Face à Face : Sébastien Chenu - 13/06
Audio original de l'émission.
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Vous écoutez RMC, face à face, Apolline de Malherbe. Il est 8h33 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Sébastien Chenu. Bonjour Anne-Marie. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions ce matin. Vous êtes non seulement vice-président de l'Assemblée nationale, mais aussi député RN du Nord. On va parler de la motion de censure qui a été rejetée. On va parler de réindustrialisation, de souveraineté, de droit d'asile. Mais je voudrais qu'on commence par la situation en Ukraine, puisque Emmanuel Macron l'a confirmé. Cette contre-offensive est bel et bien installée et elle va durer. Il estime qu'elle va durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
On a dit de vous et du RN qu'il était, je cite, en relation privilégiée avec la Russie, une courroie de transmission efficace de la propagande russe en France et un alignement total sur le discours du Kremlin. C'est le rapport sur la question du rapport à l'étranger et à l'ingérence étrangère de l'Assemblée nationale qu'il a dit. Comment vous vivez du coup cette contre-offensive ?
Alors ce rapport n'a pas dit exactement cela. Il dit surtout qu'il y a zéro contrepartie et aucun parti politique français n'est la courroie de transmission d'un État étranger. Ça c'est écrit noir sur blanc. La lecture qu'en fait la rapporteure Renaissance est une lecture à charge, politique. Et d'ailleurs il y a une plainte qui a été déposée contre elle par Jean-Philippe Tanguy, le président de cette commission d'ingérence.
Vous n'acceptez donc pas ces mots qui sont ceux de la présidente de la commission ? La courroie de transmission efficace, l'alignement total sur le discours du Kremlin ?
Non parce que c'est l'inverse de ce que dit la DGSI, c'est l'inverse de ce que dit TRACFIN, c'est l'inverse de ce que dit la commission des comptes de campagne. Tout ça est écrit noir sur blanc et donc non seulement nous ne l'acceptons pas, mais c'est mensonger. Je rappelle que ce rapport n'a pas été voté ni par LR, ni par la LFI, ni par le député Modem Ramos, c'est-à-dire que c'est un rapport rédigé, encore une fois sous la dictée du pouvoir, sous la dictée de la majorité Renaissance, qui est probablement, dans sa présentation par Mme Le Grip, totalement biaisée et insincère.
Vous y voyez un bras de fer politique, dicté quasiment par Emmanuel Macron lui-même ?
Bien sûr, Emmanuel Macron se mêle de tout. On aura peut-être l'occasion d'en reparler avec la réforme des retraites et la proposition de loi du petit groupe Liott et les péripéties qu'on a dû subir à l'Assemblée Nationale. Bien sûr qu'Emmanuel Macron se mêle de tout et a décidé de mener une guerre au Rassemblement National, au-delà même des réalités, et au-delà même de ce qu'une commission sur les ingérences peut dire.
Mais sur le fond, vous soutenez l'Ukraine ?
Alors sur le fond, nous soutenons évidemment l'Ukraine, c'est-à-dire que nous considérons que la position de la Russie est totalement inacceptable. Marine Le Pen l'avait dit, il y a plusieurs solutions à la fin de ce conflit. Où ce conflit devient un conflit armé et c'est une troisième guerre mondiale et il ne faut pas se laisser entraîner dans une sorte d'escalade. Où on trouve les voies de l'apaisement, c'est-à-dire qu'à un moment donné ou à un autre, tous les partenaires se mettent autour d'une table et il va falloir qu'il y ait des pays qui les incitent et les invitent à cela. La France peut en faire partie, je dirais même la France doit en faire partie.
Ou alors on va, c'est un peu ce qui se passe aujourd'hui, faire un enlisement du conflit avec des moments de tension qui succèdent à des moments d'apaisement. Et ça peut durer très longtemps.
Ça peut durer très longtemps, mais s'il faut à un moment aider de manière franche, nette l'Ukraine, financièrement, militairement, ou en tout cas de manière indirecte, avec encore plus d'armes envoyées, avec encore plus de chars, est-ce que vous le ferez ?
Nous avons déjà dit notre hostilité à armer avec du matériel offensif l'Ukraine. Les chars, vous ne les auriez pas envoyées ? Non, mais parce que nous considérons que nous avançons à chaque fois un pas vers une co-béligérance, c'est-à-dire vers un alignement sur la politique défensive de l'Ukraine. Et nous, notre rôle, c'est plutôt de créer, notre rôle à nous, la France, c'est plutôt de créer les conditions d'un retour à la table des négociations. Une guerre...
Avec qui ? Par exemple, s'il fallait parler avec Poutine, vous parleriez avec Poutine ?
Il faudra parler, que ce soit avec Poutine ou avec ceux qui, je l'espère, demain, lui succéderont. Il faudra parler avec la Russie. De toute façon, ce conflit, nous n'en sortirons qu'au moment où les deux forces en jeu principales, Russie et Ukraine, réussiront à se retrouver autour d'une table pour imaginer les contours d'un sorti de conflit. C'est à nous d'aider à cela, c'est à la France de permettre cela. Pas seul, il y a des grands pays qui peuvent dire quelque chose. Évidemment les Etats-Unis, évidemment l'Inde. Il y a des partis, des partis US qui peuvent le faire.
Quand vous dites, Sébastien Chenu, à ceux qui succéderont, je l'espère, à Vladimir Poutine, est-ce que ça veut dire que vous espérez que Vladimir Poutine quittera sans tarder le pouvoir ?
J'espère qu'il y aura un après-Vladimir Poutine. Je n'ai même pas à l'espérer. Il y aura un après-Vladimir Poutine, comme il y a eu un avant-Vladimir Poutine. Et nous, nous considérons que si nous sommes amis avec la Russie, nous ne sommes pas amis aujourd'hui avec le dirigeant russe, dont les méthodes, dont la politique qu'il mène est totalement inacceptable. Donc oui, être ami avec la Russie ne veut pas dire être ami avec ceux qui la gouvernent aujourd'hui. Il y aura un après-Vladimir Poutine. Il faut déjà probablement y penser. C'est notre responsabilité. J'aimerais qu'on entende d'ailleurs davantage la voix de la France.
Je trouve Emmanuel Macron un peu muet, pour tout dire, ces dernières semaines.
Quand il dit que la contre-offensive va durer, quand il soutient officiellement et régulièrement Volodymyr Zelensky, pour vous, ce n'est pas la bonne méthode ?
Il fait des constats. Vous savez, nous, on n'a jamais parasité l'action diplomatique de la France. Donc il fait des constats, mais on aimerait entendre une voix forte, qui est la voix de la France. Il avait tenté au début du conflit. Emmanuel Macron, rappelons-nous, ses coups de téléphone à Poutine, etc. Il avait tenté. Et puis finalement, on a un peu l'impression que les États-Unis ont sifflé la fin de la récréation et qu'il est assez discipliné.
Donc vous lui reprochez au fond d'être sur la scène internationale pas suffisamment offensif. En revanche, vous lui reprochez sur la scène nationale d'être beaucoup trop présent.
Un peu. Oui, c'est ça. C'est-à-dire que je pense qu'Emmanuel Macron se mêle d'un certain nombre de choses dont il n'aurait pas à se mêler et mélange le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, marche sur la tête du pouvoir législatif, sur la tête des députés.
Le refus que, je le rappelle, vous êtes, vous, Sébastien Chenu, vice-président de l'Assemblée nationale. La présidente de l'Assemblée nationale, qui était à mon micro la semaine dernière, avait annoncé ici même qu'elle refuserait d'examiner les articles de remise en cause du passage de 62 à 64 ans. Pour vous, vous y voyez la main d'Emmanuel Macron ?
Bien sûr. D'ailleurs, tout le monde le voit. Je pense que la présidente de l'Assemblée nationale a subi et a cédé aux pressions. Elle les a subies. C'est inadmissible. Inadmissible que le pouvoir qu'Emmanuel Macron et que son entourage dictent à la présidente de l'Assemblée nationale ce qu'elle doit faire. Et elle a cédé à ces pressions. Et je le regrette, d'autres n'auraient peut-être pas cédé aux pressions de leur propre majorité. Yael Brown-Pivet les a subies et a cédées. Je pense que ça en dit long sur le rapport qu'a Emmanuel Macron à la démocratie. En fait, il déteste les politiques.
D'ailleurs, dès qu'il a pu nommer autre chose que des politiques, c'est-à-dire des gens qui ont une réflexion politique.
Il vous a un peu presque défendu, c'est-à-dire face à ce que disait Elisabeth Borne sur le fait que le RN était l'héritier de Pétain, qu'il la recadre. Vous n'avez pas eu le sentiment, au fond, qu'il jouait aussi à un jeu de soutien ?
Non, j'ai plutôt eu le sentiment qu'il cherchait à humilier sa première ministre parce qu'il aime bien jouer avec les individus plutôt qu'à faire un cadeau au Rassemblement national.
Au passage, il vous a fait un peu un cadeau quand même. Il vous a un peu dédouané.
C'est un cadeau d'Emmanuel Macron au Rassemblement national. Je pense qu'ils sont quand même extrêmement rares puisqu'il mène, je l'ai dit d'ailleurs avec la commission d'ingérence là aussi, une guerre contre nous. Donc, il mène un combat politique acharné contre nous. Il utilise tous les moyens. Mais surtout, il démontre qu'il a peur des politiques. Emmanuel Macron, en faisant ses pressions, en faisant pression sur la présidence de l'Assemblée nationale pour qu'il n'y ait pas de vote. D'ailleurs, rappelons-nous, il y avait une obscure secrétaire d'État, Mme Cobell, qui avait dit tout haut il y a quelques semaines, on fera tout pour empêcher le vote.
Parce qu'elle avait dû entendre ça dans un couloir. Et donc, elle l'avait répété sans le savoir.
Vous êtes un peu dure avec Yael Brown-Pivet, qui, pour le coup, est plutôt élogieuse à votre endroit. Elle a dit de vous, Sébastien Chenu, que vous étiez, je cite, non pas seulement un bon vice-président de l'Assemblée nationale, mais un très bon vice-président.
Je ne suis pas dure avec Yael Brown-Pivet. Je considère qu'elle a subi des pressions. Je pense qu'elle avait suffisamment de liberté intérieure pour pouvoir y faire face le temps qu'elle a pu. Et puis, les pressions étaient tellement fortes qu'elle les a subies et qu'elle a cédées. Pour le reste, en ce qui concerne la présidence de l'institution, elle est attachée, je crois, à cette institution. Elle essaye de la défendre sous les coups de boutoir, en particulier de la France Insoumise, qui tape tous les jours sur l'institution, que ce soit à l'intérieur de l'hémicycle ou à l'extérieur. La France Insoumise cherche à déconstruire nos institutions. Yael Brown-Pivet est dans son rôle.
Mais je pense que là, elle n'a pas su, elle n'a pas pu céder aux pressions du président de la République.
Sébastien Chenu, la question du droit d'asile, du modèle européen et de l'espace Schengen. L'Italie de Giorgia Meloni, mais aussi tous les pays européens, s'étaient mis d'accord jeudi sur le droit d'asile, pour qu'il soit le même désormais dans l'ensemble des pays européens. Il n'y ait plus de distinction dans la manière d'accueillir entre les différents pays. Est-ce que vous estimez que c'est une bonne chose, cette harmonisation du droit d'asile ?
Non, je crois même que c'est l'inverse de ce qu'il faudrait faire, pour plusieurs raisons. D'abord, je pense que personne n'a demandé à l'Union européenne de s'occuper des conditions, en réalité, du droit d'asile. On a délégué une partie de nos frontières extérieures à un moment, avec Frontex d'ailleurs, à l'Union européenne. Mais aujourd'hui, l'Union européenne, à chaque fois qu'elle le peut, et on a vu Thierry Breton chez vous l'expliquer hier, grignote des pans de la souveraineté nationale. C'est aux États de décider qui entre, qui sort, qui s'installe, pour combien de temps ?
Oui, mais en même temps, c'est totalement paradoxal. Parce que si vous dites que c'est aux États de le décider, chacun peut avoir sa propre politique. Mais comme à la fin, tout le monde circule, ça n'est qu'une décision de face, ça n'a pas d'impact.
Non, alors il y a deux choses. D'abord, chacun doit avoir sa propre politique. Et heureusement, parce que, souvenons-nous, quand Angela Merkel, après la grande crise migratoire, il y a quelques années, passe un contrat avec la Turquie d'Erdogan, qu'elle fait payer d'ailleurs par l'Union européenne un peu moins de 10 milliards de mémoire, eh bien, elle engage finalement les financements de l'Union européenne pour une politique qui ne concerne que l'Allemagne, un choix politique qui ne concerne que l'Allemagne. Si demain, l'Allemagne choisit d'accueillir un million de migrants, et donc on est pieds et poings liés par l'Union européenne qui nous obligera à cette répartition.
Précisément, s'il y a une harmonisation...
Non, mais cette harmonisation, elle ne peut pas se faire contre les États. Nous, nous considérons que c'est vraiment aux États de décider de leur politique migratoire, raison pour laquelle nous demandons un référendum. Marine Le Pen a porté cette proposition pendant l'élection présidentielle et que ça ne peut pas être quelque chose de délégué. Et ensuite, il y a d'autres difficultés, j'allais dire. C'est l'application du droit d'asile, la liberté de circulation dans l'espace Schengen, et sur ça, nous avons des propositions à faire.
Mais ça veut dire, on va revenir sur vos propositions, mais enfin, ça veut dire, Sébastien Chenu, que vous êtes plus Pologne-Hongrie qu'Italie. Puisque, pour le coup, Jean-Dia Mélonie, elle a signé cet accord.
Mais on est France, mais Pologne-Hongrie n'ont pas les mêmes difficultés que les pays qui sont en première ligne et qui subissent par la Méditerranée.
Mais précisément, l'Italie, qui est en première ligne, a décidé de signer cet accord.
Alors, il y a des solutions à mettre en place.
Lesquelles ?
Je pense qu'il y en a plusieurs. D'abord, c'est faire les demandes d'asile dans les pays d'origine. Nous, c'est un combat que nous portons...
Ça fait partie des propositions, pour une partie, pour une petite partie des demandes.
C'est un combat que nous portons depuis longtemps pour deux raisons. D'abord, ça permet évidemment d'empêcher le fait que des demandeurs d'asile arrivent ici et lorsqu'ils sont déboutés du droit d'asile, je rappelle qu'il y a à peu près un tiers des demandes d'asile qui sont acceptées. Donc, les deux tiers sont déboutés, mais se maintiennent quand même. Donc, si on fait faire les demandes d'asile dans les pays d'origine, je rappelle qu'il y a des pays qui ne sont pas en guerre. La Turquie, le Bangladesh, qui sont parmi les pays qui délivrent le plus de demandeurs d'asile, ne sont pas des pays en guerre. Ce sont des pays avec des difficultés économiques.
Donc, les demandes d'asile dans les pays d'origine. Et puis après, il y a aussi un autre avantage, permettez-moi de le souligner, ça évite que des gens traversent la Méditerranée et meurent dans la Méditerranée. C'est un petit inconvénient pour certaines associations qui font leur beurre avec ça. C'est évident qu'il y a des associations qui ne toucheront plus un euro. Vous avez l'air de dire qu'ils font leur beurre de la mort des migrants en mer. Il y a des associations qui se comportent très mal, qui se transforment en taxis maritimes et qui en ont fait un business. C'est une réalité.
Un business de transport, ça veut dire quoi ? Vous estimez que c'est quasiment de la traite d'êtres humains ?
Oui, je pense qu'il y a des gens qui, aujourd'hui, profitent de la misère et se transforment en taxis pour amener des migrants, leur faire traverser la mer avec tous les risques que nous connaissons. Moi, je pense que les demandes du droit d'asile, et avec moi, évidemment, Marine Le Pen, le Rassemblement National, nous pensons que les demandes du droit d'asile, ce que font des pays comme le Danemark, le Danemark fait faire les demandes d'asile dans les pays d'origine. C'est la première partie. Puis après, il y a la circulation dans l'espace Schengen. Quand vous êtes dans l'espace Schengen, vous pouvez circuler. Mais ça, ça doit être valable pour les citoyens européens.
Vous êtes belge, vous êtes allemand, vous pouvez circuler dans l'espace Schengen.
Mais c'est ce que disait Thierry Breton hier. Il expliquait que pour des raisons quasiment techniques de ligne et de distinction entre ressortissants et citoyens, ça ne lui paraissait pas possible de faire, effectivement, en gros, à l'arrivée aux frontières, une ligne pour les citoyens et une ligne pour ceux qui ne seraient qu'habitants.
Mais on a fait comment pendant le Covid ? On a fait comment pendant le Covid ? On a bien contrôlé les frontières, si je me souviens bien. Elles ont même été fermées en 24 heures. Donc, on l'a bien fait. Donc, on sait faire. Donc, on sait faire. Et moi, je pense qu'effectivement, quelqu'un qui a le droit d'asile dans un pays qui n'est évidemment par définition pas citoyen européen n'a pas à se balader dans l'espace Schengen. Ça pose le problème du Syrien qui a tenté d'assassiner des enfants à Annecy n'a pas à circuler comme un citoyen européen dans l'ensemble de l'espace Schengen. Et ça, je pense qu'il faut revoir cela.
Sébastien Chouin, quand vous voyez qu'Edouard Philippe estime qu'il faudrait remettre en cause l'accord d'Algérie, l'accord qui permet certaines facilités pour l'obtention du titre de séjour pour les ressortissants algériens, vous vous dites que c'est quand même une position sur laquelle habituellement on vous entend, vous ?
Je dis qu'Edouard Philippe se moque des Français. Je dis qu'Edouard Philippe a été aux commandes de notre pays. Il avait les leviers en main. Il pouvait tout faire. Il a été reçu en 2018 par le président Tebboune. À quel moment a-t-il parlé au président Tebboune des accords qui nous lient à l'Algérie ? Des accords de 68 qui font évidemment suite aux accords déviants. Il y a une dimension historique là-dedans. Mais le monde a évolué. Aujourd'hui, l'Algérie est un des pays avec lequel nous avons le plus de difficultés en ce qui concerne les transits migratoires. Ces accords bénéficient beaucoup à l'Algérie. Ils n'ont pas de réciprocité.
Edouard Philippe, lorsqu'il a vu le président Tebboune, je veux dire, il a pris le thé avec lui, mais ça ne lui a pas traversé l'esprit de parler de ces accords. Parce que ces gens-là qui nous gouvernent, ils ont toujours des solutions lorsqu'ils sont en dehors du pouvoir et une certaine forme de lâcheté lorsqu'ils sont aux responsabilités. Donc Edouard Philippe se moque de nous. Mais sur le fond, vous êtes d'accord avec Edouard Philippe ?
Ou Edouard Philippe est d'accord avec vous ?
Nous demandons, nous, la révision de ces accords de 68. Mais qu'Edouard Philippe, aujourd'hui, s'aligne sur notre demande. Comme les Républicains s'alignent sur nos propositions. Comme dans le débat public, finalement, les gens ouvrent les yeux sur les problématiques migratoires et viennent nous dire que nous avons raison et viennent faire des propositions qui ressemblent à celles du Rassemblement national. Moi, j'en suis très heureux. Ça veut dire que nos idées progressent, que nos propositions progressent et que notre bon sens, ce qui a été dénoncé par nos adversaires pendant des années, et bien reconnus...
Ça veut dire que vous considérez, en effet, qu'Edouard Philippe s'aligne sur vous ? Que les LR s'alignent sur vous ?
Ils ont encore du chemin à faire. Mais sur le papier, ils reconnaissent, finalement, la supériorité de nos analyses, la supériorité de nos solutions sur la nullité de ce qu'ils ont fait lorsqu'ils étaient au pouvoir. Car tous ces gens ont été au pouvoir. Ils ont dénoncé pendant les campagnes électorales, souvenons-nous, pendant la dernière présidentielle, Gérard Larcher n'avait pas de mots assez durs lorsque Marine Le Pen proposait de faire un référendum sur l'immigration dans notre pays. Et aujourd'hui, il est totalement aligné.
Donc, laissons les gens, comme le Rassemblement national et les responsables politiques, qui ont cette capacité d'analyse et de proposition, et de sérieux, laissons-nous appliquer tout cela.
Ça veut dire que, par exemple, si on parle de la question du projet de loi ou de la proposition de loi sur l'immigration, parce qu'on ne sait plus si elle va venir d'LR ou si elle va venir du gouvernement. Mais telle qu'elle est proposée par LR, telle qu'elle a été proposée par Éric Ciotti et Bruno Retailleau, au fond, vous pourriez vous allier avec eux. Vous pourriez écrire cette loi ensemble.
Mais nous, nos propositions, elles sont claires. Nous les avons portées pendant la présidentielle. Il n'y a pas de chat, il n'y a pas de vis cachée. Vous appelez ça un chat, un loup ?
Un loup, non.
Un chat pour Marine Le Pen. Voilà. Il n'y a en tous les cas pas de vis cachée. On sait ce que nous pensons. Le texte d'immigration de Darmanin, il a été déjà reporté deux ou trois fois. On nous dit que ce sera en septembre. Vous me direz, en septembre, on ne sait même pas qui sera Premier ministre, Mme Borne ne sera peut-être plus là, M. Darmanin non plus d'ailleurs.
C'est nécessaire ce remaniement ? C'est souhaitable ?
Tout ça n'a aucun intérêt. Mme Borne n'existe pas dans le dispositif. Elle applique doctement ce que Emmanuel Macron lui demande de faire. Elle ou un autre, ça n'a pas beaucoup d'importance. Mais sur le projet de loi d'immigration, le problème, c'est qu'il ouvre une nouvelle voie d'immigration à travers la régularisation de travailleurs sans papier, clandestins.
Donc vous fixez la même milieu rouge que LR ? Vous êtes exactement sur LR ?
C'est plutôt LR qui, aujourd'hui, fait un copier-coller de ce que nous faisons, avec beaucoup moins de précision, avec beaucoup moins de conviction. J'ajoute que, en ce qui concerne Édouard Philippe, ses amis n'ont d'ailleurs pas voté la révision de l'AME, de l'aide médicale d'État, qui est arrivée en discussion la semaine dernière à l'Assemblée nationale, que nous, nous portons depuis des années. L'AME coûte plus d'un milliard aux Français. Elle est destinée uniquement aux sans-papiers, aux gens qui sont, aux immigrés qui sont en situation irrégulière. Et en même temps, vous savez très bien que concrètement,
on ne peut pas laisser des gens malades.
C'est la raison pour laquelle nous la réduisons à une aide sanitaire d'urgence. Évidemment, on ne laisse personne mourir sur le territoire français. Mais de là à avoir les excès, les abus de l'AME, nous nous considérons qu'il est à la nécessité d'avoir.
Sébastien Chenu, si on reste sur cette question du texte des Républicains sur l'immigration, Yael Brande-Pivet, encore elle, a estimé ce matin que ce texte va, je cite, « beaucoup trop loin ». Il ne doit donc pas être repris en l'État. Il remet en cause le principe même de notre adhésion à l'Union Européenne. Il y aurait donc un camp qui serait LR et vous, et Édouard Philippe, j'ai bien compris, dans ce lot-là. Et puis de l'autre, il y aurait le gouvernement et la majorité qui disent qu'il n'en est pas question.
C'est exactement la raison pour laquelle nous ne leur faisons pas confiance. C'est qu'en fait, c'est dû en même temps. Comme d'habitude avec Emmanuel Macron, c'est en même temps, on va avoir quelques propositions qui vont aller dans un sens, et de l'autre côté, et ce qui va tuer le texte, on va avoir des propositions qui seront totalement opposées. Emmanuel Macron n'est pas clair sur la question migratoire. Emmanuel Macron ne s'intéresse pas d'ailleurs aux régaliens, mais ça, c'est un vieux débat. Les sujets du régalien, de l'autorité, etc., n'ont jamais passionné Emmanuel Macron. Par conséquent... Vous ne pouvez pas dire que Gérald Darmanin ne s'intéresse pas à ces questions-là ?
Vous n'avez pas confiance en Gérald Darmanin ? Non, mais Gérald Darmanin, il applique ce que lui demande Emmanuel Macron. Emmanuel Macron voit l'immigration comme un projet. Nous, nous la voyons comme un problème. Il la voit comme un projet parce que ça permet à des entreprises de faire baisser les salaires, parce que c'est le grand monde multiculturel tant rêvé par l'Union Européenne. Il la voit comme un projet. Donc, il a une approche de l'immigration qui est totalement opposée à la nôtre, raison pour laquelle nous ne pouvons pas lui faire confiance. Et on verra ce que ce texte fait. Mais à la fin, tout ça, la montagne accouchera d'une souris si on veut rester dans le domaine animalier.
Sébastien Chenu, on aura parlé loup, chat et souris, mais vous êtes député Rassemblement National du Nord, vice-président de l'Assemblée Nationale. Merci d'être venu en répondre à mes questions. Il est 8h53 et vous êtes bien sur la MCBFM TV. Merci.
Merci. Merci.