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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 12 juin 2026 19 min

Hommage à David Hockney, dernier peintre du XXe siècle

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Invité

Pendant 65 ans, chaque jour, j'ai fait ce que je voulais faire. Il n'y a pas beaucoup de personnes qui peuvent dire cela. Mais moi, je le peux. Je n'ai pas dû me soumettre à d'autres personnes. J'ai travaillé chaque jour et c'est ce que j'ai voulu faire.

0:38
Présentateur

La malice, le travail, la liberté du peintre David Ockney, le britannique, est mort jeudi à l'âge de 88 ans, après sept décennies d'une longue carrière à peindre, notamment des paysages, la nature, des portraits, mais aussi des piscines, carrière durant laquelle il a fait naître une peinture figurative qui lui a permis de rencontrer son public, considéré comme le plus grand peintre contemporain vivant, mais aussi comme le plus coté. Nous revenons ce matin sur son art, son œuvre, son parcours et sa personnalité, avec à distance Catherine Cusset. Bonjour madame.

1:10
Locuteur

Bonjour.

1:10
Présentateur

Vous êtes écrivaine et vous avez publié « Vie » de David Ockney, paru en 2018 aux éditions Gaëlimar, et en 2025 avec une édition illustrée du livre. Et à mes côtés en studio, le peintre Thomas Lévilaine. Bonjour Thomas. Bonjour. Première question peut-être. Votre rapport à cet artiste et à sa création, Thomas Lévilaine, vous êtes vous-même peintre. Qu'est-ce qu'il représentait en tant qu'artiste, peut-être pour la génération d'aujourd'hui en quelque sorte ?

1:37
Invité

Je pense que c'était un modèle de générosité, c'est-à-dire qu'en gros il a produit énormément de choses, s'il s'intéressait à beaucoup de choses, on va en parler j'imagine. Et puis il y avait cette chose un peu particulière aussi, c'est que c'est un artiste figuratif, au milieu des années du minimalisme, du conceptuel et tout ça. Et il a persévéré dans son être, on l'a écouté à l'instant, de manière très sereine. Et donc ça ouvrait une petite porte comme ça à la liberté, au fait de ne pas être contraint par une histoire théologique de l'art ou des choses comme ça.

2:05
Présentateur

Ça veut dire qu'il a fait du figuratif au moment où plus personne n'en faisait, et on peut le dire où tout le monde trouvait sa ringard ?

2:11
Invité

En tout cas il était très décrié, donc par exemple j'ai retrouvé cette phrase de Clément Greenberg, qui était donc le critique d'art de Rothko et tout ça, et qui décrivait au moment d'une exposition, alors que David Ockner avait 32 ans, et Clément Greenberg avait énoncé, ce sont là des œuvres d'art qu'il ne devrait pas avoir droit de citer dans une galerie qui se respecte. Donc voilà, il y avait ce truc-là très tendu, mais il a réussi à s'inventer une carrière dans ce cadre-là, et c'est vrai que là, aujourd'hui il y a une génération très figurative, les gens qui ont entre 30 et 50 ans c'est beaucoup de figuratif, et donc évidemment ça ouvrait une porte assez incroyable comme ça.

2:44
Présentateur

Quand on lit partout qu'il a été le plus grand, le plus coté, c'était un peu le roi du superlatif, avec ses œuvres aussi, et en même temps totalement populaire, 920 000 visiteurs lors de sa dernière exposition à la Fondation Louis Vuitton, c'était à Paris l'année dernière.

3:00
Invité

Oui, puis c'était 600 000 au Centre Pompidou aussi, donc voilà, il y a quelque chose de très accessible, comme ça, de très généreux. Je pense aussi qu'il a fait une chose en tant qu'artiste que je trouve intéressante, c'est qu'il allait vers le public, c'est-à-dire qu'il écrivait beaucoup de livres, il y avait beaucoup de vidéos, il a fait des lettres avec la BBC et tout ça, donc il y avait comme ça une générosité simple et accessible à l'art. Alors, il n'hésitait pas à chercher son public, il est né dans les années du pop-art, mais il y avait quelque chose de moins froid, comme ça, plus chaleureux.

Il y a aussi le fait que c'était un artiste intimiste qui racontait des histoires, c'était un artiste qui était dans quelque chose de la joie de vivre, avec des sentiments, ce qui n'était pas forcément les choses des années 70-80.

3:38
Présentateur

Catherine Cusset, vous avez donc, je l'ai dit, publié « Vie de David Hockney », c'était une œuvre, c'est une œuvre, pardonnez-moi, à mi-chemin entre le roman et la biographie, et pourtant vous, vous ne l'aviez jamais rencontrée, avant d'écrire ce livre. Oui, oui, et si je l'appelle un roman, c'est parce que j'ai essayé d'imaginer son trajet d'artiste de l'intérieur, en me plaçant dans sa tête, et en essayant de raconter le trajet de David Hockney, avant qu'il sache qu'il va devenir le célèbre David Hockney.

Et donc, en effet, je ne l'ai pas rencontré, parce que j'avais peur, si je lui demandais la permission, qu'il dise non, parce que j'ai pris beaucoup de liberté dans mon livre, j'ai réinterprété sa vie, et voilà, je voulais une œuvre d'arbre, une œuvre, que ce soit un tableau ou un livre, et je crois que David Hockney serait d'accord, ça doit être libre. Qu'est-ce qui vous intéressait dans sa vie ? Thomas Lévilane parle de sa générosité, du fait qu'il travaillait beaucoup, et qu'il faisait aussi, qu'il peignait beaucoup.

Son humour, sa liberté incroyable, sa liberté qu'il a du début à la fin, donc en effet, quand il arrive à la Royal Academy of Art, quand il a 22 ans, il découvre que vraiment être un peintre figuratif, c'est être un peintre du dimanche, et il essaye à ce moment-là de se mettre à l'abstrait, parce qu'il est très soucieux de son image quand même, David Hockney, il ne veut pas se ridiculiser. Et le problème, c'est qu'il devient extrêmement déprimé, et un de ses amis, à l'époque, lui dit mais tu n'as pas besoin d'être contemporain, puisque tu vis dans ton temps, tu es contemporain, c'est un fait. Donc, peint ce qui te plaît, paint what matters to you.

Et c'est devenu vraiment son moto, il a toujours suivi son désir, sa boussole intérieure, à l'époque, il a réintroduit le figuratif, il s'est mis à peindre le désir, il avait découvert sa sexualité, il avait 22 ans, 23 ans, c'était un jeune homosexuel en Angleterre, dans les années 50, à une époque où c'était encore un crime, d'être homosexuel, qui était puni par la loi, c'est pour ça d'ailleurs qu'il est parti en Amérique, il a vraiment toujours fait ce qu'il voulait, et il ne s'est jamais laissé enfermer dans une formule, dans la prison du succès.

Vous voyez, quand il a commencé à devenir un peintre très connu par ses piscines et ses doubles portraits, il avait à peine la quarantaine, il était vraiment reconnu comme un peintre, il avait déjà eu des prix de peinture, et chacun de ses tableaux se vendait.

D'un jour à l'autre, il a tout changé, il n'avait plus envie de peindre de doubles portraits, il n'avait plus envie de peindre de piscines, à la fin de son histoire d'amour avec Peter Schlesinger, il s'est tourné vers la technologie, il a commencé les photomontages, il s'est mis à peindre des drôles de tableaux plus abstraits, il cherchait, tout le monde disait, mais il est devenu fou, il est tombé en enfance, qu'est-ce qui lui arrive ? Et lui, il explorait.

Né en 1937, vous l'avez dit, dans cette Angleterre très industrielle, entre Leeds et Manchester, c'est son père qui lui transmet cette fibre de la peinture, son père, il n'est pas du tout artiste, en quelque sorte, il est comptable, il prend des cours d'histoire de peinture, et pourtant, son premier chef-d'oeuvre de David Ockney, ce sera un portrait de son père, avant Thomas Lévilane, de quitter l'Angleterre, et d'être attiré par la lumière et le soleil de la Californie.

6:46
Invité

Oui, d'ailleurs, dans ce parcours-là, il était très ami avec un peintre anglais qui s'appelle Patrick Proctor, qui n'est pas très connu, mais il était assez proche à ce moment-là, et puis il y a une forme de trahison de David Ockney, parce que quand il part à Los Angeles, il revient avec un travail qui est assez proche aussi de Patrick Proctor, mais d'un coup, comme il est le nouveau artiste à Los Angeles, il en profite pour se refaire, il y a un petit truc de trahison à ce moment-là, et puis le fait est que, il découvre Los Angeles, donc il découvre aussi les piscines, les couleurs stridentes, la belle lumière très intense comme ça de Los Angeles, et donc aussi une forme d'abstraction, puisque si on regarde, voilà, il fait des compositions, il trouve les immeubles très très droits, graphiques, très géométriques, les jeux de géométrie et tout ça, et puis il trouve aussi tout un bestiaire de collectionneurs et de gens qui vont le soutenir dans son parcours, oui, oui.

Après, on dit qu'il y a une période, quand on parle de la série des doubles portraits, on parle d'hyperréalisme, moi je trouve que ce n'est pas si hyperréaliste que ça, c'est réaliste avec de la photographie, c'est-à-dire que si on se rapproche un peu des tableaux et tout ça, on voit que ce n'est pas projeté ou très, ce n'est pas au millimètre, il y a vraiment un geste comme ça, c'est d'abord un très très grand dessinateur, notamment un dessinateur qui dessinait avec des espèces de rapido, comme ça, des dessins noirs, des lignes très claires comme ça, et c'est très très beau, les portraits de ses amoureux, de ses amis et tout ça, et il y a toujours quelque chose de très affectif là-dedans, donc par exemple, tout ce qu'il a inventé comme technique, c'est-à-dire qu'il a pu envoyer des faxes à ses amis en dessin, il a pu après jouer avec l'e-pad et tout ça, tout ça est apparu en faisant des cadeaux en fait, c'est-à-dire qu'il faisait des petits dessins sur iPhone et il les envoyait à ses amis le matin pour leur rappeler que c'était quand même cool de vivre.

8:18
Présentateur

Quel est le propos de ces peintures, Catherine, tu sais, on parle notamment de ses piscines, c'est peut-être pour ça qu'il est le plus connu, est-ce que c'est effectivement une façon de représenter ce qu'il voit, parce qu'il dit le monde est beau, il faut prendre le temps de le regarder, de le représenter, de montrer cette réalité, mais est-ce qu'il n'y a pas aussi un propos un petit peu plus piquant, plus grattant sur aussi ce qu'est cette société américaine de l'époque ? Je ne sais pas si c'est une satire de l'Amérique, mais ce propos, il n'y a pas seulement les piscines, je ne sais pas pourquoi on parle toujours des piscines, parce qu'il y a tout aussi... Allez-y, dites-nous le reste.

Il a remis sur la carte de l'art le paysage, et qui est quand même, c'est les 25 dernières années. Le portrait et le paysage qui n'existaient plus sur la carte de l'art, ça n'existait plus. Il les a remis avec la couleur, et vous parliez à l'instant justement de son hyper-réalisme, et je pensais à un détail de ce tableau très connu, le double portrait de son ami Christopher E. Sherwood et de Don Bacardi, qui sont deux amis de la Californie, un écrivain et un peintre. Je ne sais pas si vous le voyez, c'est un portrait magnifique, où on voit une coupe de fruits sur une table, et derrière eux, un immense volet bleu.

Et j'avais imaginé que ces deux amis vivaient dans un loft très contemporain à Los Angeles, et j'ai trouvé par hasard une photo faite par Peter Schlesinger de la maison de ses amis, et c'était une vieille maison hispanique. Et en effet, on voit qu'il ne s'agit pas du tout d'hyper-réalisme, c'est la vision de David Hockney. Il ne peint que sa vision, il n'est pas du tout en train de chercher à reproduire exactement le monde tel qu'il est. Et la Normandie, c'est pareil, c'est un émerveillement qui commence au début des années 2000 devant le monde, devant la nature, devant...

Il redécouvre le printemps au début des années 2000 en allant en Angleterre, et sa saison préférée, c'est justement le printemps, c'est-à-dire la saison où tout vient à la vie, où tout change, et pendant la pandémie, alors que tout le monde était enfermé, lui, en Normandie, il a peint tous les jours, et tous les jours, c'était différent. Et c'est cette variation infinie du monde qu'il nous donne à voir.

10:38
Invité

Les saisons sont une des choses les plus enthousiasmantes de la nature. Et en Normandie, on les voit d'une façon tellement claire. J'ai commencé par les arbres en hiver, et j'ai terminé avec cette scène de neige. Et la scène avec la neige, ça s'est passé réellement. c'est arrivé en janvier 2021. Je me suis levé tôt un dimanche matin et il a neigé durant 45 minutes. mais je l'ai saisi, je pense. Et puis, le soleil est sorti et toute la neige a disparu. j'étais très heureux d'avoir ce petit peu de neige ici, parce que sinon, la fin, eh bien, j'aurais dû l'imaginer.

12:00
Présentateur

David Hockney, c'était en 2021, justement, juste après le confinement, après avoir passé son temps à peindre la Normandie. Il en tirera d'ailleurs une exposition qui s'appellera une année en Normandie. Deux choses, peut-être, Thomas Lévilane, d'abord, sur ce rapport au paysage. Pourquoi est-ce qu'il persévère en quelque sorte sur, encore une fois, une forme qui était peut-être désuète ?

12:25
Invité

Elle était totalement désuète, mais par contre, il s'intéressait à des grands sujets métaphysiques comme le temps et l'espace et il allait jusqu'à peindre sur paysage des énormes tableaux. Donc ça, même à la fin de sa vie, quand il était sur chasse roulante, il osait y aller avec ses assistants et tout ça, mais il peignait comme ça. Donc quand on peint sur paysage, il y a le temps qui passe, on voit que tout devient fugace, c'est-à-dire juste le fait de rester un point fixe et de regarder les choses. Vous pouvez faire ça aujourd'hui sur un banc à regarder juste dix minutes à vous laisser aller à la contemplation. En fait, tout est fugace, tout disparaît, tout ça.

Et donc il y a ce jeu mental de retrouver dans le tableau une certaine lumière, une certaine couleur. Voilà. Et alors après, sur cette exposition de David Dockney, moi d'un coup, j'avais vu cette exposition en sortant un petit peu de manière mélancolique parce que je me suis dit que c'était un vrai peintre du XXe siècle puisqu'il avait comme ça une grande confiance dans les saisons. Là, on part d'une canicule pour en retrouver une autre la semaine prochaine. Voilà, on sent que la continuité de l'Holocène et des saisons est peut-être bien abîmée et qu'il en aurait été triste. Mais voilà.

Mais le fait est que oui, c'est un peintre qui a toujours prôné le bonheur, qui a toujours prôné le présent et le ici et maintenant. Et il s'est toujours intéressé au quotidien à travailler, à regarder ce présent et cet ici et maintenant pour montrer que c'est intéressant. Catherine, tu sais ?

13:44
Présentateur

Et justement, je voudrais rajouter quelque chose. S'il a pu saisir la neige, c'est grâce à l'iPad. Donc ça, pour ça, pour le coup, ce n'est pas un peintre du XXe siècle. Cette neige qui a duré 45 minutes, d'ailleurs, il me l'a raconté quand je lui ai rendu visite en Normandie, il s'est réveillé, il a vu la neige et tout de suite, il a pris l'iPad. Et l'iPad, c'était l'instrument. On s'est un peu étonné qu'il dessine et qu'il peigne sur iPad. C'est quand même très spécial. Il n'y avait pas vraiment d'autres artistes qui ont fait comme lui dès qu'il y a eu cette application brush sur l'iPhone il y a déjà une quinzaine d'années. Je ne sais même pas quand ça a commencé.

Et il s'y est tout de suite intéressé parce qu'en effet, ce qui le passionnait, c'était de pouvoir saisir dans l'instant, saisir l'instant. Et vous avez raison, c'est en effet, vous me demandiez tout à l'heure le propos de sa peinture. Je pense que le propos de sa peinture, c'est le temps. C'est vraiment le temps, pas le temps qu'il fait, mais le temps dans sa continuité. Et pour moi, David Hockney, c'est un peintre comme Proust est un écrivain. C'est vraiment cet intérêt pour le temps, la tentative de raconter dans la peinture le temps comme Proust a raconté le temps dans l'écriture. Thomas Lévilane.

14:47
Invité

Oui, de la même manière, dans son naturalisme, il y a eu beaucoup de périodes. Il est passé du primitivisme à quelque chose de très figuratif et tout ça. Puis, il y a eu aussi toute cette aventure post-cubiste où d'un coup, il a inversé les perspectives avec un sujet qui est quand même très intéressant et qui, pour le coup, me paraît très contemporain. C'est qu'il ne voulait pas que le tableau soit une fenêtre ouverte sur le monde, mais qu'en fait, le spectateur soit inclus dans le tableau. Donc, en inversant les perspectives, d'un coup, le spectateur se retrouve impliqué dans le tableau.

Et ça, cette vision du monde où tout se touche, comme dirait la peintre Marie-Claire Me Too, mais tout est en contact comme ça, tout est en relation, je trouve ça passionnant. Sur la technologie, en fait, David Ockner, à partir de 42 ans, il est devenu un peu sourd, puis vraiment beaucoup plus sourd et il décrivait, par exemple, le fax comme son téléphone à lui, c'est-à-dire sa manière de communiquer avec les gens. Et c'est vrai qu'il a toujours été dans le dernier cri de la technologie. Il allait à Los Angeles pour voir les grands baroufes technologiques pour trouver la nouvelle technique. Et dès qu'il y a eu les Macs et les systèmes de dessin, il a toujours été friand de ça.

Sachant que, pour le coup, moi, j'étais un peu triste de la fin de sa vie où il faisait beaucoup d'iPad et pas beaucoup de peinture parce que, justement, on perdait un peu la fragilité que peut être la fin d'une carrière d'un peintre ou avec, je pense à Titien, Lucien Freud, Rembrandt, des choses comme ça, où d'un coup, il y a un côté existentiel comme ça que notre dandy de David Ockney a eu la délicatesse de ne pas montrer sa vieillesse comme ça par l'iPad. C'était une bonne stratégie.

16:21
Présentateur

Une bonne stratégie pour continuer aussi à se renouveler, à s'adapter, à innover et à être chic. Parlons, puisque vous l'avez rencontré depuis, vous étiez encore il y a quelques jours à Londres, Catherine Cusset, pour visiter sa toute dernière exposition à la Serpentine. Quel était ce personnage ? Parce que, vous voyez, le roi Charles III rend hommage, il dit, il portait son génie avec la même légèreté que ses crocs jaunes adorés qui égayaient les réceptions au palais. C'était un personnage. Ah oui, je ne savais pas qui portait ses crocs au palais. Je l'ai vu dans un beau costume gris qui ne ressemblait pas à ses costumes habituels.

Mais je ne savais pas, on ne voit pas ses pieds dans la photo. Mais justement, pour revenir à cette exposition, à la dernière exposition et à la perspective inversée dont vous parliez, il considère qu'il s'est vraiment battu contre la photographie. Parce que la photographie, d'une certaine manière, a mis fin. On a dit à un moment qu'elle mettait fin à la peinture. Et lui, il a dit non, pas du tout. Et d'abord, cette perspective que nous offre la photographie et la perspective qu'on a vue dans la peinture, c'est une convention. Et on ne voit pas seulement avec les yeux, on voit avec la mémoire, on voit avec les émotions, on voit avec les sentiments.

Et c'est exactement ça qu'il a voulu mettre dans sa peinture. Et c'est pour ça aussi qu'il a représenté cette perspective inversée. En effet, pour mettre le spectateur dans le tableau, mais pour montrer qu'il y a d'autres façons de voir. Et jusqu'à la fin, jusqu'à la fin, même avec l'iPad quand même.

17:43
Invité

Vous n'êtes pas d'accord sur l'iPad, mais ce n'est pas grave, Thomas Lévilène. Oui, c'est le bicentenaire de la photographie cette année. Et le fait est qu'avec l'IA et toutes les nouvelles inventions avec lesquelles il aurait adoré jouer, on ne peut plus croire la photographie comme une vérité, comme un rapport au réel puisque n'importe quel manant prompt peut faire une image photographique hyper réaliste et tout ça. Donc à la limite, David Aucné, il a raison. L'autre sujet qui m'intéressait, c'est de raconter aussi dans ses livres, il a fait un livre qui s'appelle Savoir secret qui est un livre sur l'histoire de l'art.

Il a mis trois ans à l'écrire, c'est sorti en 2001 et c'est pour moi le plus beau livre d'histoire de l'art des 30 dernières années puisqu'il y a des mises en page incroyables et son angle d'attaque c'est de dire que les peintres ont toujours utilisé l'optique, donc les objets photographiques avant la photographie. Donc ça va de Dürer à Vermeer à Velasquez et c'est un livre passionnant.

18:28
Présentateur

Que vous nous invitez évidemment à découvrir et à lire pour aller plus loin et pour ceux qui ne connaissent pas cette figure majeure de l'art contemporain de se laisser emporter par sa sensibilité et tout ce que vous venez de nous décrire. Merci à tous les deux Catherine Cusset et Thomas Lévilane d'avoir été ce matin avec nous pour rendre hommage donc à David Aucnet. Les matins du samedi sont une aventure collective. Je remercie pour la programmation et la préparation Marguerite Caton et Victoria Girovelmont. Jean-Christophe Francis était à la réalisation ce matin et la technique Anthony Thomasson. Le journal dans un instant.

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