Cédric Perrin : "Pour 1 emploi supprimé par General Electric, c'est 3 ou 4 emplois induits supprimés derrière"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:25OuverteRéponse directe
Comment les salariés ont réagi à ce qu'ils s'y attendaient ?
- 1:17RelanceRéponse partielle
Vous en avez la certitude que c'est le gouvernement qui a demandé...
- 1:26OuverteRéponse directe
Ce sont à peu près les chiffres ou ils exagèrent ?
- 1:58OuverteRéponse directe
Et depuis combien de temps il y avait cette activité à Belfort, les turbines à gaz ?
- 2:28OuverteRéponse directe
Vous pensez que l'usine, dans son ensemble, est menacée ? Elle pourrait fermer un jour ?
- 3:09OuverteRéponse directe
Oui, il n'en avait quoi ? Même pas une trentaine fabriquée l'an dernier contre une centaine en temps normal ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:28Invité politiqueChiffre
« sur 1050 salariés licenciés, il y en a quand même 990 à peu près qui sont de Belfort. »
- 1:38Invité politiqueChiffre
« pour un emploi supprimé, il y a à peu près 3 ou 4 emplois induits qui vont être supprimés derrière. »
- 1:45Invité politiqueChiffre
« 980 emplois, enfin 1000 emplois, ça représente 11,2% du nombre d'emplois industriels du département. »
- 2:03Invité politiqueFait
« C'est une entreprise historique qui, au fur et à mesure des rachats par Alstom, etc., s'est vue transformer en une entreprise américaine. »
- 3:12Invité politiqueChiffre
« 29 MW l'an dernier. »
- 6:51PrésentateurChiffre
« 50 millions d'euros de pénalités. »
- 7:03Invité politiquePromesse
« 1000 emplois avaient été promis, dont la moitié presque à Belfort, pour la fin de l'année 2018. »
- 7:10Invité politiqueChiffre
« Il n'y en a eu aucun. Aucun, zéro. »
Temps de parole
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Il est 6h20, encore un dossier industriel brûlant pour le gouvernement. L'américain de Général Electric compte supprimer 1050 postes en France, 800 dans le secteur des turbines à gaz, 250 dans les services de support et c'est essentiellement le site de Belfort qui va être frappé. Bonjour Cédric Perrin. Bonjour. Vous êtes sénateur Les Républicains du territoire de Belfort. Alors là vous êtes avec moi en studio à Paris, mais j'imagine que vous avez eu des échos de l'usine de Belfort. Comment les salariés ont réagi à ce qu'ils s'y attendaient ?
Écoutez oui, j'ai eu évidemment beaucoup d'échos parce que sur 1050 salariés licenciés, il y en a quand même 990 à peu près qui sont de Belfort. Donc on a forcément dans un tout petit département comme le nôtre, des amis, de la famille qui travaillent à un moment ou à un autre chez le Général Electric. Donc j'ai beaucoup de retours, beaucoup de gens qui aussi m'envoient des messages pour nous appeler à les soutenir. L'ambiance est plutôt extrêmement morose. On s'y attendait, oui, évidemment, puisque ça fait un moment que malheureusement certains chiffres circulent.
Sauf que là on est dans la fourchette très haute et que nous savions très bien que au lendemain des élections européennes, les résultats du PSE allaient tomber puisque c'est la demande qui avait été formulée par le gouvernement que les annonces soient faites après les élections européennes. Ce qui est le comble de l'indécence, c'est que ça a été fait 12 heures après.
Vous en avez la certitude que c'est le gouvernement qui a demandé...
Je l'ai annoncé le 4 avril dernier aux questions d'actualité. J'ai été pris pour un hurlu berlu. Mais en attendant, aujourd'hui, l'histoire malheureusement me donne raison.
D'après le maire de Belfort, ce sont même 3000 emplois directs et indirects qui sont menacés dans votre région. Ce sont à peu près les chiffres ou ils exagèrent ?
Je pense qu'ils exagèrent pas du tout. On n'a pas de chiffres complètement exacts. Mais on sait aujourd'hui que pour un emploi supprimé, il y a à peu près 3 ou 4 emplois induits qui vont être supprimés derrière. Donc c'est absolument colossal. Je rappelle que 980 emplois, enfin 1000 emplois, ça représente 11,2% du nombre d'emplois industriels du département. Ce qui est absolument énorme. Et avec les sous-traitants et les emplois induits, ça représente 3 ou 4 000 personnes.
Et depuis combien de temps il y avait cette activité à Belfort, les turbines à gaz ?
C'est une activité très ancienne. C'est une entreprise historique qui, au fur et à mesure des rachats par Alstom, etc., s'est vue transformer en une entreprise américaine. Mais l'activité, je crois, d'un rachat en 99 par Aji sur Alstom, cette activité de turbine gaz, c'est une très très vieille activité sur notre territoire. Parce que historiquement, évidemment, Belfort, c'est les TGV et l'énergie.
Vous pensez que l'usine, dans son ensemble, est menacée ? Elle pourrait fermer un jour ?
Oui, nous sommes très inquiets. Parce que vous savez, quand vous avez atteint une taille qui ne vous permet pas d'avoir le seuil critique pour répondre à un certain nombre de marchés, eh bien, votre existence est évidemment en danger. Et j'interpellais le gouvernement hier sur une question très simple. C'est qu'il y a, dans le territoire de Belfort, nous sommes la première région industrielle de France. Il faut le savoir. C'est PSA, c'est Alstom, c'est General Electric. Il y a une multitude de sous-traitants qui travaillent autour de tout cela. Et c'est évidemment beaucoup de compétences, beaucoup de savoir-faire.
Et certains disent aujourd'hui, à tort, et je voudrais le rappeler, qu'il n'y a pas d'avenir pour les turbines à gaz. C'est complètement faux. Certes, il y a un trou d'air, il y a une baisse de l'activité importante.
Oui, il n'y en avait quoi ? Même pas une trentaine fabriquée l'an dernier contre une centaine en temps normal ?
29 MW l'an dernier. Mais il y a forcément, il y aura un avenir pour les turbines à gaz. Vous savez, aujourd'hui, on veut dans ce pays un mix énergétique. On veut notamment mettre en place un certain nombre d'énergies renouvelables, qui pour les éoliennes notamment, ce sont des énergies qui sont inconstantes. Or, pour le client final, il faut une énergie qui soit constante. Et la seule solution pour pouvoir pallier au creux de l'énergie éolienne, puisque le vent a été raté parfois, c'est une énergie soit charbon, soit gaz. Les Allemands ont fait le choix d'arrêter le nucléaire pour partir sur de l'éolien. Donc, ils ont remis en marche leur centrale à charbon.
Et c'est sans doute le pays aujourd'hui au monde, enfin en Europe, qui pollue le plus. Est-ce que la France veut faire pareil ? Est-ce que les autres pays veulent faire pareil ? Non. Donc, l'énergie au gaz a de l'avenir. Il faut jusqu'aujourd'hui que nous soyons conscients du fait qu'il ne faut pas perdre nos compétences, notre expérience, pour que le moment venu, lorsque le marché redémarrera, la France puisse être présente et qu'elle conserve son indépendance énergétique. C'est toute notre volonté. Et donc, dire aujourd'hui que le gaz n'a pas d'avenir est une erreur magistrale.
Et comment faire alors pour garder cette compétence sans supprimer mille postes ?
Alors, justement, la question que nous posons au gouvernement aujourd'hui, c'est comment on a à faire pour arriver à garder ses compétences ? Comment faire en sorte que sur Général Electric à Belfort, on puisse avoir une redistribution des cartes, une diversification de l'outil industriel et peut-être, pourquoi pas, de nouvelles activités qui arrivent pour faire en sorte que nous puissions conserver les salariés et le moment venu, peut-être, se diversifier à nouveau vers l'énergie. Mais en attendant, travailler sur l'aéronautique, peut-être, pourquoi pas, il y a des discussions sur le grand carénage des centrales nucléaires.
Il y a aussi des discussions, et là, c'est l'État qui est à la manœuvre, sur un sujet qui, moi, me paraît extrêmement important. Et donc, malheureusement, on ne parle pas suffisamment, c'est l'hydrogène. Parce qu'aujourd'hui, on nous parle du tout électrique. Mais vous savez, quand les médias, comme vous, commenceront à faire des reportages un petit peu difficiles sur l'extraction des terres rares en Chine, sur la réutilisation des batteries, les scandales qui vont arriver avec tout cela, je pense que l'opinion publique va se rendre compte que le tout électrique, ce n'est pas forcément la solution.
L'hydrogène en est une, et Belfort est aujourd'hui, en termes de recherche fondamentale, un centre d'excellence mondial sur la question.
L'aéronautique, le démantèlement des centrales, la filière hydrogène, ce sont les trois pistes de diversification citées par le ministre de l'économie hier. Vous êtes d'accord avec Bruno Le Maire, donc ?
Ce n'est pas que je suis d'accord. C'est lui qui est d'accord avec vous ? Je rappelle que c'est ce que nous proposeront les élus et les syndicats.
Donc il vous a écouté ?
Il l'a dit dans la réponse qu'il a faite hier. Je rappelle que les élus du département et les syndicats, qui sont très responsables sur le sujet, appellent le gouvernement sur ces sujets depuis tous six mois. Nous avons rencontré notamment les élus du département au Sénat, le président de Safran, qui est le fabricant, dans le cadre d'une JV avec une génélectrique, des moteurs Lynch notamment. Donc il y a des sujets, nous y travaillons, et nous avons appelé le gouvernement à nous accompagner, à nous aider sur toutes ces questions. Parce que lui a sans doute plus que nous des moyens d'entrer et de convaincre le génélectrique d'aller sur ces questions.
Il parle aussi de la construction du TGV du futur chez Alstom. Ça aussi, c'est une piste de reconversion possible pour les salariés ?
Je rappelle qu'il y a très peu de temps, l'annonce de la fermeture du site Alstom avait été faite. Les élus que nous sommes s'étaient mobilisés. Le gouvernement avait lancé l'opération du TGV du futur. Aujourd'hui, Alstom à Belfort va sortir le TGV du futur. Donc forcément, il y aura des commandes, mais ça ne va pas permettre malheureusement de réemployer 900 personnes. Mais c'est une des pistes qui sont étudiées, et des possibilités de reconvertir un certain nombre de salariés sur la filière Alstom Transports.
General Electric, au moment du rachat de l'intégralité de la branche énergiste, est engagé à créer un millier d'emplois. Il ne l'a pas fait, d'où des pénalités. 50 millions d'euros de pénalités. Cet argent a déjà été versé ?
Non. Les 50 millions d'euros sont évidemment une pénalité qui avait été prévue au moment du rachat d'Alstom Power par General Electric en 2014. Puisqu'effectivement, comme vous le dites très justement, 1000 emplois avaient été promis, dont la moitié presque à Belfort, pour la fin de l'année 2018. Il n'y en a eu combien d'emplois créés ? Il n'y en a eu aucun. Aucun, zéro. Puisqu'au final, on aura un solde négatif de 1000. Donc il y a une pénalité que devra payer General Electric à l'État, et dont nous souhaitons évidemment que cette pénalité revienne au territoire de Belfort pour travailler à la diversification de l'outil industriel.
Parce que ce que je disais tout à l'heure, notamment sur le fait que nous travaillons sur l'aéronautique, ça nécessite évidemment beaucoup de qualifications, beaucoup de matériel et du temps. Et le matériel, ça peut être en partie financé par ces pénalités.
Donc ça veut dire qu'il n'y a pas de reconversion à court terme, possible pour les salariés ? S'il faut investir, s'il faut développer d'autres secteurs ?
Ça veut dire évidemment que la reconversion ne va pas être simple.
Merci beaucoup Cédric Perrin, sénateur Les Républicains du territoire de Belfort. Vous étiez l'invité du 5-7 ce matin ?
Merci à vous.