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AutreFrance Inter — Le débat de midi (sur Site radio)· 31 juillet 2024 56 minContradictoireMixte

Urbains et ruraux : irréconciliables à jamais ?

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Locuteur non identifié

France Inter

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Présentateur

Bonjour à tous, très heureux de vous retrouver sur France Inter où la table du débat de midi vient d'être dressée. Alors le sujet fait l'époque, on en parle dans le débat de midi. Venez donc vous aussi profiter du festin en nous laissant messages et notes vécales sur le WhatsApp de l'émission au 01 45 24 7000. Aujourd'hui, on passe directement au plat de résistance puisque nous allons parler de cette France coupée en deux, les ruraux et les urbains. Alors on aurait pu penser que la différence se résorberait avec le temps et notamment Internet. C'est vrai, nous avons tous la même connexion, le même accès à l'information, sauf dans les zones blanches.

Et oui, je peux liker sur ce chat qui fait du skateboard, que j'habite à Lyon ou à Saint-Laurent-des-Gouzes. Mais tout cela n'était qu'un leurre en fait, puisque les dernières élections européennes et législatives ont montré une nouvelle fois que l'on votait davantage pour le rassemblement national dans les zones rurales et périurbaines que dans les métropoles. Une fracture visible aussi au niveau de l'accès aux services publics, mais également culturels. Certains films détestés à Paris sont plébiscités, loin des grandes villes. Comment interpréter ces différences et pourquoi n'arrivons-nous pas à combler ce fossé ?

Alors parfois on se dit que tout va bien quand certains quittent la ville pour s'installer à la campagne. Et cette phrase, lors du premier réveil, c'est calme ici, ils ne connaissent pas leur bonheur. Avant qu'un clocher, un coq, une moissonneuse batteuse viennent agresser l'oreille du néo-rural. Désormais même une loi vient régler ces problèmes de voisinage. Que vous soyez citadin, rural, néo-rural ou rurbain, comme la langue française est riche de jolis mots, n'hésitez pas à venir témoigner. Ruro, urbain, un pays irréconciliable. Notes vocales et messages sont les bienvenus au 01 45 24 7000. Le débat de midi est à l'Sana Pacaro pour nos méninges. Ça commence tout de suite.

Et pour en parler, nous avons en studio Guillaume Faburel. Bonjour. Bonjour. Vous êtes géographe, professeur à l'Institut d'urbanisme de Lyon, à l'Université Lumière Lyon 2, auteur de « Indécence urbaine pour un nouveau pacte avec le vivant ». Également, grâce aux moyens de France Bleu, Loire, Océan, Valérie Joussaume. Bonjour. Bonjour. Vous êtes enseignante, chercheuse à l'Institut de géographie et d'aménagement de l'Université de Nantes, autrice d'un nouveau récit des campagnes, Plouk Pride, édition de l'Aube. Également, Martial Foucault, bonjour. Bonjour. Vous êtes politologue, professeur à Sciences Po et ex-directeur du CEPIPOF, le centre de recherche politique de Sciences Po.

Votre livre « Les mers au bord de la crise de nerfs » aux éditions de l'Aube 2020. Et puis, aussi, alors là, cette fois-ci, on déploie des moyens pour cette émission incroyable, grâce aux moyens de France Bleu Isère. Fanny Lacroix, bonjour. Bonjour. Alors, vous êtes maire de Châtel-Entrieff, petit village de 260 habitants. 500. 500 habitants. 500 habitants, maintenant.

3:02
Invité

Un tout petit peu plus grand.

3:03
Présentateur

Oui, oui. En une nuit, ça a progressé. Dites-moi, de moitié, c'est incroyable ce qui se passe chez vous, dans l'Isère. Alors, autant le dire, Fanny Lacroix, vous deviez être en studio avec nous et vous étiez à Lyon. Et c'est vrai que vous êtes en plein dans l'actualité, puisqu'il faut le dire, il n'y a plus de train. En ce moment, le trafic a été interrompu entre Lyon et Paris en raison des orages. Donc, bon courage si vous nous écoutez, notamment si vous êtes à Lyon ou si vous êtes à Paris, vous devez vous rendre dans les deux départements. Mais justement, on parle de la différence, la ruralité et urbain.

Fanny Lacroix, est-ce que le problème que vous avez rencontré ce matin, pour vous, c'est une illustration de ce que vous rencontrez tous les jours ?

3:38
Invité

Oui, ça peut l'être. Effectivement, je suis allée jusqu'à Lyon. Pas de TGV à Lyon. Ce n'est pas très grave. On est retournés à Grenoble. France-Bleu-Isère est très, très bien. J'ai retrouvé des équipes locales. Donc, ça montre qu'il faut une France qui se vient territorialiser. Donc, je pense que c'est un peu tout le sujet de nos échanges.

3:55
Présentateur

Oui, c'est ça. Notamment au niveau des services publics. On va en parler dans un instant. Mais juste au départ, pour commencer, Martial Foucault, j'ai un peu caricaturé exprès dans ma présentation ce qui pouvait se passer au niveau politique, notamment lors des dernières élections européennes et législatives, où on dit que le RN a fait main basse sur la ruralité. Vous qui vous intéressez et analysez la politique, est-ce que c'est une réalité ?

4:19
Intervenant

Oui, on peut effectivement regarder d'un point de vue cartographique ces nombreuses cartes qui ont été publiées par plusieurs médias. et qui tendaient à laisser penser que la France était tombée dans les mains du RN parce qu'on a vu ce gradient de couleur, où l'ensemble des communes avait finalement pu observer que les listes du RN aux élections européennes ou aux élections législatives étaient arrivées en tête. Bon, il y a un effet trompe-l'œil dans cette manière de représenter géographiquement et cartographiquement la poussée du vote du RN. Il ne s'agit pas de contester que le RN a progressé. Oui, il a progressé dans les zones rurales.

Moi, quand j'emploie l'expression de zones rurales, ce sont des zones faiblement denses. C'est-à-dire que la densité de population est très très faible. Il y a une progression. Mais en réalité, je crois que l'erreur d'analyse qui a pu être commise ici ou là, c'est de considérer que c'est le territoire qui est explicatif de la poussée du RN. Or, quand on regarde les choses un peu plus finement, la composition sociale de ces territoires, on observe qu'il y a très très peu de différences à niveau d'âge, à niveau d'éducation, à catégories socioprofessionnelles identiques entre l'urbain et le rural. On n'a pas de poussée du RN.

Et donc, ça serait une erreur d'assigner le territoire comme étant responsable de la montée du RN. Ce qui ne veut pas dire pour autant, c'est là où il faut être très prudent, que le RN n'a pas progressé. Oui, il a progressé, mais pas pour des raisons d'assignation du territoire.

5:53
Présentateur

C'est ça, Guillaume Faburel, on a souvent tendance à un peu schématiser, quand on parle de politique et de territoire.

5:59
Invité

Oui, la seule chose, c'est que du coup, je vais peut-être inscrire une petite contradiction. Vous en prie ? En tant que géographe de formation, je pense que les territoires ont une influence. La seule chose, c'est qu'on ne regarde pas peut-être les bons indicateurs. En termes de conditions de vie, de niveau de ressources, de rapport à l'emploi, il y a bien des données essentielles qui viennent expliquer tout cela, mais parce qu'on n'a pas des indicateurs suffisamment fins pour voir ce que localement, la proximité peut aussi produire, comme rapport aux politiques et comme type de comportement.

Les cartographies, dont parle le collègue, montrent aussi que vous avez quelques résistances à plusieurs endroits qui renvoient à des territoires qui se sont un peu autonomisés et qui, en fait, ont de vieux ferments de solidarité, ont des sentiments de communauté. Il y a encore de l'emploi qui peut y être représenté. Mais tout enfermer dans l'économie et dans l'emploi me semble être un tropisme très sociologique au détriment d'une lecture géographique qui manque aujourd'hui de subtilité pour véritablement faire aussi des territoires des leviers.

6:53
Présentateur

Oui, c'est ça. Valérie Joussaume, je rappelle que vous êtes enseignante chercheuse à l'Institut de géographie. On parle juste pour lancer ce débat de politique. Vous-même, vous avez l'impression que la ruralité comme l'urbain, c'est une notion politique ?

7:06
Invité

Oui, tout à fait. Alors, moi, je suis assez d'accord avec les deux intervenants.

7:10
Présentateur

Donc, Martial Foucault et Guillaume Fabiorello. Tout à fait.

7:13
Invité

Parce qu'en effet, ce n'est pas le territoire en lui-même, ce n'est pas l'ère de la campagne qui encourage un vote pour le Rassemblement national. Ce sont les groupes sociaux qui sont présents en plus grande proportion. Ce sont les groupes sociaux plus défavorisés, les groupes sociaux qui travaillent, les groupes sociaux finalement qui sont le plus soumis à la mondialisation et ses effets néfastes, qui vont se sentir un peu délaissés, qui peuvent avoir tendance à aller vers un vote du Rassemblement national. Et ce n'est pas proprement lié au territoire, au sens spatial. Mais je suis aussi d'accord avec Guillaume Fabiorello.

C'est-à-dire que c'est au niveau des territoires que peut se mettre en place, ou pas, une résistance à ces effets délétères de la mondialisation. Ce que l'on voit, enfin, moi, l'observation que j'en vois, c'est que les territoires qui ont été soumis le plus précocement à la mondialisation et à la modernité salariale, etc., sont les territoires qui ont été le plus précocement touchés par le vote au Rassemblement national. et les territoires qui sont restés le plus longtemps, on va dire, dans un jus un peu paysan, qui ont accédé, au fond, à une forme de modernité un peu tardive, eux, sont moins sensibles à cela. Moi, je suis de l'ouest de la France.

On constate que l'ouest de la France, qui est resté dans son jus paysan jusque dans les années 80, qui fait partie des territoires qui ont été conquis le plus tardivement par l'hypermodernité, eux, ils sont encore dans l'homme qui croit en l'homme. C'est-à-dire qu'ils sont encore dans la foi, dans le progrès. En revanche, on voit que dans tout le Nord-Est, qui a été industrialisé le plus précocement et abandonné par l'industrie au moment des délocalisations des années 80, a été le plus précocement touché par cette désespérance.

8:59
Présentateur

Alors ça, c'est vrai, Valérie Jousseau, mais juste pour aller dans votre sens, il est vrai aussi que quand on a vu le résultat des élections européennes, tous les territoires aujourd'hui étaient touchés par le vote du Rassemblement national, y compris en Bretagne. Et aux élections législatives, c'est vrai qu'on a vu plutôt les métropoles voter à gauche ou majorité présidentielle et les territoires ruraux plutôt au Rassemblement national.

9:21
Invité

Tout à fait. On voit que malgré tout, le vote Rassemblement national que moi j'interprète comme un vote de défiance vis-à-vis des pouvoirs économiques dominants se déploie. Et ça n'a rien d'extraordinaire que de constater que les métropoles qui sont les gagnantes du système capitaliste tardif actuel sont plutôt favorables au système alors qu'on voit se déployer des votes d'opposition mais je dirais même peu importe au fond quel est le parti du moment que ce soit un vote de défiance à l'égard du pouvoir. Protestataire. Tout à fait.

10:04
Présentateur

Martial Foucault, vous voulez réagir ?

10:06
Intervenant

Oui, sur le vote des métropoles, je rejoins ce qui vient d'être dit à l'instant. Mais il y a quand même une nuance. Moi j'ai été frappé à l'issue du premier tour des élections législatives d'observer qu'on a davantage un clivage entre les gauches, le bloc de gauche avec cette coalition du nouveau Front populaire et le Rassemblement national conduisant finalement à la droite de gouvernement les républicains à perdre sa présence dans les grandes métropoles et finalement pour la majorité présidentielle être réduite à une portion congrue.

Et on a des phénomènes nouveaux c'est la première fois que j'ai pu observer cela des grandes métropoles Toulon, Nice, Aix-en-Provence, Marseille et même Dijon au premier tour le Rassemblement national dépassant les 20% et atteignant à Toulon 42% à Nice 41%. Donc il y a bien aussi au sein des métropoles un levier autre que simplement la composition sociale qui favorise la montée du Rassemblement national quand bien même ces métropoles auraient pu finalement réussir à absorber ce mouvement de mondialisation.

11:12
Présentateur

Alors je voudrais justement vous faire écouter un son, c'est celui d'un conseiller à l'époque socialiste témoignage de Romain Delamotte qui est conseiller municipal socialiste à Doulon c'était en 2022 lui c'est dans la Somme et c'est un son issu d'un reportage de l'émission C'est dans l'air et voilà lui comment il définit son territoire puisque c'est le mot utilisé aujourd'hui et notamment son abandon de la part des services publics qui seraient, comme on peut dire du carburant pour les extrêmes.

11:43
Invité

Si on veut aller à Arras il faut compter en moyenne une heure et demie de bus et vous voyez il n'y a qu'un bus le matin qui part à 6h15 L'autoroute on a compris qu'on ne l'aurait jamais en plus on nous retire ces services publics donc on a l'impression oui qu'on nous laisse mourir en fait à petit feu dans notre secteur Cet abandon des territoires ruraux ça fait des années que moi j'en parle déjà lors des dernières présidentielles législatives le RN était fort et il y a eu même plusieurs écrits où j'ai dit mais ne nous laissez pas ne nous abandonnez pas aux mains du RN parce que ça ne sera jamais la solution

12:21
Présentateur

Voilà ça c'était donc en 2022 depuis le Rassemblement National à donc 3 députés dans la Somme Fanny Lacroix est-ce que ce le témoignage ce témoignage donc de ce conseil municipal en 2022 résonne encore chez vous aujourd'hui ?

12:34
Invité

Oui totalement l'absence ou le retrait des services publics est quelque chose qui marque les territoires ruraux de manière très forte alors on peut se dire que ça alimente le vote du Rassemblement National et à certains endroits aussi il y a une certaine flamme municipaliste qui se réveille avec ça moi c'est un petit peu ce récit là que j'ai envie de porter aujourd'hui c'est à dire qu'on peut avoir ce récit des fractures on ne sait pas trop bien où ça va aller mais donc moi je suis aussi originaire du milieu urbain et j'ai vécu par la découverte de mon village un fonctionnement de petite commune rurale qui porte l'espoir de plus de cohésion nationale et qu'est-ce que c'est l'histoire de ce village qui est aujourd'hui le mien où je suis maire et bien c'est l'histoire d'une communauté qui sait réagir par rapport à la fuite des services publics en 2016 Cordéac qui est un petit village à côté du mien apprend la fermeture de sa classe unique Saint-Sébastien le village qui a fusionné avec Châtel-Antrieff d'où les 500 d'un coup c'est que vous n'avez pas bien sûr j'avais pas noté ça la création de la commune nouvelle avait aussi perdu son école 40 ans en arrière et en fait c'est ces deux bourgades qui avaient perdu école les petits commerces les auberges et en fait il y a un moment où il y a eu un réveil citoyen de se dire c'est pas parce qu'on est petit qu'on n'a pas le droit à l'existence c'est pas parce qu'on est petit qu'on n'a pas le droit à avoir une vie digne et à faire société ensemble et d'un coup donc il y a eu ce réveil citoyen sur Châtel-Antrieff la création d'une commune nouvelle pour redessiner la carte scolaire et sauver son école ça a inspiré le film des petites victoires ensuite il y a eu toute une dynamique autour de ça pour créer un café épicerie associatif créer des jardins partagés où on regagne l'espace public voyez cette réappropriation de la place publique c'est exactement ça aujourd'hui moi qui m'intéresse et je crois que loin d'une erreur organisationnelle les petits villages de France sont porteurs pour l'ensemble de nos pays de cette espérance de refaire monde ensemble et c'est là où ça devient intéressant c'est-à-dire qu'au-delà du vote RN il faut avoir une lecture peut-être un peu plus positive regarder ces tiers-lieux regarder ces territoires qui se font avec les gens et je crois que c'est très universel parce qu'on observe la même chose dans les quartiers moi aussi c'est ça je voudrais casser un petit peu cette image qu'on aurait entre la ville et la campagne les quartiers et les villages et donc moi je connais par exemple Alassane Adialo qui est un acteur formidable du quartier de Lanoue à Bagnolet et il fait exactement la même chose à Bagnolet que nous on fait à Châtel-Antrieve c'est-à-dire qu'il investit une ressourcerie qu'il devient une boîte à rythme il crée une école de musique pour les gamins et ensuite c'est un four itinérant qui s'est mis en place et qui va de quartier en quartier comme nos fours banaux ici à Châtel-Antrieve qu'on est en train de réinvestir avec les habitants et ça je crois que c'est une note formidable d'espérance c'est là-dessus là où on arrive à construire le monde qui nous appartient à l'échelle locale et cette grande déconnexion avec le grand tout qui nous échappe et je crois aujourd'hui que la fracture elle est là entre un local où on peut prendre son destin en main et quelque chose de plus vaste qui nous appartient plus malheureusement

15:32
Présentateur

Alors vous aussi vous pouvez bien sûr réagir sur le WhatsApp de l'émission au 01 45 24 7000 mais Guillaume Faburel si on va un peu plus loin que le simple côté politique et différence par rapport au scrutin est-ce que quand on voit aujourd'hui ces villes qui s'étendent de plus en plus notamment avec ces zones pavillonnaires qui accompagnent qui sont de sorte d'appendices urbains est-ce qu'on a pensé à un moment qu'à partir du moment où on étendait la ville on apportait finalement toute la ville et tous les services de la ville à la campagne ?

16:00
Invité

Oui en tout cas considérer la ville dans un processus d'urbanisation généralisée comme le foyer la lumière de là où vient le progrès la création l'innovation c'est l'épopée des villes c'est le temps civilisationnel on a quelques millénaires derrière nous avec ça donc du coup c'est peut-être ça aujourd'hui la question qui est posée parce qu'en fait ça s'est fait au détriment justement des campagnes et des ruralités Valérie a déjà commencé à parler des paysanneries voilà l'ensemble des ruralités et des campagnes ont été faites à la main de la grosseur urbaine et de l'extension métropolitaine les 50 dernières années sont caricaturales sous cet aspect là et dramatiques écologiquement les hectares fantômes les serviteurs mécaniques les esclaves énergétiques enfin bon bref pour tous et toutes être réunis au même endroit y compris par un pays urbain qui s'étalerait tout ça fait partie de la métropolisation il faut faire venir de très très loin exploiter l'ensemble des terres polluer un certain nombre de sols il faut tout exploiter d'ici comme d'ailleurs donc là on a quand même contrairement peut-être au discours politique j'entends bien de Fanny notamment qui vise à dire que les solutions pourraient se trouver dans les quartiers et aussi dans les petites ruralités il y a quand même un vieux partage du monde qui est celui que le progrès la lumière que la mosaïque des mondes sociaux que l'émancipation individuelle viendrait de notre trajectoire urbaine et particulièrement métropolitaine sauf qu'aujourd'hui les villes elles sont annoncées en tout cas dans nos contrées et nos écosystèmes avec 45 et 50 degrés et c'est pas le jour d'aujourd'hui qui va démentir ce que je viens d'annoncer et je ne dis rien je ne fais que reprendre les données il y a des villes qui s'enfoncent sous le poids du béton les 100 premières villes de France ont 3 jours d'autonomie alimentaire bref il y a des petits soucis écologiques quand même annoncés je pense t'apprendre rien à personne là-dessus et c'est là où le lien à ville-campagne il va devoir évoluer est-ce dans une mutualisation moi je pars du principe que les villes ont tellement été les gagnantes de l'histoire et ont tellement colonisé asservi domestiqué les campagnes qu'elles vont d'abord en rabattre un peu sur leur supériorité et qu'il va falloir retrouver un mode opératoire qui soit un peu plus équilibré un peu moins asymétrique parce qu'on est bien dans cette réalité-là et le périurbain est une hybridité un entre-deux mais qui en fait est le pur produit des 50 dernières années de la métropolisation donc de l'urbanisation forcée et tout ça est une oeuvre du capital on ne va pas non plus se mentir sur les mécanismes économiques qu'il y a derrière donc voilà ce qu'il nous faut affronter et je ne suis pas certain que le compromis qui nous est proposé comme si on était des amis pour la vie et qu'on faisait abstraction de l'histoire allait se faire aussi facilement je crois qu'il y a aussi de ça dans le vote et dans les résultats que nous avons vécu

18:29
Présentateur

Martial Foucault quand on voit aujourd'hui on parle de fractures récurrentes en France et notamment pour vous elle existe toujours cette fracture entre urbains et ruraux ?

18:39
Intervenant

Oui elle existe selon en fait plusieurs lunettes que l'on peut prendre je rejoins ce que vient de dire Guillaume Faburel parce qu'au fond c'est aussi un enjeu de politique publique cette métropolisation à marche forcée c'est aussi le résultat d'une action publique de choix de gouvernants successifs avec peut-être une théorie qui a pu séduire un certain nombre d'acteurs dans ces métropoles mais aussi de l'extérieur qui est cette fameuse théorie du ruissellement l'idée que la production des richesses concentrées dans des unités urbaines de plus en plus grandes nécessairement profiterait à l'ensemble du territoire avoisinant et voire même un peu plus loin sur des territoires moins denses cette théorie se révèle aujourd'hui plus que elle n'a pas permis de contrer ce que vous évoquiez c'est-à-dire un délitement du service public dans des zones rurales une disparition aussi je dirais de forme contrairement à ce que disait Fanny Lacroix c'est-à-dire que bien sûr ça oblige un certain nombre de maires à redoubler d'efforts pour maintenir des sociabilités maintenir du lien social et qui ne peut pas être simplement le produit du ruissellement et de mon point de vue là si je reprends la lunette politique je pense qu'on aurait tort de considérer que les électeurs les citoyens qui votent le Rassemblement National dans des zones rurales seraient simplement des électeurs qui viennent contester ou je dirais espérer dans le Rassemblement National une promesse d'un monde meilleur pour eux-mêmes demain non moi je pense que c'est pas cette dimension il n'y a pas une forme de déterminisme sociologique pour ces électeurs mais davantage je dirais des électeurs qui considèrent que cette évolution dans l'organisation du territoire produit du malheur et donc on a davantage un vote je dirais d'une classe malheureuse plutôt que d'une classe simplement ouvrière on a souvent dit le Rassemblement National c'est le parti des ouvriers donc je crois qu'il faut prendre ça dans son ensemble et c'est je pense que la part subjective et notamment le rôle des affects et des émotions est importante pour ces électeurs dans les territoires ruraux qui manifestent une forme de colère à l'endroit de cette assignation de cet isolement qui est le produit des politiques publiques successives depuis plus de 50 ans

21:11
Présentateur

allez on continue on continue à parler de ces fractures justement entre ruralité et urbain et notamment on le voit au niveau politique au niveau service public au niveau culture vous pouvez bien sûr témoigner au 0145247000 le whatsapp de l'émission en nous laissant vos notes vocales et messages mais avant ça allons rejoindre BB Club et oui c'est un nom de groupe BB Club qui nous emmène sur l'île au bleu

21:31
Locuteur non identifié

le débat de midi

24:55
Présentateur

le débat de midi nous parlons de cette fracture qui se creuse entre ruraux et urbains c'est ainsi qu'on en parle avec Guillaume Faburel géographe et professeur à l'institut d'urbanisme de Lyon Fanny Lacroix maire de Châtel en Trièves petit village de 500 habitants dans l'Isère Valérie Jossomme enseignante chercheuse à l'institut de géographie et d'aménagement de l'université de Nantes Martial Foucault également politologue professeur à Sciences Po et ex-directeur du Cevipof au 01 45 24 7000 le whatsapp de l'émission et bien vous avez déjà réagi alors il y a Jacques qui nous dit arrêtez de parler de territoire pour les provinces j'ai l'impression de vivre dans une réserve c'est vrai que le terme est toujours un peu terrible Didier qui nous dit alors justement la fracture entre ruraux et urbains nous dit il s'agit d'un double problème les ruraux voient les infos et ne veulent pas que la campagne devienne comme les banlieues et les néo-ruraux se sont installés en province pour offrir une qualité de vie meilleure ils n'ont pas les moyens de vivre au coeur de ville Maude nous parle de problèmes de la métropolisation dont vous parliez tout à l'heure Guillaume Faburel mais Valérie Joussaume je l'évoquais tout à l'heure dans mon introduction est-ce qu'on a eu aussi un fantasme au moment de se dire que les zones rurales et les zones urbaines tout le monde allait s'entendre à partir du moment où on avait tous une bonne connexion internet on avait tous accès à la même information donc on est tous égaux

26:19
Invité

oui alors moi j'ajouterais dans la compréhension de la problématique j'ajouterais une dimension culturelle en fait on n'en a pas parlé mais il est important de dire que la transition entre une France paysanne et une France moderne thermo-industrielle on présente souvent ça comme une gentille histoire socio-économique mais j'aimerais rappeler quand même que c'est aussi une grande violence culturelle c'est-à-dire que la culture moderne qui est une culture plutôt bourgeoise capitaliste urbaine industrielle a remplacé une culture antérieure qui était une culture paysanne et ce remplacement il est passé par une ringardisation une colonisation des esprits on a dit aux ruraux que leur langue était c'est la caricature du plouc la façon de manger la façon de s'habiller la façon de parler la façon de cultiver la terre la façon de construire les maisons était complètement un garde et donc ça a été quelque chose de très violent donc je pense on ne mesure pas l'ampleur

27:25
Présentateur

mais qui leur a dit ça ?

27:27
Invité

et bien en fait les états on va dire que à partir de la révolution française on peut dire que ce sont les pouvoirs bourgeois qui prennent le pouvoir et à partir de ce moment-là on va vers une modernisation au sens de transformation culturelle de la société et on pourrait dire que ça va jusque dans les politiques d'industrialisation de l'agriculture si vous voulez donc il y a toute cette histoire très violente en fait moi je dis le monde paysan c'est les colonisés de l'intérieur et on est tous au fond des enfants de paysans en France la plupart et donc aujourd'hui vous voyez tous ces échecs de la modernité et bien on va aujourd'hui revenir à des savoirs traditionnels aussi bien dans la construction et l'architecture avec des matériaux naturels des maisons en paille etc on va revenir à des pratiques agricoles de meilleure adéquation avec les écosystèmes on va reprendre des questions alimentaires on voit bien aussi que la santé elle est liée plutôt à des régimes alimentaires traditionnels qui sont spontanément bio de nature locaux et de saison et donc je trouve que c'est important quand on revient à ça d'avoir aussi cette humilité de dire voilà cette modernité avec son récit glorieux elle est dans des échecs et au fond les cultures paysannes qu'on a complètement dénigrées qu'on a traitées de plouc elles n'étaient pas aussi nulles que ça si on peut dire comme ça et il y a des mémoires aujourd'hui qui méritent d'être valorisées et s'il y avait un peu cette humilité je pense que ça serait positif

28:53
Présentateur

alors Fanny Lacroix je rappelle vous êtes maire de Châtel-en-Trieve est-ce qu'on a ce sentiment vous-même auprès de vos administrés de dire qu'il y a une sorte d'une forme de résistance qu'il y a une différence aujourd'hui toujours en France entre le monde rural et le monde urbain ?

29:09
Invité

Je dirais qu'il y a une comment dire on vient revisiter des choses anciennes comme le disait Valérie Jousseau mais qui nous semblent être tout à fait en fait en mesure de répondre à des problématiques actuelles je prends un exemple celle des communs c'est-à-dire que c'était plutôt un concept qui venait des métropoles et en fait nous on se rend compte en milieu rural que ça vient de chez nous cette histoire-là des communs parce qu'en fait on a juste appris à faire les choses quand on était peu nombreux par ses propres moyens et donc quand on regarde l'histoire des communs c'est l'histoire des canaux c'est l'histoire des alpages de comment est-ce qu'ensemble en fait on arrive à se mettre d'accord sur la gestion d'une ressource et à définir des règles d'usage commune donc vous voyez c'est intéressant et on fait ce travail-là à l'association des maires ruraux de France dont je suis la vice-présidente je m'occupe de la transition écologique on se réapproprie des concepts qui sont ceux de la ruralité et qui sont porteurs de solutions pour l'avenir

30:03
Présentateur

alors Guillaume Faburel je voyais ne pas être fortement content

30:06
Invité

j'étais juste que pour moi ça passait un peu vite sur les beaux communaux de la paysannerie les communs ne viennent pas que des mondes urbains mais du coup pour embrayer là-dessus moi je pose juste une question mais à tout le monde qui est de dire qu'est-ce qui a fait qu'on ait sorti des constructions de la communalité voilà si ce n'est le fait des grandes villes et des agglomérations c'est-à-dire que plus on est en juin pour le travail de se polariser et de se regrouper plus on doit déléguer par les savoirs de spécialisation et des techniques de traitement tout ce que il nous est requis pour pouvoir vivre ensemble et donc la question de la taille n'est jamais posée la question de la localité comme petitesse qui permet adaptation et réactivité je pense que c'est de ça aussi dont Fanny Lacroix est amenée à parler la question de la taille moi me semble devoir aussi être posée lorsque l'on parle de urbain rural et de capacité d'intervention ou de rapport aux politiques je pensais que j'ai commencé par l'autonomie

31:00
Présentateur

alors justement Fanny Lacroix vous lui répond

31:01
Invité

oui je voulais réagir là-dessus parce que pour moi il y a vous voyez pour moi moins que le clivage urbain rural ce qui se joue aujourd'hui c'est notre capacité à prendre en main notre destinée collective et à quelle échelle et en fait c'est vrai que c'est plus facile quand on n'est pas trop nombreux moi je l'ai vécu sur mon village c'est plus facile dans un village et à un moment il y a cette déconnexion de se dire on a beau mettre en place des solutions très vertueuses à l'échelle ultra locale quand on parle du national voire de au-delà ça nous échappe et moi je crois qu'il est là elle est là aujourd'hui la grande fracture et il y a un certain nombre d'éléments qui sont des points de sédimentation de ce sentiment d'impuissance pour moi il y en a trois le monde qui s'emballe qui s'emballe avec une incapacité pour fixer un horizon commun à l'échelle nationale et plus globale ça c'est le premier point le deuxième point c'est le personnel politique qui semble assez déconnecté de la réalité que nous vivons au quotidien c'est-à-dire on a un personnel politique qui ne nous ressemble plus et là je pense qu'il y a une question de représentativité qui est majeure et le troisième point c'est le langage je pense qu'il faut que nous parlions du langage on a un langage ultra technique et ultra gestionnaire et là je pense que Guillaume Faburel pourra tout à fait rebondir là-dessus mais qui n'est pas le langage du politique qui n'est pas le langage du cœur qui devrait être un langage universel

32:12
Présentateur

c'est ce que nous dit d'ailleurs au 0145 24 7000 le WhatsApp de l'émission Astrid qui est enseignante en secondaire dans un milieu semi-rural elle nous dit en paupérisation et elle dit alors c'est assez intéressant elle nous dit je regrette la part énorme accordée à l'étude des villes dans les programmes scolaires actuels cela ne parle pas vraiment aux élèves d'autre part la faiblesse des transports est cruelle pour qui veut faire des études tout le monde n'a pas accès à l'internat alors c'est ça qui est aussi intéressant Martial Foucault parce qu'on voit véritablement de vraies fractures tout à l'heure je plaisantais un petit peu par rapport à internet mais il est vrai qu'aujourd'hui quand on voit l'importance d'internet dans nos vies quand on voit qu'il y a encore des zones blanches quand on sait qu'il y a certains opérateurs à la téléphonie qui ont été frappés par des attaques et que les premiers touchés ce ne sont pas forcément des habitants des grandes villes mais des habitants en zone rurale et puis je voudrais juste vous soumettre une dernière chose c'est l'association des maires ruraux de France justement qui a publié l'année dernière un rapport sur les inégalités dans l'accès aux soins et on y apprend que l'espérance de vie dans certains départements ruraux est bien inférieure à celle dans les territoires urbains on voit tout de même qu'il y a des vraies fractures encore aujourd'hui en 2024 dans le pays qui s'appelle la France oui

33:22
Intervenant

ce sont même des fractures qui ne cessent de progresser dans l'ensemble de ces espaces ruraux il y a un phénomène effectivement d'illusion d'avoir pensé que les nouvelles technologies le progrès technique permettaient de corriger de glisser en fait ce gradient entre urbain et rural ça ne s'est pas réellement produit je rajoute un point qui me semble aussi intéressant dans ce débat parce que ça vient d'être dit à l'instant par Fanny Lacroix sur la responsabilité politique dans ce qui a été presque une tradition française après la seconde guerre mondiale de l'aménagement du territoire aujourd'hui qui parle encore véritablement d'aménagement du territoire on a vu d'ailleurs une grande inventivité dans les intitulés des ministres responsables de question d'égalité territoriale de cohésion territoriale mais je dirais au final nous n'avons plus véritablement je crois qu'on peut parler de planification sur l'aménagement du territoire ça semble être totalement sorti de la matrice de l'action publique et puis je crois qu'il y a aussi un élément dans l'organisation du territoire en tout cas c'est une suggestion plus une réflexion qui est notre rapport à l'organisation du territoire nous sommes un pays très centralisateur et je crois comprendre dans les propos de Fanny Lacroix qu'il y a véritablement aujourd'hui un reproche fait à cette idée que l'on peut définir ce qu'est la bonne organisation les bons équilibres les bonnes sociabilités j'insiste sur ce point de Paris pour l'ensemble du territoire et donc il n'y a pas cette culture sans vouloir choquer en parlant d'une culture décentralisatrice mais à tout le moins de laisser cette capacité d'autonomie de responsabilité au plan local quand bien même on s'éloignerait d'un schéma national alors certes en France on est un pays héritier de cette tradition où c'est l'État qui a fait la nation mais on voit bien qu'aujourd'hui si on ne renverse pas en quelque sorte cette approche de l'organisation du territoire les inégalités que vous décriviez ne peuvent pas être renversées et quand on pense à l'enjeu environnemental je suis plutôt inquiet si je dirais l'approche n'est pas modifiée

35:35
Présentateur

mais Fanny Lacroix est-ce qu'il n'y a pas derrière tout ça quand même aussi un mouvement naturel il est vrai depuis le développement des villes tout simplement de partir là où il y a peut-être une réussite où il y a plus de travail peut-être plus un épanouissement où on va rencontrer aussi davantage de gens finalement ça a toujours été naturel vers ça d'aller vers là où il y a le plus une communauté humaine qui se regroupe c'est-à-dire les villes

35:58
Invité

ah non mais moi c'est tout l'inverse mon histoire personnelle c'est-à-dire que j'ai dû rencontrer mon village pour me construire individuellement donc je ne suis pas du tout d'accord avec votre vision des choses moi je me suis construite à la rencontre de mon village et j'en suis dans une forme de gratitude immense c'est pour ça qu'aujourd'hui je suis maire mais par contre je m'accorde sur ce que vient de dire le collègue précédent c'est-à-dire qu'il faut absolument une révolution de la proximité parce qu'il faut qu'on avance des pistes d'action il faut qu'on se mette dans une posture que ça aille mieux et cette révolution de proximité me semble absolument essentielle et pour ça il y a peut-être quelques éléments quelques pistes à creuser la première trouver une trame programmatique de ce nouveau contrat social il y a eu les cahiers de doléances au moment des gilets jaunes je le rappelle c'est aussi sorti d'une opération de l'association des maires ruraux de France mairie ouverte donc on a ouvert l'ensemble de nos mairies et donc il y a eu plus de 200 000 contributions écrites à la main dans près de 20 000 cahiers et 2 millions de contributions en ligne et puis ensuite il y a eu l'incendie de la cathédrale et bref le bilan n'a jamais été fait 5 ans plus tard on ne peut pas laisser ça comme ça on a la possibilité de construire j'en suis sûr les bases d'un nouveau contrat social je ne suis pas sûr que c'est un rapport

37:07
Présentateur

avec l'incendie de Notre-Dame le fait qu'on est véritablement pas intéressé qu'on ne soit pas intéressé au cahier des doléances ça n'a pas grand chose à voir

37:14
Invité

Emmanuel Macron avait annoncé faire une synthèse de ses cahiers jusqu'à ce qu'il y ait eu cet incident majeur et ensuite ça a été remis à plus tard et ça n'est jamais venu mais je veux dire il faut absolument que la ruralité se mette à faire de la politique au sens noble du terme et qu'on reprenne la main sur ce dossier là

37:30
Présentateur

une chose juste pour avoir rapidement Valérie Joussomme tout à l'heure Marcel Foucault en parlait de ces différents noms qu'il y a eu en plus sur l'aménagement du territoire aujourd'hui on parle de néoruraux de France périphérique de rurbains ce nouveau vocabulaire il est aussi difficile à comprendre pour beaucoup de monde

37:47
Invité

oui c'est ça c'est un peu un vocabulaire un peu technique technocratique qui éclaire pas tellement le débat moi je pense pour rebondir à ce qui est dit c'est qu'on pourrait dire qu'il y a un renversement des imaginaires en ce moment même ce que vous disiez tout à l'heure avec cette image de la ville comme un lieu de la liberté un lieu de plus d'avoir et bien c'était un peu l'idéal oui des 30 glorieuses on peut dire du 20ème siècle mais moi je pense qu'il y a actuellement un renversement des imaginaires où finalement l'espace de la liberté ça apparaît presque comme étant plus la campagne il n'y a qu'à voir Paris les images qui sont donnés de Paris actuellement par exemple avec tous tes grilles on voit bien qu'il y a un renversement imaginaire sur la liberté mais il y a aussi une aspiration à plus de qualité d'être et je pense que c'est ce que Fanny soulignait et que la campagne avec justement cette idée de la proximité peut apporter une amélioration de la qualité d'être des gens c'est à dire une protection de la santé une qualité relationnelle un peu plus personnalisée un engagement politique plus immédiat peut-être un sens aussi c'est ce que j'ai entendu dans ce que disait Fanny un sens à la vie qui peut-être est plus donné dans des collectifs plus petits que dans les très grandes métropoles

39:12
Présentateur

Marcel Foucault vous vouliez réagir

39:14
Intervenant

Oui je voulais simplement dire effectivement le concept de France périphérique que vous avez évoqué tout à l'heure qui a longtemps été discuté commenté moi je suis très mal à l'aise avec cette expression pourquoi ?

parce que l'on doit à Jean-Christophe qui laissait entendre qu'on avait des phénomènes politiques qui s'organisaient finalement au contour de ces grands centres urbains et que c'était la France la France abandonnée une France déclassée et qui selon lui expliquait la montée du vote Rassemblement National pour cette France je rappelle un point parce qu'il est essentiel peut-être que l'intuition peut paraître séduisante mais empiriquement cette France périphérique n'a aucune consistance c'est-à-dire que là où il y a de la précarité précarité sociale précarité économique ce sont précisément dans les centres urbains donc l'idée selon laquelle les centres urbains seraient cet écosystème où tout va pour le mieux est totalement fausse donc dans ces tentatives de catégorisation méfions-nous d'une trop grande simplification pour assigner socialement les personnes dans cette France périphérique et qui je crois correspondait plutôt à des villes moyennes et je crois qu'il faut être très prudent sur ces catégorisations

40:29
Présentateur

Alors Marcel Foucault Guillaume Faburel vous justement sur cette appellation France périphérique

40:34
Invité

plus largement sur le langage que Fanny nous a c'est la question que vous posiez exactement Christophe Guiluit a levé un lièvre moi j'en suis désolé c'est-à-dire qu'il y a bien une périphérisation du monde alors de là à déduire qu'il y a deux mondes

40:46
Présentateur

archipédisation c'est ça aussi

40:47
Invité

alors ça peut être aussi ça derrière et je pense qu'on devrait aller sur cette archipédisation parce qu'il y a énormément de créativité il y a énormément de lieux qui sont en train d'émerger depuis les ruralités il y a des passions joyeuses et pas simplement de la tristesse telle que notre débat attend à le montrer à certains moments donc du coup moi je serais d'avis non pas de considérer les périphéries comme un seul bloc mais qu'il y a bien une diversité des deux côtés dans les espaces métropolitains mais aussi dans les ruralités il y a quand même de la précarité dans les ruralités on va pas se mentir que Christophe Guiluit a essayé d'uniformiser c'est plutôt sous l'exception un peu culturelle qu'il définissait ce que pourrait être un bloc périphérique mais là est un débat qu'on doit avoir moi je souligne juste que la majorité des collègues dont je...

enfin Martial Foucault pour moi elle en fait pas partie mais beaucoup des collègues géographes ont stigmatisé brocardé, rejeté ce que pouvait être la France périphérique alors même que l'auteur premier Christophe Guiluit a levé un lièvre et qu'on aurait dû plutôt que de le brocarder plutôt que de le stigmatiser aller sur ce terrain là pour essayer de renseigner pour infirmer à certains endroits mais néanmoins je reviens sur la question du langage

41:43
Présentateur

du langage oui

41:44
Invité

parce que...

41:45
Présentateur

donc néo-ruraux France périphérique rurbain voilà

41:47
Invité

ah ben moi je vais en rajouter deux trois qui vont dire à quel point le matin on peut être fier en se levant lorsqu'on est un périurbain périurbain c'est vivre autour on peut même utiliser le terme de suburbain c'est être en dessous de l'urbain j'ai des collègues qui parlent de gradient d'urbanité gradient d'urbanité c'est-à-dire que plus vous éloignez du coeur des métropoles moins vous seriez civilisé il y aurait un gradient d'urbanité qui déclinerait lorsque vous rentreriez dans les ruralités j'ai des collègues géographes qui ont pignon sur rue et qui ont grosso modo micro ouvert à peu près sur toutes les antennes à France Inter comme ailleurs donc à un moment donné vivre dans la diagonale du vide c'est chatoyant ça donne envie d'y aller donc être un périurbain d'une ville moyenne on aspire tous à être moyen dans la vie on est d'accord avec cette chose là voilà la terminologie de la comptabilité nationale c'est l'INSEE qui nous a mis ça entre les mains moi je suis désolé on n'est pas très très loin des ploucs, des cutéreux et des bouseux avec ce type d'appellation on a là en fait un champ lexical qui est celui de la domination urbaine et de l'uniformisation de ce qui serait extérieur au périphérique il y a un défaut d'aller y aller d'y habiter d'y rencontrer des gens de pouvoir à un moment donné voir quelles sont les différences les discordances les zones de tension parce que culturellement soyons clairs il y a bien des différences et je crois qu'un des enjeux c'est dans ces espaces là de retisser du lien est-ce par les services publics c'est pas certain que ça soit la seule solution moi je pense que les services publics n'apporteront pas la solution à tous les problèmes il n'en demeure pas moins qu'il y a bien à retisser du lien à recouturer mais en sortant un peu des modes de pensée des types d'imaginaire et de regard qui sont éminemment métropolitains d'abord par les mots employés qui sont très disqualifiants

43:19
Présentateur

c'est ça on va continuer à parler de ces zones de tension entre ruraux et urbains dans un instant dans le débat de midi ça sera juste après Do Good avec Burger Cool

43:28
Locuteur non identifié

Le débat de midi

47:17
Présentateur

nous parlons de ces fractures entre ruraux et urbains qui se creusent alors des fractures des fractures bravo des fractures dues notamment bien sûr à l'absence de services publics on l'a vu représenté dans les urnes aux dernières élections législatives et européennes et vous êtes nombreux à témoigner au 01 45 24 7000 Michel qui nous dit dans les métropoles on fait la fête à la campagne on est heureux Fanny qui nous dit ma question est-ce que cette démarche de sortie des gens des métropoles n'est pas due à l'explosion démographique du fait qu'il n'y ait plus suffisamment de place dans les grandes villes également Sylvie qui nous dit j'ai quitté Lille pour un petit amour en Bretagne tous les services publics sont partis nous sommes toujours en zone blanche nous n'avons aucun accès à rien ce qui me scandalise le plus et que nous payons les mêmes impôts qu'un habitant des métropoles nos impôts payent les structures des grandes villes je suis d'accord de rien avoir mais je souhaite ne payer qu'un tiers de mes impôts et on l'a vu certains qui nous disent la cérémonie d'ouverture a oublié les régions françaises et Ambroise qui nous dit ce qui nous pénalise nous dans les petites villes et villages c'est l'absence de petites lignes de train 20 000 km de lignes arrachées depuis 50 ans et dans les TER la SNCF remplace les trains par des autobus rendez-nous les autorails qui s'arrêtent toutes les 5 km et puis il y a Laetitia alors Laetitia vous allez voir elle nous a laissé une note vocale et elle déborde un problème qui on va dire au départ ne devait pas en être problème mais qui en est devenu presque une polémique très très française on écoute Laetitia

48:47
Auditeur

Bonjour je suis réveillée tous les matins chaque année 5h 5h15 5h30 je suis le rythme du soleil avec un coq qui appartient à du voisinage je trouve ça insupportable moi ça me fatigue énormément j'aimerais bien que l'on ne me prive pas de ma liberté en fait et ma liberté serait de pouvoir me réveiller quand je le souhaite à 6h ou à 7h ou à 8h du matin

49:12
Présentateur

voilà Laetitia habite dans ce qu'on appelle une périurbaine comme vous nous avez dit tout à l'heure Guillaume Faburel parmi ces mots elle ne fait pas partie de ce qu'on appelle les néoruraux néoruraux on en a beaucoup parlé aussi cette année à cause des plaintes parce que certaines personnes d'habitants de la ville allant habiter à la campagne découvrent qu'il peut y avoir des bruits d'animaux il peut y avoir des bruits de tracteurs il y a des clochers et même une loi qui a donc été votée le 15 avril 2024 une loi qui vise à limiter les conflits de voisinage Fanny Lacroix vous qui êtes maire de Châtel-Entrièves est-ce que ça vous étonne tout de même qu'on en arrive à une loi en France pour trancher les problèmes de champ de coque

49:51
Invité

ça fait partie un petit peu de notre quotidien mais je crois que ça fait partie du quotidien de tous les maires de France qu'ils soient des maires ruraux ou urbains c'est-à-dire cette conciliation d'un bien-être personnel et de ce qui est au dehors de ça et ce qui fait société donc on a notre gestion des pipis de chat des chiens qui aboient bien sûr en tant que maire

50:15
Présentateur

mais est-ce que ça vous a pas marqué le fait que des personnes qui viennent s'installer en gros veulent changer l'endroit où ils sont

50:21
Invité

oui mais vous savez j'ai aussi des gens qui sont là depuis très longtemps et qui supportent pas non plus quand il y a les moutons qui font la transhumance et qui vont piétiner un petit peu les fleurs de leur jardin donc c'est un peu plus complexe qu'après ce qu'il en ressort sur les grands titres après je crois qu'il y a effectivement un travail à faire sur l'acceptation de la vérité il y a le Covid-1 qui est passé par là on n'y pense plus mais ça a vraiment marqué nos sociétés de manière très forte avec un renfermement sur l'espace privé on vit ça aussi dans nos ruralités on a eu du mal à sortir de cette période-là et on met tous nos efforts pour garder nos places publiques pour ouvrir nos cafés nos restaurants pour créer des lieux où en fait on continue à se rencontrer malgré notre diversité et je crois que le village est encore le lieu où ça ça peut exister et c'est beau et on peut faire village en ville moi c'est ça aussi le message que je veux faire passer c'est qu'il ne faut pas non plus qu'on se dise il n'y a que en milieu rural que finalement on peut avoir cet horizon d'espérance de plus de cohésion moi je crois aussi beaucoup en cette capacité de revoir la ville autrement peut-être dans ses interfaces dans ses enlever un petit peu du bitume essayer de remettre les mains dans la terre refaire des choses en commun je crois que faire village en ville c'est aussi possible et ça doit nous inspirer aussi dans la gestion de nos communes

51:33
Présentateur

sur le WhatsApp de l'émission au 01 45 24 7000 Catherine nous dit justement pour vous répondre Fanny que l'échelle communale pour elle n'est pas celle à laquelle on vit travail se déplace il faut sortir de ce repli dit-elle communale il faudrait des politiques publiques essentielles urbanisme transport vraiment gérés à des échelles efficaces et avec des représentants élus au suffrage universel direct Guillaume Faburel vous vouliez réagir

51:56
Invité

oui pour souligner peut-être que la rencontre culturelle dont il s'agit est à mon avis un des enjeux premiers auxquels on sera confronté ça me permet du coup pourquoi je dis ça de répondre à une des questions qui a été posée c'est-à-dire l'exode urbain si tout le monde partait il n'y aurait-il pas un problème démographique non il n'y aurait aucun problème démographique dans le sens où aujourd'hui on continue à vouloir construire des logements dans les métropoles alors que vous avez plus de 3 millions de logements vacants dans les ruralités ou dans les petites villes de proximité qu'il y a des meublés touristiques qui dorment à peu près 8 mois ou 10 mois dans l'année enfin bref on a 37 millions de logements pour 68 millions de personnes donc on peut très bien envisager une relocalisation sous l'angle du logement sous l'angle de l'activité des productions vivrières de la terre on n'aura pas à mentir en disant que c'est plus proche des ruralités que des grands centres métropolitains donc il n'y a pas de problème démographique en soi il y a juste comme Marcel Foucault l'évoquait tout à l'heure peut-être une irresponsabilité de la programmation politique c'est-à-dire qu'il y a un impensé générique on vit encore dans l'ancien monde celui du développement de la croissance et du ruissellement on n'est pas du tout en train d'imaginer ce que d'autres pays ont commencé à penser une relocalisation à déménagement c'est-à-dire un peuplement qui sera un peu plus harmonieux mais ce n'est pas un problème démographique c'est juste une question de volonté politique

53:09
Présentateur

Valérie Joussaume sur ce rapport comme on dit les néo-ruraux avec ces histoires de plaintes autour de champs de coq du clocher d'agriculteurs qui feraient trop de bruit est-ce que là on n'est pas justement dans un problème un fantasme qui ne se réalise pas pour beaucoup de gens qui veulent aller vivre en dehors des villes

53:26
Invité

oui en fait c'est très marrant parce que cette histoire de fantasme dès qu'on parle de ruralité on dit est-ce qu'il n'y a pas un fantasme alors que quelqu'un qui part habiter en ville on pourrait dire dans tous ceux qui ont pratiqué l'exode rural sur les deux siècles passés je pense que là aussi il y a eu beaucoup de désillusions donc c'est toujours un rapport un peu de domination de dire est-ce qu'il n'y a pas une illusion quand on va à la campagne je pense que la quête du bonheur c'est une quête difficile pour tout un chacun et voilà et on pointe sur les histoires de coques bien sûr on va pointer sur des détails je pense que en réalité c'est assez anecdotique je pense que l'accueil se passe plutôt bien dans les espaces ruraux alors évidemment il n'y a pas d'études approfondies sur la question mais je pense qu'en vérité ça se passe

54:13
Présentateur

plutôt bien tant mieux

54:14
Invité

si on arrive avec humilité et sympathie il n'y a aucune raison que ça se passe mal à vrai dire

54:21
Présentateur

c'est vrai et voilà écoutez en tout cas j'espère que chacun pourra en profiter pendant ses vacances pour découvrir aussi bien les zones urbaines les zones rurales la France est mélangée de tout ça merci beaucoup en tout cas à tous d'avoir participé à ce débat de midi je salue bien sûr Guillaume Faburel Fanny Lacroix Valérie Jousseau Martial Foucault merci à France Bleu Isère et France Bleu Loire-Océan bien sûr pour les liaisons en duplex cette émission a été préparée par Lison Chambre Cyrine Benyounès et Caroline Prota Alexandre Bigot et Raphaël Baudurez Ibanez à la réalisation Étienne Bertin la programmation musicale Joubacca à la technique aujourd'hui Marie Potier demain nous poserons cette question pourquoi l'écologie ne mobilise plus et oui de plus en plus de mal à suivre bien sûr le journal de 13h et là ça sera en direct

55:11
Invité

du Club France où nous rejoignons Jérôme Cadet bonjour Jérôme bonjour Jean-Mathieu je ne vous ai pas vu dans la scène ce matin Jean-Mathieu non pas encore elle est baignable deux épreuves de triathlon et deux médailles françaises une en or et une de bronze on va en parler dans ce 13h des jeux et puis toute l'actualité évidemment de ce mercredi je vous dis à tout de suite à tout de suite Jérôme en tout cas on a hâte de vous retrouver au Club France Sous-titrage ST' 501