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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 13 mai 2024 23 min

Au Parlement européen, "nous n'avons pas l'écologie honteuse", assure Pascal Canfin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Avec Yael Gauze, nous recevons ce matin l'eurodéputé Rignoux, président de la Commission Environnement, Santé Publique, Sécurité Alimentaire au Parlement Européen. Question réaction 01-45-24-7000 et sur l'application de France Inter. Pascal Confin, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro, beaucoup de questions à vous poser à moins d'un mois désormais des élections européennes. Question sur la campagne difficile de Valérie Aigué, question sur le pacte vert et les critiques qu'il suscite. Mais pour commencer, un mot sur vous. Il y a cinq ans, vous étiez numéro deux de la liste de Nathalie Loiseau.

Vous, l'ancien ministre de Jean-Marc Ayrault, vous incarniez l'écologie conquérante, l'écologie de gouvernement. Cinq ans plus tard, changement d'ambiance. Vous êtes quatrième sur la liste. Vous avez dû batailler durement pour rester en haut de liste, précisément. Cacher ces écologistes qu'on ne saurait voir, c'est ça le mot d'ordre aujourd'hui en 2024 ?

1:06
Pascal Canfin

Nicolas Demorand, vous reconnaîtrez que quatrième sur une liste aux européennes, ce n'est pas vraiment être caché ni se cacher. Au contraire, nous n'avons pas le pacte vert et l'écologie honteuse. On revendique le bilan de transformation climatique du continent. On est ceux qui avons été, et je l'ai été de par les fonctions que vous venez de rappeler de président de la commission environnement au Parlement européen, on a été à la manœuvre depuis cinq ans pour faire avancer comme jamais, comme jamais, l'action pour le climat.

Résultat des courses, aujourd'hui, l'année dernière en France, les émissions de CO2, elles ont baissé pour la première fois dans toute notre histoire, à part le Covid bien évidemment, de 5% en une année. C'est-à-dire que pour la première fois l'année dernière, et c'est l'action cumulée du gouvernement en France et de notre action en Europe, on est au rendez-vous de l'histoire et de l'accord de Paris. Quand on a dit que c'était l'inaction climatique, j'ai entendu ces procès, ces faux procès, les résultats, ils sont là, les résultats, ils sont là. Mais pour continuer, pour continuer, on a besoin d'être fort, on a besoin d'être à la manœuvre,

2:08
Invité

et donc on a besoin de faire un bon score aux élections européennes. Pascal Canfin, comment vous expliquez que vous soyez devenu, dans cette campagne, le visage de l'écologie punitive, la tête de cure ? Comment vous expliquez que vous ayez dû mettre en jeu votre départ du groupe Renew, votre démission en jeu, pour rester en haut de liste ? Qu'est-ce que ça dit ?

2:24
Pascal Canfin

La caricature que vous venez de faire, d'accord, de l'écologie punitive, moi je n'adhère absolument pas à ce slogan. Je rappelle que ce mot, il vient de Ségolène Royal, comme quoi parfois, il se donnait des surprises. L'écologie, elle n'est pas punitive, c'est une règle du jeu. À ce moment-là, le code de la route, il est punitif. Les impôts, c'est punitif, mais c'est ça qui finance les services publics, et c'est ça qui organise la vie en société. L'écologie, c'est pareil. Ça implique de changer les règles du jeu de la façon dont on s'organise en société. Et c'est exactement ce qu'on a fait depuis 5 ans au Parlement européen, dans toute l'Europe.

On est les premiers au monde, les premiers au monde, à avoir mis en place la taxe carbone aux frontières pour faire payer les importations chinoises, turques ou brésiliennes. C'est à la fois bon pour le climat et c'est bon pour notre industrie. On est les premiers au monde à avoir pris une loi pour mettre fin à la déforestation de l'Amazonie quand on consomme chez nous du soja, du café, du chocolat. Les consommateurs européens, que nous sommes tous, que vous êtes, que je suis, ont consommé de la déforestation importée. C'est fini. Je peux vous donner des dizaines d'exemples de ce qu'on a fait.

3:26
Présentateur

Vous êtes bien conscients qu'il se passe quelque chose. Quand on voit Marie Toussaint donner entre 5,5 et 8,5% d'intention de vote dans les sondages quand Yannick Jadot faisait presque le double il y a 5 ans, l'écologie politique est en crise. On l'entendait aussi dans le journal de 8 heures concernant l'Allemagne. Ça, vous le voyez aussi.

3:50
Pascal Canfin

Ah mais moi, j'ai quitté les Verts précisément parce que réduire l'impact, la transformation historique que l'on doit réaliser pour être à la hauteur des enjeux climatiques au score électoral des Verts, ce que vous venez de faire dans votre introduction, c'est, je pense, passer complètement à côté de l'essentiel. Prenez une image historique, l'État-providence. Quand on a fait l'État-providence à la fin de la Deuxième Guerre mondiale dans les années 50, il appartient à qui l'État-providence ? Aux gaullistes, aux communistes, aux travaillistes, aux sociodémocrates. Tout le monde s'y est mis. Chacun avec son identité politique, mais tout le monde s'y est mis.

La transformation écologique de notre économie, de notre industrie, c'est exactement la même chose. Mais qui s'y met aujourd'hui ? Et nous, on s'y met. Nous, on s'y met. Nous, on n'a pas le Green Deal entre eux. Je viens vous donner deux exemples concrets. Je vais vous en donner un troisième. Aujourd'hui, Choose France. 15 milliards d'investissements en France. La France est la première destination en Europe pour les investissements étrangers. Cocorico. Eh bien, un tiers de la totalité de ces investissements relève de la décarbonation de notre industrie. Donc, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire qu'opposer économie, emploi industriel, souveraineté industrielle et alimentaire d'un côté, et climat et environnement de l'autre, c'est la recette de l'échec. Et c'est exactement l'inverse de ce que l'on en fait, nous. Et ça, c'est la recette du succès. La preuve, encore une fois, je reviens au fait, au résultat.

5:14
Présentateur

Un mot encore sur les mouvements populistes en Europe, Pascal Canfin, aux Pays-Bas par exemple, mais pas seulement, qui récusent désormais ce que le professeur de sciences politiques, Jean-Yves Dormagin, appelle le consensus mou qui régnait, selon lui, autour de l'écologie. Dormagin disait la semaine dernière à ce micro, on observe la progression d'une opposition aux politiques de transition, la progression de plusieurs formes de climato-scepticisme et de climato-relativisme, à la fois du côté des citoyens et des forces politiques. Et selon lui, il ajoute, le clivage sur les enjeux climatiques est aligné avec le clivage sur les enjeux identitaires et les questions sociétales.

Alors, est-ce que vous partagez cette analyse, au moins une partie, et est-ce que vous redoutez le backlash auquel elle peut conduire ?

6:04
Pascal Canfin

Je partage 100% de cette analyse et je la vois tous les jours depuis le Parlement européen. C'est le backlash, le retour en arrière, la campagne agressive anti-écologique, anti-pacte vert, de la droite des Républicains et de l'extrême droite. C'est la réalité. Et d'ailleurs, vous faisiez référence il y a quelques minutes, j'en ai été la cible personnelle pendant la crise agricole et j'ai été harcelé sur les réseaux sociaux avec des menaces de mort suite à une intervention de Pascal Praud.

6:31
Invité

Marine Le Pen dit que votre quatrième position est un bras d'honneur fait aux agriculteurs français.

6:35
Pascal Canfin

Quand on est attaqué par Marine Le Pen, on a au moins une certitude, c'est qu'on va dans la bonne direction. Donc franchement, moi, ce backlash, j'en suis le témoin et j'en suis même la cible. Est-ce que ça doit nous faire reculer ? Est-ce qu'on doit dire « Ah, le climat, désolé, mais moi, je ne suis pas là pour prendre des coups, je ne suis pas là pour faire ce qui est utile, je suis là pour plaire ». Non, on est là pour faire ce qui est utile. Qui peut croire que lutter contre les dérèglements climatiques n'est pas une priorité de l'action aujourd'hui européenne et pour le siècle qui vient ?

Et d'ailleurs, si vous parliez des agriculteurs, les agriculteurs, les premières victimes, les premières victimes du changement climatique, des gels tardifs, des sécheresses, etc., c'est les agriculteurs. Et ce n'est pas moi qui le dis. Ce sont eux, les agriculteurs, qui le disent dans les enquêtes d'opinion. Donc là encore, opposer, comme le fait Bardella, comme le font les Républicains, l'environnement, le climat et la production agricole de l'autre, c'est absurde, ça ne correspond plus du tout au monde dans lequel on vit. Et c'est le combat que je mène.

7:26
Invité

Donc si on vous suit, Pascal Canfin, dans la prochaine mandature, si vous êtes réélu, est-ce que vous allez vous battre pour un Green Deal, un pacte vert européen, deux, malgré la crise agricole, malgré la pression populiste ? Est-ce que la France soutiendra ?

7:40
Pascal Canfin

Oui, oui, oui, je peux le dire dix fois sur tous les tons. À la place d'Emmanuel Macron, vous confirmez qu'il soutiendra ce Green Deal ? Mais pouvez-vous imaginer que nous renoncerions, parce que Jordan Bardella veut surfer sur un backlash anti-écolo, à notre action pour le climat, dont on est précisément les architectes depuis cinq ans et qui donne ses résultats ?

7:58
Invité

Parce qu'Emmanuel Macron lui-même a revu à la baisse beaucoup de choses. Regardez le plan éco-phito sur les pesticides, il est revu à la baisse.

8:05
Pascal Canfin

Oh non, le plan éco-phito, Yael Gauze, d'abord c'est un sujet français, c'est pas un sujet européen, mais je vais faire le lien avec l'Europe. Le plan éco-phito, beaucoup d'auditeurs qui nous écoutent, beaucoup de Français, ont pu avoir le sentiment, parce que c'est parti comme ça en termes de surinterprétation, que tout d'un coup c'était fini. On arrêterait de lutter contre les pesticides et on arrêterait de mettre en place des politiques pour les réduire. On change le thermomètre. Et donc, d'abord, ce n'est pas vrai, on reste trois pays en Europe, trois sur 27.

C'est-à-dire que ceux qui nous donnent des leçons à gauche, par exemple, les socialistes, ils sont au pouvoir depuis dix ans en Espagne. Eh bien, il n'y a toujours pas d'objectif de réduction des pesticides en Espagne. Ça fait dix ans qu'ils dirigent l'Espagne, pour en avoir, ils ont eu le temps de le faire. Donc nous, on est fait partie des trois pays, des trois pays européens qui ont un objectif chiffré de réduction des pesticides. Et ensuite, on s'est mis d'accord sur un nouvel indicateur. Pourquoi Yael Gauze ? Parce qu'on a pris l'indicateur européen.

Parce que les agriculteurs disaient, à juste titre, et là, je joins ma voix à la leur, on ne peut pas avoir un indicateur français qui diffère de l'indicateur des autres pays, etc. Parce qu'à la fin, on n'y comprend plus rien, on ne sait plus de quoi on parle. Donc, on a pris l'indicateur qui est reconnu partout en Europe, même si, encore une fois... Il est contesté aussi, vous le savez. Aucun indicateur n'est parfait, vous savez, c'est comme la météo. Il est même très contesté. Ce n'est pas le meilleur. Ce n'est pas le meilleur. D'ailleurs, moi-même, j'ai déposé des amendements au Parlement européen pour aller plus loin que cet indicateur.

Alors, néanmoins, quand nous avions dû négocier ce texte européen sur les pesticides, qui d'ailleurs est tombé à cause de l'alliance entre la droite et l'extrême droite, il se trouve que la responsable de la négociation, c'était une verte, une verte autrichienne. Et qu'est-ce qu'elle défendait comme indicateur, cette verte autrichienne, M. Gauze ? Eh bien, exactement, ça s'appelle le HR1, en termes techniques, exactement celui que nous venons de prendre pour harmoniser et de rendre les choses plus comparables. Donc, ce n'est pas un recul. Aucun indicateur n'est parfait. Mais ça n'est pas un recul. Et vous savez peut-être ce chiffre.

Depuis qu'Emmanuel Macron a été élu président de la République, quel est le pourcentage de réduction de l'utilisation des pesticides les plus dangereux ? Parce que dans les pesticides, il y en a qui sont très dangereux, d'autres qui le sont moins. Donc, la priorité, c'est évidemment de lutter contre ceux qui sont les plus dangereux pour la biodiversité et pour la santé. Vous allez me dire, Yalgo, quel est ce chiffre ?

10:08
Invité

Je ne l'ai pas en tête.

10:08
Pascal Canfin

Je ne l'ai pas en tête. Moins 90%. Moins 90%. Donc, c'est facile de faire des procès, de dire, ah, tout ça, c'est nul. Les résultats sont là. Moins 5% sur les émissions de gaz à effet de serre, record historique. Moins 90% sur les pesticides les plus dangereux. Et on est les seuls en Europe à le faire. Arrêtons de nous flageller, soyons positifs, allons de l'avant et continuons. On va la gagner cette bataille pour le climat.

10:31
Présentateur

Angelo est au standard d'Inter. Bonjour et bienvenue. Oui, bonjour. Est-ce que Pascal Canfin vous a convaincu ?

10:39
Invité

Mais non, absolument pas. Expliquez-nous. Le problème, c'est qu'il y a au minimum un déficit de communication chez Rignoux. Puisque quand même, moi, c'est bien Gabriel Attal que j'ai vu, en gros, dénoncer quand il y avait la crise agricole, une espèce d'écologie punitive, etc., qui ferait obstacle à une vie décente pour les agriculteurs. Le recul sur les pesticides, reculer la date, c'est bien le gouvernement qui en a parlé. Enfin, je ne sais pas. Puis il y a plein de choses au niveau social que je ne peux pas suivre. Les attaques sur les chômeurs, etc. Ce n'est pas possible. Il y a un moment où les discours, ils rentrent en contradiction avec les actes.

On a passé d'écoloterrorisme pour les écologistes. Mais ce n'est pas entendable. Et je voudrais dire à M. Canfra que réduire les élections européennes à quelque chose qui se jouerait entre le RN et Rignoux, c'est se mettre le doigt dans l'œil. C'est des élections à un tour et on vote pour qui on veut. Et je ne me sens privé pour ne voter Rignoux et surtout pas le Rassemblement national.

11:47
Présentateur

Merci Angelo pour votre intervention. Angelo, qui pointe donc des contradictions entre ce qui est dit, promis, et ce qui est fait en réalité, notamment sur les questions écologiques. Continuez à lui répondre, Pascal Canfra.

12:01
Pascal Canfin

Angelo, je suis très sensible à votre approche parce que là, ce sont des élections européennes. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on peut être en désaccord avec certaines parties de l'action du gouvernement. Et je vais même vous dire, moi-même, je suis sur la liste du Président de la République, je suis sur la liste de Valérie Ayet. Au moment du vote sur la loi immigration en France, j'ai tweeté le fait que si j'avais été député national, je n'aurais pas voté cette loi immigration. J'étais en désaccord sur ce sujet. Est-ce que c'est l'objet de la campagne ? Non, l'objet de la campagne, ce n'est pas de faire le bilan de l'action d'Emmanuel Macron.

L'objet de la campagne, c'est de construire une Europe puissance face à la Russie, et Pierre Aski rappelait encore une fois les enjeux de la guerre en Ukraine il y a quelques minutes, face à la Chine et aux Etats-Unis, du point de vue de la compétitivité industrielle, notamment dans les technologies. Je me permets de rappeler, parce qu'on a très peu parlé d'Europe finalement, je me permets de rappeler quel est l'enjeu de cette élection européenne.

13:04
Invité

Mais ce que dit Angelo, il dit que pourquoi vous créez des duels télé, Jordan Bardella contre Gabriel Attal le 23 mai sur France 2, est-ce que ça, ce n'est pas vouloir polariser la campagne entre vos deux blocs ? Rejouer 2019, eux contre nous ? Vous êtes extraordinaire. Si Gabriel Attal disait,

13:22
Pascal Canfin

non, je ne veux pas débattre avec Jordan Bardella, on dirait, ah, il se défausse. Ah ben évidemment, il a peur. Ah ben évidemment. Et si, eh ben non, il le fait, il assume. Et maintenant le président qui veut débattre avec Marine Le Pen, vous ne jouez pas cette campagne à deux ? Parce qu'à l'échelle européenne, cette montée des extrêmes droites, c'est vrai pour le RN en France, mais c'est vrai pour l'AFD en Allemagne, c'est vrai pour Vox en Espagne et pour d'autres, elle risque de tuer l'Europe. C'est pour ça que le président de la République a raison de poser l'enjeu clé de cette élection. Est-ce que l'Europe peut mourir ? Oui. L'Europe, elle peut mourir de la conjonction de deux menaces.

Les menaces extérieures, la Russie, Poutine, le retour de Trump, peut-être à la Maison Blanche et la suppression de l'alliance militaire que nous avons avec lui et évidemment la concurrence chinoise sur des technologies clés. On a compris, mais êtes-vous les seuls pro-européens dans cette campagne ? C'est ça ce que dit Angelo. Et les menaces intérieures. Et les menaces intérieures, c'est qui ? C'est le Rassemblement National et ses alliés d'extrême droite. Maintenant, vous voulez me faire dire quelque chose sur Raphaël Glucksmann ? Je le sens. Je le sens. Non, non, non, non, c'est le fait de créer le duel permanent. Je vais vous le dire, je vais vous le dire.

Moi, quand j'entends Raphaël Glucksmann, il y a beaucoup de choses avec lesquelles je suis d'accord. Mais je regarde les actes et les actes en politique, c'est quoi ? C'est les votes. C'est les votes. Valéry Ayer dit qu'il vote 90% comme vous. En chiffres, oui. Maintenant, les votes historiques. Est-ce qu'il a voté le pacte asile-migration qui reconnaît la souveraineté européenne sur nos frontières ? Voté par la majorité du groupe socialiste au Parlement européen ? Non, il n'a pas voté. Est-ce qu'il a voté la loi climat qui est l'acte fondateur du Green Deal ? Eh bien non, il ne l'a pas voté.

Est-ce qu'il a voté le plan de relance 800 milliards d'euros pour sauver des millions d'entreprises, des petits, des artisans, des commerçants en Europe ? Eh bien non, il ne l'a pas voté. Et donc, la réalité des votes de Raphaël Glucksmann, c'est que c'est l'impuissance européenne. Ce n'est pas la puissance européenne, c'est l'impuissance européenne puisque les trois rendez-vous de l'histoire, le Green Deal, la loi climat, le plan de relance et le pacte d'asile-migration, il n'en a voté aucun. À aucun moment, il n'a pris ses responsabilités.

Et vous imaginez, Jacques Delors, parce qu'il parle beaucoup de Jacques Delors, Raphaël Glucksmann, vous imaginez Jacques Delors ne pas voter le plan de relance de 800 milliards d'euros, historique, première fois qu'on investit ensemble, en commun, dans nos priorités communes ? Évidemment, il l'aurait voté. Vous imaginez, Jacques Delors, ne pas voter la loi climat parce qu'elle est trop ceci ou pas assez cela ? Non, évidemment, il aurait pris ses responsabilités et il l'aurait voté. Nous, c'est ce qu'on a fait. Comment expliquez-vous alors

15:55
Présentateur

qu'il soit si haut

15:56
Pascal Canfin

dans les intentions de vote ? Nous, on construit l'europe puissance. Comment l'expliquez-vous ? Parce qu'il y a une partie de l'électorat, on va dire de la gauche, de la Macronie, du centre-gauche, qui a été déçue par un certain nombre de textes et notamment par la loi immigration. Comme vous, Pascal Canfin ? Ça ne sert à rien de se passer derrière son petit doigt. Yael Gauze, c'est la réalité. Et qu'est-ce que je dis à cet électorat ? Encore une fois, j'ai dit publiquement au moment du vote sur la loi immigration que personnellement, je ne l'aurais pas voté. C'est que ne vous trompez pas de sujet.

Le sujet maintenant, là, c'est est-ce qu'on construit pour de vrai, pas dans des propos d'estrade, mais pour de vrai, l'Europe puissance ? Et l'Europe puissance, ça passe par l'influence française. Et je voudrais vous dire juste un mot sur l'influence française. La seule tête de liste qui est dans les 100 députés européens les plus influents sur 705, la seule, c'est Valérie Réaïa. Tous les autres, comment expliquez-vous les difficultés de... Raphaël Luxman, y compris, ne figure même pas... Excusez-moi, je te dis ma phrase. Si je peux terminer ma phrase. Ne figure même pas dans les 100... De votre propre liste. Je peux terminer ma phrase.

ne figure même pas dans les 100 députés les plus influents. Ça veut dire, au fond, qu'ils ne pèsent rien. Donc si on veut de l'influence française, il faut voter pour ceux qui pèsent. Comment expliquez-vous

17:11
Présentateur

les difficultés de votre propre liste ? C'est extrêmement simple. Le Rassemblement national fait deux fois plus en intention de vote. Il y en a deux.

17:19
Pascal Canfin

Un sujet, d'abord, là, ce sont deux choses différentes. Sur notre propre liste, moi, j'ai confiance parce que notre électorat, le cœur de l'électorat de Valérie Ayet, n'est pas totalement encore mobilisé. Et c'est normal. On est à un mois de l'élection. Vous le répétez depuis deux mois maintenant. C'est vrai. C'est vrai. Le manque de mobilisation ça approche. C'est vrai. Et c'est pour ça que, vous avez raison, c'est pour ça qu'on monte en puissance, c'est pour ça qu'on fait les débats, c'est pour ça qu'on est présent sur tous les territoires pour montrer quel est l'enjeu de cette élection.

Je le rappelle encore une fois, est-ce qu'on continue à construire l'Europe puissance face à la Chine, face à Poutine, face à Trump ou est-ce qu'on se désagrège de l'intérieur ? C'est le seul enjeu historique et il est majeur. C'est pour ça que l'on dit que ce sont les élections européennes les plus importantes depuis 1979 au moment où le Parlement a été élu pour la première fois au suffrage universel.

18:08
Présentateur

Martine, au Standard d'Inter, bonjour et bienvenue.

18:11
Auditeur

Oui, bonjour. Bonjour à tous.

18:13
Présentateur

Bonjour.

18:13
Auditeur

Bon, donc je vais avancer un petit peu mon argument mais vous en avez déjà parlé. Donc l'Europe est un gage de paix. Nous avons plus que jamais besoin d'une Europe forte face au risque de guerre et donc est-ce que les candidats profondément pro-européens comme vous exploitaient suffisamment cet argument pour récupérer des électeurs et j'ajouterai quand je vois que le Front National Caracol est en tête, j'ai carrément honte d'être française. Voilà.

18:40
Présentateur

Martine, vous pensez à l'Europe de la défense ?

18:43
Auditeur

Ben pourquoi pas, oui. Non mais je veux dire on a quand même un risque de guerre qui est très important et il faut une Europe forte parce que c'est une évidence.

18:53
Présentateur

Merci, merci pour votre intervention.

18:55
Pascal Canfin

Pascal Canfin vous répond. Merci Martine, je partage tout à fait ce que vous venez de dire. On a besoin d'une Europe forte, d'une souveraineté européenne, d'une Europe puissance. Appelez-la comme vous voulez, c'est la même réalité. C'est l'Europe qui est autonome dans sa capacité à se défendre. Cette idée, elle est portée par la France depuis des années, par Emmanuel Macron depuis qu'il est à l'Elysée. Eh bien, on est en train progressivement, j'allais dire malheureusement, vu les circonstances historiques en Ukraine, de gagner cette bataille.

Et un des enjeux majeurs juste après l'élection européenne, ça sera de constituer un fonds européen de défense de 100 milliards d'euros pour, ensemble, acheter du matériel européen de défense, d'armement, harmoniser nos procédures. Le président de la République le rappelait, on a parfois des absurdités sur le terrain entre des normes, des canons, des largeurs, des profondeurs d'équipement matériel qui diffèrent selon les pays. Du coup, on n'est pas capable d'agir ensemble. Il faut mettre fin à tout ça. Il faut créer cette Europe de la défense.

Si on est, je vais vous le dire très clairement, les autres chefs d'État qui sont peut-être un peu plus sceptiques parce qu'ils croient plus aux parapluies aux Américains parce qu'ils trouvent que la souveraineté européenne ce n'est pas trop leur truc. Qu'est-ce qu'ils vont regarder le 9 juin ou le 10 juin ? Qu'est-ce qu'ils vont regarder ? Ils vont regarder le score d'Emmanuel Macron. C'est ça la réalité. Si on est fort, si les Français soutiennent cette liste, cette ambition européenne comme ils l'ont fait en 2019, on pourra continuer à transformer l'Europe de l'intérieur.

Si ce n'est pas le cas, on sera affaibli et on sera moins fort, on aura moins de rampes de lancement pour continuer cette action extraordinaire qu'on a faite avec le début de l'Europe de la défense, avec le plan de relance, avec le Green Deal. On a besoin de la force des électeurs. Si on vous suit, ça fait de vous un fédéraliste ? Parce que l'euro, c'est un projet fédéral. L'Europe de la défense, c'est quoi ? L'Europe de la défense, ce n'est pas un projet fédéral. Il n'y aura pas une armée unique européenne intégrée avec un commandement unique européen. Personne n'y croit. Et ça, ça voudrait dire que... Le concept vous décrit

20:56
Présentateur

politiquement ?

20:57
Pascal Canfin

C'est ce que je vous dis. Pourquoi ça ne veut rien dire ? Parce que dans certains domaines, comme l'euro, comme la souveraineté monétaire, oui, on assume totalement. Et d'ailleurs, je trouve qu'on n'utilise pas assez la puissance de l'euro alors que les Américains ne se gênent pas pour utiliser la puissance du dollar. Donc, dans certains cas, oui, bien sûr, on assume le côté fédéral type monétaire. Dans d'autres cas, parler d'Europe fédérale pour la défense n'a aucun sens puisque, comme je viens de vous le dire, personne, personne, même les plus pro-européens n'imagine un commandement intégré, une force de dissuasion européenne, etc. Donc, là, ça n'aura aucun sens.

Donc, c'est pour ça que je vous dis, il ne faut pas se perdre dans des débats un peu théoriques. Il faut regarder les enjeux historiques auxquels on est confronté et y répondre.

21:33
Invité

Il y a eu une photo surprenante ce week-end publiée sur un compte Instagram par des militants néofascistes. C'est des suprémacistes blancs baptisés Ouest Casual où on voit Valérie Ayet au milieu d'eux. Vous a-t-elle expliqué ce qu'elle faisait sur ce cliché, Valérie Ayet ?

21:46
Pascal Canfin

Je l'ai eue hier soir. Elle est évidemment écoeurée d'avoir été piégée par des gens qui sont venus autour d'elle qui ont dit on fait une photo, on fait un selfie. Elle a fait la photo comme elle le fait avec des dizaines et des centaines de Français tous les jours. Et il se trouve que sur les t-shirts,

22:03
Invité

à ce niveau de responsabilité ?

22:04
Pascal Canfin

Si vous devez commencer à chaque fois qu'un Français vient vous voir quand vous êtes en campagne à regarder ce qui est écrit dans le détail devant, derrière le t-shirt vous ne faites pas campagne. Donc elle a eu raison évidemment de faire confiance. Si on ne fait pas confiance aux Français si on ne fait pas confiance entre nous où est-ce qu'on va ? Par contre, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les néonazis l'extrême droite ils sont là. Ils ne sont même plus cachés. Ils sont là. Regardez en Allemagne le retour de la violence politique. Et donc on ne peut pas laisser cette extrême droite gagner. On ne peut pas laisser c'est le cœur de notre combat.

Et c'est pour ça aussi que oui, on est dans un face-à-face avec Gabriel, avec, pardon, avec Bardella, avec Marine Le Pen. Parce qu'on assume cette confrontation d'idées qui est fondamentale pour notre histoire et pour notre avenir.

22:43
Présentateur

Pascal Canfin, merci eurodéputé Rignoux, président de la commission Environnement, Santé, Publique, Sécurité, Alimentaire au Parlement européen. Merci à vous. Merci d'avoir été au micro d'interview. Merci à vous.

22:55
Locuteur

Merci à vous.