Sur l'ISF européen, si on taxe les riches en Europe, vous entendez ce que dit notamment Bruno Le Maire, ministre de l'économie, ils la quitteront tout simplement parce qu'ils peuvent aller à Dubaï ou dans un autre paradis fiscal.

12:32
Manon Aubry

C'est toujours l'excuse utilisée par Bruno Le Maire. Je me souviens avant d'être élu au Parlement européen, je travaillais à Oxfam sur les questions de lutte contre l'évasion fiscale et c'était déjà Bruno Le Maire qui était ministre. Il disait déjà les mêmes choses. Non, mais si on ne le fait pas au niveau français, il faut le faire au niveau européen. Ah non, mais il faut le faire au niveau international. Et puis quoi ? Lui, il propose de le faire au niveau mondial comme ça a été le cas pour les multinationales. La moitié des profits qui sont délocalisés, vous savez où est-ce qu'ils sont délocalisés ? Au sein même de l'Union européenne.

C'est en Irlande, c'est au Luxembourg, c'est aux Pays-Bas. Commençons par appeler un chat à chat. Pourquoi ces États ne sont pas considérés comme des paradis fiscaux et inscrits sur la liste européenne de paradis fiscaux ? Vous voyez, on va faire la poche des Françaises et des Français. On va augmenter leur TVA. Les petites entreprises, les menuisiers, le bar au coin de la rue, la librairie au coin de la rue paye beaucoup plus d'impôts que Starbucks ou Amazon. Ce n'est pas normal. En proportion, bien sûr, ce n'est pas normal.

13:22
Présentateur

Mais vous le dites, il y a des pays européens qui peuvent être considérés comme des paradis fiscaux. Vous, vous voulez instaurer un ISF européen. Sauf que pour l'instaurer, il faut avoir l'accord des 27. Vous avez raison. Dans ces cas-là, on fait comment ?

13:32
Manon Aubry

C'est l'une des raisons pour laquelle je veux remettre en question la règle de l'unanimité en matière fiscale, parce que ça donne un droit de veto aux paradis fiscaux. Mais en Europe, vous pouvez aussi faire ce qu'on appelle des coopérations renforcées. C'est ce qu'on a fait pour la taxe sur les transactions financières. Malheureusement, elle n'est pas arrivée à son terme, parce qu'évidemment, Emmanuel Macron l'a bloquée. Mais oui, c'est possible avec tous les États qui le veulent.

L'Espagne a proposé récemment, plutôt que de faire l'austérité, plutôt que de taper dans les retraites comme le gouvernement français l'a fait, en nous faisant travailler deux ans de plus, eh bien, ils ont fait une taxation sur les taxes. Donc, il y aura une Europe à deux vitesses sur la question de la fiscalité. Mais bien sûr, il faut... Sur la question de la fiscalité, on peut se le permettre. On ne peut pas attendre. On ne peut pas attendre. Moi, je ne vais pas me rester là, les bras croisés, à laisser les plus grandes fortunes, les plus grandes entreprises multinationales, ne pas payer leur juste part d'impôt. Bien sûr qu'il faut prendre le leadership.

Et je regrette que ce président et cette Union européenne préfèrent protéger les intérêts des plus riches plutôt que de ceux qui sont dans la galère. Et de nouveau, je le dis, ça a des conséquences très concrètes. Ce sont nos services publics qui sont pillés. C'est la réforme de l'assurance chômage. C'est la réforme des retraites. C'est nos médicaments qui coûtent plus cher. Et donc, faisons de l'élection de ce dimanche un grand référendum contre ce plan d'austérité.

14:36
Présentateur

Il y a un autre point dans votre programme. Vous voulez mettre en place une allocation d'autonomie pour les jeunes. On va vous dire que c'est de la dépense en plus. C'est de la bonne dépense en quoi ?

14:43
Manon Aubry

C'est de la bonne dépense. Pourquoi ? Ce qu'on propose d'abord, c'est une allocation de 1158 euros par mois pour tous les jeunes. Alors, c'est très précis, 1158 euros par mois, parce que c'est le seuil de pauvreté. Pourquoi ? Parce que notre point de départ, c'est que vous avez un étudiant sur deux dans notre pays qui travaille en plus de ses études et qui, évidemment, n'est pas placé dans des conditions optimales pour pouvoir réussir ses études. Donc, c'est que pour les étudiants ? Oui, c'est que pour les étudiants. Et vous avez vu, pour tous ces jeunes qui sont aujourd'hui dans la galère, qui dépendent de l'aide alimentaire pour pouvoir juste se nourrir, pour pouvoir survivre.

Et ça a commencé, ça a été spectaculaire au moment du Covid, mais malheureusement, ça ne s'est pas arrêté. Et un pays qui laisse tomber sa jeunesse et un pays qui laisse tomber son avenir.

15:27
Présentateur

Mais là, c'est une proposition qui est radicale, qui s'adresse à un revenu minimum.

15:34
Manon Aubry

Ça existe dans d'autres pays européens.

15:35
Présentateur

Oui, à ce niveau-là, la question, c'est est-ce qu'il y a des limites ? Et encore une fois, pour des étudiants qui ne travaillent pas, il y aura la question.

15:44
Manon Aubry

C'est quoi les critères ? Première chose, ça s'est fait dans d'autres pays européens. Vous avez des États dans lesquels il y a une allocation d'autonomie minimum. Deuxième chose, on a une anomalie en France, c'est que le RSA n'est pas ouvert aux moins de 25 ans. Et donc, nous, on s'est battus au niveau européen pour que les critères de revenu minimum qui existent, qui sont différents d'un État à l'autre, mais quoi qu'il arrive, qu'ils soient ouverts à l'ensemble de la population à partir de 18 ans. Donc, ça doit s'accompagner d'une ouverture du RSA aux jeunes de moins de 18 ans. Et enfin, sur le réalisme de la mesure, on l'a chiffré, ça coûte à peu près 50 milliards d'euros par an.

16:21
Présentateur

50 milliards d'euros, c'est-à-dire à peu près le budget. C'est l'économie qu'on doit faire jusqu'à 2027.

16:26
Manon Aubry

Ça tombe bien. L'ISF dont je parlais juste à l'instant, l'impôt de solidarité sur la fortune, si on le fait au niveau européen, vous savez combien ça rapporte ? 220 milliards d'euros. Donc, on a largement de quoi financer à la fois des investissements en matière écologique et des investissements pour notre jeunesse. Dans les deux cas, on prépare notre avenir. Il y a une question de fond quand même

16:42
Présentateur

qui se pose, Manon Aubry, sur ce que vous proposez. Parce que dans le même programme, pour les européennes, vous proposez donc cette allocation pour les jeunes à 1 158 euros, 1 200 euros. Et en même temps, vous voulez établir un salaire minimum européen d'au moins 75% du salaire médian. Soit en France, 1 600 euros net. Donc, un jeune de moins de 25 ans, il va toucher 1 200 euros. Un travailleur, 1 600. La différence, elle n'est pas grande. Moi, si j'étais étudiant, est-ce que j'ai envie d'aller travailler ?

17:10
Manon Aubry

Pardon, mais c'est une différence. Allez dire à des gens qui nous écoutent et qui gagnent à l'heure actuelle 1 500 euros par mois. Allez leur dire que 400 euros, ça ne fait pas la différence. 400 euros, c'est ce qui fait la différence. Vous savez, ces gens-là qui ont une activité, de l'autre, il n'y en a pas. Mais ce sont des étudiants qui préparent notre avenir, qui veulent étudier dans de bonnes conditions. C'est que pour les étudiants. Oui, je viens de vous le dire. Et ça permet de préparer notre avenir dans notre pays. Est-ce que vous trouvez ça normal que des étudiants soient abandonnés dans notre pays qui n'arrivent pas à se loger ?

Moi, je ne comprends pas comment un pays aussi riche que le nôtre peut abandonner sa jeunesse. Et quant au salaire minimum, oui, vous savez, on nous avait promis, c'est une autre promesse qu'on nous avait faite avec l'Union européenne qui est la prospérité, l'harmonisation sociale. Le résultat, c'est que dans des pays comme la Bulgarie, le salaire minimum est d'un peu moins de 400 euros. Au Luxembourg, il est de plus de 2500 euros. Eh bien, cette promesse, pardon, mais elle a été trahie. C'est pour ça que nous proposons d'harmoniser par le haut avec 75% du salaire médian qui, au passage, nous permettra d'augmenter le salaire minimum en France. On parle du coût de la vie.

Le prix des denrées alimentaires a augmenté de 20%, mais les salaires n'ont pas suivi. Si on prend un autre exemple, en Belgique, les salaires ont suivi. Mais parce qu'il faut les aider, il faut redistribuer les richesses dans notre pays. Et malheureusement, ce gouvernement, comme la Commission européenne, s'y refuse.

18:30
Présentateur

Manon Aubry, on vous retrouve dans une minute juste après le fil d'info. Il est 8h51, Mathilde Romagnan.

18:34
Invité

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, restera un jour de plus en France. Il doit assister demain aux commémorations du 80e anniversaire du débarquement en Normandie. Et le lendemain, il rencontrera Emmanuel Macron pour évoquer les besoins de l'Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Le président ukrainien prononcera aussi un discours devant les députés à l'Assemblée nationale à Paris. Joe Biden, lui en profitera de la présence de Volodymyr Zelensky pour le rencontrer en France, en marge des commémorations du débarquement. Le président américain, lui, doit arriver dès aujourd'hui dans l'Hexagone.

Emmanuel Macron appelle de nouveau le Hamas à accepter l'accord de cesser le feu dans la bande de Gaza. Le président français s'est entretenu par téléphone avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. Ils ont réaffirmé tout de leur volonté d'œuvrer pour la libération des otages. L'avenir de Duralex devant le tribunal de commerce d'Orléans. Aujourd'hui, la verrerie française a été placée en redressement judiciaire il y a plus d'un mois face à des difficultés financières. Quatre propositions de reprise sont à l'étude, dont une venant d'une scope de 130 salariés de l'entreprise. Les billets de banque à l'effigie du roi Charles III entrent aujourd'hui en circulation au Royaume-Uni.

Ils remplaceront progressivement ceux avec le portrait de sa mère, Elisabeth II. Elle est décédée il y a un an et demi. Les pièces de monnaie à l'effigie du monarque britannique existent déjà depuis décembre 2022. France Info

20:05
Présentateur

Le 8.30 France Info Jérôme Chapuis Salia Brachia Et Manon Aubry tête de liste LFI pour le scrutin de dimanche prochain. Avez-vous des doutes Manon Aubry sur la sincérité de l'élection de dimanche ?

20:18
Manon Aubry

J'espère qu'elle se déroulera dans les meilleures conditions. Je constate qu'aujourd'hui on est mercredi. Tout le monde n'a pas encore reçu ses bulletins et ses professions de foi. Il y a des difficultés notamment dans un certain nombre de territoires d'outre-mer.

20:30
Présentateur

Ça arrive régulièrement.

20:31
Manon Aubry

C'est un problème quand même. Je veux dire il y a 38 listes. Vous allez recevoir chez vous 38 professions de foi si vous voulez prendre le temps de les examiner et que ça se passe dans les meilleures conditions possibles. C'est quand même problématique. Donc on souhaite que les élections puissent se tenir dans les meilleures conditions possibles.

20:47
Présentateur

Je vous repose la question est-ce que ça parce que les professions de foi ça ne fait pas tout le débat se déroule par ailleurs dans les médias est-ce que c'est de nature à entacher la sincérité du scrutin ?

20:56
Manon Aubry

Je ne le souhaite pas. Donc on va demander une commission d'enquête pour faire le bilan de l'organisation du scrutin.

21:02
Présentateur

Une commission d'enquête ?

21:03
Manon Aubry

Oui, mais je vous donne des exemples très concrets. Il y a la question des professions de foi et des bulletins. Il y a la question de la taille des panneaux électoraux. Un certain nombre de mairies n'avaient pas les bons panneaux à la bonne taille. Il y a aussi la problématique de l'inscription sur les listes électorales. On a quand même 12 millions de personnes dans notre pays qui ne sont pas inscrites ou mal inscrites sur les listes électorales. Le gouvernement n'a rien fait. Donc oui, il y a un certain nombre de sujets pour faire en sorte que notre démocratie vive le mieux possible et que ça se passe dans les meilleures conditions possibles.

21:35
Présentateur

Donc vous nous dites ce matin que vous allez demander une commission d'enquête sur la sincérité du scrutin ?

21:40
Manon Aubry

Non, pas sur la sincérité. Je viens de vous dire sur l'organisation du scrutin. L'objectif, c'est d'en tirer les choses.

21:44
Présentateur

Une commission d'enquête, c'est son moyen lourd ?

21:47
Manon Aubry

Une commission d'enquête à l'Assemblée nationale ? Le sous-texte,

21:53
Présentateur

on est quelques jours avant, c'est il y a un soupçon.

21:58
Manon Aubry

Vous faites vous-même les... Non, mais c'est pour ça que je vous demande de préciser. Je vous demande de préciser. Une réponse qui, je pense, est extrêmement claire. Ce n'est pas normal, de nouveau. On est ici le mercredi que les gens n'aient pas toutes les informations entre leurs mains pour que cette élection se déroule dans les meilleures conditions possibles. Et j'observe que dans cette élection, le président de la République n'a pas trop intérêt à ce qu'il y ait une mobilisation massive des gens parce qu'on sait que s'il n'y a pas une grande mobilisation... Mais pardon, Manon Bril, là, c'est clairement du soupçon. Vous tournez autour du pot. Je ne tourne pas autour du pot.

Non, je ne vous laisserai pas dire que je fais je ne sais pas quoi, il y a des sous-entendus. Est-ce que vous trouvez ça normal que tout le monde n'ait pas reçu ses professions de foi ou ses bulletins ? Pas moi. Est-ce que vous trouvez ça normal qu'à Wallis et Foutouna et en Nouvelle-Calédonie, les bureaux de vote, on n'est pas sûrs, s'ils vont se tenir ? Pas moi.

22:41
Présentateur

Est-ce qu'il y a une volonté ?

22:43
Manon Aubry

Moi, c'est mon cas. Et tous les démocrates devraient être d'accord avec nous. D'ailleurs, ça n'a pas de couleur. Vous pensez que c'est une volonté du pouvoir en place ? Et je pense que qu'a fait le gouvernement pour inscrire les gens sur les listes électorales ? Est-ce qu'ils ont mené une grande campagne, tiens, avec le service public ? Plutôt que Gabriel Attal fasse irruption dans les interviews, plutôt que le président de la République s'invite tel l'ORTF ce jeudi pour une interview, peut-être qu'ils auraient utilisé ces temps d'onde pour inscrire sur les listes électorales.

23:08
Présentateur

Ça aurait été une bonne chose, non ? Une petite minute, Manon Ombry, parce qu'il ne nous reste que ce temps-là à quatre jours du scrutin. Ce n'est pas vous qui êtes en tête des intentions de vote aujourd'hui à gauche. C'est Raphaël Glucksmann.

23:18
Manon Aubry

Match n'est pas joué encore.

23:20
Présentateur

Oui, il se dit en rupture totale avec ce qu'est la France insoumise, avec vous. C'est le retour des deux gauches irréconciliables.

23:25
Manon Aubry

Vous savez, moi, je n'ai jamais théorisé les deux gauches irréconciliables et je regrette que Raphaël Glucksmann tourne le dos c'est la NUPES. J'ai avec moi le programme de la NUPES pour ceux qui sont en radio et dans ce programme de la NUPES, il y avait le logo du Parti Socialiste. La dernière fois que la gauche a battu l'extrême droite, c'est dix dernières années à une élection. C'est au premier tour des élections législatives parce que la gauche était unie, parce que la gauche avait un programme clair. La retraite à 60 ans, le 100% d'énergie renouvelable. Et aujourd'hui, vous l'attaquez, Raphaël Glucksmann ?

Non, moi, je veux une gauche dans la clarté et je regrette que Raphaël Glucksmann agisse en diviseur. Et je dis aux millions de gens qui nous écoutent, oui, il agit en diviseur. Et je dis aux millions de gens qui nous écoutent, aux millions d'électeurs de gauche qui se disent peut-être un peu perdus, désarçonnés et honnêtement, je les comprends. Je leur dis, venez nous aider parce qu'on sera les garants de cette unité. On voudra continuer à rassembler dans la clarté. C'est la seule voie possible quand on a l'extrême droite si forte et si haut. Et puisqu'on parle de commémoration aujourd'hui, moi, je ne suis pas prête à reproduire les erreurs de notre histoire.

Il faudra que la gauche soit la plus unie possible mais dans la clarté. Et je regrette que le Parti Socialiste se place en diviseur dans cette élection. Donc c'est un appel lancé aux millions d'orphelines et d'orphelins de la NUPAC.

24:40
Présentateur

Manon Aubry était l'invité de France Info ce matin.

24:41
Manon Aubry

Merci à vous.

Sincérité du scrutin européen, désunion de la gauche, visite de Volodymyr Zelensky en France... Le "8h30 franceinfo" de Manon Aubry — Manon Aubry · Pourquijevote