Macron réélu, Macron minoritaire | Stathis Kouvelakis
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Questions et réponses
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- 1:31OuverteRéponse directe
Emmanuel Macron commence-t-il ce nouveau mandat affaibli ou renforcé ?
- 3:02RelanceRéponse directe
Quelles sont les erreurs de 2017 pour la France insoumise ?
- 4:28OuverteRéponse directe
C'est quoi l'antipolitique de la peur ?
- 8:13OuverteRéponse directe
Qui a voté quoi et comment ?
- 13:26OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ces électeurs ont fait lors de ce scrutin ?
- 15:45RelanceRéponse directe
Ça remet en cause les clichés sur les rouges-bruns ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:44Invité politiqueFait
« C'est un peu comme le verre à moitié plein ou à moitié vide. »
- 1:54Invité politiqueFait
« L'extrême droite atteint un niveau historique, c'est vrai, mais la démonstration a été faite une fois de plus qu'elle ne peut pas avoir véritablement de dynamique majoritaire. »
- 2:11Invité politiqueChiffre
« Elle atteint 65 % du vote ouvrier, 55 % du vote employé, une progression de 11 % dans ces catégories. »
- 6:21Invité politiqueFait
« Elle a abandonné la position de sortie de l'euro, personne n'a commenté. »
- 6:25Invité politiqueFait
« Elle a dit que la France devrait rembourser la dette. »
- 6:28Invité politiqueFait
« Elle a supprimé totalement ou en partie ses engagements pour la retraite à 60 ans. »
- 6:33Invité politiqueFait
« L'engagement pour supprimer les ordonnances Macron qui étaient dans le programme de 2017. »
- 6:41Invité politiqueFait
« Il n'y a aucun engagement au niveau des salaires, à part baisser les cotisations sociales. »
- 8:19PrésentateurFait
« On a déjà des données sur la structure sociale du vote de ce second tour sociologique et territorial. »
- 13:55Invité politiqueFait
« L'électorat était déjà divisé en 2017, il est aussi en 2022. »
- 14:27Invité politiqueChiffre
« On a voté pour Macron mais nettement moins qu'en 2017. Il y a 10 points de moins. »
- 15:16Invité politiqueChiffre
« Le vote Le Pen dans les deux instituts est autour de 13-14% des électeurs. »
Temps de parole
- Invité politique78 %
- Présentateur22 %
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Ce qui était prévu de longue date est donc arrivé. Face à son adversaire de choix, Emmanuel Macron a à nouveau gagné la présidentielle au second tour. Quelle leçon faut-il tirer de cette répétition de l'histoire ? Où va la France ? Les quotidiens de ce matin ne sont pas tout à fait d'accord à ce sujet. Macron réélu Merciki s'interroge faussement Libération, qui estime que la large victoire d'Emmanuel Macron, qui gagne avec 58% environ, et le fait de la mobilisation démocratique des Français, qui se sont mobilisés pour contrer une extrême droite plus forte que jamais. Le Figaro parle de grandes victoires et de grands défis.
Jamais sur la Ve République, un président n'était parvenu, sans cohabitation, à se faire élire, note le quotidien de la droite traditionnelle. Emmanuel Macron domine un champ de ruines, martèle de son côté Mediapart. La stratégie qu'il a mise en place pendant cinq ans a donc été gagnante électoralement, mais elle ne peut qu'être perdante démocratiquement. Les fractures n'ayant jamais été aussi béantes, estime le quotidien en ligne cofondé par Edwin Plenel. Pour y voir plus clair, j'ai invité sur ce plateau du Média, Statis Kouvelakis, chercheur en philosophie, enseignant au King's Collège de Londres de 2002 à 2020, et membre de la rédaction de la revue Contre-temps. Bonjour Statis.
Bonjour Théophile. Alors Emmanuel Macron commence-t-il ce nouveau mandat, 2022-2027, donc Macron saison 2, affaibli ou renforcé ?
C'est un peu comme le verre à moitié plein ou à moitié vide. Je crois que la principale force de Macron, c'est la faiblesse de ses adversaires. Faiblesse relative, il faut dire. Donc tout dépend un peu d'où on se place. L'extrême droite atteint un niveau historique, c'est vrai, mais la démonstration a été faite une fois de plus qu'elle ne peut pas avoir véritablement de dynamique majoritaire. On voit aussi les limites de sa base sociale, électorale et de la dynamique qu'elle porte, qui néanmoins l'a portée à 41 et quelques pourcents, ce qui est évidemment un niveau jamais atteint parmi les plus élevés pour une force d'extrême droite en Europe, il faut le souligner.
D'un autre côté, la gauche n'a pas réussi à se qualifier pour le second tour. Néanmoins, elle est en voie de retrouver des forces, grâce à la poussée de la candidature de Jean-Luc Mélenchon et de l'Union populaire. Donc, elle n'est pas encore un danger immédiat pour Macron, mais elle pourrait le devenir, et elle a des perspectives à l'évidence plus positives pour le Macron 2 que pour le Macron 1, surtout si elle évite certaines erreurs qui ont été faites en 2017, notamment, même pour les législatives, et pendant la période de 2017 à 2022. Quelles sont ces erreurs ? Eh bien, je crois qu'en 2017, les législatives ont été clairement loupées pour la France insoumise.
La division est immédiatement apparue entre la France insoumise et le PCF, ce qui fait que le nombre de députés France insoumise élus a été très inférieur à ce qu'on pouvait attendre pour une force qui avait fait 19% au premier tour de la présidentielle. Et la division qui est apparue en ce moment-là, la fracture avec le PCF, a abouti finalement à la candidature de Fabien Roussel, et ça a coûté la qualification au second tour. Et ça, par contre, ça aurait pu être évité, vu que le PCF avait soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon à deux reprises, en 2012 et en 2017. Donc ça, c'est quelque chose qui était évitable.
Bien sûr, la responsabilité principale n'est sans doute pas du côté de la France insoumise. Néanmoins, à mon avis, il y a une part de responsabilité. Et la fracture de 2017 a permis aussi, à mon sens, à des tendances extrêmement agressives au sein du PCF, de remonter à la surface. Et c'est la nouvelle équipe, la nouvelle direction autour de Fabien Roussel qui a gagné le Congrès et qui est venue après, et qui a été porteuse de cette campagne, à mon avis, tout à fait désastreuse de Fabien Roussel, et qui ne sied pas à un parti qui a les traditions et l'histoire du Parti communiste.
Tu avais publié entre les deux tours un article dans la revue Contre-temps martelant le principe du « ni Macron, ni Le Pen » et évoquant un concept qui m'a saisi, l'antipolitique de la peur. C'est quoi l'antipolitique de la peur ? Et est-ce que nous avons eu finalement un second tour dépolitisant ?
– Alors, la politique de la peur visée en fait…
– L'antipolitique de la peur.
– Oui, l'antipolitique pourquoi ? Parce qu'il y a une manière, il y a une sorte d'injonction à faire barrage à Marine Le Pen, pour le camp d'en face, et avant tout au sein de la gauche, qui, à mon avis, est justement dépolitisante. C'est-à-dire que le vote Le Pen et le phénomène Le Pen est agité comme un épouvantail, et on ne comprend pas quels sont les véritables ressorts, en fait, de la dynamique du vote Le Pen. Et ça, à mon avis, pour la gauche, pour la gauche radicale, c'est grave, si on s'engage dans cette voie.
C'est-à-dire, si on crie simplement au fascisme, alors je ne nie pas du tout que les racines de Le Pen sont dans le fascisme français, dans la tradition fasciste française, que son projet est un projet autoritaire de rupture avec des principes démocratiques fondamentaux, un projet xénophobe, raciste, tout ça, c'est évident. Mais il ne suffit pas de répéter ces points pour comprendre ce qui fait la force de Marine Le Pen, et surtout pour développer un discours crédible pour la contrée.
Je suis étonné, par exemple, qu'il a fallu attendre les tout derniers jours de la campagne pour que le caractère antisocial du programme de Marine Le Pen, au-delà de quelques promesses d'un vernis social très superficiel, en réalité, commence à être abordé sérieusement. Par exemple, personne n'a mentionné le fait que Marine Le Pen, depuis 2017 précisément, n'arrête pas de donner des gages, en réalité, à la bourgeoisie et au capital pour apparaître comme plus respectable et comme plus acceptable comme force de gouvernement. Elle a abandonné la position de sortie de l'euro, personne n'a commenté. Elle a dit que la France devrait rembourser la dette.
Elle a supprimé totalement ou en partie ses engagements pour la retraite à 60 ans, l'engagement pour supprimer les ordonnances Macron qui étaient dans le programme de 2017. Il n'y a aucun engagement au niveau des salaires, à part baisser les cotisations sociales, donc donner un peu plus de revenus, mais au détriment, évidemment, du financement des caisses de retraite et de sécurité sociale, qui profiteraient à la fois, soi-disant, aux salariés, mais aussi aux patrons, avant tout aux patrons. Ces mesures fiscales avantagent avant tout les plus riches. Donc, il n'y a aucun, en réalité, contenu social.
Le contenu social de Marine Le Pen, c'est qu'elle a réussi à faire passer auprès d'une partie des classes populaires qu'en s'en prenant précisément, non pas aux riches, non pas au capital, mais à une fraction, en fait, des classes populaires elles-mêmes, la fraction auprès de qui elle s'adresse, la fraction non racisée, on va dire, des classes populaires, pourrait en être bénéficiaire.
Au lieu de s'attaquer de front à cette logique, comprendre quels sont les ressorts du vote Marine Le Pen, en particulier auprès des classes populaires, on agite des arguments qui, en tant que tels, peuvent être justes, mais sont insuffisants, et souvent enrobés d'un discours moralisant qui fait partie du problème, justement.
Il fait d'autant plus partie du problème que quand on regarde la structure sociologique du vote d'hier, on se rend compte que le vote Marine Le Pen est souvent, très souvent, un vote ouvrier et employé, et qu'à force, justement, de diaboliser à la fois Le Pen et ses électeurs, on finit par, des fois, donner l'impression d'une sorte de mépris de classe. Donc, ça nous permet d'analyser. Aujourd'hui, on a déjà des données sur la structure sociale du vote de ce second tour sociologique et territorial. Qui a voté quoi et comment ?
Bon, alors, ce qu'on voit, c'est l'Institut Ipsos, pour le moment, qui a publié des chiffres qui permettent un peu de cerner la géographie sociale et spatiale, on va dire, du vote Le Pen. Elle progresse parmi toutes les catégories de la population active, mais sa progression la plus forte est dans les catégories populaires, où elle était déjà forte en 2017. Mais là, elle renforce vraiment ses scores. Elle atteint 65 % du vote ouvrier, 55 % du vote employé, une progression de 11 % dans ces catégories.
Elle se renforce aussi dans la catégorie cadres et professions intermédiaires, mais moins de 5 %, par exemple, chez les cadres, de 8 % dans les professions intermédiaires, donc dans la catégorie de la population active et les fortes, mais surtout dans les catégories populaires. Alors ça, c'est très important pour la gauche radicale, parce que c'est cette fracture qui empêche l'unification des classes populaires, de la classe travailleuse, sur des bases de classe, justement. Et la gauche radicale doit comprendre que si elle ne gagne pas dans ces catégories-là, elle ne pourra pas véritablement conquérir une position hégémonique et avoir une véritable dynamique majoritaire.
Donc, c'est tout à fait essentiel de souligner la dimension de classe du vote en faveur de Marine Le Pen, donc beaucoup moins fort parmi les catégories diplômées. Alors évidemment, quand on entre dans le détail, on sait que le niveau de diplôme ne joue pas simplement dans les catégories supérieures, mais aussi dans des catégories du salariat, y compris du salariat précaire. Par exemple, un jeune salarié précaire, s'il est diplômé, s'il subit donc un phénomène de déclassement par rapport à son diplôme, va être beaucoup plus enclin, ou encline, si c'est une femme, à voter pour la gauche que quelqu'un qui n'a pas de diplôme. Ça, c'est intéressant d'ailleurs comme phénomène. Comment l'analyser ?
Il y a une analyse, à mon avis, fausse, qui consiste à dire que plus les gens ont fait d'études, plus ils sont éclairés. À mon avis, ce n'est pas la manière juste de voir les choses. Enfin, ça peut jouer, mais ce n'est pas l'essentiel, à mon avis. Il y a l'idée, qui fait partie d'ailleurs d'une vision de classe biaisée, que seuls des gens non éduqués, donc culturellement arriérés, voteraient pour l'extrême droite.
Il y a une autre manière de voir la chose qui me paraît plus intéressante, qui est celle que la sociologie permet de voir, qui est de dire que quand on n'a pas un diplôme, on est désavantagé dans le marché du travail, donc encore plus en position de concurrence par rapport à des groupes sociaux très proches, en réalité, mais qui sont perçus comme des concurrents directs, en quelque sorte.
Et dans un contexte d'un marché du travail extrêmement dur pour les catégories populaires, surtout dans les régions qui vont très mal, des régions de la France qui perdent, justement, et pas de la France qui gagne ou qui perdent moins, comparé à d'autres, eh bien ça, c'est quelque chose qui peut pousser, justement, ce salariat d'exécution non racisé vers l'extrême droite. Et c'est ce qu'on observe.
Par contre, dans des régions plus dynamiques et dans des fractions du salariat qui sont plus diplômées, donc qui ont plus de cartes, en quelque sorte, pour espérer pouvoir s'en sortir dans le marché du travail, ce phénomène de concurrence, de ressentiment, de conscience triangulaire, comme on dit, c'est-à-dire où on se définit peut-être même avant tout par rapport à ce qui est en dessous de soi ou comme ce qui apparaît comme un concurrent direct, mais très proche, finalement, eh bien ça joue moins, justement. Et donc là, il y a des phénomènes, des comportements politiques et électoraux qui sont plus favorables pour la gauche.
Le fait est, en tout cas, et ça, ça permet d'introduire la dimension spatiale du vote, on l'a vu au premier tour, la gauche progresse dans les grandes villes, l'électorat Mélenchon fait preuve d'un dynamisme très important dans les grands centres urbains et dans la périphérie proche des grands centres urbains, à la fois dans les zones où vivent massivement des catégories populaires racisées, mais aussi dans les centres-villes, mais aussi dans les grandes villes universitaires. Par contre, il progresse moins dans la France des petites communes et surtout des petites communes de la France qui va très mal, là où précisément l'extrême droite est la plus forte.
Donc, on voit très bien que c'est les zones de force géographiques, c'est le nord et l'est de la France, une sorte de banane comme ça, de croissant qui fait le nord et l'est de la France. C'est des régions anciennement industrielles où la désindustrialisation est très forte, mais où se développe, se restructure un tissu productif à moindre échelle, mais qui est dans des emplois non qualifiés, dans une économie un peu de survie, c'est une France sinistrée, c'est une France où les jeunes, notamment les jeunes diplômés, partent, mais où les gens qui restent se sentent justement piégés et c'est dans cette France-là, justement, que le vote d'extrême droite pénètre fortement.
Et c'est là l'un des principaux défis pour la gauche radicale et pour l'Union populaire, je crois, d'arriver à s'implanter, à s'ancrer dans ces territoires-là.
– Justement, en fait, la gauche qui était exclue de ce second tour, qu'est-ce que ces électeurs ont fait lors de ce scrutin ? Qui s'est abstenu ? Qui a voté Marine Le Pen ? Qui a voté pour Emmanuel Macron ? Quand on entendait le commentariat majoritaire, on avait l'impression que tous les électeurs de Jean-Luc Mélenchon allaient voter, en tout cas un nombre important, allaient voter pour Marine Le Pen. Qu'est-ce qui s'est passé finalement selon les sondages sortis des urnes qu'on peut déjà décortiquer ?
– Bon, alors l'électorat était déjà divisé en 2017, il est aussi en 2022, ce qui confirme d'ailleurs la sagesse de la position de Jean-Luc Mélenchon et de la direction de l'Union populaire qui a consisté à dire pas de vote pour Marine Le Pen et l'extrême droite pour des raisons de principe, et ça a été dit avec une très grande force et expliqué, bien entendu, mais après, on ne donne pas de consigne de vote. Et effectivement, ça correspond à des attitudes très différenciées dans l'électorat de la gauche en général et de Mélenchon en particulier. Alors, on a voté pour Macron mais nettement moins qu'en 2017.
Il y a 10 points de moins, j'ai regardé, il y a les chiffres de l'IFOP et les chiffres d'Ipsos qui montrent que le vote Macron a reculé à la fois dans l'électorat Mélenchon et dans l'électorat de Jadot si on compare cet électorat par rapport à l'électorat de Hamon en 2017. Le recul même dans l'électorat Jadot par rapport à Hamon est plus important que dans l'électorat Mélenchon, presque 14 ou 15 points. Donc, il y a à peu près 42% selon les deux instituts des électeurs et électrices de Mélenchon qui ont voté pour Macron pour faire barrage bien entendu à Le Pen.
Alors, le reste, c'est réparti entre l'abstention, le vote blanc ou nul autour de entre 40 et 45% selon les instituts et le vote Le Pen. Alors, le vote Le Pen dans les deux instituts est autour de 13-14% des électeurs. Il augmente selon l'institut Ipsos qu'il avait placé très bas en 2017. Il passe de 7 à 14 selon Ipsos et il se maintient à peu près stable autour de 13-14 selon les chiffres de l'IFOP. Ça pour avoir une image. Il est intéressant de voir que 7% selon Ipsos de l'électorat Jadot a également voté pour Marine Le Pen.
Du coup, ça remet en cause un peu les clichés sur les rouges-bruns de la France insoumise et les verts purs de l'UV anti-fascistes qui seraient tous allés à les doigts sur la couture du pantalon
votés pour Emmanuel Macron. Tout à fait. Mais si on regarde la répartition sociologique, on peut penser qu'une partie de l'électorat populaire qui a voté pour Jean-Luc Mélenchon et pour Yannick Jadot, il faudrait-il préciser de l'électorat populaire non racisé qui a voté pour ses deux candidats, s'est reporté sur Marine Le Pen au second tour, ce qui montre à quel point le vote pour l'extrême droite et pour Marine Le Pen en particulier a une puissance d'attraction dans ces catégories socio-professionnelles qui sont cruciales, qui sont au cœur littéralement de tout projet de gauche et en particulier de gauche de transformation et de rupture.
Alors en parlant d'un électorat racisé qui a voté massivement pour Marine Le Pen et ça pour la première fois, c'est celui des Outre-mer, notamment la Martinique, la Guadeloupe et Guyane. Et la Guyane, pour Mayotte, c'était déjà un territoire qui votait beaucoup pour Marine Le Pen mais cette fois-ci, la Caraïbe, si on peut dire, vote franchement pour Marine Le Pen. Cette progression du RN sur des terres marquées par l'histoire de l'esclavage et du colonialisme, elle est inédite et elle bouscule aussi les catégories qu'on a tendance à agiter. Je crois que
ces territoires sont en état de révolte tout simplement contre ce qui vient de la métropole. Ce n'est pas exactement
contre Emmanuel Macron parce que Marine Le Pen aussi vient de la métropole et les clivages politiques.
Oui, mais elle apparaît comme une force anti-système. C'est un vote anti- Là, pour le coup, c'est vraiment un vote anti-Macron qu'on a fait. Là, la logique du barrage anti-Macron a véritablement fonctionné avec des taux d'abstention extrêmement élevés de toute façon mais ils étaient déjà élevés au premier tour sauf qu'au premier tour ça s'est traduit par un vote très fort pour Mélenchon et là, au deuxième tour ça se traduit par un vote très fort pour Marine Le Pen. Donc, on va voter pour des candidats qui sont contre le pouvoir en place.
Alors bon, c'est plus cohérent évidemment quand c'est pour des candidats de gauche progressistes de rupture comme Mélenchon mais on voit qu'on n'hésite pas même si je ne pense pas qu'en termes de vu les taux d'abstention c'est quand même un moindre degré mais néanmoins on n'hésite pas à voter pour une candidate ouvertement raciste et xénophobe tellement le rejet du pouvoir en place est puissant.
Il faut prendre la mesure de ce qui s'est passé sur le front social dans ces territoires ces dernières années des mouvements sociaux qui étaient envoyés exactement la répression les revendications sociales les caractères que le refus justement des restrictions et des contraintes sanitaires a pris qui était aussi un refus contre un pouvoir qui a laissé faire avec le chlordécone par exemple qui après reste droit dans ses bottes concernant les contraintes sanitaires ça ne passe pas du tout quand les gens ont été traités de cette façon donc il y a effectivement une situation post-coloniale avec des séquelles extrêmement puissantes qui est encore là qui structure le paysage social humain mental dans ces territoires et qui trouve sa traduction dans ces votes de rejet extrêmement puissants.
Alors que penser de la possibilité d'une législative érigée en troisième tour finalement c'est à gauche que ce troisième tour a été théorisé en premier mais on a vu que l'extrême droite le fait aussi peut-être donner une position un peu plus difficile on va en parler Mélenchon Premier ministre est-ce que tu y crois ?
Bon alors la marche est haute ça il faut le dire jusqu'à présent et en particulier depuis la réforme du quinquennat on a vu que l'abstention pour les législatives augmentait encore plus atteignait des niveaux 55% je crois en 2017 cette abstention atteint avant tout les catégories qui peuvent voter pour la gauche et notamment pour Mélenchon elle donne une surprime au camp qui a remporté l'élection l'élection présidentielle ça aussi c'est clair donc Macron part avec un avantage quand même compétitif là il sera intéressant justement les législatives seront un vrai test pour lui pour voir dans quelle mesure il sort effectivement renforcé de ce scrutin et dans quelle mesure les 58% qui sont de toute façon un recul de 8 points par rapport au score de 2017 sont une victoire par défaut ça permettra de fixer la barre moi je crois que ce qui est certainement jouable pour l'union populaire et pour la gauche surtout si elle s'arrive à s'unir avec une clarté programmatique et politique ça aussi c'est important c'est pas simplement racoler des logos là aujourd'hui déjà Mélenchon raison
le LV accepte de concourir sur la bannière de l'avenir en commun le PCF est en discussion avancée et même au PS certains acceptent le principe finalement de se soumettre à ce programme là qui est un programme de radicalité ce qui revient à remettre en cause les lois El Khomri et à liquider enfin l'héritage du hollandisme qui a accouché du macronisme tout à fait
c'est ça en réalité c'est ça le message clé qu'il faut passer et là il y a la possibilité d'une véritable dynamique à gauche je crois c'est effectivement
alors les sondages montrent qu'une majorité de français espère une cohabitation juste après l'élection présidentielle alors les pays voisins de la France vont encore dire c'est sacré français
mais ce n'est paradoxal qu'en apparence parce que la victoire de Macron il faut le dire est quand même essentiellement une victoire par défaut et elle est encore plus une victoire par défaut je pense quand même maintenant compte tenu de la tripartition du paysage politique qui s'est affirmé en 2022 ce n'était pas le cas en 2017 ça il faut le dire il y avait une quadripartition avec 4 candidats qui étaient très proches entre 20 et 23% des suffrages au premier tour là on a une tripartition de l'espace politique avec 3 pôles qui se dégagent très nettement et la gauche qui est en train de retrouver des forces elle a quand même progressé de plus de 4 points par rapport à 2017 au premier tour et surtout il y a une force qui se présente comme une force porteuse d'une véritable dynamique à gauche autour de l'union populaire ça peut se traduire précisément là par un regroupement des forces mais aussi par une clarification politique qui tu viens de le dire permettra enfin d'apparaître comme une force qui a tiré les leçons du désastre à la fois du quinquennat Hollande mais aussi de tout ce que la gauche de gouvernement a fait ça concerne le PS ça concerne aussi le PCF il faut le souligner quand même le PCF a tiré une leçon complètement erronée avec la candidature Roussel des raisons de son affaiblissement il pense que c'est le fait qu'il n'a pas été présent à l'élection présidentielle qui a contribué à son effacement sans voir que à chaque fois qu'il participait à un gouvernement en tant que force d'appoint du parti socialiste il perdait au moins la moitié de son électorat il oublie le désastre de la candidature Robert Rue en 2002 et les 3,4% dont le PCF ne s'est jamais remis en réalité ce n'est pas la seule cause il y a d'autres raisons qui expliquent bien entendu le recul du parti communiste français comme des autres partis communistes en Europe mais quand même la participation en tant que force satellite du PS à des gouvernements a été un facteur décisif pour l'effacement du PCF et la confusion d'ailleurs de son propre projet de son image a ouvert le champ et une recomposition de la gauche radicale
qui s'est faite ailleurs finalement Avant le troisième tour dans les urnes la rue pourrait elle aussi donner de la voix hier déjà des manifestations anti-Macron s'organisaient alors que la République en marche festoyait au champ de Mars on regarde quelques images Après les gilets jaunes le mouvement de lutte contre la contre-réforme des retraites et dans un contexte où Emmanuel Macron promet un renforcement des effectifs de police et de gendarmerie la rue peut-elle encore donner de la voix et mettre le pouvoir macronien en crise Tatis ? Sans doute
elle peut secouer le gouvernement Macron on sait que l'agenda de Macron est un agenda qui consiste à aller encore plus loin dans le sens des réformes néolibérales retraite à 65 ans RSA soumis à conditions aller encore plus loin dans la réforme de l'assurance chômage privatiser tout ce qui reste à privatiser je ne sais pas encore ce qui reste faire du secondaire de l'école une entreprise sur le mode du marché c'est le tout marché de toute façon généralisé ça va engendrer des résistances le fait que Macron gagne par défaut le fait la tripartition de l'espace politique le fait qu'il est minoritaire en réalité que c'est un projet qui est minoritaire le bloc bourgeois comme Palombarini et Amable l'ont montré est un projet qui vise à forcer par le biais des institutions l'électorat pour qu'un bloc minoritaire puisse remporter des élections c'est exactement ce qui s'est passé hier justement donc il y a effectivement la possibilité de les secouer mais on arrivera véritablement à inverser la vapeur que s'il y a une alternative politique c'est l'obstacle auquel se sont heurtées toutes les résistances sociales jusqu'à présent y compris les mouvements sociaux très puissants qui ont marqué le quinquennat Macron au moins jusqu'à la crise du Covid ça a été précisément ça c'était que ça n'a pas pu s'articuler avec une dynamique au niveau politique suffisamment crédible donc il faut tenir les deux bouts le bout des résistances sociales des luttes des mobilisations mais aussi celui de la construction d'une véritable dynamique et il faut bien voir que là un cercle vertueux peut s'engager c'est-à-dire il faut voir que si on a le sentiment qu'effectivement à gauche on progresse qu'il y a une dynamique qu'il y a une perspective et une véritable alternative qui est en train de se construire c'est quelque chose qui renforce aussi les mobilisations sociales et les luttes sociales sans se substituer à elles bien entendu
Merci beaucoup Statis Kovlakis philosophe chercheur indépendant venu décrypter avec nous ce second tour qui annonce des combats à venir Merci à mes Tipeurs