L'usine Caremag ambitionne "de produire 600 tonnes de terres rares", estime son président
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« Le problème pour nous, Français et Européens, c'est que la Chine a le monopole des terres rares. »
- 1:30PrésentateurFait
« Aujourd'hui, 65% des mines de terres rares sont en Chine. Plus de 80% du raffinage des terres rares est fait en Chine. »
- 4:07PrésentateurPromesse
« Et le recyclage couplé au raffinage va nous permettre, pour certaines terres rares, les terres rares lourdes, de produire 600 tonnes de ces terres rares. »
- 4:17PrésentateurChiffre
« 600 tonnes qui représentent 15% de la production mondiale actuelle. »
Temps de parole
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Frédéric Carancotte, bonjour. Vous êtes le patron d'une usine qui en fait n'existe pas encore, ni en France, ni d'ailleurs en Europe. La première pierre vient d'être posée dans les Pyrénées-Atlantiques. Cette usine va produire des terres rares. Alors on expliquera comment vous allez vous y prendre, que les experts se bouchent les oreilles, parce que oui, on va vulgariser probablement à l'extrême.
D'abord, à quoi servent ces terres rares ? Les terres rares servent pour les aimants permanents. Les terres rares permettent de faire des aimants permanents. Les aimants aux terres rares sont les aimants les plus puissants qui existent commercialement. Et donc, quand on va avoir besoin d'un aimant permanent, pour un moteur électrique en général... Un moteur électrique sans aimant, ça n'existe pas ? Ça existe, mais un moteur électrique avec aimant est plus performant. Et un moteur électrique avec aimant aux terres rares est encore plus performant. Et donc, pourquoi plus performant ?
C'est que quand on va avoir besoin d'un moteur électrique léger ou de petite taille, on va mettre l'aimant le plus efficace qui existe commercialement. Donc, on va mettre un aimant aux terres rares. Ce qui fait, par exemple, qu'aujourd'hui, la plupart des moteurs électriques des voitures électriques, la plupart des moteurs électriques des voitures hybrides, la plupart des turbines d'éoliennes offshore sont équipées d'aimants permanents aux terres rares.
Alors, le problème pour nous, Français et Européens, c'est que la Chine a le monopole des terres rares. Mais l'Europe a décidé de limiter cette dépendance. Est-ce que c'est vital, selon vous ?
Aujourd'hui, 65% des mines de terres rares sont en Chine. Plus de 80% du raffinage des terres rares est fait en Chine. Il y a 6 ans, quand j'ai monté cette société, nous avons décidé de faire une société de service, mais également d'avoir notre propre projet. Nous n'avons pas de mine en France, pas en Europe. En revanche, comme je l'expliquais tout à l'heure, les aimants sont dans plein d'outils que l'on utilise aujourd'hui. Nous avions devant nous une mine urbaine. On a décidé de lancer un projet de recyclage d'aimants contenant des terres rares.
On va y arriver. Ça rappellera évidemment quelque chose au plus âgé. En France, on n'a pas de métaux stratégiques, de terres rares. Mais vous avez des idées pour votre future usine. Vous l'avez dit, elle s'appelle Kermag. Elle va être construite à Lac, dans les Pyrénées-Atlantiques. Et donc, votre idée, c'est le recyclage. J'allais même dire, la récup, c'est ça la solution ?
Voilà, Kermag va recycler des aimants. Recycler des aimants de trois sources. Parce que souvent, on dit, les aimants sont utilisés pour les moteurs électriques. Ce n'est pas pour demain, les moteurs électriques, le recyclage. En revanche, dès aujourd'hui, les aimants sont fabriqués. Quand on fabrique un aimant aux terres rares, on a des chutes de production. Parce qu'il faut couper l'aimant. Donc, on a des chutes de coupe qui vont de 15 à 30%. Donc, on va commencer par recycler ces chutes de production des fabricants d'aimants. Aujourd'hui, ces chutes partent où ? Aujourd'hui, ces chutes partent en Asie, essentiellement, qui sont les seuls endroits où on peut recycler ces chutes.
Donc, on va les garder ? On va les garder.
On va aussi, en plus de ces chutes de production des fabricants d'aimants, récupérer les chutes de production des assembleurs de moteurs et commencer à récupérer les aimants contenus dans les équipements fin de vie. Les voitures usagées, les éoliennes usagées ou les prototypes d'éoliennes, les trottinettes usagées. Parce que 100% des trottinettes électriques contiennent des aimants aux terres rares.
Vous allez d'ailleurs, c'est ce que vous voulez, devenir le premier recycleur européen de terres rares. Parce que si on s'intéresse à tous les objets contenant des terres rares,
il y a beaucoup à récupérer ? Selon les objets, il y a de quelques grammes à plusieurs tonnes. Une éolienne offshore aujourd'hui, c'est plusieurs tonnes d'aimants aux terres rares. Une voiture électrique, c'est quelques kilos. Donc oui, il y a des aimants aux terres rares à récupérer dans de nombreuses applications.
Est-ce que vraiment votre objectif, c'est la souveraineté ? Est-ce que c'est possible et à quel horizon ?
Alors, nous, on a décidé de démarrer par une unité de recyclage d'aimants permanents à laquelle on couple une unité de raffinage de terres rares lourdes. Et le recyclage couplé au raffinage va nous permettre, pour certaines terres rares, les terres rares lourdes, de produire 600 tonnes de ces terres rares, 600 tonnes qui représentent 15% de la production mondiale actuelle. Ce qui est beaucoup. Ce qui est déjà pas mal.
Alors, je sais bien que c'est une industrie très différente de la vôtre, mais qu'est-ce que vous pensez de la reprise de Vancorex ? Vancorex, c'est une usine chimique en France. Indispensable à la dissuasion nucléaire. Et cette usine, elle est reprise aujourd'hui par un groupe chinois. On a l'impression qu'elle fait le trajet inverse du vôtre.
Alors, vous me l'avez appris juste avant l'émission. Moi, aujourd'hui, j'ai monté un projet. J'ai sécurisé des fonds, 216 millions, auprès de l'État français, qui nous aide depuis 2020 avec des subventions. Depuis 2020, un partenaire japonais qui met également 110 millions d'euros. Ces partenaires me permettent de sécuriser la construction de l'usine, le fonctionnement des premières années de l'usine. Et à côté de cela, j'ai des partenaires long terme pour acheter mes produits. Partenaires long terme, les japonais. J'en ai déjà parlé pour le financement. Mais également Stellantis, avec qui j'ai un contrat de 10 ans.
On parlera de vos clients, finalement. Mais justement, cet accord France-Japon, est-ce que ce n'est pas déjà une autre dépendance ? Et où se trouve l'Europe ? Quel fonds va-t-elle vous donner ?
Alors, l'Europe nous aide via le Critico-Leromaterial Act. L'an dernier, l'Europe a émis un acte européen.
Voilà, c'est-à-dire un objectif de souveraineté, finalement, dans certains domaines.
A émis un acte dans lequel il est écrit qu'à l'horizon 2030, l'objectif est de produire des aimants en Europe, d'utiliser des aimants en Europe, pardon, dont 25% proviendront du recyclage. Des aimants pour lesquels 80% du raffinage aura été fait en Europe. Donc, 25% du recyclage, 40% en raffinage. Moi, je souscris complètement à cela. Et cette volonté de l'Europe, ces objectifs, nous permettent à nous d'attirer des clients qui veulent pouvoir vendre leurs produits en Europe.
Oui, mais vous n'avez pas tout à fait répondu à ma question. Parce que moi, je voyais dans votre attelage financier, pour l'instant, des Japonais qui ne sont pas des Européens. Est-ce que c'est une autre forme de dépendance ?
Aujourd'hui, moi, je dirais plutôt d'un partenariat complémentaire entre la France et le Japon. La France est en Europe, donc on a la France et le Japon qui s'allient pour sécuriser les terres rares à moyen et long terme.
Alors, justement, vous avez déjà des clients, alors que l'usine doit commencer à tourner, allez, disons, début 27. Le Japon sera l'un de vos clients. Pas seulement, vous commencez à l'évoquer. La filière automobile est intéressée déjà ?
Exactement. Nous avons annoncé en septembre dernier un contrat de 10 ans avec Stellantis qui nous permet d'avoir de la visibilité sur des volumes, visibilité sur des prix, qui aident beaucoup à financer, qui nous ont aidé à financer notre investissement. D'autres clients déjà ? Nous en avons d'autres, mais ça n'est pas public aujourd'hui.
Ah, voilà, c'est ça. Pas encore totalement à révéler, on va dire. Frédéric Carancote, merci beaucoup. Vous êtes patron de l'usine Avenir, Kermag, invité éco de France Info. Merci à vous.