Karl Olive & Jean Garrigues - Le Barbier du matin du 08/07/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Avec nous tout de suite l'invité de Christophe Barbier, c'est le député Renaissance, Carl Olive.
Carl Olive, bonjour. Bonjour Christophe Barbier. Et bravo pour votre réélection dans la douzième circonscription des Yvelines, si je ne me trompe pas. C'est cela. Alors, quel regard portez-vous sur les résultats ? La gauche dit qu'elle a gagné, mais elle n'a pas de majorité absolue, et on ne voit pas comment elle pourrait installer un gouvernement qui tienne son motion de censure.
D'abord, Christophe Barbier, il faut se féliciter du fait que les Français se soient saisis de cet outil démocratique pour massivement aller voter. Ça n'était pas arrivé depuis 40 ans hors cohabitation. Ça, c'est pour moi le premier renseignement. Vraiment, le vainqueur pour moi, ce sont les Français hier. Le deuxième sujet, c'est qu'il faut être très humble par rapport aux résultats. Aujourd'hui, il n'y a pas du tout de majorité absolue.
Il n'y a pas un immense vainqueur comme c'était écrit, comme les commentateurs le disaient, avec l'injonction de voter pour telle ou telle partie la semaine dernière, puisqu'il y a trois blocs, avec un front de gauche, un front d'extrême droite et un front central. Et il va falloir, vous êtes un spécialiste de sport, j'ai envie de dire, jouer à l'Allemande, comprendre que la culture des coalitions, la culture des accords s'impose à nous, elle s'impose à nous parce que les Français le veulent.
Alors, ça veut dire que le Front populaire doit se scinder en deux. Vous pouvez-vous travailler avec la gauche républicaine et social-démocrate, pas avec la France insoumise ? Est-ce que ce Front populaire est capable de se scinder en deux ?
Vous avez tout dit, Christophe Barbier. Il n'est pas question, dans une alliance de la carte et du lapin, proposée par le Front populaire, de mettre en exergue la France insoumise. François Hollande, comme M. Glutzmann, la semaine dernière, n'ont cessé de dire, nous demandons à Jean-Luc Mélenchon de se taire. Et qui prend la parole à 20h02 hier ? C'est Jean-Luc Mélenchon, qui se croit d'ores et déjà Premier ministre parce que les députés de la France insoumise sont arrivés en tête. Donc, on voit bien que tout cela va faire long feu.
C'est la raison pour laquelle, moi, je pense qu'il faut que nous ayons un discours de rassemblement qui puisse être axé autour d'un bloc central élargi, depuis la gauche républicaine, vous l'avez dit, jusqu'à la droite républicaine. Je pense notamment à mes anciens collègues les Républicains, dont certains, une bonne partie, sont au milieu du guet aujourd'hui. Encore une fois, je pense qu'il y a beaucoup de choses qui nous rassemblent à côté de ce qui nous divise. Et ces résultats nous obligent au regard des Français.
Comment pratiquer ? Quelle méthode adopter pour faire discuter ensemble tous ces raisonnables, tous ces réformistes, de la gauche sociale-démocrate jusqu'aux Républicains ?
Écoutez, on a des réformes structurelles qui doivent être votées à l'Assemblée nationale. La première d'entre elles, en tout cas, pas structurelle, mais la première d'entre elles, c'est le prochain projet de loi de finances. Il va bien falloir montrer que le parti est plus important que le pays. On a eu le projet de loi sur les retraites. On a vu combien au forceps il avait dû passer. Je pense que si c'était le cas aujourd'hui et qu'on avait été plus habile dans la démonstration du faire savoir, et là, je le dis aussi à mes collègues de la majorité, l'ancienne majorité présidentielle, je pense que ce sont des projets qui devaient passer. Il va falloir être dans une culture nouvelle.
Je vous le disais Christophe Barbier, celle où il faudra proposer peut-être de passer par des accords, des accords peut-être texte par texte, mais les bonnes volontés doivent vraiment primer sur, encore une fois, l'obstacle parlementaire, les injonctions, les provocations, sans quoi tout ça n'aura servi à rien.
Pour finir, on a entendu hier Édouard Philippe dire qu'il ouvrait un chemin, Gabriel Attal dire qu'il n'avait pas choisi cette dissolution et qu'une ère nouvelle commençait. On a l'impression que dans la majorité présidentielle, l'après-Macron est quand même ouvert, direction 2027.
Christophe Barbier, on ne peut pas faire comme s'il ne s'était rien passé. Nous avons failli, dans un certain nombre de domaines, avec la majorité présidentielle, on a un logiciel à mettre en place. Ce logiciel, c'est les Français qui le souhaitent. Être plus proche d'eux, être plus au contact d'eux, que les Français valident un certain nombre de projets. Mais pour cela, il faut passer beaucoup de temps sur le terrain, à l'image de ce que font les maires.
Et ce n'est pas rien si Édouard Philippe, maire du Havre, Gérald Darmanin, maire de Tourcoing, et un certain nombre d'autres collègues maires aujourd'hui devenus députés, ministres, je pense aussi à Gérard Larcher, appellent, je dirais, à un vaste rassemblement qui va dépasser encore une fois les sensibilités politiques parce que c'est le pays, c'est la France, la belle France. On doit être fiers de la France. Il n'est pas honteux d'être français aujourd'hui. On n'est jamais aussi français que quand on est à l'étranger. Moi, je crois en notre France.
Eh bien, Karl-Olive, merci et bonne journée. Nous sommes maintenant en ligne avec Jean Garrigue. Jean Garrigue, historien, spécialiste de l'histoire politique et parlementaire française. Jean, devant quelle situation sommes-nous ? Ce n'est pas la troisième force de 1947 ? Est-ce que c'est le tripartisme ? Est-ce que c'est un retour à la quatrième, à la troisième ? On est perdu.
Oui, on est perdu, d'autant plus que cette structure ternaire qu'on retrouve, comme en 2022, n'est pas courante et n'est pas adaptée aux institutions de la Vème République. Il va falloir trouver, ça a été dit, il va falloir trouver de nouvelles manières de gérer cette situation. On l'a fait de manière un peu chaotique depuis 2022, mais là, on est vraiment au pied du mur.
On a ces trois forces d'importance égale et je ne vois pas d'autre solution que d'essayer de coaliser une partie de ces forces et essayer de trouver, soit texte par texte, soit sur une sorte de pacte de gouvernance à terme, de quoi, justement, gouverner, réformer, parce que les Français attendent de l'action et attendent que ce système-là fonctionne, même s'il n'est pas, je le répète, totalement adapté à la Vème République.
Quel type de figure politique pour mener un gouvernement dans ce genre de situation ? Est-ce qu'il faut plutôt chercher dans l'histoire des exemples de figures un peu molles et consensuelles, type Dr Cueil ? Est-ce qu'il faut au contraire des figures très fortes, type Léon Blum ?
Ça, c'est aussi quelque chose de compliqué. Léon Blum, la figure de Léon Blum s'impose parce que pendant deux ans, on a réfléchi à gauche à un accord et quelque chose qui, même si beaucoup de concessions sont faites de part et d'autre, est un accord solide. Il a duré ce qu'il a duré, mais c'était quelque chose qui était préparé de longue date. Aujourd'hui, on peut avoir l'impression d'avoir quelques concessions de part et d'autre, et donc d'avoir plutôt un tempérament consensuel, éventuellement quelqu'un qui ne soit pas totalement impliqué dans la vie partidale.
Quelqu'un qui soit plutôt au-dessus de la mêlée, éventuellement une personnalité de la société civile, comme on dit, mais ce qui est vraisemblable, c'est qu'en tout cas, il faudrait que ça soit quelqu'un qui ait une sensibilité, on va dire, de centre-gauche, qui marque, malgré tout, l'inflexion de ce qui vient de se passer, le petit leadership de la coalition du Nouveau Front Populaire, en tout cas quelqu'un qui aille plutôt de ce côté-là, pour montrer vraiment qu'on ne refait pas ce qui s'est passé depuis 2022, on ne peut plus garder à Matignon quelqu'un qui représente la coalition ensemble, ensemble, et donc voilà, il faut trouver une personnalité qui marque cette inflexion à gauche, mais en même temps qui soit capable de rassembler, peut-être même jusqu'aux frontières des Républicains.
De la droite.
Est-ce que ce Front Populaire peut être encore comparé à celui de 1936 ? Non ?
Non, il n'a aucun rapport avec celui de 1936 en réalité, ne serait-ce que parce que ces frontières allaient bien au-delà de 1936, avec le nouveau parti anti-capitaliste, un parti révolutionnaire qui n'a rien à voir par exemple avec un François Hollande à l'autre bout de la coalition.
Non, c'est quelque chose qui a été une alliance de circonstances, et les faits vont nous prouver, je l'imagine en tout cas, que cette alliance ne peut pas résister à l'idée d'une coalition, puisque la France Insoumise s'en est d'emblée exclue, et que Jean-Luc Mélenchon, on le voit, ne peut pas être, j'en ai l'impression, on va écouter les autres leaders de cette coalition, ne peut pas être leur candidat à Matignon. Donc, de facto, il y a quelque chose, en tout cas dans cette coalition, qui devrait se fissurer, une frontière qui devrait se créer.
Ce qui a marché hier, c'est le Front Républicain. Ce pays est quand même rétif à donner les clés à l'extrême droite, même si elle a le vent dans le dos.
Complètement, complètement. J'ai entendu pendant les deux tours, beaucoup d'observateurs qui ne croyaient plus au Front Républicain. On pouvait le comprendre, on pouvait le mettre en doute, puisque leur Assemblée Nationale a changé, ça n'est plus une extrême droite comme on l'a connue par le passé, mais force est de constater quand même que cette mythologie du Front Républicain, qui est plus qu'une mythologie, c'est une réalité politique, qui est ancrée dans notre tradition politique depuis le XIXe siècle. C'est quelque chose qui a commencé sous la Troisième République, avec les gouvernements de concentration républicaine, de défense républicaine.
Ce Front Républicain, il continue à fonctionner. Et c'est quand même l'enseignement majeur de ces élections législatives entre les deux tours. Le Front Républicain a fonctionné.
Eh bien, Jean Garrigue, merci beaucoup. Je renvoie à l'un de vos derniers livres, « Jours heureux quand les Français rêvaient ensemble ». On va voir si les jours heureux reviennent un jour. Jean Garrigue, merci, bonne journée. On l'experte.
Merci beaucoup, Christophe Barbion. On vous retrouve tout à l'heure à partir de 7h45. Votre invitée sera la constitutionnaliste...
Mélodie Mock-Gruet. C'est ça. Et nous aurons au téléphone bientôt Jérôme Gage.
Eh bien oui, ce sera à 7h20. Effectivement, on vous retrouve un petit peu avant. Je me suis un petit peu emballée un peu plus tard. Mais on vous retrouve évidemment à deux reprises, Christophe, ce matin. À tout à l'heure.
Karl Olive