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interviewBFMTV· 21 mars 2023 14 min

Manifestations, policiers blessés: la prise de parole de Gérald Darmanin en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Le ministre de l'Intérieur s'exprime.

0:01
Gérald Darmanin

Depuis 5 jours, ils font un travail extrêmement courageux. Je voudrais d'ailleurs rappeler qu'il y a 94 policiers et gendarmes et pompiers blessés depuis les événements de jeudi dernier. Et comme vous l'avez entendu, plus de 300 policiers et gendarmes blessés depuis le début des manifestations dans le cadre de la réforme des retraites. Je suis venu leur apporter le soutien total du gouvernement pour leur action. Je leur souhaitais également bon courage pour les heures et notamment cette nouvelle nuit dont on peut penser qu'il y aura des événements similaires aux journées précédentes. Ils les appellent à la violence que nous condamnons évidemment.

Nous condamnons d'autant plus les attaques à la violence qui les amènent parfois d'hommes et de femmes politiques irresponsables. Et nous disons partout en France et pas simplement à Paris. Évidemment, au préfet de la République avec qui j'ai des réunions quotidiennes qui, tout en étant responsables de l'ordre public, doivent encourager les policiers, les policiers municipaux, les gendarmes, les pompiers, les services de santé, évidemment, à être au contact de ceux qui pourraient subir malheureusement ces violences. Donc, message de soutien aux policiers blessés. Il y en a deux gravement blessés. Un qui a une attaque à la mâchoire à Paris.

Un autre qui, à Fosse-sur-Mer, ce matin, a une fracture ouverte de la Maléole et qui est dans des situations extrêmement difficiles. On pense évidemment à leur famille et leur dire évidemment que nous sommes derrière eux.

1:26
Auditeur

Est-ce que vous reconnaissez que c'est un avantage plus compliqué que pendant les yeux jaunes quand on a une bonne partie des Français qui soutiennent le mouvement ? Est-ce qu'il fait qu'on a moins une prise de position contre les violences ? Notamment le cas en ce moment. Est-ce que c'est la même analyse que vous partagez ou pas forcément ?

1:40
Gérald Darmanin

Le devoir du ministère de l'Intérieur, le devoir des policiers et des gendarmes, c'est de permettre la liberté de manifestation. Et en même temps, c'est de pouvoir garantir la sécurité des biens et des personnes. Et je crois qu'avec les syndicats, dont je voudrais saluer la responsabilité depuis le début de ce conflit social, nous avons à Paris comme ailleurs pu organiser huit grandes journées de manifestations avec, vous l'avez vu, parfois plus d'un million de personnes dans les rues, dans de très nombreux points du territoire, sans que les choses ne connaissent de difficultés particulières, à quelques exceptions près.

Je n'oublie pas quand même qu'il y a, notamment à Paris, une présence à chaque fois de Black Bloc pour lequel l'intervention de la police est nécessaire et demandée d'ailleurs par les syndicats. Il y aura d'ailleurs une manifestation jeudi. Le travail du ministre de l'Intérieur, des préfets de la République, du préfet de police, est de les organiser de manière similaire. J'ai donc d'ailleurs demandé la mobilisation de 12 000 policiers et gendarmes pour jeudi prochain, c'est-à-dire un nombre jamais atteint de policiers et gendarmes dans le cadre de la réforme des retraites, dont 5 000 à Paris, pour garantir la liberté de manifester, quel que soit le nombre de ces manifestants.

Et le ministre de l'Intérieur distingue bien le fait qu'on doit réprimer ceux qui atteintent aux biens et aux personnes et doit permettre la liberté de manifestation. Et encore une fois, je veux remarquer que pendant ces deux mois, nous avons réussi à faire cela avec les syndicats. Évidemment, ce qu'il y a de très différent avec les nuits de contestation violente que nous connaissons à Paris et ailleurs. J'ai eu l'occasion de dire qu'il y a eu 1 200 opérations, 1 200 manifestations non déclarées.

Il faut savoir qu'être dans une manifestation non déclarée est un délit, mérite une interpellation, que de jeter des cocktails Molotov sous des préfectures, comme c'était le cas à Albi, comme c'était le cas à Dijon, comme c'était le cas dans plusieurs sous-préfectures, à Sarla, par exemple. Saccager des mairies, c'était le cas à Lyon. S'en prendre à des dizaines et des dizaines de permanences de parlementaires, quels que soient leurs bords politiques, de sièges de partis politiques, et pas toujours ceux du parti du gouvernement, mais aussi de s'en prendre directement à des domiciles de femmes et d'hommes qui sont élus, locaux ou nationaux.

C'est évidemment absolument inacceptable que de mettre le feu à des abribus, que de mettre le feu à des voitures, que d'atteindre les policiers, comme je l'ai vu tout à l'heure, avec des pavés qui leur déforment la mâchoire. Ça n'a rien à voir avec la réforme des retraites. La liberté de manifester, les policiers et les gendarmes, ils l'ont démontré, sont là pour encadrer ceux qui veulent manifester contre le gouvernement. Et ce sera le cas, notamment jeudi, ce sera le cas de toutes les manifestations déclarées dans le cadre d'un traité à droit, quels que soient ceux qui déclarent cette manifestation. non au désordre, à la bordélisation.

Et je veux le dire à ceux qui veulent mettre le chaos en utilisant les policiers comme victimes de leur propre incurie. Et moi, je crois qu'on devrait tous, on pourrait tous avoir, me semble-t-il, un mot pour les policiers et gendarmes blessés, condamner les violences, et pour ceux qui le souhaitent, appeler à manifester contre la réforme des retraites. Ça me paraît tout à fait conforme au pacte républicain que nous menons avec les préfets de la République.

4:43
Auditeur

Monsieur le ministre, plusieurs députés et le syndicat de la magistrature, je cite, dénoncent des scènes indignes d'une démocratie. Il y a notamment eu 292 gardes à vue qui ont donné lieu à seulement 9 qui ont été poursuivies pénalement. Aujourd'hui, est-ce que vous condamnez, est-ce que vous pensez qu'il y a des dérives, que les dérives existent, et est-ce que vous les condamnez ?

5:08
Gérald Darmanin

Alors, il y a eu exactement 855 interpellations dans toute la France, dont 729 dans la zone de la préfecture de police, pour 843 gardes à vue. Et je voudrais rappeler que les gardes à vue sont sous l'autorité des parquets, à Paris notamment, de la procureure de la République de Paris, et toujours mis en place par un officier de police judiciaire qui est sous l'autorité du parquet. Donc il y a une différence entre les interpellations et les gardes à vue d'une dizaine, et nous constatons que ces gardes à vue, en effet, sont toujours sous l'autorité du parquet. La poursuite revient effectivement à l'autorité judiciaire.

Mais le rôle des préfets, le rôle des policiers et des gendarmes, c'est lorsqu'ils constatent un certain nombre de choses qui sont totalement illégales, manifestées dans le cadre d'une manifestation non déclarée, un attroupement en vue de commettre des violences. On voit toutes ces poubelles brûlées dans Paris, on voit ces cocktails Molotov jetés, on voit ces pavés des chaussées, on voit ces voitures brûlées. Mais les policiers et les gendarmes ne peuvent pas regarder les choses en restant dans leur camion, dans leur voiture ou sur leur moto. Et oui, la consigne que je leur donne, c'est d'interpeller les personnes qui commettent ces actes.

Ensuite, il appartient effectivement à la justice de poursuivre ou ne pas poursuivre. Mais à chaque fois, quelqu'un, et ça je pense qu'il faut le rappeler, est mis en garde à vue, c'est un officier de paix judiciaire qui agit sous l'autorité du parquet, et c'est le parquet qui décide, au bout d'un certain temps, de libérer ou de ne pas libérer cette personne dans le cadre du code de procédure pénale. Je veux d'ailleurs dire que j'ai été particulièrement choqué des appels nombreux que j'ai pu avoir de certains élus de la République, évidemment plutôt du côté très à gauche de l'hémicycle, me demandant de faire procéder à la libération des personnes gardées à vue à la préfecture de police.

Je voudrais rappeler que dans une démocratie, le ministre de l'Intérieur, en aucun cas, pour n'importe quelle personne, ne peut intervenir pour libérer des personnes qui sont en garde à vue. Il appartient au procureur de la République, ce qu'ils font évidemment quand ils le souhaitent, de le faire. Donc subir des pressions sous une forme de « si vous ne libérez pas, on en parle à la presse ou dans les médias », me paraît évidemment pas très conforme à l'état de droit.

7:07
Auditeur

Mais il y a eu, je pense à deux vidéos assez choquantes, notamment une jeune femme qui se fait matraquer ou un monsieur qui est victime d'un coup de poing d'un policier. Dans ces cas-là, est-ce qu'il n'y a pas des dérives ?

7:20
Gérald Darmanin

Ce matin, le préfet de police, très courageusement d'ailleurs, sur une chaîne de télévision, a évoqué la saisie de l'inspection générale de la police nationale, dont je rappelle qu'elle est dirigée par une magistrate, et que lorsque le parquet le souhaite, évidemment en forme d'enquête judiciaire, a saisi l'IGPN, l'inspection générale de la police nationale, pour les deux faits qui sont évoqués, et dont nous n'avons pas l'intégralité, évidemment pour l'instant des vidéos, nous les rassemblons. Évidemment, si les policiers ont commis des actes contraires à la déontologie, ils seront sanctionnés, comme je le fais depuis que je suis ministre de l'Intérieur.

7:48
Auditeur

– Monsieur le ministre, une question sur le maintien de l'ordre, également, de nombreuses associations dénoncent un usage abusif de la force, notamment l'utilisation des NAS, qui permet d'encercler les manifestants, un dispositif qui est notamment jugé illégal par le Conseil d'État en 2021. Est-ce que vous légitimez cet usage-là aujourd'hui ?

8:07
Gérald Darmanin

– Alors, il y a beaucoup de bêtises qui sont dites sur le schéma du maintien de l'ordre. Je rappelle que le nouveau schéma du maintien de l'ordre que j'ai personnellement élaboré, et qui a d'ailleurs permis, me semble-t-il, les manifestations pacifiques, nombreuses, que nous avons vu tout à l'heure sur la forme des retraites, lui a été validé, non seulement par le Conseil d'État, mais par tous ceux que nous avons consultés, y compris d'ailleurs une partie des associations et des professions que vous évoquez.

Et qui prévoit très clairement, il a été publié, c'est la première fois qu'il est écrit, que les préfets, le préfet de police en l'occurrence, pour ce qui concerne Paris, de ce que vous évoquez, mais les préfets ont la possibilité d'appliquer ce schéma du maintien de l'ordre, qui encore une fois a été validé, y compris par le Conseil d'État. Je voudrais ici rappeler à chacune et à chacun que le jeu de la carte de la provocation ne doit pas être rendu.

Et moi j'appelle les forces de police et de gendarmerie, dans un moment où ils sont sans doute fatigués, par cinq jours, vous l'aurez compris, de mobilisation où tous les jours, toutes les nuits, ils sont sur le terrain à protéger les biens et les personnes, à ne pas répondre à la provocation de ceux qui détestent la police. Parce que je n'oublie pas que ceux qui essayent de dénoncer des actions dites violentes d'une partie des personnes qui courageusement assurent le maintien de l'ordre, sont les premiers à penser que la police tue. C'est M. Mélenchon qui le premier dit que la police tue. Ils n'ont aucune confiance dans les forces de l'ordre.

Ces femmes et ces hommes courageux qui, peut-être sont d'ailleurs en désaccord avec le gouvernement sur la réforme des retraites, sont parfois mal payés pour le travail qu'ils font. Ils ne sont pas sûrs de rentrer chez eux, embrasser leurs enfants. Et moi, je leur dis, ne répondez pas aux provocations de l'extrême-gauche. Ce que cherche l'extrême-gauche, c'est déstabiliser l'État en s'en prenant aux ouvriers de la sécurité, comme le dirait le Parti communiste à l'époque, comme l'a dit M. Rousset pour la campagne présidentielle. Et je leur dis aux policiers et gendarmes, ne tombez pas dans cette provocation. Donc les policiers et les gendarmes ont mon total soutien.

Ils appliquent les règles de la République, rien d'autre que les règles de la République. Ils permettent la liberté de manifester, encore faut-il qu'il faille aller dans ces manifestations qui sont organisées pour cela. Ils sont, je crois, ceux qui permettent de garantir les biens, l'intégralité des personnes. Et bien évidemment, ils doivent agir en proportionnalité de leur force et en respectant la déontologie. Si des policiers ou des gendarmes ne devaient pas respecter cette déontologie, il est évident qu'ils seraient sanctionnés. Je l'ai toujours appelé. Mais l'immense majorité des policiers et des gendarmes appliquent la loi choisie par les Français.

Et je leur demande de ne pas répondre aux provocations de l'extrême-gauche.

10:32
Auditeur

M. le ministre, quel sera le dispositif policier pour les manifestations parisiennes de ce soir ?

10:37
Gérald Darmanin

Alors, comme tous les jours, si j'ose dire, à Paris, comme dans toutes les villes de province, je rappelle qu'il y a entre 100 et 300 actions non déclarées, donc évidemment très difficiles à organiser, un certain nombre de forces de police qui sont mobilisées. Les 160 unités de forces mobiles de notre pays, policiers et gendarmes, sont mobilisées. Et notamment, il y a à Paris, à peu près entre 20 et 25 unités de forces mobiles, en plus des policiers de la préfecture de police, qui sont là pour garantir l'ordre public.

Nous avons renouvelé, à la demande du président de la République et de la première ministre, les interdictions de manifester aux abords de l'Assemblée nationale et place de la Concorde. Si des manifestations voulaient être déclarées, elles seraient évidemment autorisées en lien avec le préfet de police, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Et il est évident que, tant que ces manifestations ne sont pas déclarées, le préfet de police ne laissera pas faire le désordre. Mais encore une fois, si les gens veulent manifester, et c'est leur droit le plus strict en France, il suffit qu'ils déclarent une manifestation et elle sera encadrée par les forces de police, bien évidemment.

11:38
Auditeur

Une question sur l'avenue de Charles III en France, en fin de semaine. Est-ce que vous pouvez renforcer le dispositif à Bordeaux et à Paris ?

11:47
Gérald Darmanin

Alors, nous tiendrons plusieurs réunions de sécurité cette semaine. Je rappelle que d'ailleurs, demain, nous aurons un certain nombre aussi de réunions pour préparer la journée de manifestation de jeudi, mais également les événements qui risquent d'être extrêmement difficiles de Sainte-Solines, pour lesquels d'ailleurs, je voudrais remercier une nouvelle fois les policiers et gendarmes qui ont été attaqués au pavé, comme chacun l'a vu la dernière fois. Et il n'y a pas eu de ZAD qui s'est installé à Sainte-Solines. Nous aurons de nouveau ce week-end, un gros week-end de maintien de l'ordre dans les Deux-Sèvres.

Et puis l'arrivée du roi d'Angleterre, accueilli par la France, qui est une fierté pour la France, va connaître évidemment les préparations auxquelles travaillent le préfet de police et moi-même, en lien bien sûr avec la présidence de la République et Matignon. Donc on aura l'occasion sans doute de pouvoir préciser les forces de l'ordre qui seront nombreuses pour accueillir bien évidemment, comme il se doit, notre ami britannique. Et le travail du ministre de l'Intérieur, c'est de pouvoir garantir le souhait d'accueillir le roi Charles à Paris.

12:45
Auditeur

Monsieur le ministre ? Plus nombreuses qu'il ne serait prévu en cas de non-ministration ?

12:49
Gérald Darmanin

Non, je crois que ça ne change rien à faire. Comme a dit ce matin Laurent Nunez, pour la venue d'un chef d'État, il y a toujours énormément de moyens policiers. Chacun peut le comprendre, surtout que cette visite s'étale sur plusieurs jours et nous serons à la hauteur de cet accueil.

13:02
Présentateur

Monsieur le ministre, dans un communiqué, le ministère appelle à un usage proportionnel de la force. Est-ce que ce ne serait pas une façon d'admettre qu'il y a eu des problèmes ces derniers jours ?

13:10
Gérald Darmanin

Dans le communiqué du ministère, vous ne citez pas tout, cher ami, il cite d'abord les 94 policiers et gendarmes blessés que nous soutenons. Il demande aux préfets qui sont les responsables de la force publique de garantir l'intégralité physique des policiers et des gendarmes qui risquent leur vie tous les jours en gérant ces actions agressives. Et il permet effectivement de rappeler la proportionnalité de la force et le respect de la déontologie. C'est ce que font tous les policiers et gendarmes tous les jours et vous devriez m'écouter plus souvent parce que je le répète à chaque fois. Merci beaucoup. Merci à vous. La police peut vous répondre.