La guerre au Moyen-Orient "fait mal au luxe", affirme Olivier Abtan, spécialiste du secteur
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« La guerre fait mal au luxe pour plusieurs raisons. »
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« Le Moyen-Orient concentre une clientèle qui est consommatrice de ces produits luxe à peu près 6% du marché mondial. »
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« Est-ce que c'est si grave, finalement, pour les acteurs du luxe ? »
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France Inter, Kevin Dufresch, le 5-7.
6h21, nous en parlons dans les journaux ce matin. Bien sûr, le cessez-le-feu semble de plus en plus fragile au Moyen-Orient. Voilà de quoi inquiéter les acteurs de l'économie mondiale, perturbés depuis près de deux mois. Alors, on parle beaucoup du pétrole et des conséquences à la pompe, mais d'autres secteurs souffrent du conflit. C'est le cas du luxe, dont la plupart des géants sont français. Bonjour Olivier Appentant. Bonjour. Directeur associé d'Alix Partners, cabinet de conseil en stratégie, spécialiste du luxe. Peu de croissance pour les groupes Kering et LVMH, voire des ventes en légère baisse chez Hermès.
C'est ce qui ressort des résultats du premier trimestre 2026 par rapport à l'an dernier. Les actions ont fortement baissé ces derniers jours. La guerre fait véritablement mal au luxe ?
La guerre fait mal au luxe pour plusieurs raisons. La première raison, c'est que le Moyen-Orient concentre une clientèle qui est consommatrice de ces produits luxe à peu près 6% du marché mondial. Évidemment, quand il y a la guerre, l'activité est ralentie, donc il y a moins de consommation locale. Le deuxième effet, c'est que ces clientèles voyagent aussi. Et vous savez que le luxe, on l'achète quand on voyage, quand on est à l'étranger. Et ces clientèles voyagent moins. Donc on voyait beaucoup de gens du Moyen-Orient en Europe et notamment à Londres. Et ces clientèles aujourd'hui, avec la guerre, évidemment, elles voyagent moins. Donc deuxième effet.
Puis il y a un troisième effet qui est de plus long terme, qui est la hausse des prix de l'énergie, éventuellement une hausse de l'inflation derrière, une non-baisse des taux d'intérêt. Et donc ça, c'est mauvais. Ça crée un contexte économique qui n'est pas favorable au luxe, d'où des résultats mitigés, en tout cas amputés par la guerre pour les groupes de luxe.
Vous disiez effectivement environ 6% des ventes dans le golf. On peut se dire, finalement, il en reste 94 autres pourcents ailleurs. Est-ce que c'est si grave, finalement, pour les acteurs du luxe ? Non, ce n'est pas si grave.
Non, parce que les deux principaux moteurs de ce marché, même si aujourd'hui ils sont plutôt à l'arrêt, c'est la Chine et les Etats-Unis. Donc le golf, en fait, c'est que 6%, mais c'est la consommation locale. Il faut ajouter quand même une consommation de ces clientèles à l'étranger, qui vient au-delà de ces 6%. Donc quand même, pour les maisons de luxe, ça représente quand même quelque chose de significatif, même si ce n'est pas très grave, comme vous le dites.
D'après une étude d'un autre cabinet, Kierny, qui a été dévoilé fin mars, le secteur connaîtrait une croissance modérée cette année, entre 2 et 4%. Ça veut donc dire que certes, les premiers résultats de l'année ne sont pas forcément très bons. Ça ne va pas empêcher la croissance tout de même et de bons résultats peut-être au fur et à mesure de l'année ?
Alors là, je mettrais un bémol parce que ça fait plusieurs années. Vous savez, le luxe depuis le post-Covid est dans une sorte de crise un peu latente. Donc ça fait à peu près 3 ans que le marché est soit stable, soit plutôt en légère décroissance. C'est la première fois depuis la création de cette industrie qu'on a une période de non-croissance aussi longue. Et chaque année, on dit non, cette année, ça va être mieux, ça va être l'année du redémarrage. En fait, très probablement, 2026 ne va pas être l'année du redémarrage. Et donc, on s'achemine encore vers une année qui est soit stable, soit en légère décroissance.
Et donc, probablement, les estimations qui ont été faites, qui étaient un peu optimistes, sont à revoir. Donc, ce n'est pas une catastrophe dans le sens où le marché ne décroît pas de 20%. Mais quand on a une industrie qui a été habituée à croître de manière quand même assez phénoménale ces dernières années et qu'on est dans une non-croissance continue et un peu longue, c'est très dur pour les maisons.
Est-ce que cette incertitude dont on parle peut mener les grandes maisons à déporter justement le chiffre qu'ils faisaient dans le Golfe, à essayer de se reconcentrer, vous parliez de la Chine et des Etats-Unis, à remettre encore, à essayer de relancer la machine ailleurs ?
Alors, bien sûr, ils vont essayer ça. Le sujet, c'est qu'avant la guerre, le luxe était déjà dans une sorte de crise. Et donc, difficile en fait de relancer ses clientèles. Et pourquoi ? Une crise qui est due à quoi ? Alors voilà, en fait, c'est dû, si on prend l'angle des clients, c'est dû en fait au ralentissement simultané des Etats-Unis d'un côté. Donc, avec une forte croissance post-Covid et puis après un atterrissage. Les Etats-Unis qui étaient encore, il y a 10 ans, on disait un marché sous-développé du luxe. Quand on comparait le nombre de millionnaires, le nombre de milliardaires par rapport à ce que le luxe représentait dans le marché mondial, c'était assez faible.
Et donc, on voyait qu'il y avait un décalage. Donc, il y a eu ce rattrapage et là, il y a eu une sorte d'atterrissage avec de l'inflation, etc. De l'autre côté, la Chine, avec une crise économique, avec une crise immobilière qui est assez importante. Et donc, pareil, un affaiblissement du marché sur les deux gros moteurs de croissance. Et donc, le marché a souffert avant la guerre. Aujourd'hui, les maisons essayent de réorienter leur investissement vers d'autres géographies. Mais ça reste assez difficile puisque le marché est déprimé dans son ensemble.
Olivier Aptan, est-ce qu'il y a des produits qui sont plus touchés que d'autres ? Est-ce que ce sont la maroquinerie ? Est-ce que ce sont plutôt les vins, les spiritueux ? Qu'est-ce qui est le plus touché dans le domaine du luxe ?
Alors, quand on regarde notamment les résultats des maisons, on voit qu'effectivement, le mode et la maroquinerie sont des catégories qui souffrent un petit peu plus que d'autres. A contrario, je dirais, des catégories qui continuent de se développer sont les catégories qui parlent aux plus riches des plus riches, on va dire, notamment la joaillerie. Et vous voyez que la joaillerie, les maisons de joaillerie continuent de se développer, alors qu'il y a des catégories qui sont peut-être plus masse dans ce monde du luxe qui souffrent.
Le luxe en France, c'est beaucoup d'emplois, plus de 600 000 emplois directs ou indirects. Est-ce que cette situation, elle peut avoir des conséquences à court terme, des conséquences sociales finalement, des suppressions d'emplois, y compris en France ?
Alors, je ne pense pas qu'il y ait des suppressions d'emplois massives à attendre, parce qu'on était quand même dans un monde qui était contraint. Les maisons n'arrivaient pas à produire assez pour satisfaire la demande. Donc, on est plutôt dans un monde où on va être moins dans l'expansion, moins dans la création que ce qu'on a été dans le passé. Mais je n'attends pas, en fait, de suppressions massives.
Olivier Abtan, spécialiste du luxe, directeur associé du cabinet Alix Partners. Merci d'avoir été l'invité de France Inter ce matin et bonne journée. Merci d'avoir regardé cette vidéo !