Éléonore Caroit, députée apparenté EPR établis hors de France | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Elle a grandi entre Saint-Domingue et Paris, elle parle cinq langues, elle a trois passeports et une carrière d'avocate internationale. Mon invitée représente les Français établis en Amérique latine et au Caraïbe. Elle est également porte-parole du groupe Ensemble pour la République à l'Assemblée.
Générique -Bonjour, Eléonore Caroit. -Bonjour. -Les députés qui représentent les Français qui sont établis à l'étranger ont des circonscriptions qui sont immenses, qui sont parfois sur plusieurs continents ou qui ont plusieurs dizaines de pays.
Les candidats aux législatives ne font pas campagne comme les autres. Tout se joue en grande partie sur Internet. On va revoir quelques clips de campagne, si l'on peut dire, des législatives 2022.
En Portugais -Bonjour, je suis Eléonore Caroit. C'est un plaisir de me présenter pour être la candidate pour la députée de l'Assemblée nationale française. Je suis moi-même une enfant de ce territoire.
J'ai grandi en République dominicaine et j'ai fait toute ma scolarité au lycée français de Saint-Domingue. En espagnol N'oublie pas de voter. Du 27 mai au 1er juin, tu pourras voter en ligne.
Ensuite, le 4 juin, dans ton consulat. Je compte sur toi. -Je compte sur toi.
En trois langues. En français, on comprend, vos électeurs sont français, parlent français. Mais pourquoi l'espagnol et le brésilien ? -Alors moi, ma circonscription couvre 33 pays qui vont du Mexique à la Terre de Feu en passant par les Caraïbes.
Et sur ce territoire, il y a beaucoup de Français, des Français qui sont dans différents pays et beaucoup de binationaux. Et un des enjeux, c'est de s'assurer que ces binationaux gardent un lien avec la France. Et parfois, malheureusement, quand ils n'ont pas accès à un lycée français ou à une alliance française... -Ils perdent un peu e lien avec la langue ? -Oui. -Et pas la citoyenneté ? -Et pas la citoyenneté.
Donc tout l'enjeu, c'est de s'assurer qu'ils comprennent, qu'ils soient au courant de leurs droits civiques et qu'ils puissent voter. -Et on constate que vous parlez parfaitement ces autres langues. Comment on fait pour entrer en contact avec les électeurs quand notre circonscription compte, vous le disiez, 33 pays différents ? -Il y a plusieurs façons.
Moi, je privilégie toujours le terrain, mais vous avez vu, c'est difficile de faire du terrain. -On voit votre circonscription là. -C'est ça. -La moitié du continent américain, plus de la moitié. -Absolument, absolument.
Et dans chaque pays, il y a les capitales, mais il y a des Français qui vivent en dehors qu'il faut aussi aller voir. Donc j'essaie de me déplacer autant que possible, malgré le calendrier, ici, à l'Assemblée nationale. Et en même temps, des zooms.
Je fais un zoom par mois. -Donc des visios. -Des visios, exactement.
Des visioconférences ouvertes à tous. Des permanences, également, de manière dématérialisée. Et puis je reçois énormément de concitoyens lorsqu'ils viennent en France.
Je pense que j'ai un des records de visite de concitoyens... -Ils viennent vous voir comme ça à l'Assemblée ? -Ils viennent en vacances, voir leur famille et dès qu'ils le peuvent, ils viennent à l'Assemblée. -Les Français qui sont installés à l'étranger ont tendance à moins se mobiliser lors des élections qu'en métropole.
Mais chez vous, l'abstention a battu des records. En 2022, j'ai vu que vous avez été élue avec seulement 16 % de participation en ayant réuni moins de 7000 voix. Est-ce que ça ne pose pas un problème démocratique à un moment ? -En tout cas, ça pose une véritable question parce que ces circonscriptions des députés des Français de l'étranger existent depuis peu de temps.
Elles ont été créées pour la première fois en 2012, on a eu des députés qui ont été élus. Beaucoup de Français ne connaissent pas encore l'existence de cette fonction. Depuis 2012. -Depuis 2012, parce qu'ils ne s'intéressent pas à la politique, parce qu'il y a aussi une grande, disons, un "turnover", pour utiliser un mot bien français, des Français qui partent et qui ne sont pas au courant.
Un de mes enjeux, c'est justement d'apporter la démocratie aux Français. Et donc, la participation a un peu augmenté, puisque j'ai fait une élection en 2023, ensuite une en 2024. -Oui, votre élection en 2022 a été annulée à cause de problèmes dans l'envoi des SMS aux électeurs pour qu'ils votent à distance.
Vous avez été réélue en 2023, puis en 2024, avec la dissolution Comment on enchaîne trois campagnes en deux ans ? -Après, on s'habitue et c'est vrai que c'est un enjeu, surtout une campagne avec autant de pays. Mais je pense que, justement, le fait d'avoir dû voter en 2022, en 2023, en 2024, maintenant, ils savent qu'ils ont une députée sur qui ils peuvent compter et qu'il y a des élections. -La plupart des députés des Français de l'étranger sont des expatriés.
Vous, c'est un peu différent parce que vous êtes né en France, vous avez grandi en République dominicaine. Vous avez fait vos études à Paris, mais aussi à New York. Ensuite, vous avez vécu en Suisse et vous êtes retournée vivre en République dominicaine.
Quel rapport est-ce qu'on entretient avec son pays quand on a passé l'essentiel de sa vie à l'étranger ? -Je pense que quand on voit quelque chose de loin, parfois on le voit mieux. C'est-à-dire que moi, j'apprécie des choses en France qu'on a tendance à oublier lorsque l'on est trop le nez dans le territoire national.
On se rend compte des avantages incroyables qu'on a, du modèle social qu'il faut préserver, aussi des limites de ce modèle. -Mais on connaît son pays ? -Ah, mais parfois mieux que ceux qui y vivent.
Moi, il y avait une véritable volonté de la part de mes grands-parents de s'assurer de s'assurer que nous soyons français. On allait dans différentes régions de France. On parle français à la maison.
Et c'est le cas de beaucoup de nos concitoyens et cette identité, c'est une véritable identité qui enrichit le débat public national. Je suis convaincue de l'importance d'intégrer ces Français, presque trois millions, qui vivent hors de nos frontières dans la réflexion sur la société, sur la politique nationale. -Quand on vous demande ce qui a nourri votre goût pour l'engagement, vous évoquez le militantisme familial.
C'était un militantisme politique ? -Oui, tout à fait. Alors, mon père est journaliste et très engagé.
Il a beaucoup été en Amérique latine, donc c'était à la fois la France et l'Amérique latine. -Il est un peu le journaliste spécialiste d'Haïti en France. Il a travaillé pour beaucoup de médias étrangers, la BBC, le New York Times et puis l'AFP.
Je sais qu'il a aussi couvert la chute du Shah d'Iran. -Oui. Il a eu une carrière assez incroyable.
Et puis surtout, il s'est évidemment focalisé sur l'Amérique latine et sur Haïti. Et en fait, mon parcours de vie, le fait que j'ai grandi en République dominicaine, ça a à voir avec cet engagement. -Là, on vous voit enfant à Saint-Domingue avec lui. -Absolument, le lycée français de Saint-Domingue qu'ils ont aussi contribué à construire.
Oui, je fais ce lien et aussi du côté de ma mère qui est dominicaine. Elle, elle vient d'une famille assez politique. Mon grand-oncle a fait partie du groupe de personnes qui ont permis la destitution du dictateur Trujillo qui, d'ailleurs, ont fait partie de son assassinat.
Et donc il y a eu un véritable engagement pour la démocratie, pour les droits de l'Homme, de la part aussi bien de mon père que de ma mère. Donc il y a clairement une lignée là. -Alors si vous avez autant vécu à l'étranger, c'est aussi lié à votre métier.
Vous avez longtemps été avocate internationale. Est-ce que votre fibre militante, vous l'avez aussi exercée à travers ce métier-là ? -Oui, parce que j'ai fait de l'arbitrage d'investissement.
C'est peut-être un peu technique, c'est lorsque vous défendez un Etat ou un investisseur dans le cadre d'un conflit international. Et au lieu d'aller devant un tribunal du pays dans lequel vous avez investi, dans lequel vous pensez que vous n'allez pas être traité justement et équitablement, vous allez devant une cour d'arbitrage, un tribunal arbitral. Et donc, j'ai beaucoup voyagé de ce fait et aussi représenté des Etats dans des enjeux qui sont finalement des enjeux de politique publique, comme l'environnement, comme l'accès à l'eau, etc.
Donc, j'ai aussi travaillé et voyagé de ce fait, oui. -Vous avez mis de côté votre carrière d'avocate en 2022 pour vous présenter aux législatives sous les couleurs d'En Marche, alors que je crois que vous n'aviez jamais milité au sein d'un parti avant. Vous expliquez que le déclic de l'engagement politique est venu plus tard, quand vous avez eu vos enfants.
Pourquoi ? -L'engagement politique, quand vous avez vécu à l'étranger et que vous ne vous reconnaissez pas dans les structures partisanes. Je l'ai un peu écarté, mais j'ai toujours eu ça.
Et quand j'ai eu des enfants, je me suis dit : "Il faut agir. Il y a des choses qui nécessitent qu'on régule, qu'il y ait une intervention publique, notamment l'environnement." Et là, je me suis dit, je ne peux pas être simple spectatrice de ce qui se passer.
Il faut que je m'investisse. C'est un investissement très modeste et local. J'ai d'abord été parent d'élèves élue à l'école, puis conseillère des Français de l'étranger à Genève, et finalement, aujourd'hui, députée. -Quand on se promène sur votre page Facebook, sur votre compte Instagram, on vous voit poster des photos aux côtés de nombreux responsables politiques étrangers, parfois même des chefs d'Etat, avec Lula par exemple, le président du Brésil, ou avec le président colombien.
Il y a une part de diplomatie dans le travail de député des Français de l'étranger ? -Moi, je suis convaincue de l'utilité de la diplomatie parlementaire. C'est vraiment ce... -Et qu'est-ce que vous apportez en plus du réseau diplomatique français, qui est quand même assez riche... -C'est très complémentaire.
Le réseau diplomatique français, il a une ligne, celle de la France. Il y a évidemment des instructions, le président de la République et le ministre des Affaires étrangères, et c'est clair. Les parlementaires, nous, on peut apporter un discours autre, on peut interroger, on peut se positionner parfois... -Vous êtes plus libres ? -En tout cas, on a un ton qui est différent.
Par exemple, les élections au Venezuela qui ont été remportées par le candidat d'opposition et ça n'a pas été reconnu par Nicolas Maduro qui est resté au pouvoir, qui aujourd'hui a fait une forme de coup d'Etat. Pour la France, c'est très difficile de dire ça de manière officielle. On romprait nos relations diplomatiques.
Moi, je peux que l'opposition a gagné ces élections. Donc il y a une différence de ton parce que vous engagez, finalement, vous-même et pas la position officielle de la France. -Et dans ce travail de diplomatie vous êtes plus particulièrement investie dans la protection des Océans.
Pourquoi ce choix ? C'est ce que vous évoquiez sur les déclics de l'engagement, l'environnement ? -En partie, mais quand vous grandissez dans les Caraïbes face à la mer, l'océan de toute façon c'est consubstantiel à ce que vous êtes.
Et puis, c'est aussi là où se régule le climat. On a beaucoup parlé de l'Amazonie, de la forêt, c'est extrêmement important, il y a eu un gros engagement. Mais aujourd'hui, si on ne s'attaque pas à l'océan, à ce continent de plastique qui existe aujourd'hui, à la véritable protection de nos aires marines protégées, et puis surtout à la régulation de ce qu'on appelle la haute mer, c'est-à-dire la mer qui n'est pas dans les juridictions nationales, on ne va pas y arriver.
En réalité, c'est là où ça se joue. -Je voulais évoquer un dernier sujet avec vous. Vous avez choisi d'être apparentée au groupe Ensemble pour la République.
En général, les députés qui font ça, c'est pour garder une forme de liberté de parole. Or, vous êtes aussi porte-parole du groupe Ensemble pour la République. J'ai du mal à comprendre la logique. -Alors, ça s'est fait en deux temps.
C'est-à-dire que le côté apparenté, ça a vraiment à voir avec qui je suis. Moi, je suis très indépendante en tant qu'avocate, membre de la société civile. Comme vous l'avez dit, je suis rentrée en politique relativement récemment. -C'est courant dans votre famille politique. -Oui, mais ça a évolué.
On n'a pas les mêmes profils entre 2017 et 2022. Mais c'est pour ça que je suis restée apparentée et j'ai toujours cette possibilité de faire un pas de côté parfois. -Et ça ne n'empêche pas d'être porte-parole ? -Non, parce que ça se décline avec des personnes qui ont des sensibilités différentes.
Et quand je parle en tant que porte-parole, je me tiens évidemment à la ligne qui a été votée, qui est la majoritaire dans notre groupe. -Sauf sur un texte. Le projet de loi narcotrafic, la porte-parole du groupe, elle a pris un peu son indépendance.
Vous êtes la seule à vous être abstenue sur ce sujet qui concerne pourtant directement votre circonscription. Une grande partie de la cocaïne vient de pays dans votre circonscription Pourquoi vous êtes abstenue sur ce texte ? -Alors j'ai bien précisé que je le faisais pas en tant que porte-parole, et ça c'est important, donc je le reprécise au cas où.
Non, justement parce que je connais bien ce sujet. Vous avez des pays en Amérique latine où la lutte contre le narcotrafic a créé des véritables guerres civiles, où on a retrouvé l'armée face aux groupes de narcotrafiquants, face aux paramilitaires, etc. Et moi ce que je constate, c'est que déjà le tout répressif, ça marche pas, et qu'ensuite, pour s'attaquer à ce problème, il faut le prendre dans sa globalité.
Et il y avait des mesures dans cette loi qui étaient nécessaires, j'étais d'accord avec un certain nombre de dispositifs, qui, à mon sens, étaient inefficaces et qui venaient rajouter une strate par rapport à ce qui existe déjà. En plus, je parlais aussi en tant qu'avocate. Moi, je vois que les juridictions interrégionales marchent bien et que, du coup, il fallait les muscler plutôt que de créer une forme de parquet général.
Mais on ne va pas refaire le débat. Et de toute façon, c'est une bonne chose qu'on ait des mesures votées. -On va conclure l'émission par notre quiz habituel.
Le principe est simple, je vais commencer des phrases et vous allez devoir les terminer. -D'accord. -"Le plus dur quand on est porte-parole..." Justement, on vient d'en parler. -C'est de trouver l'équilibre entre son indépendance et la position du groupe. -"Ce qu'il y a de plus dominicains en moi..." Parce que vous avez aussi la nationalité dominicaine. -Faut me voir danser le merengue. -Le merengue ? -Pas la salsa, la salsa c'est cubain ou portoricain, mais le merengue. -"Le problème quand on a trois passeports..." Vous êtes aussi suisse. -Je ne pense pas que ce soit un problème. -Ca ne vous a pas posé de problème parfois à la douane ?
Dans certains pays ? -Pas du tout. Pas du tout.
Par exemple, le problème, c'est d'aller à Cuba et aux Etats-Unis. Donc là, c'est plutôt bien de... -De jongler entre les passeports. -Vous ne jonglez pas.
Je vais toujours avec mon passeport français. Mais je ne pense pas que ce soit un problème. -D'accord.
Merci beaucoup, d'être venue dans "La politique et moi" -Merci à vous. Générique
Éléonore Caroit