Législatives, assurance-chômage... L'interview de Catherine Vautrin, ministre du Travail
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Catherine Vautrin, bonjour. Merci beaucoup d'avoir cette invitation. Vous êtes ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités. Anne Saurad-Dubois, du service politique de BFMTV m'accompagne. A-t-elle raison de faire ce constat finalement qu'effectivement, à l'issue de ces élections législatives, nous serons peut-être dans un blocage total avec une majorité pour personne et avec une incapacité à faire tourner le pays et donc peut-être la seule solution serait la démission d'Emmanuel Macron ?
Deux réponses. La première, c'est d'abord que nous allons prendre les élections législatives dimanche après dimanche et que le premier sujet, c'est déjà le 30 juin au soir. Et évidemment, c'est l'occasion de redire à nos concitoyens que le seul vote qui évite le chaos, c'est celui du bloc central, c'est-à-dire très concrètement les candidats ensemble pour la République. Maintenant, pour répondre à votre question, on a un outil dans notre pays que tout le monde a toujours respecté qui s'appelle la Constitution. Et la Constitution prévoit parfaitement le rôle, la responsabilité du président de la République.
C'est ce qu'on appelle l'article 5 qui définit très concrètement les missions du président de la République et surtout qui l'installe dans deux éléments importants. La première, c'est qu'il incarne l'autorité de l'État. Et je pense qu'à un moment où le pays est bloqué, on a besoin effectivement plus que jamais que le président de la République soit là comme garant finalement en incarnant. Et deuxièmement, il est le garant de notre indépendance. Donc, quelque part, il n'est absolument pas indispensable, loin de là, que le président de la République démissionne. Et au contraire, il permet de garder une stabilité de nos institutions.
Donc, rien n'oblige à ce que le président de la République ne démissionne. Et s'il s'avérait que les élections législatives ne donnent pas une majorité au président de la République, nous serions dans une période de cohabitation. La question, c'est qui, effectivement, incarne cette cohabitation. Mais nous n'en sommes pas encore là.
Il incarne l'autorité par la Constitution. Sauf que, si l'on prend la code de popularité d'Emmanuel Macron, c'est l'Institut BVA qui l'a fait pour nos confrères d'RTL, 74% d'opinions négatives. C'est plus d'opinions négatives que pendant les Gilets jaunes. C'est plus d'opinions négatives qu'au moment des diffusions difficiles du confinement du Covid. Peut-on avoir l'autorité nécessaire pour être chef de l'État avec 74% d'opinions négatives ?
Est-ce que vous ne croyez pas qu'avant d'être dans la politique fiction, puisque le président de la République...
Ça, c'est des chiffres de la semaine.
Sauf que les chiffres qu'on va regarder seront ceux des élections législatives. Puisque le président de la République incarne l'exécutif, c'est toujours l'article 5, et qu'il travaille avec le Parlement qui incarne le législatif. Et donc, ce qui est très important, c'est de regarder ce qui sortira des urnes, bien évidemment... Ça ne changera pas la cote de popularité d'Emmanuel Macron ? Sauf que ça donnera ou pas une indication sur la capacité d'avoir ou pas, évidemment, un groupe avec lequel il peut travailler pour continuer à réformer le pays. C'est ça la question. Parce qu'avant de parler du blocage des institutions, regardons déjà quelles sont les forces en présence.
Anne ? Avant les résultats du premier et du second tour de ces élections législatives, il y a la campagne qui se poursuit. Vous avez vu que nombre de candidats ont enlevé le chef de l'État de leurs affiches, que sur le terrain, la personnalité, la personne du chef de l'État suscite une forme de rejet. Est-ce que vous considérez, vous aussi, que jusqu'à la fin de cette campagne, le chef de l'État doit se mettre en retrait, en quelque sorte ?
Vous savez, moi, la campagne législative, j'avais sur le terrain tous les jours. J'étais pas plus tard qu'hier dans Lyon, où j'ai rencontré des professionnels dans une maison de santé, et j'ai rencontré des professionnels, des responsables du bâtiment, des responsables de la restauration, et ensuite des militants avec lesquels j'ai fait une réunion. Les questions qui m'ont été posées étaient sur un député, Erin, qui ne l'ont jamais vu depuis deux ans, c'était sur l'évolution du pays. Personne ne m'a parlé du président de la République. Donc la question qui se pose là, c'est très concrètement, quel projet, quel sujet ?
On a d'un côté deux extrêmes qui ont des mesures qui se rejoignent, et de l'autre côté, un autre programme. C'est ça, notre sujet aujourd'hui.
Plus généralement, quand même, il y a des remontées de terrain, de certains députés, même de ministres, qui disent que le président de la République doit moins s'investir dans cette campagne. Il faut qu'il laisse que la campagne de Zéren se déroule, aussi au vu des sondages de popularité qu'il a en ce moment.
Vous savez, le chef de la majorité, c'est évidemment le Premier ministre. Vous avez vu le travail que mène Gabriel Attal, la façon dont il est... Et la question concernant le président ? Non, mais moi, je vous réponds sur ce qu'est une campagne législative. J'ai été élue députée trois fois, et par définition, les députés au Parlement, ils travaillent avec le Premier ministre. Et vous voyez combien le Premier ministre, aujourd'hui, est engagé, impliqué, fait des déplacements en province tous les jours, pour accompagner nos candidats, est présent dans sa propre...
Donc c'est lui qui doit incarner cette campagne ?
C'est lui, il l'incarne considérablement. Vous avez vu l'investissement qui est le sien, et d'ailleurs, vous avez vu combien, quand on dit aux Français, il y a le choix entre trois premiers ministres potentiels, Mélenchon Bardella ou Gabriel Attal. Très concrètement, la personnalité de Gabriel Attal, Premier ministre, se révèle jour après jour.
Gabriel Attal qui a présenté le programme du camp Ensemble pour la République cette semaine. Il y a des mesures concrètes qui sont annoncées, la revalorisation des retraites, notamment sur l'inflation. Il y a plusieurs mesures concrètes. Mais est-ce que c'est suffisant ? Les Français ont envie, on l'a compris, de neuf, de nouveautés, d'un nouveau souffle, de quelque chose de plus. Est-ce que vous n'êtes pas en dessous des attentes ? Ou est-ce que vous êtes dans un piège, c'est-à-dire dans l'impossibilité au regard des finances de la France, de proposer ce nouveau souffle ?
Votre question est extrêmement intéressante, parce que finalement, la question c'est quelle est la réponse qu'on apporte aux Français en matière de vérité ? Est-ce que vous croyez que les Français arrivent à accepter qu'on leur raconte... Je vais prendre un seul exemple, je suis ministre du Travail, je vais prendre l'exemple du SMIC. Vous croyez que les Français croient, quand le NUPES2 leur dit, miraculeusement, du jour au lendemain, on va passer le SMIC net, je dis bien net, à 1 600 euros par mois, c'est-à-dire 2 000 euros. Ce qu'on oublie de dire aux Français, c'est que ce n'est pas l'État qui va payer ça. Ceux qui vont payer ça, c'est les entreprises.
Vous croyez que demain, nos TPE, nos PME, vont comme ça, magiquement, trouver cet argent qui sort je ne sais pas d'où pour augmenter les salaires ? Mais il faut arrêter de leur raconter n'importe quoi. Comment voulez-vous qu'il y ait une confiance entre les Français et les politiques quand on raconte des choses qui sont fausses ? Le pouvoir d'achat, moi je veux bien en parler avec vous, parce qu'il faut aussi qu'on rappelle, il y a des choses que tout le monde a oubliées. Je prends un exemple très simple, la taxe d'habitation. Qui se souvient que c'est cette majorité qui a supprimé la taxe d'habitation ? Qui se souvient que c'est cette majorité qui a mis en place le partage de la valeur ?
Là encore, le ministre du Travail peut donner les chiffres. Quand une entreprise crée de la richesse et quelque part génère des profits, elle les partage. L'année dernière, 6 millions de Français, 6 millions de Français ont eu en moyenne 900 euros. C'est concret, c'est la réalité. Mais c'est en tout cas la bonne direction. Je crée de la richesse, je la partage. Pour partager, il faut d'abord avoir créé la richesse. C'est la grande différence entre la NUPES et nous.
Vous en avez fait des campagnes, vous le rappeliez, vous connaissez parfaitement la politique. Comment peut-on se faire entendre quand on a été au pouvoir pendant aussi longtemps pour dire aux Français, on va changer les choses, on va vous apporter un souffle nouveau, on va répondre à vos attentes ? C'est extrêmement difficile.
Vous savez, je crois que ce qui est important, c'est de reprendre les fondamentaux et le quotidien de nos concitoyens. Parce que brasser des milliards tous les jours ne parle pas à nos concitoyens. Ce qui est important, c'est de répondre aux attentes qui sont les leurs et de donner des exemples concrets. Je prends le sujet de l'emploi. On était depuis 30 ans sur le chômage de masse et tout le monde disait le chômage, le chômage, le chômage. Sauf que depuis 2017, 2,5 millions de Français ont retrouvé le chemin de l'emploi. L'apprentissage, c'était la voie de garage. Quand on est arrivé en 2017, il y avait en France 350 000 apprentis. Au moment où je vous parle, il y en a 853 000.
Deux ans après leur formation, 70% d'entre eux sont en CDI. Ça, c'est du concret et ça apporte des réponses.
Dans votre domaine, la réforme de l'assurance chômage qui crée beaucoup d'inquiétudes. Vous dites, on verra fin juin, le Président et le Premier ministre décideront. Ils font un nouveau décret au 1er juillet. Non, on ne verra pas. Que se passera-t-il ? Quel sera le décret du 1er juillet ?
Regardons les choses. En 2017, il fallait avoir travaillé 4 mois sur les 24 derniers mois pour être indemnisé. Une première réforme, en 2019, a dit qu'il faudra travailler 6 mois sur les 24 derniers mois. Et c'est avec cette réforme de l'assurance chômage que nous avons accompagné nos concitoyens pour qu'ils retournent vers l'emploi. Là, ce qu'il se passe, c'est que les partenaires sociaux ont discuté de août 23 à décembre 23 dans un premier temps. Ils ne se sont pas mis d'accord. Ils ont donc demandé ce qu'on appelle un décret de jointure qui se termine le 30 juin. Et c'est la raison pour laquelle il faut prendre un décret pour pouvoir payer l'assurance chômage.
Est-ce qu'il appliquera la réforme ou pas, ce décret ? Ce décret prévoit les choses suivantes. Très concrètement, nous disons aux Français que tout le monde peut avoir un accident dans sa carrière et il est normal qu'on l'aide. Ce que l'on regarde et ce que l'on demande, comme d'ailleurs dans la plupart des pays européens, on se rapproche de la moyenne européenne, il faut avoir travaillé 8 mois dans les 20 derniers mois. Ça, c'est le premier point. Je continue.
Il y a un deuxième chiffre important. Bien sûr, mais juste pour qu'on comprenne bien. Ce que vous nous dites, c'est que le décret qui sera publié, il appliquera la réforme qui avait été décidée avant la législative.
Je continue et je vous réponds. Ce décret, il est parti au Conseil d'État. Il comprend un deuxième élément très important. C'est qu'il conserve une branche pour les seniors. Parce que oui, c'est plus compliqué de retrouver un boulot à 55 ans qu'à 40 ans. Et ce qu'on met en place, qui n'a jamais existé, parce qu'on a écouté les Français, c'est qu'on propose de prendre le dernier salaire et qu'on le compare au boulot que reprend la personne.
Ça, c'est la réforme.
Je me permets d'aller au bout. Et ce qu'on fait qui n'a jamais été fait, c'est qu'on dit aux Français, si le travail que vous avez retrouvé vous rémunère moins, on utilise votre allocation au chômage en complément pour répondre à votre question jusqu'au bout. Ce décret est parti au Conseil d'État et il est applicable au 1er décembre 2024, le temps que les systèmes d'information se mettent en place. Ce qui veut dire qu'au 1er juillet, c'est ce décret qui est applicable, mais dans les faits, il sera réellement applicable au 1er décembre. Je déduis deux choses.
Un nouveau gouvernement pourrait donc revenir et refaire un autre décret entre le temps pour amener cette réforme.
Ça nécessite un nouveau décret dans tous les cas.
Ça nécessitera un nouveau décret. Pourquoi ne pas faire un décret qui maintiendrait l'état actuel des choses ? Pourquoi vouloir maintenir cette réforme qui braque ? Vous ne vous aidez pas dans votre campagne. Parce que dans cette campagne,
vous entendez un certain nombre de Français. J'en ai encore vu pas plus tard qu'hier à Auxerre qui vous disent « Moi, je n'arrive pas à recruter. Moi, mon voisin ne bosse pas depuis des années. » Et qu'il y a un sujet qui est qu'on a un joyau national en partage qui s'appelle notre modèle social. Ce modèle social, il coûte 670 milliards. Si je prends 67 millions de Français, ça fait 10 000 euros par Français par an pour la retraite, la santé, la famille, l'autonomie et les accidents du travail. Ça fait 27 euros par jour par Français. Ça, on le paye comment ? On le paye par le travail.
Il faut bien que les Français, effectivement, participent à la création de richesses pour pouvoir redistribuer. C'est ça notre modèle et on l'assume. Donc on maintient cette réforme.
Est-ce que vous ne vous êtes pas dit, est-ce que le gouvernement ne s'est pas dit, étant donné les résultats que la majorité a obtenus lors des dernières élections européennes, que du coup, il y avait une forme de rejet de votre politique et que donc cette réforme de l'assurance chômage, il fallait tout simplement la suspendre parce que les Français n'en voulaient pas ?
Alors, est-ce que vous croyez que les élections européennes posaient la question de l'assurance chômage ? La réponse est non. Je pense que l'enjeu national a été très présent dans cette campagne. Mais précisément. Et la politique du président également. Et vous savez que c'est précisément la volonté de clarification du président de la République. Qu'a dit le président de la République ? Il a dit, premièrement, c'était la chienlit à l'Assemblée nationale puisqu'il n'y avait pas de majorité. Deuxièmement, les Français ont pour 50% des électeurs donné leur voix aux extrêmes. Je leur demande donc de clarifier leur position.
Et c'est précisément l'enjeu de ces élections législatives que les Français disent effectivement quel programme ils choisissent entre les extrêmes de gauche et de droite et le bloc central. Et ils voteront dimanche prochain pour ce premier tour. Merci beaucoup Catherine. Merci beaucoup.
Catherine Vautrin