L'invité d'Apolline Matin : Aurélien Rousseau - 12/05
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC. Et est-ce que vous êtes inquiet ce matin ?
Alors, en tout cas, on est plus près qu'on ne l'était il y a six ans. Et je crois qu'on est tous, il y a le gouvernement qui doit s'adapter, il y a nous aussi citoyens. On a beaucoup d'incertitudes, donc on s'adapte. Et le point de départ qui est de dire qu'on met le niveau de contrôle le plus élevé pour protéger les populations. Et ensuite, on adaptera. Je pense que c'est la bonne porte d'entrée dans cette crise qui n'est pas encore une épidémie. Avec, encore une fois, plein de questions. Et le grand défi pour moi du gouvernement, c'est d'arriver à dire ce qu'il sait, à dire ce qu'il ne sait pas. Ça a été très précieux pendant l'épidémie de Covid.
Et, en effet, à moduler les réponses en fonction de ce que la science va nous apprendre au fur et à mesure.
La volonté hier, d'ailleurs, de la part du gouvernement, d'être entouré par les meilleurs spécialistes épidémiologistes, spécialistes des maladies infectieuses, qui d'ailleurs se réuniront plusieurs fois par jour, désormais, tant que la crise du Rhin. Crise, crise aiguë. Maladie qu'il ne faut absolument pas prendre à la légère. Est-ce qu'après le Covid, vous avez laissé, j'allais dire, la maison en ordre ? Est-ce qu'on en a tiré des conséquences, y compris dans l'organisation médicale ? Vous avez cette double casquette d'avoir été à la fois le ministre et le patron de l'ARS. On a beaucoup dit à l'époque qu'il avait fallu changer les méthodes de travail à l'hôpital.
Est-ce que l'hôpital français, aujourd'hui, est en mesure de faire face à cette crise ou à une autre, d'ailleurs ?
Alors, avant l'hôpital, ce qui est en ce moment même en cours, c'est tout ce travail, alors ça va rappeler à vos auditeurs des mots qu'on employait il y a quelques années, de contact tracing, c'est quoi ? On va déplier le plan de l'avion dans lequel sont partis des passagers de Saint-Hélène à Johannesburg. On va repérer si des Français étaient à proximité, ont eu le risque d'être...
Personne malade qui est décédée ensuite ?
Absolument, ont eu l'ARS décontaminée. Et les enquêteurs, parce que c'est le mot de l'Agence régionale de santé d'Île-de-France, parce que c'est concentré en France à l'ARS Île-de-France, vont téléphoner, appeler, classer le risque, donner les conseils. Voilà, donc on est dans la phase où on doit pouvoir étouffer le départ et la dissémination de ce virus.
Il y a ce qu'on fait, nous, et il y a les autres pays. Évidemment, c'est une question, Aurélien Rousseau, puisque, au fond, ils étaient au départ tous sur ce bateau, qu'ils ont, pour des raisons quand même assez étranges, été ensuite dispatchés dans les différents pays. Alors on dit que c'est parce que peut-être l'OMS n'avait plus les moyens aujourd'hui d'envoyer un bateau frère, en quelque sorte, qui vienne aux côtés du bateau de croisière, qui soit un bateau hôpital, pour pouvoir y accueillir les différents malades. Bref, aujourd'hui, ils sont chacun dans leur pays. On voit qu'aux États-Unis, le protocole n'est absolument pas le même qu'ici.
Il y en a d'autres qui vont arriver en Australie dans les heures qui viennent. Le protocole sera encore différent. Est-ce qu'on n'a pas pris un risque en ne coordonnant pas, au niveau mondial, la réponse ?
Mais là, il faut être clair. C'est vraiment aussi, très directement, la conséquence de la confusion que font régner les États-Unis sur ces sujets. Ils ont quitté l'OMS. Donc oui, l'OMS a moins de financements. Aujourd'hui, le secrétaire à la santé américain donne des conseils qui sont pour le moins surprenants. Et après, soyons clairs, est-ce qu'on avait les moyens, en quelques jours, d'envoyer un bateau qui soit capable de prendre des malades qui sont susceptibles d'être réanimatoires, c'est-à-dire de nécessiter une prise en charge de réanimation en quelques heures ? Je ne suis pas sûr. Encore une fois, il faut, je pense, toujours se dire qu'on va tâtonner, mais on va adapter.
Aujourd'hui, l'essentiel, c'est effectivement la coordination et que tous les pays appliquent les mesures de contrôle les plus protectrices.
Avec une question qui est évidemment le temps d'incubation. 42 jours, c'est extrêmement long. Ça veut dire qu'on peut les tracer, mais ensuite, il ne faut pas les lâcher, en quelque sorte.
Oui, alors moi, je le dis, je ne suis pas médecin, je suis encore moins infectiologue.
Oui, mais vous connaissez parfaitement tous les rois de la santé. Parce qu'il y a... Ancien ministre et ancien patron de l'ARS.
Tout le monde l'est en ce moment. Voilà, donc je pense, en effet, le grand sujet, c'est de ne pas les lâcher, de ne pas les perdre, de les retrouver, de leur parler. Mais moi, pareil, dans une situation de crise comme ça, il y a d'un côté les dingues qui sont décapsulées. Donc là, sur les réseaux sociaux, vous avez tous ceux qui disent c'est un complot des laboratoires pharma, c'est un complot contre les Etats-Unis. Je voyais Dupont-Aignan, Philippot, c'est à tomber par terre. Les mêmes qui recommandent par ailleurs de supprimer les agences régionales de santé ou Santé publique France, les mêmes qui recommandent de supprimer l'ADEME qui travaille sur l'environnement. Ce sont les mêmes.
Mais nous, le gouvernement, nous, les politiques, on doit s'adresser aux citoyens qui ont légitimement, c'est légitime, d'avoir des questions, d'avoir des craintes. Le job du gouvernement aujourd'hui, mais de tous les politiques, ce n'est pas de dire c'est grave, c'est pas grave, c'est d'être au boulot pour protéger le maximum. Et en ce moment même, il y a des agents publics à Bichat qui ont pris en charge les malades, à l'hôpital Bichat à Paris,
à l'agence régionale de santé
d'Île-de-France qui font le tracing, le pistage, si je puis dire, de tous ces malades. Voilà, c'est on répond et on s'adapte. C'est ça et on dit en permanence la vérité sur ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas.
Dire la vérité sur ce que l'on sait et ce que l'on ne sait pas, on sent bien que c'est vraiment aussi une des leçons que vous avez tirées de la crise du Covid. Merci beaucoup Aurélien Rousseau, députée aujourd'hui Place Publique des Yvelines et vous êtes l'ancien ministre de la Santé, ancien directeur de l'agence régionale de santé d'Île-de-France pendant la crise du Covid.
Aurélien Rousseau