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interviewfranceinfo — L'invité éco· 20 mars 2025 7 min

Financer le secteur de la défense : "Un euro investi dans le militaire, ce sont des compétences pour demain", rappelle le rapporteur spécial du budget défense

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous, comment financer l'effort de défense ? On s'en parle beaucoup sur France Info aujourd'hui, après ces tables rondes ce matin au ministère des Finances, les annonces des ministres de l'économie, des armées, des investisseurs aussi. Bonsoir Christophe Plassard.

0:17
Christophe Plassard

Bonsoir.

0:17
Présentateur

Vous êtes député Horizon de Charente-Maritime, rapporteur spécial du budget de la défense. Vous avez signé un rapport sur l'économie de guerre également. Je voudrais votre regard sur ces annonces.

0:27
Christophe Plassard

Alors c'est intéressant parce que le rapport a déjà deux ans, c'était 2023. Et ce qu'on avait souligné, c'est la difficulté pour les entreprises, ce qu'on appelle la BITD, Base Industrielle et Technologique de Défense, à se financer. Alors il y a deux sujets, il y a les financements en fonds propres et les financements en crédit. Et donc le fait de réunir les deux écosystèmes qui parfois se parlent pas ou se parlent mal, était de toute façon investisseur d'un côté, industriel de l'autre, était de toute façon un signe positif.

0:53
Présentateur

Et notamment les PME, les entreprises de taille intermédiaire de ce secteur-là.

0:58
Christophe Plassard

C'est un secteur qui a la particularité d'avoir quelques grosses entreprises que l'on connaît, Dassault, Thalès, etc. Mais qui ont un chapelet, j'allais dire, de sous-traitants. Et c'est plus de 4000, 4500 entreprises. Donc c'est surtout des petites entreprises.

1:10
Présentateur

Je voudrais qu'on parle de ce qui concerne les particuliers. Vous et moi, les Français vont pouvoir contribuer à ce financement via un nouveau fonds lancé par BPI France. L'objectif, c'est collecter 450 millions d'euros. Le ticket d'entrée minimum, 500 euros. Des fonds bloqués pendant quelques années, au moins 100 ans. Est-ce que vous pensez qu'il va y avoir un élan ? Cette cible de 450 millions va être atteinte ?

1:32
Christophe Plassard

Alors c'est un signal positif. 500 euros, c'est à la fois peu et beaucoup. C'est peu par rapport à ce que sont les tickets d'entrée habituellement dans ce genre d'outils. Et donc c'est très bien d'avoir réussi à proposer un produit qui soit bien en dessous des seuils habituels. Et ce qui va permettre, j'espère, une adhésion large. Après, il y a aussi, on en parlera peut-être après, le projet que nous on porte de livret qui permettrait à tout un chacun, qui est en dessous de ce seuil de 500 et qui peut avoir besoin de plus de volatilité, de pouvoir aussi accompagner cet effort.

2:02
Présentateur

On va s'en parler dans un instant de ce livret. Mais évidemment, tout ça est sur la base du volontariat. Est-ce que vous pensez qu'il va y avoir un élan chez les Français, une envie de contribuer à cet effort-là via ce fonds-là ?

2:13
Christophe Plassard

Compte tenu de la conjoncture, actuellement, les sondages se multiplient. On sait de toute façon que l'armée, en général, a une cote de confiance très élevée chez les Français et que la volonté, en tout cas dans ce qui est exprimé aujourd'hui d'investir, elle est relativement large. Un autre signal qu'évoquait Sébastien Lecornu ce matin, au ministère aujourd'hui, des gens appellent pour pouvoir intégrer les réserves citoyennes ou des gens appellent pour savoir qu'est-ce qu'ils peuvent faire pour aider l'effort qu'on est en train de construire. Donc a priori, en tout cas, il y a une appétence pour la situation.

2:42
Présentateur

Il y a des coups de fil au ministère désarmé. Vous aviez signé, effectivement, avec d'autres députés, une tribune. Vous appelez toujours à la création d'un livret spécifique Défense et Souveraineté ?

2:52
Christophe Plassard

Tout à fait. Ce qui a été présenté ce matin, je dirais, est un peu sur le haut du spectre au niveau des investisseurs, des investisseurs institutionnels. Avec ce que vous avez évoqué, on descend avec un seuil d'accès plus bas, mais on continue de le penser et on a eu le soutien ce matin. C'est agréable du ministre de continuer nos travaux. On est sept parlementaires à avoir signé, de tous bords politiques, des deux chambres, Sénat et Assemblée nationale, à vouloir porter pour avoir quelque chose qui soit populaire, accessible un peu sur le modèle du livret, toujours de façon volontaire.

Il est hors de question de venir capter des fonds sans l'accord des Français et d'aller chercher, je dirais, quelque chose de symbolique qui va même au-delà de l'investissement et au-delà de l'outil financier, mais qui est aussi une façon d'exprimer son patriotisme.

3:36
Présentateur

On a demandé sur France Info à des Français ce qu'ils pensent de ce produit qui est créé via BPI France. Il y a des pour, il y a des contre et il y a ceux qui disent « Oui, mais si c'est transparent, je veux savoir où part cet argent. » Vous entendez cet argument-là ?

3:49
Christophe Plassard

Bien sûr, et c'est tout à fait normal. En plus de ça, il faut déjà faire une distinction entre ce qu'est le budget de la nation et donc l'effort qu'il y aura à faire, on attend des propositions de la part du gouvernement pour éventuellement aller au-delà de la loi de programmation militaire actuelle. Ça, c'est vraiment, je dirais, les dépenses de l'État, c'est les commandes. Mais après, l'argent dont on parle, c'est de l'épargne, c'est donc investir dans des entreprises qui sont d'ailleurs la plupart du temps duales, c'est-à-dire qu'elles travaillent pour la défense mais aussi pour le civil et on sait très très bien que ces industries s'auto-alimentent.

Un euro investi dans l'atome militaire, c'est aujourd'hui des compétences pour demain redévelopper des nouvelles centrales. Un euro investi, un euro militaire investi dans l'intelligence artificielle aujourd'hui, c'est ce qui permettra de déployer les outils grand public demain. L'Internet que l'on utilise tous les jours aujourd'hui est au départ un outil militaire.

4:33
Présentateur

Vous citiez Sébastien Lecornu, le ministre des Armées. Lui, ce matin, à Bercy, a dit « Produire des armes, ce n'est pas sale. Il y a une vision qui est en train d'évoluer. »

4:42
Christophe Plassard

Alors, il y a deux choses. Il y a déjà le mot « défense ». Aujourd'hui, l'effort d'équipement, l'effort d'armement, c'est un effort de défense. On n'est pas dans une posture d'attaque. Ce n'est absolument pas le sujet. Et ce n'est pas quand on parle d'économie de guerre, par exemple. Ce n'est pas la France en guerre. C'est la France qui soutient un pays qui est en guerre, notamment l'Ukraine. Donc, aujourd'hui, ce n'est pas sale ou pas sale. Et puis, l'industrie de la défense, ce n'est pas que les armes. C'est le satellite, c'est la cybersécurité, c'est l'intelligence artificielle.

Donc, on a souvent tendance, dans les médias, lorsqu'on fait un article sur la défense, de mettre une palette avec des bombes. Mais le champ de l'industrie de la défense, il est bien plus large qu'uniquement les munitions. Même si c'est un champ important.

5:24
Présentateur

La Caisse des dépôts fait évoluer sa doctrine d'investissement pour intégrer plus facilement les entreprises de défense. Vous avez l'impression, sur ces questions-là, qu'il y a des lignes qui bougent ?

5:34
Christophe Plassard

Bien évidemment. La conférence de ce matin en est une preuve. Les sommes annoncées, ce que va mettre la Caisse des dépôts, ou même ce qu'a évoqué BPI, a ce qu'on appelle un effet de levier. Parce qu'on sait que dans la finance, lorsque l'on met 10, en tout cas dans ces industries-là, on a enfin un effet de levier de x7. Donc, aujourd'hui, il a été estimé entre 2-3 milliards, à peu près, le besoin en fonds propre des entreprises. Et normalement, ce que met l'État, je dirais, pour montrer pas de blanche, pour montrer la confiance qu'il a dans cette industrie, devrait pouvoir, par effet de levier, combler et assouvir le besoin en fonds propre des entreprises.

6:10
Présentateur

On a parlé de plusieurs investisseurs. Quel rôle, selon vous, les banques ont-elles à jouer ?

6:16
Christophe Plassard

Elles accompagnent. Je veux dire, en France, les banques font partie de l'écosystème de l'entreprise pour se développer, que ce soit le besoin en fonds de roulement lorsqu'une entreprise augmente son activité, que ce soit pour s'équiper. Si les quantités augmentent, il faudra investir dans des bâtiments, investir dans des machines. Tout ça nécessite du financement et du financement bancaire.

6:35
Présentateur

Et il n'y a pas de frilosité ? Le ministre des Finances évoquait certains investisseurs privés qui font parfois preuve de frilosité.

6:41
Christophe Plassard

Alors, c'est ce qui émanait de mon rapport, mais également d'autres rapports faits par les parlementaires qui ont co-signé cette tribune. Il y avait des frilosités. Et la meilleure des preuves, c'est que ce matin, on nous évoquait l'évolution, on va dire, des conditions générales d'investissement des banques. Et si aujourd'hui, ces conditions évoluent, c'est bien qu'il y a quelques années, quand on l'évoquait, quand on le pointait du doigt, il y avait bien un écart entre ce qui va se faire aujourd'hui et demain et ce qui se faisait hier.

Donc oui, effectivement, il y avait des frilosités qui ne sont pas d'ailleurs toujours des choses que les banques génèrent, mais qu'elles subissent, je pense, aux critères ESG. Et là, il y a un alignement qui semble plus positif.

7:17
Présentateur

Merci beaucoup, Christophe Plassard. Vous êtes député Horizon de Charente-Maritime. Je rappelle que vous êtes rapporteur spécial du budget de la Défense et vous étiez l'invité. Écoute France Info.

Financer le secteur de la défense : "Un euro investi dans le militaire, ce sont des compétences pour demain", rappelle le rapporteur spécial du budget défense — Christophe Plassard · Pourquijevote