Le RN ère Bardella : anatomie d’un succès électoral
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:01OuverteRéponse partielle
On s'est beaucoup intéressé aux électeurs du Rassemblement National. Ceux-ci, comme vous le savez, ont été nombreux, un peu moins aux femmes et aux hommes qui constituent le Rassemblement National.
- 0:30ComplaisanteRéponse directe
Vous êtes journaliste. Vous avez publié une très bonne biographie de Jordan Bardella, le grand remplaçant aux éditions Studio Fact.
- 2:38OuverteRéponse directe
Comment cet homme est devenu proche de Marine Le Pen ? Comment, en fait, elle a réussi à l'adouber ?
- 4:48OuverteRéponse directe
Comment cela se fait-il qu'en 2019, Marine Le Pen décide de lui faire conduire la campagne des Européennes ?
- 8:59OuverteRéponse directe
Sur le plan intellectuel, sur le plan idéologie, comment classer Jordan Bardella au sein du Rassemblement national ?
- 10:14OuverteRéponse directe
Où est le centre de gravité qui constitue l'essentiel des troupes autour de Marine Le Pen ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:31InvitéFait
« il arrive à intégrer le deuxième cercle amical de Marine Le Pen, le clan Châtillon. »
- 3:52InvitéFait
« douze jours après la rencontre entre Marine Le Pen, la fille Châtillon et Jordan Bardella, M. Bardella est nommé porte-parole du Rassemblement National. »
- 4:20InvitéFait
« Jordan Bardella, c'est un jeune homme de 28 ans qui a le baccalauréat, qui n'a pas fait d'études supérieures, qui n'a jamais travaillé en entreprise de sa vie, si ce n'est un mois dans l'entreprise de son père à 18 ans. »
- 4:37InvitéFait
« Depuis qu'il a 19 ans, Jordan Bardella vit de la politique et de ses mandats au Front National. »
- 5:13InvitéFait
« Marine Le Pen décide très tôt de miser sur son storytelling. Elle comprend l'intérêt de Jordan Bardella pour son mouvement politique. »
- 6:00InvitéFait
« Jordan Bardella, c'est un petit peu la revanche de tous les Jordanes de France. C'est un prénom qui est connoté milieu populaire des années 90. »
- 6:38InvitéFait
« c'est de faire de Jordan Bardella un facho sympa. »
- 9:30InvitéFait
« Il a commencé avec Florent Philippot sur une ligne nationaliste sociale. Puis, quand l'étoile de Philippot a commencé à pallir, il est passé chez les identitaires avec Philippe Olivier, etc. »
- 10:29InvitéFait
« Madame Le Pen, est-ce que le bardellisme, ça existe ? Elle m'a regardé et elle a souri de manière ironique. Elle m'a dit, tiens, je ne me suis jamais posé cette question, mais ça existera un jour, vous verrez. »
- 11:05InvitéFait
« C'est l'époque où je faisais campagne avec maman, avec un brin de dédain. Comprenez, j'ai grandi. Je ne suis plus le petit garçon de 23 ans. Je ne suis plus la marionnette de Marine Le Pen. Désormais, c'est moi le président du parti. »
- 21:54InvitéChiffre
« Il en a 1,3 million. »
- 22:38InvitéFait
« Au Parlement européen, il vote très souvent le contraire de ce qu'il déclare sur TikTok ou dans les médias français. »
- 23:27InvitéFait
« Le mandat de Jordan Bardella au Parlement européen, c'est d'abord à son profit. »
- 23:44InvitéChiffre
« Il a produit très peu d'amendements, environ 70, quand les autres ténors de la politique française en ont produit des milliers. »
- 24:04InvitéChiffre
« Il affiche un taux de 70% d'absentéisme. »
- 29:55InvitéFait
« Systématiquement, ils soutiennent le régime de Vladimir Poutine ou ils refusent de le condamner. »
- 30:15InvitéFait
« Les députés du Rassemblement national, incluant Jordan Bardella, ont refusé de condamner le régime de terreur en ce moment en Biélorussie où les opposants sont enlevés dans la rue par les services secrets. »
Temps de parole
- Invité45 %
- Présentateur25 %
- Invité 223 %
- Invité 35 %
≈ 0,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
On s'est beaucoup intéressé aux électeurs du Rassemblement National. Ceux-ci, comme vous le savez, ont été nombreux, un peu moins aux femmes et aux hommes qui constituent le Rassemblement National. Marine Le Pen, bien sûr, on la connaît. Jordan Bardella est souvent sur les réseaux sociaux, à la télévision, mais on le connaît moins. Et c'est pourquoi j'ai décidé de vous inviter. Et Pierre-Stéphane Faure, bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste. Vous avez publié une très bonne biographie de Jordan Bardella, le grand remplaçant aux éditions Studio Fact. Il y a une sorte de mystère Bardella et une popularité phénoménale. Sa grande jeunesse, bien sûr.
Le fait que Marine Le Pen la doube, alors que généralement, elle est plutôt méfiante. Et puis, il y a quelques jours, j'ai entendu cet extrait qui tourne sur les réseaux sociaux. C'est mon fils, mon fils de 17 ans, qui me l'a fait entendre. Je crois que le détail a son importance. On écoute ce garçon.
Sérieusement, ce jeu ne vous fait pas péter un câble. On va en parler aujourd'hui. On se retrouve pour une vidéo dans laquelle je vais vous faire un peu de mon point de vue. J'attends vos réponses en retour. Donc, ce n'est pas un coup de gueule. Comme je le précise, il y en a certainement qui vont aller crier au plagiat. Ouais, ouais, tu copies Diablo X9. Pourquoi, alors que le jeu est sorti il y a à peine deux mois, pourquoi on en a déjà marre ? Alors, si je vous dis ça, c'est que je pense que je ne suis pas le seul dans ce cas-là. Pourquoi, en fait, on en a déjà marre ? Pourquoi on pète un câble dès qu'on y joue ? Pourquoi on ne tient pas plus de 3 ou 4 parties sans s'énerver ?
C'est la voix de Jordan Bardella. Il y a 11 ans, il faisait partie d'un forum de jeux vidéo et se sont revenus sur les réseaux sociaux, ce qui, effectivement, lui donne une proximité avec les jeunes. On peut le déplorer ou s'en féliciter. Mais en tout cas, il faut le constater, Pierre-Stéphane Faure, Jordan Bardella fut un jeune homme comme les autres.
Un jeune homme passionné de communication, très tôt finalement, puisqu'il a 17 ans. Donc, il anime notamment une chaîne YouTube où il essaye de commenter l'actualité, etc. Je sais qu'il passe même des castings de voix-off pour essayer de jouer dans des séries, etc. Donc, en fait, il y a quand même cette notion très précoce de la communication chez Jordan Bardella, du côté un peu acteur, qu'on retrouve aujourd'hui et tout au long de son parcours politique.
Et vous racontez dans cette biographie le grand remplaçant. Comment cet homme est devenu proche de Marine Le Pen ? Comment, en fait, elle a réussi à l'adouber ? Comment se déroule l'histoire de Jordan Bardella, qui, a priori, n'était pas prédestiné à faire de la politique ?
En fait, l'histoire de Jordan Bardella, l'histoire officielle, c'est en 2012, je vois Marine Le Pen à la télévision. J'ai un coup de cœur pour elle et je décide de m'engager au Front National. Il a 16 ans à l'époque, quand il prend sa carte au FN. À l'époque, Jean-Marie Le Pen est toujours le président d'honneur. Je montre, d'ailleurs, dans l'enquête, que Jordan Bardella a été une groupie, un fan de Jean-Marie Le Pen, très jeune, comme les autres militants FN qui avaient l'habitude d'appeler Jean-Marie Le Pen « papy ». Et, en fait, assez vite, il va être remarqué par Marine Le Pen, puisqu'en fait, il arrive à intégrer le deuxième cercle amical de Marine Le Pen, le clan Châtillon.
Frédéric Châtillon, c'est un pilier de l'extrême droite dur, antisémite, raciste, violente. C'est le GUD, l'ancien chef du GUD, et Jordan Bardella a été en couple avec la fille de Frédéric Châtillon, qui elle-même est une militante assez radicale, pendant deux ans. Et, selon les témoignages que j'ai pu produire, c'est ainsi que Marine Le Pen le repère. Et, en fait, douze jours après la rencontre entre Marine Le Pen, la fille Châtillon et Jordan Bardella, M. Bardella est nommé porte-parole du Rassemblement National. Ce qui est assez étonnant, parce que ce garçon n'a pas fait d'études poussées.
Il est, à priori, assez éloigné d'un savoir livresque ou théorique sur le Rassemblement National, le Front National à l'époque, l'histoire politique, Pierre-Stéphane Faure.
Jordan Bardella, c'est un jeune homme de 28 ans qui a le baccalauréat, qui n'a pas fait d'études supérieures, qui n'a jamais travaillé en entreprise de sa vie, si ce n'est un mois dans l'entreprise de son père à 18 ans. Donc, c'est un jeune homme qui, en fait, est un apparatchik, qui, toute sa vie, a gagné sa vie grâce à la politique. Depuis qu'il a 19 ans, Jordan Bardella vit de la politique et de ses mandats au Front National. Ça, ça me paraît intéressant.
Et, justement, comment cela se fait-il qu'en 2019, Marine Le Pen décide de lui faire conduire la campagne des Européennes ?
Alors, il y a plusieurs facteurs. Il y a le fait que, donc, Jordan Bardella fait partie de son entourage, désormais, en 2019, puisqu'il est membre du clan Châtillon. Il y a aussi le fait que Jordan Bardella, à l'époque, a 23 ans. Et, en fait, Marine Le Pen décide très tôt de miser sur son storytelling. Elle comprend l'intérêt de Jordan Bardella pour son mouvement politique. Marine Le Pen, c'est la quinquagénaire avocate héritière.
Jordan Bardella, c'est le tout jeune homme, issu de Seine-Saint-Denis, d'un quartier modeste, d'une famille relativement modeste, même s'il faut faire la différence entre le storytelling de Jordan Bardella, self-made man, qui a connu une enfance un peu à la causette. Ça, c'est le marketing politique. Et, en fait, la réalité est nettement plus nuancée. Sa mère était effectivement dans une situation modeste. Son père fait partie de la bourgeoisie. Il est chef d'entreprise. Donc, voilà, il a grandi avec un pied dans deux milieux. Mais Marine Le Pen, tout de suite, comprend l'intérêt politique qu'elle peut tirer de son histoire, de son prénom.
Jordan Bardella, c'est un petit peu la revanche de tous les Jordanes de France. C'est un prénom qui est connoté milieu populaire des années 90. Donc, elle mise sur lui. Elle va investir beaucoup d'argent pour le faire former en média training. C'est-à-dire ? Elle va lui désigner un coach média qui s'appelle Pascal Humeau, qui est un ancien journaliste, qui s'est recyclé dans le média training, qui va le former pendant quatre ans. Comment on forme quelqu'un ? Comment on forme ? On le met devant une caméra, déjà. Enfin, ce que je vous raconte, c'est Pascal Humeau qui le raconte, et je donne tous les détails dans le livre. On le met devant une caméra, et déjà, on lui apprend à sourire.
Parce que le but premier de Pascal Humeau, et c'est lui qui le dit, ce sont ses mots, c'est de faire de Jordan Bardella un facho sympa. Parce qu'au début, il n'était pas sympathique ? Il est un peu raide, quand on voit les archives avant le média training. Il a 20, 21 ans, et peut-être, pour masquer un petit peu ce qu'il considère comme un handicap, sa jeunesse, il a une allure très sénatoriale, il est raide, il est un petit peu sur la défensive dans les médias. Pascal Humeau me dit, ça n'allait pas du tout. Je l'ai pris en main, et je l'ai rendu sympa, souriant. Pourquoi ?
Parce que les gens, quand ils voient un élu du Rassemblement National, ils ne vont peut-être pas spontanément l'écouter, parce qu'ils ne vont pas se reconnaître dans cette famille politique. Mais, si le jeune homme est souriant et séduisant, ils vont lui donner une chance. Ce qui veut dire que les détails sont très étudiés.
Quand vous l'avez rencontré pour la première fois, il avait un suite à capuche, ce qui est un vêtement assez courant, un suite à capuche. Sauf qu'on vous a expliqué, après, Pierre-Stéphane Faure, que cela, même cela, relevait d'une forme de calcul.
C'est un caméléon, Bardella. Il sait parfaitement s'adapter à l'environnement ou à l'auditoire présent. Et donc, en l'occurrence, quand je le rencontre la première fois, je rentre dans son bureau, et je suis très étonné, parce qu'en fait, je découvre devant moi un jeune homme, en suite à capuche blanc, neuf manifestement, qui brille de neuf, en jean et en basket. Et moi, je m'attendais à l'image du Gomina et costume. Et j'en parle avec un rubricard qui suit le RN depuis des années. En sortant de son bureau, je passe une heure avec Jordan Bardella, au siège du Rassemblement National, pour une interview. Et je m'en étonne auprès du rubricard.
Et il me dit, mais il t'a fait le coup du suite à capuche. Quand il reçoit un journaliste qui l'estime être de gauche, il s'habille en conséquence pour tenter de créer une sympathie, ou en tout cas une proximité. Ce qui veut dire que c'est un jeune homme extrêmement cadré,
qui a songé, ou pour qui on a songé, à une multitude de détails.
En fait, Jordan Bardella, en matière de communication, il ne laisse jamais rien au hasard. Son fonds de commerce, ce sont quand même les journalistes. C'est comme ça qu'il a fait carrière, notamment. Et donc, oui, il est dans la séduction permanente avec les journalistes. C'est clair. On pourrait en discuter avec Marie-Lou Magal, qui a l'habitude de suivre Jordan Bardella. Mais tous les rubricards, tous les journalistes qui le côtoient régulièrement le disent.
Sur le plan intellectuel, sur le plan idéologie, comment classer Jordan Bardella au sein du Rassemblement national ? Puisque aujourd'hui, le parti donne une image d'unité. C'est souvent le cas lorsque un parti est placé de manière favorable dans les intentions de vote. Mais en réalité, il y a différentes familles qui ne s'apprécient guère.
En fait, Jordan Bardella, au cours de son parcours, il a été gérouette. Il a beaucoup changé. Il a fait preuve d'un opportunisme chronique. C'est factuel. Il a commencé avec Florent Philippot sur une ligne nationaliste sociale. Puis, quand l'étoile de Philippot a commencé à pallir, il est passé chez les identitaires avec Philippe Olivier, etc. Il a souvent... Les identitaires, peut-être.
Quelques mots pour nous dire quelles sont ces différentes familles.
Les identitaires, c'est la xénophobie. C'est ce courant de pensée qui estime que tout ce qui n'est pas blanc et catholique est un danger pour la France. En gros, pour résumer. Donc voilà, il a souvent changé de famille au gré du vent. Beaucoup des témoins que j'ai pu rencontrer m'ont dit qu'il sent le vent tourner et il a toujours un coup d'avance. Ce n'est pas un idéologue, Bardella. Mais par contre, c'est un stratège.
Aujourd'hui, dans le Rassemblement national, où est le centre de gravité qui constitue l'essentiel des troupes autour de Marine Le Pen ?
Aujourd'hui... En fait, je me souviens avoir posé la question à Marine Le Pen. Je l'ai eu en interview. Je lui ai dit, Madame Le Pen, est-ce que le bardellisme, ça existe ? Elle m'a regardé et elle a souri de manière ironique. Elle m'a dit, tiens, je ne me suis jamais posé cette question, mais ça existera un jour, vous verrez. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, Bardella, il est complètement dans la roue de Marine Le Pen. Il fait ce que Marine Le Pen lui demande. Il n'a pas de latitude réelle pour imposer une ligne politique différente.
Pourtant, il a un mot impertinent face à vous au sujet de Marine Le Pen. Il l'appelle « maman ». Et on sait que chaque garçon a vocation, un jour, à quitter sa maman.
Oui, il me dit ça avec même un brin. Il me parlait de la campagne de 2019. Il me dit, c'est l'époque où je faisais campagne avec maman, avec un brin de dédain. Comprenez, j'ai grandi. Je ne suis plus le petit garçon de 23 ans. Je ne suis plus la marionnette de Marine Le Pen. Désormais, c'est moi le président du parti. Et ce qui est assez intéressant, c'est qu'en fait, je le rencontre en février 2023. Et c'est vraiment la période, quelques mois après avoir pris la présidence du RN, où il mène une sorte de fronde un petit peu contre Marine Le Pen. Il tente en fait d'exister, d'imposer son statut tout en haut de la chaîne alimentaire du parti. Et donc, notamment sur le conflit russo-ukrainien.
Puis sur l'union des droites, il va un petit peu défier Marine Le Pen en donnant des interviews.
Pourquoi ? Parce qu'il se distingue légèrement de Marine Le Pen sur ses points ?
Moi, je pense plutôt que c'est stratégique. Parce qu'encore une fois, en fait, c'est vraiment ce qui définit M. Bardella. C'est la stratégie permanente, en fait. Et je pense que ce n'est pas du tout une question de fond politique ni d'idéologie. Je pense qu'en fait, en défiant Marine Le Pen et l'entourage de Marine Le Pen, je pense notamment à Philippe Olivier, qui est le beau-frère de Marine Le Pen et son principal conseiller, qui est pro-russe, voilà. Clairement, en fait, il dit, moi, j'ai le pouvoir de le faire. Je suis désormais le président du Rassemblement National.
Pierre-Stéphane Faure, le grand remplaçant, c'est votre biographie de Jordan Bardella. Et c'est aux éditions Studio Fact. On se retrouve dans une vingtaine de minutes. Vous serez rejoint par Marie-Lou Magal, qui est journaliste à L'Express, qui, elle, suit l'extrême droite et a publié l'extrême droite nouvelle génération aux éditions de Noël. 6h39, les matins de France Culture, Guillaume Herner. Avec un retour sur le succès électoral du RN et ces femmes, ces hommes qui composent le RN. Nous sommes avec Pierre-Stéphane Faure. Vous êtes journaliste. Vous avez publié la biographie de Jordan Bardella, intitulée le grand remplaçant, c'est aux éditions Studio Fact.
Vous nous avez expliqué comment ce jeune homme, avec beaucoup d'opportunisme politique, mais aussi avec un certain sens de la communication, une pratique des réseaux sociaux, a évolué à la vitesse de l'éclair au sein du RN, en réussissant à aller d'une famille à l'autre, sans trop se soucier finalement d'étiquettes politiques ou de programmes idéologiques trop pesants. Et comment Marine Le Pen l'a mis en orbite. Nous accueillons Marie-Lou Magal. Bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste à l'Express.
Alors vous aussi, vous vous êtes intéressé en compagnie de votre co-auteur Nicolas Massol, de ce personnel qui fait l'extrême droite, et plus précisément de cette nouvelle génération en quête au cœur de la jeunesse identitaire. C'est le livre que vous avez publié aux éditions de Noël. Une réaction à ce que vient de dire mon camarade Jean Lémarie sur la vitesse, puisqu'aujourd'hui il s'agit de faire vite pour tous les partis politiques, mais d'abord pour le favori, pour le RN, ça se passe comment ?
En réalité le RN a un peu été pris de court, je pense que ça fait des mois qu'ils ont annoncé qu'ils demanderaient cette dissolution en cas de victoire aux élections européennes, mais c'est un peu le syndrome de ceux qui crient au loup quand ça arrive vraiment, ils ne savent pas trop comment faire. Donc ils répètent qu'ils sont prêts, etc. Ils tiennent des réunions depuis presque deux jours maintenant, huis clos pour s'organiser, parce que pour eux il s'agit de remporter ces législatives à venir et donc de nouer des alliances, comme vous le disiez, avec les Républicains, mais aussi au-delà, avec Reconquête, avec Nicolas Dupont-Aignan, etc.
Donc tenter de rassembler le plus largement possible.
Alors d'abord ça veut dire avoir des candidats dans presque toutes les circonscriptions et des candidats qui soient des candidats présentables.
Absolument. Eux disent que ça fait, depuis après la réforme des retraites maintenant, qu'ils ont activé le plan Matignon, c'est-à-dire un plan clé en main avec des candidats dans chaque circonscription et qu'ils sont prêts en cas de législative anticipée. Donc là, la Commission nationale d'investiture est en cours et on devrait en savoir plus dans les jours à venir.
Et a priori, est-ce qu'il y a un sentiment de responsabilité, de gravité au sein du RN ? Puisque si l'on vous suit, la dissolution faisait partie des scénarios possibles mais ça n'était pas nécessairement le plus probable. Tout le monde a été surpris. L'idée de pouvoir éventuellement, devoir même, fournir un personnel politique qui pourrait participer à un gouvernement, est-ce que ça c'est quelque chose d'aisé pour le Rassemblement national aujourd'hui ?
En tout cas, c'est une source d'angoisse et on sent dans les discours que certains commencent à se distancier d'un éventuel bilan en disant qu'on n'aura pas toutes les manettes, attention, notamment le projet phare du RN qui est le fameux référendum sur l'immigration ne pourra pas être mis en œuvre. Donc, ils commencent un petit peu à prévenir que tout ne pourra pas être fait et que ça risque d'être quand même un exercice compliqué dans le cas où ils arriveraient à une majorité absolue. Jean Lémarie. Est-ce que la qualité, la nature des candidats qui seront effectivement présents pour le premier tour des législatives dans trois semaines maintenant, est si importante que ça ?
On a souvent dit que des candidats RN, à partir du moment où ils affichaient le logo du Rassemblement national ou le visage de Marine Le Pen ou le visage de Jordan Bardella, avaient de toute façon une prime considérable. Est-ce qu'ils ont besoin d'être particulièrement implantés ? Certains le sont beaucoup, je pense, aux nombreux députés RN élus en 2022 et qui ont fait un gros travail d'implantation ces derniers mois, ces dernières années. Beaucoup le sont. Sur les 88, certains sont devenus des figures du parti, mais il y a encore beaucoup de députés anonymes qui n'ont pas percé, qu'on ne connaît pas forcément, des gens qui, en 2022, ne s'attendaient pas à être élus.
Donc, effectivement, il y a une prime à l'étiquette pour les candidats RN et peut-être plus encore aujourd'hui qu'en 2022, dans la mesure où la campagne, c'est pour faire de Bardella le Premier ministre. Je vous pose la question autrement. Est-ce que la greffe a pris partout, dans toutes les circonscriptions, où des candidats RN sont devenus députés en 2022 ? En tout cas, lors des dernières élections européennes, on a vu que quasiment aucun territoire n'avait été épargné par l'ascension du vote RN. Ce qu'on peut voir également à l'Assemblée nationale, c'est qu'en fait, il y a 5-6 têtes d'affiches qui ont le droit de parler et les autres n'ont pas le droit.
C'est-à-dire qu'ils ont interdiction, les députés RN. La grande majorité des députés RN a interdiction de parler à la presse. Voilà, ils n'ont pas le droit de parler. Alors, c'est un parti où il y a différentes familles, on l'a vu tout à l'heure,
mais il y a de la discipline.
Ah ben ça, il y a de la discipline. C'est le propre de l'extrême droite, le culte du chef. Donc oui, il y a de la discipline. Et encore une fois, il y a quoi ? 4-5 figures, Thomas Ménager, Lavalette, M. Tanguy, Chenu. Et au-delà de ça, il n'y a pas grand-chose sur les 88 députés RN à l'Assemblée nationale. On parlait de l'expression d'extrême droite,
puisqu'elle est remise en cause par le parti qui la considère comme étant péjorative. Il se trouve que le personnel politique du RN aujourd'hui vient essentiellement de l'extrême droite traditionnelle. On en a parlé tout à l'heure avec les identitaires. De la droite, il y a de moins en moins de transfuges issus de la gauche, sauf peut-être l'attaché de presse de Jordan Bardella, qui est largement mise en avant, Pierre-Stéphane Faure.
Alors déjà, ça me paraît important de rappeler que l'extrême droite, ce n'est pas une expression de journaliste. C'est le Conseil d'État qui a statué en septembre puis en mars dernier et qui a confirmé la classification du Rassemblement national à l'extrême droite. Donc c'est le Conseil d'État, le pilier de l'État de droit et de notre démocratie, qui l'a dit. Donc ce n'est pas une expression de journaliste. Et je me permets de le rappeler parce que c'est la défense préférée des cadres du RN. Ah là là, vous dites qu'on est d'extrême droite, vous êtes un journaliste partisan. Pas du tout. En fait, on dit simplement l'effet, la vérité. Sur le personnel politique et son trajet idéologique.
C'est vrai que la ligne mariniste aujourd'hui, elle est un petit peu nationale et sociale. Mais il y a peu de transfuges de gauche. Je ne pense pas qu'il y aura beaucoup de transfuges de gauche en vue des législatives. Et je demande à voir si vraiment des républicains démocrates passeront au Rassemblement national. Je sais qu'il y a quelques rumeurs qui ont été lancées dans l'entourage de M. Bardella. On est assaillis de demandes de députés LR. Je demande à voir. Qu'est-ce que vous observez, vous, sur le terrain, Marie-Lou Magal ?
S'agissant de LR, on sait en tout cas à l'Assemblée qu'il y a des contacts qui se font entre le groupe LR et le groupe RN, que certains députés ont déjà voté, ont déjà passé le pas. En réalité, voter avec le RN, notamment la motion de censure, je pense à Maxime Minot ou Fabien Di Filippo. Ça reste une minorité, mais ça existe effectivement. Donc, il n'est pas impossible, voire il est très probable que le RN arrive quand même à grappiller certains élus LR. En revanche, s'agissant de la gauche, leur grand rêve, évidemment, c'est d'arriver à une alliance de ce qu'ils appellent les patriotes. Allant d'Arnaud Montebourg, il répète souvent son nom, et des chevènes mentistes.
Mais pour l'instant, ça n'a pas été le cas. Est-ce que ce sera le cas ? On verra. Jean-Limari. Je reviens à la question des LR des Républicains. On verra effectivement combien de députés LR franchissent le pas, mais il y a une autre question. Il y a tous ceux qui les entourent. Je pense à des collaborateurs parlementaires ou simplement à des sympathisants, à des militants des Républicains. Ces dernières années, beaucoup d'entre eux ont franchi le pas, ont rejoint le Rassemblement National. Pour eux, c'était aussi parfois l'occasion de faire carrière, d'émerger dans ce parti en ascension. Est-ce qu'il y a encore une dynamique de ce côté-là ?
Pour des gens qui sont de droite, qui se sentent de droite, et qui voient que le grand parti de la droite, aujourd'hui, s'appelle Rassemblement National. Marino Magal. Absolument. C'est effectivement une des... Vous avez tout à fait raison en disant qu'il y a quelques années, l'endroit qui permettait aux jeunes de faire carrière, d'obtenir des postes d'assistants parlementaires, etc., c'était les partis de droite. Aujourd'hui, quand on veut faire carrière, que quand on veut faire carrière et qu'on est de droite radicale et d'extrême droite, ça se passe au Rassemblement National.
Donc c'est cette transition qui fait que c'est à la fois un parti qui attire parce qu'il est en pleine ascension électorale et parce qu'il est en mesure de fournir des postes à des jeunes militants ambitieux.
Et des jeunes qui maîtrisent les réseaux sociaux. Marie Toussaint, la candidate écologiste, a été moquée pour avoir dit qu'on avait sous-estimé TikTok, mais un homme comme Jordan Bardella a beaucoup d'abonnés sur TikTok.
Il en a 1,3 million. Ah bah lui, Jordan Bardella, il n'a pas sous-estimé TikTok, ça c'est clair. Il l'a même très largement investi. Il a axé, toute sa communication en fait est ciblée sur les jeunes via les réseaux sociaux. Il y a une entreprise qui s'appelle ePolitik derrière qui monte des petits clips qui sont ensuite diffusés sur les réseaux sociaux. Qu'est-ce qu'on y voit sur ces petits clips ? Ah bah on y voit Jordan Bardella déclarant ses punchlines, mouchant un journaliste ou un politique. On y voit Jordan Bardella prononçant de grands discours enflammés au Parlement européen dans l'hémicycle avec un cadre flatteur. Ça, c'est pour la communication.
Et je me suis attaché dans le livre à fact-checker en fait, à comparer ce qu'il dit et ce qu'il fait. Et en fait, on se rend compte qu'il dit blanc et puis il fait noir. Par exemple. Au Parlement européen, il vote très souvent le contraire de ce qu'il déclare sur TikTok ou dans les médias français. Par exemple, sur les droits des femmes, il fait de grands discours dans lesquels il célèbre les droits des femmes, etc. dans l'Union européenne. Et dans le même temps, il vote systématiquement contre l'interdiction de l'IVG en Pologne. C'est-à-dire qu'il ne s'oppose pas à l'interdiction de l'IVG en Pologne. Il refuse de s'y opposer.
Idem sur l'égalité salariale entre hommes et femmes, il préfère s'abstenir. Et je peux continuer comme ça. Sur l'environnement, c'est l'un des champions. Sur les réseaux sociaux, c'est l'un des champions de la lutte contre le réchauffement climatique. La vérité, c'est qu'il n'a jamais voté un texte majeur au Parlement européen en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Il y a quand même un fond de démagogie qui est très facile à constater. Il suffit de comparer. Il a beaucoup travaillé au Parlement européen, Jordan Bardella ? Il a beaucoup travaillé son image, oui, sa communication.
Je peux dire de manière factuelle, puisque je l'analyse dans le livre, j'y consacre un chapitre entier. Le mandat de Jordan Bardella au Parlement européen, c'est d'abord à son profit. Il a produit très peu d'amendements, environ 70, quand les autres ténors de la politique française en ont produit des milliers. Il est membre d'une seule commission, qui est la commission des pétitions. La commission des pétitions au Parlement européen, elle est surnommée la commission des planquets. C'est en gros, vous recevez les pétitions des citoyens européens, vous les lisez, puis vous les reroutez vers d'autres commissions. Ça ne demande pas beaucoup de travail.
Et même là, il affiche un taux de 70% d'absentéisme. Donc en fait, vraiment, le bilan qu'on peut tirer du mandat de M. Bardella au Parlement européen, c'est qu'il a d'abord travaillé pour lui-même. Marilou Magal, c'est un parti où on travaille beaucoup, le RN ? C'est un parti qui, de toute façon, ils le disent, a du mal à produire des idées qui évoluent essentiellement en fonction de l'opinion publique et qui louvoie selon les intentions du moment pour essayer de devenir un attrape-tout et une surface de projection.
Et ça leur réussit plutôt, parce qu'un des exemples qu'on peut citer là-dessus, c'est un papier du Monde, je crois, qui interrogeait les prochaines échéances idéologiques, etc., pour grammatique. Et on leur répondait, c'est savoir ce qu'on va répondre demain dans le débat. Donc ça, c'est une vision à court terme qui consiste à savoir quoi répondre aux journalistes, vraiment sur la surface. Et ça fonctionne pour l'instant. Jean-Lémarie. Est-ce le cas aussi à l'Assemblée nationale ? Je pense encore une fois à ces néo-députés RN de 2022. Certains se sont engagés dans des dossiers, ont travaillé en commission ? Il y en a, oui, oui, bien sûr.
En commission, certains s'engagent, même y compris au sein du parti. Je pense à Jean-Philippe Tanguy, on n'en a toujours pas vu la couleur, mais qui aurait produit un dossier complet sur le programme économique du RN. Il y a quand même effectivement des gens qui travaillent. Mais je veux dire, dans la globalité, y compris s'agissant du parti et du programme, c'est plutôt une logique d'adaptabilité. L'adaptabilité, certains disent, c'est la logique du lutteur huilé, ne pas avoir de point d'accroche. On ne peut pas savoir par où ses adversaires pourraient attaquer le RN.
Mais alors, ça veut dire que finalement, le fond de sauce idéologique est essentiellement, Pierre Stéphane Faure, autour de la question de l'immigration, autour de la question de l'islam, avec à la fois une manière de pointer du doigt ou de trouver l'origine d'un certain nombre des problèmes de la France, sans donner de solutions véritablement concrètes pour résoudre ce malaise social ?
Le fond de sauce, il est quand même xénophobe. Voilà, la mesure phare que veut prendre le RN, enfin Marine Le Pen et M. Bardella, s'ils venaient au pouvoir, c'est la préférence nationale, qui est anticonstitutionnelle, et qui reviendrait à discriminer les gens présents sur le territoire français, en n'accordant pas les mêmes droits aux étrangers en situation régulière, et aux citoyens français. en les empêchant d'avoir accès à du logement social, d'avoir accès à des aides médicales, en les empêchant de pouvoir travailler, en pénalisant les chefs d'entreprise qui oseraient embaucher des étrangers.
Ça, c'est vraiment le marqueur aujourd'hui le plus d'extrême droite du parti, et c'est une mesure qu'ils défendent depuis Jean-Marie Le Pen, depuis 30 ans. Le reste, parce qu'il y a eu différentes époques
dans le RN et auparavant dans le Front National, Marie-Lou Magal, il y a eu la question, tout d'abord les questions de Mœurs, avec la manif pour tous, on en est où à cet égard ?
Alors, avec la manif pour tous, aujourd'hui, les questions sociétales, c'est vraiment quelque chose qui divise le RN en interne, ils ont du mal à trouver une ligne là-dessus, et d'ailleurs, Marine Le Pen, pour se débarrasser de cette question, a dit qu'on réglera tout ça par référendum. Il n'y a pas de ligne en interne au parti sur les questions sociétales. Pour tout ce qui touche à l'intime, on passera par le référendum. Ça lui évite de trancher, ça lui évite de devoir donner une ligne claire sur ces questions-là.
Donc, on se retrouve aujourd'hui avec des chapelles différentes en interne, qui sont la chapelle, pour caricaturer, plutôt progressiste, incarnée par des personnalités comme Jean-Philippe Tanguy, notamment, on l'a vu sur la question de la fin de vie, lui est favorable à la loi sur la fin de vie, et d'autres avec une dimension plus conservatrice, plus catholique, qui sont attachées à une vision traditionnelle et conservatrice de la société.
Mais est-ce qu'on peut dire que Marine Le Pen a beaucoup contribué à marginaliser la portion des cathos tradis, comme on les appelait auparavant ?
Oui, Marine Le Pen, elle a une histoire compliquée avec les cathos tradis, c'est-à-dire qu'ils lui ont toujours mis des bâtons dans les roues pour son accession au pouvoir en 2011, au moment où elle prend le parti, donc elle ne les porte pas forcément dans son cœur, mais quoi qu'il en soit, ORN, c'est une histoire compliquée et à l'extrême droite avec cette famille-là, et on doit composer avec elle, on doit faire avec les cathos tradis, même si elle ne les aime pas, ils sont là, et il faut faire avec.
Alors l'autre point important, c'est la question du souverainisme, souverainisme qu'il faut articuler avec des prises de position, parfois pas du tout souverainistes, comme vis-à-vis, par exemple, de la Russie.
La Russie, c'est vraiment l'épine dans le pied de Marine Le Pen et du Rassemblement National depuis des années, depuis des nombreuses déclarations pro-Poutine, le prêt russe contracté auprès de cette banque russe, cette fameuse banque russe, qu'ils ont remboursée, donc là, ils essayent de tout faire pour se distancier de ça, et c'est la même chose, au RN, c'est toujours un pas en avant, deux pas en arrière, parce que publiquement, il y a des déclarations où on essaye de se dissocier de positions pro-russes, dans le même temps, on garde Thierry Mariani, qui est un eurodéputé connu pour ses acquaintances et ses positions pro-Poutine, on le garde sur la liste du Parlement européen, on l'envoie même débattre à la place de Jordan Bardella, donc il s'agit de composer avec ses différentes chapelles et d'essayer de nettoyer son image publique.
Encore une fois, je pense que, pour y voir clair, souvent en politique, il faut s'attacher aux faits, parce que, bon, les paroles, ce qui compte, c'est les faits, c'est ce qu'ils font, ce qu'ils font, j'ai épluché tous les résultats de vote sur la question russo-ukrainienne au Parlement européen. Systématiquement, ils soutiennent le régime de Vladimir Poutine ou ils refusent de le condamner. Systématiquement, ils préfèrent s'abstenir quand il s'agit de, ou quasi systématiquement, de soutenir l'Ukraine. Ils ont refusé, par exemple, de condamner les conditions de détention de feu Alexei Navalny.
Ils ont refusé, les députés du Rassemblement national, incluant Jordan Bardella, ont refusé de condamner le régime de terreur en ce moment en Biélorussie où les opposants sont enlevés dans la rue par les services secrets. Enfin voilà, à un moment, c'est bien, les grands discours, c'est bien. Sur TikTok, ce qui compte, c'est ce qui vote. C'est ça la politique.
Toujours sur la politique internationale, un soutien à Israël, un soutien extrêmement radical de la part de Jordan Bardella ?
Vous savez, il y a beaucoup de contradictions au Rassemblement national et l'une des contradictions qui m'est apparue dans l'enquête, c'est effectivement, ils soutiennent Israël après les massacres du 7 octobre et en même temps, par exemple, quelques jours avant la grande manifestation du mois de novembre contre l'antisémitisme à Paris, Jordan Bardella chez BFM TV explique de manière assez spontanée que Jean-Marie Le Pen n'était pas antisémite. Enfin, on s'y perd un petit peu, c'est-à-dire que... Voilà, il a dit qu'il regrettait
ses propos... On s'y perd ou alors on ne s'y perd pas. Ce que je veux dire, c'est qu'on considère peut-être qu'il y a une tentative de se dédiaboliser
qui n'est pas menée jusqu'au bout. C'est clairement le stade un petit peu ultime de la dédiabolisation. Déjà, le fait qu'ils puissent manifester dans une marche contre l'antisémitisme, c'était inimaginable il y a encore 10 ans. Le stade ultime de la dédiabolisation, pour eux, ce serait sans doute un voyage officiel en Israël, ce qui n'est pas du tout à l'ordre du jour pour l'instant. Et ce que je voudrais dire, c'est que ça, c'est côté pile et côté face, les contrats et l'argent continuent de couler à flot envers Frédéric Chatillon, les entreprises de Frédéric Chatillon, qui est quand même une figure, la figure de l'extrême droite antisémite et violente.
Il l'a été dans le passé, il a été le chef du GUD, il n'a jamais renié ses engagements, il est ami avec Alain Soral, il a fait Alain Soral, il a beaucoup contribué à l'émergence d'Alain Soral, un antisémite notoire, il a soutenu les négationnistes de tout poil, et ces relations continuent. Il y a des relations affectives, amicales entre Jordan Bardella et Frédéric Chatillon et surtout, il y a aussi des relations économiques qui continuent aujourd'hui. Marie-Laumagal.
Et je voudrais ajouter à ça qu'il y a aussi, je pense, une transition générationnelle, c'est-à-dire que pour la nouvelle génération, y compris la nouvelle génération d'extrême droite ORN, l'antisémitisme est moins fondamental parce que la matrice aujourd'hui, c'est plus l'islamophobie et l'ennemi et plus l'islam et ça, c'est quelque chose aussi que Marine Le Pen a impulsé, c'est-à-dire qu'elle a réuni à partir du moment où elle prend le parti en 2011, ses proches lui disent ce qui empêche aujourd'hui la dédiabolisation, c'est l'antisémitisme.
Donc, on va travailler là-dessus et tout le monde s'est mis d'accord pour dire que désormais, l'antisémitisme s'était terminé, en revanche, que le nouvel ennemi était l'islam et que c'était là-dessus qu'on devait s'employer et s'unir pour essayer de lutter contre l'islam.
Mais là aussi, c'est toujours compliqué de répondre à cela, Marine Lou Magal, mais est-ce que ce sont des thèmes de communication, des éléments de langage ou bien cela correspond à une véritable mue idéologique du parti ?
Je pense qu'il y a un peu des deux. Comme disait Pierre-Stéphane, c'est vrai, il y a toute l'arrière-boutique qui reste. Il reste ce fond, il reste la vitrine et l'arrière-boutique avec Hipolitik, avec les anciens du GUD, etc. Aujourd'hui, chez les jeunes, et c'est ce qu'on montre avec Nicolas Massol dans notre livre, il y a une porosité qui est toujours là entre les jeunes de partis traditionnels et les groupuscules entre le GUD qui est un groupuscule antisémite, entre Génération Identitaire qui est 10 aujourd'hui mais dont les émanations sont toujours des groupuscules très radicaux, etc. Il y a une continuité en réalité entre cette jeunesse radicale et les partis.
Un bout de conclusion, Pierre-Stéphane. Simplement pour desserrer un peu la focale, admettons que Jordan Bardella prenne Matignon dans trois semaines, il faut quand même être conscient que Jordan Bardella c'est un petit peu l'arbre qui cache la forêt, c'est la vitrine en fait. Mais derrière lui, toutes ces chapelles de l'extrême droite dont on vient de parler, islamophobes, antisémites, etc. seront dans le sillage de M. Bardella et de Mme Le Pen. Ils seront là, ils occuperont des postes de pouvoir. Il faudra nommer des ministres, des ministres de l'intérieur, des ministres de la justice. Ils seront issus de ces familles-là, de ces chapelles-là.
Comment on gérera un événement comme la mort du jeune Naël avec un ministre de l'intérieur d'extrême droite ?
Pour le savoir, vous tentez d'avoir une réponse. Par exemple, on peut lire Pierre-Stéphane Faure, votre biographie de Jordan Bardella, le grand remplaçant. C'est aux éditions Studio Fact. Le livre, Marie-Lou Magal, que vous avez signé avec Nicolas Massol, l'extrême droite nouvelle génération, enquête au cœur de la jeunesse identitaire. Et c'est aux éditions de Noël. de Noël.
Sous-titrage Société Radio-Canada