AGRICULTURE : "LES INDUSTRIELS RIGOLENT, RIGOLENT !" (Voynet, Sapin, Ruffin)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Jeudi, je rendais public le projet de loi sur l'agriculture. Le même jour en commission des affaires économiques on recevait, entre autre, Serge Papin, le PDG de Système U, donc la grande distribution et Dominique Voynet, ancienne ministre de l'environnement , maintenant à l'IGAS aux affaires sociales, qui étaient deux responsables d'atelier. Ils sont venus nous dire tous les deux que le projet de loi était très en deçà de ce qui était ressorti de leurs ateliers, l'un sur la construction du système de prix.
Serge Papin, vous allez le voir, qui dit qu'il faut un prix plancher, que les industriels sont prêts à ça, que la grande distribution était prête à ça et que là on le retrouve pas du tout dans le projet de loi donc il faut aller beaucoup plus loin que ça. Il faut, tant qu’à faire, que cette loi soit ambitieuse, et elle est pas partie pour, je vous le dis, selon les rumeurs que j’ai, elle est pas partie pour. Le dispositif actuel, c’est la LME.
Nous on a fait une proposition qui doit servir de socle à cette nouvelle loi, et tant qu’on ne substituera pas à la LME, qui est quand même la loi du plus fort, elle a été mise en place ici, elle facilite le rapport de force. Nous on a proposé justement qu’il y ait une autre loi qui se substitue, et elle est en cour d’écriture, et qui soit une loi qui réconcilie, qu’on passe d’un prix prédateur à un prix responsable. Si on veut sauver et restructurer l'agriculture française pour aller vers une démarche plus qualitative, on pourrait pour une période transitoire, dire qu'il y a des prix en dessous duquel il ne faut pas descendre, au moins pendant 2 ans.
On détermine un prix minimum des grandes matières premières, c'est pas très compliqué et ça peut, tout a fait, se discuter avec l'Europe. Evidemment, on va répondre que c'est de l'entente, etc...
Pas du tout, c'est aussi des décisions de sauvegarde. Mais il faut aussi que la loi demain, moi je vais vous dire vous avez une grosse responsabilité, entre nous, on a besoin dans ce pays de régulation. Ca fait franchement 30 ans que l'agriculture est la variable d'ajustement à la guerre des prix, pas que d'ailleurs, personne n'a bougé !
On peut être dans un marché libéral et encadré, un tout petit peu ce libéralisme, autrement, il est destructeur de valeurs et d'éthique. Et c'est pas un copain, pas un gauchiste, pas une ONG qui le dit mais le PDG de système U. De la même manière Dominique Voynet, qui dit qu'on est sorti de notre atelier du bien être, la santé par l'alimentation avec des propositions assez fortes et qui avaient fait consensus parce que les industriels et la grande distributions, ils se sentaient dos au mur et donc ils préféraient concéder des choses plutôt qu'on les leurs impose ensuite et donc ils avaient signé des propositions assez fortes de son point de vus et finalement rien dans la loi.Vous verrez ce qu'elle dit : "Maintenant, ils rigolent, ils rigolent." La vérité, c’est que dans la séance conclusive des Etats Généraux de l’alimentation le 21 décembre, j’ai dit des choses très proches de ce que j’ai dit aujourd’hui.
Le ministre opinait du chef, et m’a donné l’impression de totalement partager mes préoccupations, Mais dans le discours de clôture, Il n’y avait RIEN ! Il n’y avait rien qui pouvait faire écho à mes préoccupations. Et dans le projet de loi il y a RIEN !
C’est un peu décevant. Pourquoi c’est un peu décevant ? Parce que les participants, industriels, transformateurs, distributeurs, qui étaient pas des poulets de l’année, s’attendaient à ce qu’on leurs impose des choses.
Ils ont négocié des compromis, ils ont avancé parce qu’ils pensaient être battus bien plus durement ! Que ce qu’ils étaient prêts à accepter. Donc, à la surprise générale, les conclusions de l’atelier, elles sont largement consensuelles, avec des gens de Nestlé, de Ferrero, de la FNSEA, etc etc, qui avaient pas trop ’habitude d’être d’accord avec les consommateurs et les écologistes qui étaient présents.
Qu’à l’arrivée il n’y ait rien, forcément ils respirent, ils rigolent ! Ils RIGOLENT ! Notre faiblesse, c’est qu’au fond, on les laisse faire.
On les laisse faire en se réfugiant derrière le fait que toute évolution de la réglementation doit avoir lieu au niveau européen. Dans le cadre de la réglementation actuelle, il y a déjà beaucoup de choses qui peuvent être faites, qu’au niveau européen on peut s’engager aussi je pense pas qu’on le fasse suffisamment, et que de toute façon, les engagements coordonnés au niveau national, les entreprises y étaient prêtes, et on leurs a pas du tout tendu la main. Je pense que là, c'est grave, parce qu'on a une opportunité manquée en matière d'alimentation et d'agriculture.
Une opportunité manquée parce que les industriels et la grande distribution s'attendaient à bien davantage et il y a presque rien dans la loi et une opportunité manquée parce que aujourd'hui, on a un doute dans l'esprit des agriculteurs sur le modèle agricole pour demain, pour bientôt, pour presque tout de suite. Il y a ce doute qui est là et on utilise pas ce doute pour même serait-ce que dans l'exposé des motifs dire vers quel type de modele agricole on veut aller demain, ce n'est absolument pas contenu dans la loi. Je pense que la on a une grande opportunité manqué, on va essayé de corriger le tir à 'Assemblée nationale, mais quand on connait la réalité de la place de l'Assemblée nationale dans la possibilité d'élaborer la loi, on sait que c'est l'exécutif, que ce sont les ministères qui vous balancent le truc et la majorité, bien souvent, elle suit et puis c'est tout.
C'est pas bien souvent, pour l'instant c'est toujours, donc on va essayer de corriger le tir et de la ramener au niveau des ambitions de Serge Papin ou de Dominique Voynet ou d'autres intervenants qu'on a eus mais on a une sacrée marche à monter entre les deux. Va falloir s'entrainer au saut de haie ou bien comment c'est le truc quand tu sautes sur la dos, le Fosbery ? Oui le saut en hauteur, mais la technique où tu plies ton dos...
Les profs de sports ils vont trouver que j'suis vraiment nul alors que je commence à avoir la côte autres d'eux. Bon voilà pour ce qui devait être une video sérieuse, je dois y aller...
François Ruffin