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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 29 octobre 2026 40 minComplaisantFond programmatiqueÉducation & rechercheTravail & emploiSolidarités & familleNumérique

En France et dans le monde, une même colère de la jeunesse ?

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 26 %Attaque 9 %Défensif 53 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:08OuverteRéponse directe

    La colère des jeunes de par le monde, on commence parce que l'on connaît le mieux, autrement dit, la colère des jeunes français.

  • 0:19ComplaisanteRéponse directe

    Bonjour Yann Algan, vous êtes économiste, professeur à HEC Paris.

  • 0:25OuverteRéponse directe

    Vous publiez ce matin une note que j'ai trouvée passionnante, ce que la colère des lycéens dit des colères françaises.

  • 1:59OuverteRéponse directe

    92% des enfants de cadre, 91% des enfants d'ouvriers et d'employés estiment que la colère est justifiée.

  • 4:03OuverteRéponse directe

    Les principaux griefs portent sur le lycée, avec des revendications sur des classes trop chargées, des professeurs absents non remplacés.

  • 7:31OuverteRéponse directe

    Est-ce que ce phénomène, il est réellement nouveau ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:31PrésentateurChiffre
    « Une enquête qui a été faite auprès de 1077 jeunes de 16 à 20 ans. »
  • 1:31InvitéChiffre
    « Dans cette enquête, on trouve que 90% des jeunes, qu'ils soient fils d'ouvriers, fils de cadre, qu'ils soient en lycée technologique, en lycée général, hommes, jeunes femmes, jeunes hommes, toutes et tous adhèrent à cette mobilisation. »
  • 1:59PrésentateurChiffre
    « 92% des enfants de cadre, 91% des enfants d'ouvriers et d'employés estiment que la colère est justifiée. »
  • 4:19PrésentateurChiffre
    « Quatre élèves sur dix disent perdre au moins six heures de cours par mois. »
  • 4:38InvitéChiffre
    « 80% disent perdre au moins six heures de cours au cours d'un mois. »
  • 5:47InvitéFait
    « est-ce que vous pensez que s'il y a des riches, c'est nécessairement qu'il y a des pauvres ? »
  • 5:56InvitéChiffre
    « Or, ça explique pratiquement un tiers de l'échantillon pense que, de toute façon, le gâteau ne grossit plus, qu'il n'y a plus de place pour eux à table. »
  • 7:49PrésentateurChiffre
    « Parcoursup est quelque chose qui concentre les colères, 79% des jeunes disent avoir ressenti du stress, 41% veulent l'abandonner. »
  • 10:02PrésentateurChiffre
    « Aux États-Unis, par exemple, les jeunes considèrent qu'ils sont au 62ème rang mondial. »
  • 25:45PrésentateurChiffre
    « 20% des diplômés entre 25 et 29 ans chôment en Inde. »
  • 26:58PrésentateurFait
    « on retrouve la thèse de Peter Turkin sur la surproduction d'élite. »
  • 34:52InvitéFait
    « il n'y a plus de médiation traditionnelle de cette colère qui passait avant par des partis, des associations, des syndicats. »
  • 35:21PrésentateurFait
    « ils veulent la fin des nominations politiques à la tête des institutions et des entreprises publiques. »

Temps de parole

  • Invité45 %
  • Présentateur29 %
  • Invité 221 %
  • ?4 %

≈ 24,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:04
Locuteur

Les

0:05
Présentateur

matins de France Culture,

0:06
Locuteur

Guillaume

0:07
Présentateur

Erner. La colère des jeunes de par le monde, on commence parce que l'on connaît le mieux, autrement dit, la colère des jeunes français. Bonjour Yann Algan, vous êtes économiste, professeur à HEC Paris. Vous publiez ce matin une note que j'ai trouvée passionnante, ce que la colère des lycéens dit des colères françaises. C'est une note que vous avez faite pour le CEPREMAP, le Centre pour la Recherche Économique et ses Applications. Une enquête qui a été faite auprès de 1077 jeunes de 16 à 20 ans.

0:38
Locuteur

Alors

0:38
Présentateur

déjà, il y

0:39
Locuteur

a

0:39
Présentateur

une chose qui est tout à fait frappante,

0:41
Locuteur

c

0:41
Présentateur

'est que quel que soit leur milieu, ils sont en bloc derrière cette colère lycéenne, cette colère estudiantine.

0:52
Locuteur

Il

0:52
Présentateur

y a vraiment toute une génération qui n'est pas contente.

0:56
Locuteur

Oui,

0:56
Invité

bonjour Guillaume, bonjour à toutes et à tous. J'aimerais commencer par donner aussi un contexte à cette colère. La colère est vraiment la plus morale de nos émotions. On n'est pas en colère contre la pluie, on est en colère contre un tort qu'on n

1:14
Locuteur

'a

1:14
Invité

pas mérité. Et c'est pour ça qu'il faut la comprendre, la mesurer avant de la juger. Et ce qui donne cette note avec le CEPREMAP et HSC. Ce qui marque dans cette colère de la jeunesse, c'est qu'elle est transpartisane. Dans cette enquête, on trouve que 90% des jeunes, qu'ils soient fils d'ouvriers, fils de cadre, qu'ils soient en lycée technologique, en lycée général, hommes, jeunes femmes, jeunes hommes, toutes et tous adhèrent à cette mobilisation. Et je pense que pour pouvoir comprendre vraiment cette coalition aussi forte, il faut remettre cette colère dans un contexte plus large de la singularité de la jeunesse française et de la jeunesse mondiale.

1:59
Présentateur

Oui, parce que 92% des enfants de cadre, 91% des enfants d'ouvriers et d'employés estiment que la colère est justifiée. Donc c'est ce qu'on appelle un mouvement générationnel, puisqu'on voit bien que ce qui distingue les individus, ça n'est pas en fait leur position sociale, mais bien le fait qu'effectivement, lorsqu'on est jeune aujourd'hui, on ressent de la colère vis-à-vis de ce phénomène,

2:24
Invité

Yann Algan. Oui, tout à fait. C'est un vrai mouvement générationnel et en même temps, on voit bien que c'est un mouvement qui touche énormément de pans de la société. Donc il y

2:33
Locuteur

a

2:33
Invité

une singularité de la jeunesse, je vais y revenir, mais on a mesuré la montée de cette colère, notamment avec des travaux avec Stéphanie Stancheva, qui montrent que lorsque vous étudiez ce qui se dit sur les réseaux sociaux, les déclarations au Parlement, que ce soit en France, aux Etats-Unis, la colère a presque doublé au cours de ces dix dernières années. Donc il y

2:55
Locuteur

a

2:55
Invité

vraiment quelque chose de spécifique. Mais là où la jeunesse est vraiment singulière, c'est que dans tous ces pays où elle s'exprime, la satisfaction dans la vie des jeunes a diminué. C'est l'une des grandes singularités de notre époque moderne. On avait toujours pour habitude de trouver une jeunesse plus heureuse qu'on va dire les personnes autour de 40-50 ans. C'est la fameuse courbe en U. Lorsque vous regardez dans les profils de satisfaction dans la vie en fonction de l'âge, vous êtes le plus heureux lorsque vous êtes jeune.

3:29
Locuteur

Après

3:29
Invité

vous êtes au fond du trou à mon âge, à 50 ans, vous avez le stress des enfants, les remboursements. Mais vous retrouvez votre bonheur lorsque vous êtes plus âgé. Cette courbe en U, elle a disparu.

3:42
Locuteur

Elle

3:43
Invité

a disparu depuis cinq ans à peu près. Les jeunes, que ce soit en France, en Italie, en Belgique ou aux Etats-Unis, sont la catégorie la moins heureuse de notre population. Bon,

3:55
Présentateur

remarquez, c'est vieux comme Nisan qui expliquait qu'effectivement, quand on avait 17 ans, on n'était pas heureux. Mais ce que l'on constate dans les chiffres que

4:06
Locuteur

vous

4:07
Présentateur

évoquez, que vous avez réunis, Yann Algan, c'est que les principaux griefs portent sur le lycée, avec des revendications sur des classes trop chargées, des professeurs absents non remplacés. Quatre élèves sur dix disent perdre au moins six heures de cours par mois. Il y a beaucoup de revendications de ce type.

4:27
Locuteur

Oui, oui.

4:27
Invité

Donc,

4:27
Locuteur

il

4:27
Invité

y

4:27
Locuteur

a

4:27
Invité

des revendications très concrètes. Et ça, c'est ce que je vais appeler la colère de maman qui proteste contre, effectivement, des classes surchargées, l'absence de professeurs. Quand même, 80% disent perdre au moins six heures de cours au cours d'un mois. Donc, ça, c'est vraiment très prononcé dans cette enquête. Il y a aussi beaucoup de plaintes contre l'absence de reconnaissance,

4:52
Locuteur

de

4:52
Invité

lieu de dialogue. Beaucoup disent, à chaque fois, avoir fait remonter une remarque, mais sans qu'elle soit suivie d'effet auprès du lycée. Donc, ça, ce sont des revendications très concrètes. Mais ce qui est marquant dans cette enquête, c'est que les principaux griefs sont aussi plus généraux vis-à-vis, par exemple, du fonctionnement de la démocratie. La majorité considère que la démocratie fonctionne mal et que la société fonctionne mal.

5:20
Locuteur

Et

5:20
Invité

lorsqu'on essaye d'expliquer la colère de cette jeunesse, bien sûr, la question un peu du pouvoir d'achat et des moyens compte. Mais ce qui compte beaucoup plus,

5:30
Locuteur

c

5:31
Invité

'est finalement le sentiment d'horizon bloqué, d'horizon fermé. Il y a une question qui est très discriminante, qui explique le plus cette mobilisation. C'est ce qu'on appelle un peu la vision à somme nulle. Lorsque vous leur demandez, est-ce que vous pensez que s'il y a des riches, c'est nécessairement qu'il y a des pauvres ? Or, ça explique pratiquement un tiers de l'échantillon pense que, de toute façon, le gâteau ne grossit plus, qu'il n'y a plus de place pour eux à table. Alors, c'est ce que les vieux appelaient une pensée malthusienne, Yann Algon. Oui, c'est une pensée malthusienne. Et cette pensée malthusienne, on l'a retrouvée très peu chez la jeunesse auparavant.

Vous voyez, si je prends la comparaison avec mai 68. Mai 68, c'est d'une certaine façon le crépuscule de la prospérité. La marée de la croissance montait encore. D'ailleurs, on disait, soyez réalistes, demandez l'impossible. Octobre 2026, c'est complètement différent.

6:28
Locuteur

Les

6:29
Invité

jeunes s'aperçoivent que les temps ont changé, qu'il y a un horizon bloqué pour eux, que ce soit en termes d'emploi, que ce soit avec l'émergence de l'intelligence artificielle, et je reviendrai dessus sur les chiffres, que ce soit sur la question climatique, sur l'instabilité de la planète. Donc, ce sentiment d'horizon bloqué, de promesses trahis, est vraiment ce qui est au fondement du malaise des jeunes. Et d'ailleurs, il y

6:56
Locuteur

a

6:56
Invité

un point, lorsqu'on regarde la singularité de la jeunesse européenne à l'heure actuelle, vous voyez cette disparition de la courbe en U, c'est-à-dire de jeunes qui étaient en général beaucoup plus heureux que les quadragénaires et que les quinquagénaires. Cette courbe en U, elle se maintient uniquement dans des pays où la croissance économique est très forte. En particulier dans les pays, que ce soit l'ancien pays d'Europe de l'Est, que ce soit la Pologne, l'ensemble de ces pays qui ont eu des taux de croissance autour de 4-5%, en fait, ont baigné cette jeunesse dans le sentiment qu'il y avait quand même potentiellement un horizon possible pour eux.

7:30
Locuteur

Alors,

7:31
Présentateur

justement, si on met de côté Nisan qui disait qu'on ne laisserait jamais dire que 20 ans était le plus bel âge de la vie, est-ce que ce phénomène, il est réellement nouveau ? Parce que si on prend par exemple Parcoursup, alors Parcoursup est quelque chose qui concentre les colères, 79% des jeunes disent avoir ressenti du stress, 41% veulent l'abandonner, enfin bref,

7:57
Locuteur

c

7:58
Présentateur

'est quelque chose qui est particulièrement souligné, mais la question de l'avenir, de l'avenir de l'orientation, c'est quelque chose de très inquiétant, non,

8:09
Invité

Yann

8:09
Locuteur

Algan

8:10
Invité

? C'est une question de très inquiétant, oui, bien sûr, et je pense que c'est ce que traduit d'une certaine façon cette polarisation sur Parcoursup, Parcoursup est juste le reflet du fait qu'il y a maintenant une vraie angoisse sur l'insertion professionnelle, sur la possibilité d'avoir une mobilité, sur la possibilité d'avoir une place dans ce monde. C'est quelque chose de relativement nouveau, mais d'autant plus nouveau qu'il

8:34
Locuteur

y a

8:34
Invité

le sentiment d'une promesse trahie. On a promis à cette jeunesse qu'en se formant, qu

8:38
Locuteur

'en

8:38
Invité

s'éduquant, elle pourrait avoir une mobilité, qu'elle pourrait s'élever. Or, au fur et à mesure qu'elle se formait, la marée de la croissance s'est retirée. Et la grande question, ce n

8:50
Locuteur

'est

8:50
Invité

pas juste la réforme de Parcoursup, ça va être dire, mais comment est-ce qu'on les forme ? Quels sont les emplois de demain pour ces jeunes ? Je vous donne juste un exemple qui devient maintenant de plus en plus saillant, c'est celui de l'impact de l'intelligence artificielle sur les emplois futurs. Vous avez eu une étude merveilleuse d'Antonin Bergeau, économiste à HEC, qui a pu collecter les données de l'ensemble des entreprises françaises, en repartoyant avec la Banque de France et l'INSEE. Et il distingue, prenez dans une même entreprise, quels sont les métiers qui sont les plus à risque d'être remplacés par l'intelligence artificielle et ceux qui sont les moins à risque.

Donc les plus à risque,

9:29
Locuteur

ce

9:29
Invité

sont ceux dont pratiquement toutes les tâches peuvent être remplacées par l'intelligence artificielle. Et ce qui montre, c'est que depuis 2023, en fait, les métiers qui sont les plus à risque ont baissé de 22%. Donc c'est-à-dire que les jeunes ne peuvent même plus rentrer sur le marché du travail sur ces secteurs-là. C'est quand même étonnant

9:48
Locuteur

parce

9:49
Présentateur

que le fait que les jeunes ne soient pas heureux, donc ça c'est un phénomène mondial. C'est vrai en France, c'est vrai aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis, par exemple, les jeunes considèrent qu'ils sont au 62ème rang mondial, alors que

10:03
Locuteur

les

10:03
Présentateur

vieux américains sont très heureux.

10:08
Locuteur

C

10:08
Présentateur

'est la même chose au Canada. Ce n

10:10
Locuteur

'est

10:10
Présentateur

pas la même chose

10:11
Invité

en Lituanie, par exemple. Oui, mais parce que la croissance a été très élevée dans ces pays.

10:15
Locuteur

C

10:15
Invité

'est justement ce paradoxe qui a eu de très très belles études. Il y

10:19
Locuteur

a

10:19
Invité

un grand économiste qui

10:19
Locuteur

s

10:19
Invité

'appelle Benjamin Friedman qui a écrit un livre sur les conséquences morales du capitalisme et de montrer que le fait de vivre dans un univers de croissance, même si vous n'en profitez pas nécessairement tout de suite, directement, en fait, change votre état d'esprit. Vous vous projetez dans un horizon, dans une destinée. C'est la même chose lorsqu'on essaye de mesurer la confiance dans le gouvernement ou cette pensée à somme nulle où on se dit « Oh là là, mais si certains sont riches, c'est nécessairement qu'il

10:46
Locuteur

y ait

10:46
Invité

des peaux ». La pensée que le gâteau ne peut pas grossir, elle est extrêmement liée au fait d'être dans une situation de stagnation économique. Bon,

10:55
Locuteur

mais

10:55
Invité

alors ça, ça ne va pas parce que,

10:56
Locuteur

regardez,

10:57
Présentateur

en France, la croissance est quasi nulle. Donc, si on vous suit, c'est normal que les jeunes Français soient effectivement mécontents. Mais aux États-Unis, elle n'est pas nulle. Elle n'est pas

11:06
Invité

nulle, mais elle est distribuée

11:09
Locuteur

de façon

11:10
Invité

très

11:10
Locuteur

inégalitaire.

11:11
Invité

Exactement, très inégalitaire. Donc ça, ils le perçoivent vraiment. Mais l'angoisse de la jeunesse aux États-Unis devient aussi très forte chez les diplômés. Et prenez l'allocution de l'ancien Eric Schmitt, l'ancien patron de Google, qui a fait la célébration des cérémonies en 2026, donc juste en juin dernier à l'université de Virginie. Lorsqu'il a commencé à prononcer le terme de « IA », il s'est fait huer par l'ensemble de

11:40
Locuteur

l

11:40
Invité

'assistance. Là, on parle de très hauts diplômés.

11:42
Locuteur

Et

11:43
Invité

d'ailleurs, ces très hauts diplômés, on reviendra sur l'hétérogénéité de ces manifestations, elles sont très concentrées à la gauche radicale.

11:51
Locuteur

Oui,

11:51
Présentateur

alors c'est très étonnant ce mouvement d'hostilité à l'IA. Étonnant, je veux dire, par son caractère massif. J'ai recueilli le même témoignage par le dirigeant de Microsoft, qui lui aussi a été très mal accueilli dans les campus, parce qu'on considère que Microsoft, effectivement, est co-responsable d'un phénomène à venir qui est celui du chômage des jeunes. Il n'avait pas complètement tort, d'ailleurs ces jeunes, puisque quelques jours après, Microsoft annonçait un licenciement important de ses effectifs, alors même que les bénéfices de Microsoft sont importants. Ça, c'est quelque chose qui change par rapport aux techniques d'antan, à cet égard, Yann Algan

12:34
Locuteur

?

12:34
Invité

Alors oui, la grande différence, c'est que l'intelligence artificielle menace, en tout cas dans un certain nombre d'emplois, pas dans tous, directement les plus diplômés. Auparavant, les révolutions technologiques avaient tendance à remplacer le métier, surtout des moindres qualifiés. C'est la révolte des luddites,

12:50
Locuteur

c

12:50
Invité

'est la révolution industrielle. Là, pour la première fois, ou l'automatisation. L'automatisation, tout ce qu'on a vécu au cours des 20-30 dernières années, a été surtout une disparition des classes moyennes ou des ouvriers de General Motors ou de l'industrie. Là, c'est vraiment, effectivement, une menace plus importante pour les plus diplômés aussi. Oui, notamment d'ailleurs

13:12
Présentateur

pour tous les plus diplômés, y compris par exemple les informaticiens qui voient qu'aujourd'hui, Claude

13:19
Locuteur

ou

13:19
Présentateur

ChatGPT peut coder, pour les experts comptables,

13:24
Locuteur

pour

13:24
Présentateur

les financiers. Bref, il y a toute une série de professions qui, aujourd'hui, sont très largement concurrencées, concurrençables par, effectivement, l'intelligence artificielle,

13:35
Locuteur

ce

13:35
Présentateur

qui renforce encore la difficulté, j'imagine, de s'orienter.

13:39
Invité

Oui, tout à fait. Alors, il ne faut pas être fataliste. Il faut créer une intelligence artificielle ou l'orienter sur une intelligence artificielle qui permet d'être complémentaire du travail humain, du travail qualifié comme du travail non qualifié. Donc, là-dessus, je n'aurai pas de fatalité, mais je constate juste qu'au cours de ces dernières décennies, avec en plus une stagnation économique très forte, un sentiment d'horizon bouché, une crise climatique, le fait que l'IA arrive, en plus, avec une menace très forte sur certains types d'emplois, surtout des plus diplômés, a créé cette coalition et, à mon avis, explique le fait que vous avez une majorité, comme ça,

14:17
Locuteur

d

14:17
Invité

'opposition et de colère qui transcendent vraiment toutes les classes sociales ou tous les diplômes.

14:23
Présentateur

Mais est-ce que ça veut dire que, sur le plan économique, parce qu'on a l'habitude, en sociologie, de dire que la jeunesse n'existe pas, que c'est très hétérogène, or, aujourd'hui, on voit qu'on a une colère des jeunes qui est mondiale. Je pourrais citer le Népal, Madagascar, le Maroc, le Kenya, avec des griefs qui portent sur le chômage, la pauvreté, les inégalités. Alors, ensuite, effectivement, les mouvements sont hétérogènes. En Albanie, par exemple, c'est un mouvement de contestation d'un projet de complexe touristique lié à Jared Kushner, le

14:53
Locuteur

genre

14:53
Présentateur

de Donald Trump, qui se transforme en colère générationnelle. Est-ce que ça veut dire que, sur le plan économique, avec les cohortes, avec les générations, vous avez l'impression qu'aujourd'hui, les jeunes sont fondés à redouter leur niveau de vie à l'avenir

15:11
Locuteur

?

15:12
Invité

Oui, tout à fait. Il y a une vraie inquiétude sur la possibilité de s'élever dans le futur pour toute cette jeunesse. Et c'est une vraie rupture avec les décennies précédentes.

15:26
Locuteur

D

15:26
Invité

'une certaine façon, ils s'aperçoivent que les temps ont changé. Donc, à nous de trouver de nouvelles perspectives.

15:32
Locuteur

Justement, la question

15:33
Présentateur

que je vous pose, Yann Algan, parce qu'en plus, vous

15:35
Locuteur

côtoyez

15:36
Présentateur

des jeunes, puisque vous êtes enseignant à HEC, pas n'importe quel jeune, puisque ce sont ces jeunes-là qui sont considérés comme étant les gagnants de la mondialisation. Est-ce que, eux, par exemple, nourrissent des craintes

15:46
Locuteur

? Alors,

15:48
Invité

une partie, bien sûr, ils sont mieux protégés, d'une certaine façon, contre ce marasme économique. Mais oui, cette inquiétude gagne de très nombreuses écoles, même sur les écoles les plus diplômées. Mais il y a un point, Guillaume, qui me semble important, c'est qu'effectivement, cette colère monte dans pratiquement tous les pays.

16:11
Locuteur

Mais

16:11
Invité

il y a une spécificité, quand même, en France.

16:15
Locuteur

C

16:15
Invité

'est que, de la même façon que dans les autres pays, elles s'organisent sous forme de mouvements spontanés, sous forme d'associations, sous la bannière One Piece et autres. Mais en même temps, c'est une colère, en France, qui est très polarisée. Vous voyez, s'il y a effectivement une unanimité sur les revendications, ensuite, vous avez toute une partie, côté gauche radicale, qui préfère surtout renverser la table. D'accord ? Donc, vous en avez une autre partie qui dit, non, je préfère avoir un couvert à cette table. Et on le voit bien dans la justification, par exemple, du mouvement.

Vous avez toute une partie de ces jeunes qui dit, je veux continuer ce mouvement, quelles que soient les concessions que me donnera le gouvernement. C'est à peu près 30% de ces jeunes, très proches de la gauche radicale. Les autres disent, non, on aimerait juste avoir des concessions, avoir des professeurs, et puis que vous nous laissiez un peu une place dans cette société. Et cette jeunesse-là, elle est surtout liée au lycée professionnel et technologique. On trouve deux grandes différences dans nos enquêtes. Vous avez la jeunesse de la droite radicale un peu plus liée au lycée technologique. Ils sont deux fois plus nombreux dans ces lycées.

17:26
Locuteur

Et

17:27
Invité

vous avez la question aussi des jeunes femmes. Les jeunes femmes, point très important, sont beaucoup plus radicalisées que les jeunes hommes. Et on le voit aussi dans l'acceptation des mouvements de la violence. Vous avez, en fait, une partie de la jeunesse qui accepte les violences et les autres beaucoup moins.

17:45
Locuteur

Yann

17:45
Présentateur

Algan, économiste, professeur à HEC Paris. Une note que la colère des lycéens dit des colères françaises pour le CEPREMAP HEC. On se retrouve dans une vingtaine de minutes. J'ai invité Christophe Jaffrelot, qui est un excellent spécialiste de l'Inde, parce qu'en Inde aussi, les jeunes sont en colère. Et j'ai trouvé que c'était particulièrement fascinant, justement, de confronter ces deux situations.

18:12
Locuteur

Les

18:13
Présentateur

jeunes sont en colère, un peu partout dans le monde, en Serbie, en Italie, à Madagascar, en Inde. Bonjour Christophe Jaffrelot. Vous êtes politiste, directeur de recherche au CNRS.

18:27
Locuteur

Et

18:28
Présentateur

on vous doit l'ambition indienne, les paradoxes d'une nouvelle puissance aux éditions Talendier. Je vous ai invité pour que vous nous racontiez le mouvement des cafards, cette colère de la jeunesse indienne. Et puis nous sommes également avec Yann Alganz que la colère des lycéens dit des colères françaises. C'est la note que vous venez de publier au CEPREMAP HEC Paris. Quelques mots sur la manière dont les jeunes Français s'engagent en politique aujourd'hui, avant que l'on évoque les jeunes Indiens.

18:56
Invité

Alors, en quelques mots, ce que montre cette enquête, et c

18:58
Locuteur

'est

18:58
Invité

le prolongement d'une enquête qu'on avait faite avec l'Institut Montagne, avec Olivier Galland et Marc Lazare, le premier parti des jeunes, ça reste l'absence de parti. 50% dans notre enquête, sans attache, sans affiliation, ou n'est pas intéressé par la politique. Mais ensuite, il y

19:15
Locuteur

a

19:15
Invité

un vrai partage des eaux. Et c'est aussi une vraie spécificité française par rapport aux colères des jeunesses des autres pays. Vous avez à peu près 20% des jeunes qui se disent proches de la gauche radicale et à peu près 13-14% de la droite radicale.

19:33
Présentateur

C'est nouveau, parce qu'on a toujours eu la sensation que les jeunes étaient

19:36
Locuteur

des

19:37
Présentateur

gens plus radicaux que les vieux. Vous savez, quand on vieillit, on mollit.

19:41
Invité

Ce qui est nouveau, c'est la percée de la droite radicale du côté de la jeunesse. Ça, c'est quelque chose de relativement nouveau. Et il y a une transformation, si vous voulez, de cette colère qui cherche deux coupables. Il y a une colère qui se tourne vers le voisin du dessus, les riches, et une colère qui se tourne vers le voisin d'à côté, l'immigré. On en veut à l'un de ce qu'il a, on en veut à l'autre de ce qu'on lui donne. Et ça, c'est un vrai clivage en France et qui est assez spécifique en France quand on regarde. Et ça se traduit ensuite par aussi vraiment l'acceptation, par exemple, des actions actuelles.

Vous avez 60% des jeunes lycéens proches de la gauche radicale qui considèrent que l'affrontement avec la police était tout à fait légitime. C'était même plus légitime que brûler des poubelles ou de dégrader des lycées. Les jeunes de la droite radicale, eux, au contraire, réprouvent cet acte, mais surtout, sont devenus, après les manifestations du 17 octobre, beaucoup plus dans un état d'esprit de retour à l'ordre. Laissez-nous une meilleure place dans le système. On n'est pas là pour changer le système. Et ça, c'est très différent.

20:51
Présentateur

Christophe Jaffrelot, lorsqu'on se tourne vers la jeunesse indienne, on est frappé tout d'abord par sa colère, par sa faculté, parce qu'on a souvent tendance à comparer la Chine et l'Inde sur le plan démographique, sur le plan économique aussi parfois. Mais là, on voit bien qu'on a affaire à deux situations divergentes, puisque, hélas, la dernière fois que la jeunesse chinoise s'est révoltée, c'était sur la place Tiananmen, et on sait comment les choses se sont déroulées.

21:20
Locuteur

Oui,

21:20
Invité

la colère indienne, elle est effectivement différente. Les causes immédiates de la colère, c'est au mois de mai dernier,

21:28
Locuteur

les

21:29
Invité

propos, comme vous avez rappelé, du chef de la Cour suprême, qualifiant de parasites, de cafards, ces jeunes désœuvrés qui passent leur temps sur les réseaux sociaux.

21:42
Locuteur

Mais

21:43
Invité

c'est au même moment la fuite de sujets d'examen

21:46
Locuteur

d

21:47
Invité

'un concours de médecine

21:49
Locuteur

pour

21:50
Invité

lequel 2 millions de candidats étaient en lice.

21:54
Locuteur

Les

21:55
Invité

fuites qui obligent à reporter le concours, ce qui crée un désarroi

21:58
Locuteur

total

21:59
Invité

dans cette jeunesse, on aura une vingtaine de suicides attribués à cette décision. Et donc vous avez deux, je dirais, étincelles qui mettent le feu aux poudres, mais dans un contexte qui est effectivement très différent du contexte chinois. Pourquoi est-ce qu'ils en viennent à manifester si véhémentement

22:16
Locuteur

?

22:18
Invité

Parce que « violemment » n'est pas le mot. Au contraire, c'est dans la joie. C'est vraiment dans la danse, dans la musique. On se retrouve pendant des journées.

22:25
Locuteur

Avec des

22:25
Présentateur

choses assez drôles. Ne serait-ce que le nom du parti qui imite le nom du parti de Narendra Modi, le Premier ministre, le BJP.

22:34
Invité

C'est ça, c'est le CJP, c'est le parti des cockroaches, le parti du peuple des cockroaches. Les cockroaches,

22:40
Locuteur

ce

22:40
Invité

sont les cafards. Un sens de l'autodérision qui effectivement est tout à fait apprécié par les médias qui en font quand même la publicité.

22:49
Locuteur

Et

22:49
Invité

ils demandent la démission du ministre de l'Éducation nationale. Là, on est dans quelque chose qui relève de la politique publique. On veut moins de corruption. On ne

22:57
Locuteur

veut

22:57
Invité

pas changer le système. On veut que le système fonctionne. Et de ce point de vue-là, ils diffèrent de ce que les syndicats de gauche étudiants demandaient depuis longtemps et qui étaient d'un tout autre ordre, qui étaient beaucoup plus tournés vers un changement du système.

23:13
Locuteur

Et

23:13
Invité

puis, il va y avoir un passage politique dans le courant de l'été, lorsque la question va se déplacer sur la purge des listes électorales

23:21
Locuteur

à

23:22
Invité

laquelle procède le chef de la commission électorale

23:24
Locuteur

et

23:25
Invité

qui élimine 130 millions d'électeurs, environ 12% du corps électoral. Et là, les jeunes qui étaient sur des enjeux, on peut dire vraiment, de politique publique. ils inspectaient les écoles pour demander à ce qu'on installe des toilettes, qu'on réparle les toits qui fuient.

23:41
Locuteur

On

23:41
Présentateur

a eu le même reportage plutôt

23:45
Locuteur

pour

23:46
Présentateur

la France pour dire que ce sont des questions qui sont mondiales.

23:50
Invité

C'est ça. Et donc, on est passé de questions qui sont mondiales à une question qui est quand même très nationale. Ce n

23:55
Locuteur

'est

23:55
Invité

pas seulement de meilleures conditions d'éducation que l'on veut, c'est la liberté.

24:01
Locuteur

C

24:01
Invité

'est le retour à la démocratie.

24:02
Présentateur

Alors, il y a quand même sur cette question des concours, parce que l'échelle indienne est tout à fait faramineuse.

24:08
Locuteur

Vous

24:08
Présentateur

avez parlé de 2 millions de candidats pour des études de médecine. J'ai noté 36 millions de candidats, 36 millions pour le concours de la SNCF indienne, avec une place pour 390 candidats. Donc, des choses quand même tout à fait étonnantes. Ça veut dire que l'emploi public est malgré tout, pour beaucoup de ces jeunes, une promesse d'ascension sociale, Christophe Jaffrelot ? Oui, alors là, c'est un autre

24:35
Invité

élément très spécifique.

24:37
Locuteur

C

24:37
Invité

'est-à-dire que

24:37
Locuteur

vous

24:38
Invité

avez un désir d'intégrer le secteur public qui ne faiblit pas. L'Inde n'a pas réussi à créer les emplois du secteur privé qu'elle promettait. Tout le monde veut être dans le government job, avoir un government job. C'est parce que c'est la promesse d'une stabilité, de sécurité sociale, de retraite. 90% des Indiens ne sont pas dans le salariat.

25:08
Locuteur

C

25:08
Invité

'est le secteur informel. Et même dans les services de pointe. Donc, effectivement, vous avez cette incroyable quête de l'emploi public,

25:16
Locuteur

mais

25:17
Invité

qui va de pair avec la réduction, de toute façon, des emplois en général,

25:22
Locuteur

et

25:23
Invité

notamment du fait de l'arrivée de l'intelligence artificielle.

25:27
Locuteur

parce

25:28
Invité

que dans le secteur informatique qui est quand même le fleuron de l'économie indienne, l'IA fait des ravages et les grandes entreprises sont en train de

25:36
Locuteur

réduire

25:37
Présentateur

leurs effectifs. Avec un problème du chômage des jeunes et des jeunes diplômés, 20% des diplômés entre 25 et 29 ans chôment en Inde. pourquoi ?

25:48
Locuteur

Alors,

25:49
Présentateur

ils ont dû

25:50
Locuteur

de

25:51
Invité

plus en plus payer les études très chères. Puisqu'il

25:54
Locuteur

y a

25:54
Invité

une privatisation, là, on retrouve un phénomène assez général.

25:58
Locuteur

Que l'on connaît.

25:59
Invité

Exactement. Le secteur public était en Inde, le secteur de l'enseignement supérieur public était en Inde, la voie royale vers un bon emploi.

26:08
Locuteur

Le

26:09
Invité

désinvestissement de l'État les a obligés, a obligé les familles à se tourner vers le privé. Et on a vu fleurir les universités ou les colleges privés qui font payer des frais d'inscription quand même très élevés, donnent des diplômes

26:28
Locuteur

assez

26:28
Invité

douteux quant à leur qualité et le jeune arrive sur le marché du travail, il s'est endetté,

26:35
Locuteur

il

26:36
Invité

lui faut trouver un bon emploi pour payer cette dette,

26:40
Locuteur

il

26:40
Invité

n'y

26:40
Locuteur

en

26:40
Invité

a pas énormément, il attend.

26:42
Locuteur

Et

26:43
Invité

c'est aussi pour ça que vous avez ces chiffres. Les jeunes sont en attente d'un bon emploi et ils ne le trouvent pas. Pour finir,

26:50
Locuteur

ils

26:50
Invité

se résignent, le taux de chômage des jeunes diplômés chute après 25 ans parce qu'il

26:53
Locuteur

y a

26:53
Invité

un moment où il faut bien quand même gagner sa croûte.

26:56
Présentateur

Justement parce que là on retrouve et je pense que tous les deux vous aurez des choses à nous dire à cet égard, on retrouve la thèse de Peter Turkin sur la surproduction d'élite, Peter Turkin et donc ce théoricien c'était un biologiste mais maintenant il s'est reconverti, lui a réussi à se reconvertir en essayant donc d'expliquer sociologiquement la colère qu'on voit monter un peu partout par le fait qu'un grand nombre d'élites ne trouvent pas de déboucher, c'est particulièrement le cas en Inde. Oui, et

27:32
Locuteur

là

27:33
Invité

vous avez un effet aussi de circonstance.

27:35
Locuteur

Les

27:36
Invité

années 2000 c'est une croissance à deux chiffres en Inde

27:39
Locuteur

et

27:40
Invité

tout le monde pense que le ticket

27:43
Locuteur

pour

27:43
Invité

rentrer dans l'élite justement c'est l'éducation

27:46
Locuteur

et

27:47
Invité

on va s'investir on va investir beaucoup de son épargne dans l'éducation et tout ce secteur privé que je décrivais va offrir des diplômes et on va voir le nombre des diplômés exploser littéralement. Sachant qu'ensuite il

28:00
Locuteur

n

28:00
Invité

'y

28:00
Locuteur

a

28:00
Invité

pas les emplois qui sont promis ou qui sont attendus d'autant que la conjoncture économique a quand même été à la dégradation depuis

28:08
Locuteur

on

28:09
Invité

va être depuis le milieu des années 2000 depuis 10 ans vous avez eu la démonétisation vous avez eu le Covid et donc vous avez ensuite une reprise en cas on dit aujourd'hui c'est le K-shape

28:18
Locuteur

il

28:19
Invité

y a une partie qui s'en sort bien qui retrouve après le Covid un bon niveau de vie et puis vous avez une partie au contraire c'est la branche basse du cas qui se

28:27
Présentateur

paupérisse. Alors là c'est particulièrement le cas Yann Algan aussi en France alors vous êtes enseignant à HEC les étudiants d'HEC n'ont généralement pas de problème d'insertion dans le marché du travail mais beaucoup d'étudiants ont en revanche des problèmes d'insertion beaucoup d'étudiants en sciences humaines beaucoup d'intellectuels qui sont prolétarisés la notion d'intellectuel prolétaride est de plus en plus exacte et ça c'est un phénomène qui nourrit quand même la colère à juste titre.

29:01
Locuteur

Oui

29:02
Invité

tout à fait justement dans cette enquête avec Olivier Galland et Marc Lazare on mesurait donc c'était une enquête à l'Institut Montaigne sur la relation des jeunes au travail et ce qu'on montrait c'est que en fait le sentiment de frustration entre ce que les étudiants cette jeunesse attend d'un job et de la réalité du job

29:26
Locuteur

est

29:27
Invité

vraiment très importante surtout pour les étudiants en sciences sociales beaucoup plus importante pour ces étudiants là et on vient effectivement de ce décalage avec le sentiment un peu de prolétarisation et encore plus ensuite de menaces avec Claude Code Claude fait très bien aussi des dissertations de philosophie et autres mais pas juste du coding pas aussi bien que vous pas aussi bien que vous c'est clair

29:49
Locuteur

moi je suis pas philosophe

29:50
Invité

mais je dis juste que oui bien sûr et alors ce qui est il y a une deuxième chose qui est vraiment très très intéressante c'est que effectivement vous trouvez la frustration elle est un peu moins forte chez les

30:03
Locuteur

non

30:03
Invité

mais un peu moins forte chez les jeunes qui sortent de de lycées professionnelles technologiques mais ils veulent quand même aussi être bien préparés la frustration est très élevée chez les jeunes filles aussi c'est vraiment très étonnant et l'une de nos explications c'est que non seulement bon il y

30:18
Locuteur

a

30:18
Invité

eu l'épisode du Me Too du harcèlement mais aussi qu'elles rentrent en plus dans des métiers de service elles sont surreprésentées dans les métiers de service et vous avez des interactions directes avec le client donc le niveau de stress est beaucoup plus élevé dans ces métiers Christophe Jaffrelot je vous vois opiner

30:34
Présentateur

du chef

30:34
Invité

oui la donnée genre est tout à fait importante dans cette colère il faut distinguer les filles des garçons les filles sont aux avant-postes

30:44
Locuteur

et

30:45
Invité

on l'a retrouvé dans les manifestations aussi en France quand vous regardez les

30:48
Locuteur

images parmi les

30:49
Invité

personnes qui vont casser ou autres les filles étaient aussi présentes

30:53
Locuteur

et

30:53
Invité

en Inde et en Inde alors ça a été spectaculaire et la passionaria on peut dire aujourd'hui qui incarne le mouvement c'est Nea Bora qui est une très jeune syndicaliste étudiante

31:03
Locuteur

qui

31:04
Invité

alors aussi s'est élevée contre la répression parce qu'on n'a pas parlé de la répression mais elle a été absolument sévère et le 17 octobre dernier ils ont été molestés par la police le 17 octobre

31:17
Locuteur

oui

31:18
Invité

c'était une coïncidence

31:21
Locuteur

oui

31:21
Présentateur

non parce qu'on parle de colère de la jeunesse mondiale

31:24
Locuteur

tout

31:24
Invité

à fait c'est une vague malgré tout la globalisation est passée par là et on apprend des autres comment protester et comment réprimer alors la répression a été tellement sévère que les filles ont été victimes autant que les garçons et là Raoul Gandhi le chef de l'opposition a joué très finement parce qu'il a organisé des conférences de presse permettant aux filles

31:48
Locuteur

de

31:49
Invité

témoigner de la façon dont elles avaient été maltraitées et là vous avez quelque chose qui relève de on est au-delà de la question des étudiants on est sur la question de l'égalité des sexes

31:58
Présentateur

mais alors Narendra Modi le premier ministre indien a une politique

32:03
Locuteur

très

32:04
Présentateur

autoritaire très nationaliste très islamophobe dirait-on c'est l'ancien gouverneur du Gujarat qui est un état où il y a eu des émeutes un pogrom

32:17
Invité

un

32:18
Locuteur

pogrom

32:18
Invité

en 2002 il a présidé

32:20
Locuteur

à

32:21
Invité

des violences anti-musulmanes qui ont fait environ 2000 morts

32:24
Locuteur

est

32:25
Invité

-ce que ce

32:26
Présentateur

premier ministre qui conserve une forte popularité en tout cas aux dernières élections il les a remportés est-ce qu'il est désavoué par les jeunes

32:34
Locuteur

oui

32:35
Invité

il y a une vraie alors d'abord dérision à son égard et ça c'est totalement nouveau

32:42
Locuteur

parce

32:43
Invité

que

32:44
Locuteur

il

32:44
Invité

inspirait la peur

32:45
Locuteur

la

32:46
Invité

peur a changé de côté

32:47
Locuteur

et

32:48
Invité

ça c'est quand même l'effet de ces manifestations ils ont eu des caricatures de lui mais qu'on n'oserait jamais montrer sous nos latitudes

32:58
Locuteur

passant

32:59
Invité

toutes les lignes rouges

32:59
Locuteur

racontez-nous on est à la

33:01
Invité

radio oui mais le caractère sexuel de certaines d'entre elles de ces caricatures montrait combien eh bien on le conspuait véritablement

33:11
Locuteur

donc

33:11
Invité

oui il est encore populaire mais pas autant dans ces milieux et d'ailleurs dans les familles vous voyez maintenant une division entre les parents qui votent maudits et les enfants qui s'en détournent

33:22
Locuteur

je

33:23
Présentateur

ne veux pas du tout faire de parallèle parce que on sait toujours que les parallèles c'est compliqué et qu'on peut effectivement se louper là-dessus mais il faut quand même constater Yann Algan que cette colère de la jeunesse elle intervient en France alors même que nous avons un président particulièrement jeune ce n'était pas le cas en 68 je crois qu'il s'appelait général de Gaulle et qu'il avait un certain âge comment expliquer que les jeunes soient particulièrement en colère avec un

33:50
Locuteur

président

33:50
Présentateur

particulièrement jeune

33:53
Locuteur

bon

33:53
Invité

vous me posez un peu une colle je n'ai pas d'explication à ce paradoxe je pense très sincèrement

33:59
Locuteur

vous avez une vision

33:59
Invité

politique non mais sur la vision politique donc le président d'une certaine façon essaye en même temps de réutiliser des codes plus de la jeunesse fait appel à des influenceurs fait appel à Hugo Décrypte pour essayer de reprendre la main je crois que ce n

34:16
Locuteur

'est

34:16
Invité

pas tellement une question d'âge ce qu'on constate dans la spécité française la critique principale qui est faite par les jeunes c'est un peu le sentiment de verticalité et que la démocratie fonctionne mal quel que soit l'âge du président au pouvoir mais ce qui me fascine aussi et je reprends ce que dit Christophe c'est ce qui est fascinant dans ce mouvement c'est effectivement que c'est un mouvement spontané ils se réunissent tous sur la bannière de One Piece le pirate de Netflix vous les retrouvez aussi bien dans les manifestations des flamants roses en Albanie au Pérou en Italie ou en France il n'y a plus de médiation traditionnelle de cette colère qui passait avant par des partis des associations des syndicats on n'a plus que les émotions et la colère elle est abrupte et ça c'est difficile de trouver un chemin ensuite alors moi il y a des

35:03
Locuteur

étudiants

35:04
Présentateur

qui me fascinent ce sont les étudiants serbes si vous voulez lire le plan des étudiants serbes qui ont renversé Vucic

35:10
Locuteur

vous

35:11
Présentateur

pouvez le trouver dans le grand continent qui a traduit ces revendications alors notamment il y a un point Christophe Jaffrelot ses étudiants expliquent que le savoir c'est le pouvoir ils veulent la fin des nominations politiques à la tête des institutions et des entreprises publiques ils veulent une réforme de l'éducation je les cite dépolitisation des programmes développement de l'esprit critique et gratuité des manuels scolaires dans le primaire et le secondaire et puis enfin économie de la connaissance ça fait partie donc des revendications des étudiants transition d'un modèle basé sur la main d'oeuvre bon marché vers un soutien accru à la recherche l'innovation et l'entrepreneuriat local

35:53
Locuteur

oui

35:54
Invité

alors on retrouverait tout ça en Inde on retrouve tout ça en Inde le premier point en particulier émanciper les institutions de la mainmise du politique et là en fait on voit combien cette vague

36:04
Locuteur

elle

36:05
Invité

succède à une autre vague la vague des nationales populistes qui ont quand même politisé l'administration de chacun de leur pays et ça a été Orban ça a été effectivement Vucic

36:15
Locuteur

voilà

36:16
Invité

exactement et Modi ne fait pas différemment il met

36:19
Locuteur

ses ordres surtout que

36:20
Présentateur

Vucic disons que le fait générateur de la colère c'est une catastrophe

36:26
Locuteur

dans une

36:27
Présentateur

gare donc une véranda qui s'effondre et là on découvre que la véranda a été faite par une entreprise

36:32
Locuteur

corrompue

36:33
Invité

corrompue parce que proche du pouvoir on retrouve cette question et d'ailleurs dans les manifestations indiennes

36:38
Locuteur

on

36:39
Invité

dénonce non seulement le pouvoir politique mais le pouvoir économique celui des chroniques capitalistes les chroniques qui ont fait leur

36:46
Locuteur

fortune chroniques ça veut

36:47
Présentateur

dire les corrompus

36:47
Invité

les copains

36:49
Locuteur

et les copains les

36:49
Invité

oligarques et aussi les médias et les médias ont été la cible de ces manifestations parce qu

36:56
Locuteur

'elles

36:56
Invité

sont trop proches du pouvoir

36:56
Locuteur

Stéphane

36:57
Invité

Robert

36:57
Locuteur non identifié

est-ce que selon vous il faut voir un lien entre toutes ces protestations une forme de conflit de génération d'une jeunesse qui dans le cadre d'une mondialisation qui modifie beaucoup de règles ne trouve pas sa place

37:10
Locuteur

Yann

37:11
Invité

Algan

37:12
Locuteur

en

37:12
Invité

deux mots oui il y a une spécificité générationnelle

37:17
Locuteur

mais

37:17
Invité

on voit bien et on a expliqué pourquoi parce que de toute façon c'est une jeunesse qui avant même de rentrer sur le marché du travail ou d'avoir un peu une promesse de mobilité une promesse d'égalité une promesse de reconnaissance de liberté a vu la marée de la prospérité se retirer sous ses

37:32
Locuteur

pieds

37:32
Invité

mais on voit bien que cette colère elle n'est pas juste générationnelle c'est une colère qui gagne mais l'ensemble des catégories sociales c'est ce que je disais au départ on a mesuré cette montée de la colère avec Stéphanie Stanchéva Thomas Renaud et Eva Davoine en mesurant tous les discours dans les médias dans les réseaux sociaux ou à l'Assemblée elle a plus que doublé et on voit bien il faut comprendre la spécificité de ce phénomène parce que on est dans un moment aussi où non seulement effectivement il y

38:03
Locuteur

a

38:03
Invité

une stagnation forte mais ce qu'on demande c'est plus de reconnaissance plus de liberté plus que les règles du jeu soient respectées mais aussi on ne trouve pas de débouchés à cette colère et c'est ça qui est spécifique plus de reconnaissance le mot est

38:19
Locuteur

important

38:20
Invité

pour l'Inde oui mais je reprendrai la question de Stéphane Robert qui est très importante je trouve effectivement on n'est pas seulement dans un fait de génération il y a probablement une convergence des luttes qui est à l'oeuvre les mouvements paysans sont à nouveau dans la rue la colère déborde le seul milieu étudiant et le vrai problème aujourd'hui on n'a pas le temps d'en parler mais c'est le passage aux politiques comment est-ce qu'on convertit tout ça en une transformation politique et dans le cas indien il faudra voir ce que le week-end qui vient nous réserve parce que les partis politiques saisissent l'occasion de mobiliser et d'organiser une grande manifestation pour la première fois toute l'opposition est unie contre le gouvernement

39:01
Présentateur

mais est-ce que justement cette opposition a une alternative à la politique de Modi puisque Modi est au pouvoir aussi depuis un certain temps oui

39:12
Locuteur

je

39:13
Invité

dirais c'est un peu ce que Peter Magyar offrait à la Hongrie on détricote tout un système de

39:19
Locuteur

contrôle

39:21
Invité

des institutions des médias ça c'est l'alternative et elle attire de plus en plus de monde c'est pas une promesse de prospérité parce que ça c'est au-delà de leur pouvoir mais au moins défaire ce qui a été mis en oeuvre depuis 12 ans

39:36
Locuteur

Christophe

39:37
Présentateur

Jaffrelot les paradoxes d'une nouvelle puissance l'ambition indienne votre livre publié aux éditions Talandier et Yann Algan on vous retrouve donc dans cette note que vous venez de publier au CEPREMAP HEC Paris ce que la colère des lycéens dit des colères françaises dans quelques instants le 8h 45 le journal de Marion Ferrer 5h 6h 7h 8h

40:01
Locuteur

8h