Think & Do Tank Marie Claire : Conférence sur les opportunités de carrières dans la Cybersécurité
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J'invite maintenant quatre femmes à me rejoindre sur scène pour évoquer les opportunités de carrière, mais aussi les freins actuels pour accéder au métier de la cybersécurité. Il s'agit d'Anne Perrin, qui est experte en cybersécurité, Marjorie Borde, qui va représenter Capgemini, Corinne Lebelhomme Gutiérrez pour le groupe RATP et Jacques Delarivière, qui est cofondateur et président de Gatewatcher. On peut les applaudir. Merci. Bonjour et merci tous les quatre d'être ici ce matin. Marjorie, on commence avec vous. Est-ce que vous voulez réagir aux témoignages que vous venez d'entendre de Marion ?
Alors, on parlait des biais juste avant. Je vais mettre un énorme biais de départ, puisque Marion, je la connais par ailleurs. Et c'est une fille qui est extraordinaire, qui a fait plein de choses avec beaucoup d'humilité, à la fois beaucoup de simplicité et en discrétion. Et je trouve qu'elle a un soft power hyper puissant. Donc, c'est vraiment un rôle modèle. Et je crois que Sally Ride, la première astronaute américaine, disait qu'on ne peut pas devenir ce qu'on ne voit pas. Et clairement, Marion, pour nous, c'est un rôle modèle. Et je trouve que c'est chouette qu'elle ait pu être parmi nous ce matin.
Merci pour cette première réaction. Alors, Marjorie, comment et pourquoi vous avez choisi la cybersécurité à Capgemini ?
Alors, ce n'était pas vraiment un choix. C'était plus une opportunité. En fait, j'ai travaillé, moi, pendant 10 ans dans le secteur public. J'ai fait 5 ans au ministère de la Défense et 5 ans au ministère de l'Intérieur, à une période où la France était touchée par les attentats. Donc, j'ai développé une expertise dans le domaine de la gestion de crise. Et puis, en fait, au gré de rencontre, un jour, j'ai échangé avec le responsable de la sécurité et système d'information de la Société Générale, qui m'a proposé de venir travailler avec lui et qui m'a dit, écoute, Marjorie, viens faire de la cyber avec moi. Je lui ai dit, mais la cyber, moi, je n'y connais absolument rien.
Il m'a dit, mais tu vas voir, c'est un terrain de jeu comme un autre. Ce dont j'ai besoin, c'est ton expertise en gestion de crise que tu vas appliquer au domaine de la cybersécurité. Donc, j'ai osé. Je me suis dit, je vais sortir de ma zone de confort. C'est parti, on y va. Et donc, j'ai travaillé avec lui. Là, j'ai appris la cybersécurité auprès d'experts. J'ai passé beaucoup de temps avec eux à essayer de comprendre ce qu'ils faisaient. Et ensuite, on m'a proposé. Donc, j'ai travaillé avec plusieurs collègues à la Société Générale, dont un qui est parti chez Capgemini. Et lorsqu'il a quitté Capgemini, il m'a proposé de le suivre.
Et ça fait quatre ans que nous travaillons ensemble en binôme. Et donc, ensemble, nous pilotons toutes les opérations de cyber défense du groupe Capgemini. Capgemini. Donc, ça représente 130 personnes à travers le monde. Donc, nous avons des équipes entre l'Australie, l'Inde, l'Europe, les États-Unis et le Mexique. Et je suis particulièrement fière parce qu'au sein de ces équipes, nous avons 37% de femmes. On peut applaudir là parce qu'avec tous les taux bas.
Vous pouvez, vous pouvez être fière. Merci, Corinne. Vous êtes à la cybersécurité du groupe RATP. Pareil, même question. Comment est-ce que vous êtes retrouvée à ce poste-là ?
Alors, on trouvera des similitudes entre mon parcours et le tien, je pense, Marjorie. Donc, moi, j'ai fait aussi plusieurs sauts lors de mon parcours. Donc, j'ai été civile de la défense aussi pendant plusieurs années. Je suis passée en organisation internationale, donc dans la galaxie lointaine de l'ONU, mais dans une organisation qui s'appelle l'OSCE, qui est peu connue en France. Avant de revenir dans les services du Premier ministre, puisque j'ai travaillé à l'ANSI, au SGDSN, avant de rejoindre, c'était un grand saut, le monde de l'entreprise, donc au groupe RATP, mais toujours dans le service public. Donc, qu'est-ce que ça montre ?
Ça montre qu'il est possible de passer des métiers de la sécurité dure, d'une certaine façon, à la cybersécurité, qui est un sujet émergent. Ça montre aussi que je fais partie de ces femmes qui ont évolué essentiellement dans des milieux très peu mixtes, en fait, essentiellement masculins. Je crois qu'à l'ANSI, on devait être à 12 ou 14 %. Les années fastes, au SGDSN, je n'ai pas été compté, mais on devait être un petit peu en dessous encore. Néanmoins, ça reste des milieux très différents.
Il y a évidemment des freins, des difficultés qui se posent, des expériences aussi pas très agréables au quotidien, qui peuvent être très différentes entre le secteur de la défense et de la sécurité et la cybersécurité, qui est quand même plus jeune. Donc, on pourrait se dire qu'il n'y a pas de raison, finalement, qu'on arrive à un tel déséquilibre, en fait, dans les effectifs. En tout cas, ça montre aussi que c'est possible qu'on arrive à rejoindre ce milieu parce qu'il recrute et aussi parce qu'il évolue en ce moment.
Je pense que la cybersécurité, en ce moment, est aussi éloignée de l'idée qu'on peut s'en faire que la guerre électronique tactique en opération sur le terrain, au lieu de ce que fait le com-cyber-jand ou l'ANSI. C'est un milieu qui évolue, qui est sorti des salles informatiques, qui est un sujet politique, aussi pour les entreprises, un sujet de gouvernance, etc.
Oui, c'est ça. Il y a plein de postes très divers et on a tendance à toujours avoir une idée un peu arrêtée sur les métiers de la cyber. Or, effectivement, ça peut être juridique, politique, stratégique et pas uniquement technique.
Et donc, ça ouvre des opportunités pour des filières qui sont plus mixtes, pour des personnes qui ont des formations plus polyvalentes, qui sont analyse de risque ou qui ont fait des études juridiques ou de sciences politiques. Donc, des opportunités, mais qui, dans l'ensemble, sont peu saisies, à part chez Marjorie, où il y a beaucoup de femmes, finalement. On a du mal à recruter, on a du mal à faire venir les femmes et il y a effectivement quelque chose qui se passe au niveau des représentations de ce milieu qui apparaît, en fait, comme un milieu assez fermé, parce qu'il est à la fois très masculin, avec cette image du hacker en capuche auréolée, d'une odeur de vieille chaussette.
Et aussi, qui peut ériger la technicité un peu en barrière d'entrée. Voilà. Donc, si on veut attirer des jeunes filles dans les filiales initiales, dans les lycées, il va falloir probablement tenir un langage un peu de vérité, puis déconstruire assez frontalement cette image-là. Et aussi dire, effectivement, vous allez vous retrouver dans des milieux où peut-être vous serez la seule femme sur 50. Moi, ça m'arrive encore là. Enfin, du coup, 20 ans que je travaille, 20 ans que ça m'arrive périodiquement. Ça continue à arriver, mais c'est pas grave. On y va. Voilà. On trouvera aussi, bon, deux, trois phénomènes. Je crois que ça a été dit avant, juste par Marion Boucher.
On tombe sur des gens qui sont sur le terrain de l'explicite, on va dire, qui vont vous dire de temps en temps. Alors, moi, ça a dû m'arriver 4, 5 fois en 20 ans. En tant que femme, tu peux pas faire ça ou ta place est pas là, t'as pas le droit de venir. Bon, ça va arriver. Mais plus généralement, ce sera quand même dans le domaine de l'implicite. Voilà. Mais encore une fois, faut pas être freiné par ça. Enfin, je voudrais quand même faire une remarque parce que c'est vraiment passionnant ce matin, parce que ça pourrait ronronner, mais il y a beaucoup de francs parlé. Donc, vraiment, merci à tous les intervenants qui nous ont précédés. Je trouve qu'on a beaucoup été dans le...
Il revient aux femmes de faire l'effort, de prendre confiance en elles et puis de ne pas se démonter et de continuer à avancer. Je pense que la réponse, elle est évidemment là au niveau des individus, des personnes, mais elle est aussi dans les politiques publiques. Il a une loi sur l'égalité homme-femme. On n'a pas encore parlé de son application. Elle offre plein d'outils pour l'égalité, pour concilier vie pro et vie personnelle. Son application n'est pas un acquis. Il y a des politiques d'entreprise à voir. J'y reviendrai plus tard si c'est possible. Et il y a aussi des stratégies à faire au niveau des filières de formation.
Donc, tout n'est pas qu'une question d'action au niveau des personnes et des représentations.
Merci. Oui, on va y revenir. Alors, Anne, vous aussi, vous avez exercé des postes à responsabilité dans la cybersécurité. Vous êtes aussi la preuve, on vient d'entendre différents parcours, qu'on peut arriver à la cybersécurité un peu plus tard. On n'est pas obligé de commencer, d'avoir une vocation au collège ou dès le plus jeune âge. On peut aussi avoir des parcours, comme ça se fait maintenant dans plusieurs secteurs d'ailleurs, où on va rejoindre la cybersécurité un peu plus tard.
Ça a été votre cas, je crois. Oui, bien sûr. Alors, je fais un peu le même métier que Marjorie. Mon dernier poste, c'était de diriger la branche cyber chez IBM en consulting. Donc, c'est le même type de fonction. Mais bien sûr, on a déjà parlé de la variété des parcours. Déjà, la route est longue. On a 40 ans de carrière. On a quand même le temps de faire des choses un peu différentes. Moi, j'ai notamment un diplôme de peinture siennoise. Donc, je pense que ça n'intéresse personne. Mais voilà, moi, ça m'intéressait. Et alors, pour moi, le mouvement, il était assez naturel parce que je venais du secteur des télécoms et puis des télécoms pour les grandes entreprises.
Donc, c'est déjà des infrastructures de réseau. C'est déjà les couches-bâches du système informatique. Et c'est plutôt à ce moment-là que je me suis mise. En fait, le moment, c'est quand j'étais en direction d'une filiale et je faisais beaucoup de déjeuners avec des patrons infra, qui étaient mes clients et des patrons infrastructures, qui sont des gens. Eux, c'était pur et dur. Et dans les déjeuners, c'était vraiment l'exercice où, en fait, je suis toute seule. Quand on a une grande réunion, j'ai toujours mon technique. Enfin, j'organise la parole et je prends que ce que je sais traiter. Dans les déjeuners, il fallait que je sache être un peu légitime et pas passer pour une blonde.
Donc, je bossais la veille. Et en fait, j'ai adoré. Même si on n'a rien contre les blondes. Oui, bon, voilà. Vous avez toutes compris. Et donc, je travaillais la veille et puis toute seule, surtout sans demander à personne parce qu'il ne faut pas non plus montrer tout ce qu'on ne sait pas. Et puis, j'ai pris goût. J'ai pris goût à la technologie. C'était il y a 7, 8 ans. Voilà. Et souvent, aujourd'hui, on me demande est-ce que vous êtes ingénieur ? Donc, non. Moi, j'ai fait HEC et l'école du Louvre.
Et donc, non sous l'angle du diplôme, mais je rappelle souvent que tous mes copains qui étaient ingénieurs à ce moment, quand on fait une école d'ingénieurs dans les années 90, d'abord, ce n'était pas forcément une école d'informatique. Et en plus, même ceux qui l'ont fait, ce qu'ils apprenaient n'a rien à voir. Ce n'était pas les mêmes environnements, pas les mêmes menaces, pas la même ampleur de phénomène, pas la même IT du tout. Il y a quelques socles de connaissances télécom qui sont encore employables. Mais en fait, tous ces gens-là qui travaillent avec moi et qui se disent ingénieurs, qui font des... Enfin, ingénieur, c'est un parcours, ce n'est pas un diplôme.
Ou c'est un type de fonction, ce n'est pas un diplôme. Parce qu'en fait, ils se forment tous. À un moment, Anne-Laure disait, effectivement, dans la cyber, quand on prend une décision technique, il y a toujours d'autres experts quand on est manager. On n'est jamais expert de pile la décision. Donc, il faut avoir une compréhension. Moi, je ne dis pas qu'il faut faire des métiers non techniques. Si, il faut rentrer dans la technique à partir de là où on est. Mais quand on est manager, finalement, on n'est jamais l'expert le plus pointu de la salle sur la décision technique à proprement parler. On est plutôt, effectivement, multidimension. C'est pour ça qu'on a des rôles de direction. Voilà.
Et donc, en gros, on devient un ingénieur, finalement. On prend ces rôles-là. Mais graduellement, ça ne veut pas dire que c'est que sur le tas. Moi, dans mon esprit, il faut aussi se former. En allant faire dans la cyber, on utilise beaucoup des certifications. Donc, certification, c'est bien d'études. On passe des examens. Moi, je me retrouve à des examens où il y a des mecs de 25 ans qui font des trucs. Le reste de la salle ne me ressemble pas du tout. Mais ça fait partie de l'apprentissage. Et en fait, on se régale. Et le truc aussi, c'est que la cyber, c'est un monde de passionnés. Donc, les gens adorent ça.
À la machine à café, le lundi matin, les collaborateurs, ils racontent des trucs qu'ils ont appris le week-end, qui sont des trucs de cyber. Ils adorent ça. Et en fait, c'est enthousiasmant, c'est marrant, c'est sympa d'apprendre des trucs nouveaux. Donc, voilà, mon message, c'est vraiment la notion d'ingénieur. C'est un métier, c'est un parcours. Ce n'est pas un diplôme initial. Ce n'est pas ça qui compte.
Jacques, vous l'avez aussi, ce virus, cette passion de la cyber.
Oui, exactement. Donc, nous, chez Ketwatcher, on fait des logiciels de cybersécurité. Donc, après le conseil de mes collègues, on est vraiment dans la deep tech. Et plus on est deep tech, moyens de femmes, et plus il y a d'hommes, malheureusement. Alors, je suis ravi que vous ayez ouvert cette table ronde en annonçant quatre femmes. Du coup, on est vraiment dans le sujet. Et c'est vrai que ça me change de mon quotidien où il y a encore assez peu de femmes dans les entreprises de logiciels. Nous, chez Ketwatcher, on a 22% de femmes au global dans l'entreprise. Mais si je prends uniquement les équipes techniques, on tombe à 11%.
Et quand je prends dans les équipes techniques, si je prends uniquement ceux qui sont vraiment tech, qui font du code, là, il ne reste plus que même pas de 2%. Donc, les femmes sont essentiellement dans le management ou dans la relation entre la tech et le business. Et donc, pour revenir un peu à l'histoire de la place des femmes chez Ketwatcher, parce que nous, effectivement, on a créé Ketwatcher avec Philippe Gillet, qui est un ami de l'ISIA, qui est une école d'ingénieurs. Et on a évidemment trouvé sur le marché pour démarrer l'entreprise uniquement des hommes au début. Et on s'est dit à un moment, il faut qu'on crée des places pour diversifier les équipes.
Et donc, notre première femme a été une stagiaire, une jeune stagiaire. Et j'avoue qu'en y repensant, c'était un peu une erreur de donner une place à une stagiaire en premier et pas directement à une salariée, qui aurait eu plus de légitimité. Et donc, la stagiaire démarre son premier jour, on la place dans l'open space, on lui montre son poste de travail. Elle était entourée de 40 hommes qui n'avaient jamais vu une femme dans l'open space. Et donc, on part, nous, faire nos réunions. Et je reviens deux heures après. Et elle était à son bureau, entourée de 12 hommes qui lui montraient comment cliquer, comment remonter. Ils avaient tous envie de l'aider à démarrer son poste.
Et en fait, du coup, c'était quand même un peu étouffant pour elle, évidemment. Donc, on a replacé le contexte. On a fait une réunion avec tous les salariés pour leur expliquer qu'il fallait qu'elle était largement aussi capable que de tenir une souris, de démarrer un PC, qu'il fallait juste lui laisser une place. Donc, ça a été vraiment, pour Philippe et moi, un déclencheur de l'importance de créer un espace pour les femmes pour que d'autres femmes rejoignent l'entreprise et apportent cette diversité qui booste vraiment la performance dans plein de sujets. Nous, on se rend compte que chez les techs, par exemple, les femmes sont bien plus respectueuses des délais annoncés.
C'est souvent un problème. Et donc, le fait d'avoir plus de femmes dans l'équipe technique, les délais sont mieux tenus. Elles se sentent mieux, elles se sentent garantes de ce qu'elles ont annoncé, alors que les techs, alors que les hommes techs, ils peuvent se perdre un peu dans leur passion et du coup, chercher, enfin, oublier leurs contraintes et ce qu'ils ont annoncé et les enjeux business.
Et Git Watcher est également partenaire de Women for Cyber ou Cyber. C'est important pour vous. Vous m'avez dit, vous n'êtes pas venu chez moi, mais nous, quand on arrive chez nous, c'est marqué en gros Women for Cyber dans l'entreprise.
Donc, toujours dans notre apprentissage pour laisser plus de place aux femmes, parce que nous, on estime qu'en fait, comme il a été dit de nombreuses fois aujourd'hui, que même si on voulait embaucher plus de femmes aujourd'hui, elles ne sont pas dans nos métiers, donc on ne peut pas les inventer.
Mais il appartient à la génération actuelle de créer les places, de créer l'écosystème, les rôles modèles, pour que quand les jeunes femmes qui vont arriver sur le marché du travail et qui auront été sensibilisées aujourd'hui au lycée et qui vont choisir des métiers tech, arrivent avec cette place qui est déjà créée et qui leur facilite leur carrière et qu'elles trouvent vraiment une identité qui leur correspond. Donc, on a fait un travail assez conséquent avec, évidemment, Women for Cyber pour créer cette place de l'animation et ça porte ses fruits, puisque de la même manière que dans les équipes tech, les meilleurs attirent les meilleurs, et bien aussi les femmes attirent les femmes.
Et donc, le fait qu'il y ait de plus en plus de femmes et qu'il y ait cette place qui soit promue nous permet effectivement de créer, on va dire, un espace sécurisé et respectueux pour que celles qui nous rejoignent aient vraiment leur place.
Merci Marjorie. On en a parlé un petit peu. Les métiers de la cyber sont très variés et les compétences requises aussi. Pouvez-vous peut-être faire un petit tour, nous rappeler, un petit tour d'horizon, nous rappeler qu'il y a diversité de métiers et que, du coup, ce n'est pas uniquement, effectivement, des métiers tech, capuches à odeur douteuse pour reprendre ce qu'il y a dit. Des boîtes de pizza vides.
Oui, donc, évidemment, il y a différents profils qui travaillent dans la cybersécurité. Tout d'abord, on a des profils techniques. Ça, on ne peut pas y couper. Donc, avec des personnes qui ont des compétences en administration de systèmes, en développement de scripts, en bases de données, etc. Et c'est, en fait, des personnes qui ont des compétences assez transverses au métier de l'IT. Et par-dessus ça, ce qu'on attend des personnes qui ont ces profils-là, c'est aussi d'avoir une capacité à chercher de l'information. Pourquoi ? Parce que 80% de l'information, aujourd'hui, est sur Internet. Donc, on souhaite avoir des personnes qui sont dégourdies, agiles et qui savent chercher.
Un des enjeux qu'on a sur certains de ces profils, on en parlait tout à l'heure, c'est des métiers de passionnés. On croise des jeunes qui, souvent, n'ont pas le bac, qui sont extrêmement bons dans ce qu'ils font. Et notre enjeu au sein des entreprises, c'est d'accueillir ces jeunes-là, d'être capables de les on-border, de les faire se développer et de grandir au sein de l'entreprise pour prendre ensuite des postes à responsabilité, etc. Et ils ne rentrent pas dans le cadre classique de « j'ai fait une école d'ingénieur, une classe prépa, etc. » Donc, on a un challenge, nous, à ce niveau-là. Deuxième chose, donc, « hard skills technique », bien sûr, les soft skills.
Donc, ça, on a besoin de personnes qui ont des capacités d'analyse, qui sont curieux, agiles, qui sont capables aussi de communiquer. On en parlait dans un des workshops plus tôt ce matin, la capacité de vulgariser les choses, parce qu'en fait, entre techniciens, c'est bien de se raconter des superbes histoires, mais si on n'est pas capable de vulgariser pour que le management qui prend des décisions soit capable de comprendre les enjeux, en fait, c'est perdu. Donc, on a besoin de personnes capables de communiquer comme ça. Alors, si je détaille un tout petit peu chez Capgemini, nous, les profils qu'on a dans les équipes groupe cybersécurité.
Donc, on a d'excellents experts techniques, on a beaucoup de chance là-dessus. Et à côté de ça, on a des profils un peu plus atypiques. J'ai des personnes qui ont des masters en philosophie, en histoire, en psychologie aussi, et en géopolitique pour la partie analyse de la menace, ce qui nous permet de nous adapter, en fait, à l'évolution des menaces, parce qu'aujourd'hui, avec tout ce qui est deepfake, utilisation de l'IA, cyberinfluence, etc., on a besoin de profils très variés. Et c'est parce qu'on a ces profils variés que personne n'a la même approche et que du coup, à l'arrivée, on a des analyses qui sont beaucoup plus performantes.
Et moi, en ce qui me concerne, j'ai un parcours un petit peu atypique. J'ai fait un parc scientifique qu'on appelait « sciences de l'ingénieur » à l'époque, donc avec beaucoup de mathématiques, de l'informatique, électrotechnique, mécanique, etc. Et puis, je pense que j'ai eu une rencontre malheureuse avec un professeur de maths en terminale qui fait que j'ai dit non à la classe prépa. Alors, vous imaginez la tête des parents quand on dit « non, je n'y vais pas, je vais aller à la fac, finalement. » Et je suis partie en fac de droit. Et puis, du coup, j'ai fait tout mon parcours en droit. J'ai un doctorat en sciences politiques. Donc, j'ai travaillé sur la zone Moyen-Orient.
Et puis, finalement, on revient, alors je ne vais pas dire à mes premiers amours, mais je reviens quand même en partie à la technique aujourd'hui en faisant de la cybersécurité. Donc, tout ça, c'est pour vous dire que c'est possible. Et on le disait tout à l'heure, c'est possible aussi parce qu'en fait, on se forme en permanence. Et que moi, ce qui me tenait à cœur, c'est de passer du temps avec les équipes de comprendre ce qu'ils font et puis d'apprendre.
Et je pense qu'aujourd'hui, pour travailler dans la cybersécurité, au-delà des hard skills, soft skills, etc., ce qu'il faut à tout prix, c'est cette volonté d'apprendre, de sortir de sa zone de confort et de découvrir, en fait, plein de choses parce que c'est un métier qui est mouvant. Et demain, on ne sait pas ce qui nous attend. Et je peux vous assurer que moi, chaque jour, je ne sais pas ce qui m'attend dans ma journée.
Merci. Corinne, est-ce que vous pouvez nous détailler également les fonctions, les différentes fonctions dans votre pôle cybersécurité au groupe RATP ?
Oui, on retrouvera à peu près la même diversité, le même panel, sur des volumes plus réduits, évidemment, puisque la cybersécurité n'est pas l'activité première du groupe RATP. Néanmoins, on verra qu'il y a, disons, une couche opérationnelle qui requiert vraiment un fort bagage technique, de compétences techniques. Et puis, au niveau du groupe, dans l'équipe du directeur cybersécurité, à laquelle j'appartiens, des fonctions un peu plus diverses. Donc, dans un contexte où, effectivement, le sujet est émergent, pour nous, comme pour beaucoup d'entreprises, le risque cyber, ça devient un élément du quotidien, les cyberattaques.
Donc, il y a ce mouvement, sur ces dernières années, d'investissement croissant sur le sujet. Et ça va avec un besoin de recruter rapidement pour armer ces fonctions-là dans un contexte où, en fait, le marché de l'emploi est en fort déséquilibre. Il y a un vrai déficit de compétences, on manque d'experts en cybersécurité en France, en Europe et probablement au-delà. Et, en plus, effectivement, il y a très peu de femmes à l'intérieur.
Donc, dans notre démarche, notre besoin de recruter des spécialistes en gouvernance, des spécialistes de l'analyse de risque, des personnes qui sont capables de gérer des contrats, des marchés, de construire, en fait, le volet des relations avec les fournisseurs dans le domaine cyber. Face à ce constat, ce qu'on a voulu faire, ce qui a été fait, c'est de s'appuyer sur les mobilités internes puisqu'effectivement, aller chercher des gens à l'extérieur, c'est extrêmement compliqué et puis il y a beaucoup de concurrence.
Et donc, d'aller chercher des spécialistes de gestion de marché, des spécialistes de la gouvernance, etc., en interne, et de leur expliquer que la cybersécurité, c'est certes un métier de passionné, mais aussi, ça peut être un passage, c'est-à-dire que c'est pas seulement un métier où il faut tout connaître sur l'architecture sécurisée ou les protocoles, mais aussi un domaine d'activité où on peut être juriste ou autre et appliquer son métier dans ce domaine-là. Je pense que c'est aussi un discours qu'il va falloir développer. Pour moi, la cybersécurité, c'est aussi un passage à ce titre.
Je ne me sens pas ligotée ou condamnée comme d'autres, aérée de data center en data center jusqu'à la retraite. Et je pense que ça, c'est un discours qui peut aussi aider à attirer des personnes. Il faut dire qu'on a quand même à la RATP une spécificité, me semble-t-il, mais ouvrons le débat, c'est qu'il y a un vrai engagement du groupe vis-à-vis aussi des femmes et donc la féminisation des métiers. Je le dis à la fois par le plaisir de dire du bien de mon employeur puisqu'au gré de mes sceaux, j'en ai enfin trouvé un bien, mais aussi parce que je l'ai expérimenté. Je suis maman solo depuis assez longtemps.
J'ai une vraie carrière de maman solo et j'ai rencontré le premier employeur qui me sécurise, m'a offert un contrat stable et qui a aménagé l'environnement et en fait tous les outils ont été mis à disposition pour concilier la vie pro et la vie perso. Ça, c'est loin d'être une règle dans le panorama français et même européen et ça, en fait, ça fait une vraie différence dans le quotidien des personnes. Il y a aussi beaucoup qui est fait au niveau du groupe pour adresser frontalement ce qui est le sexisme au travail avec des formations qui sont obligatoires, des campagnes et pas seulement sur le lieu de travail mais aussi dans les espaces publics où opère la RATP.
ces choses-là font vraiment la différence au quotidien pour les femmes et il me semble qu'aujourd'hui c'est des voies qui restent à creuser et si je pense également à ce que j'ai pu rencontrer auparavant dans le secteur de la défense et de la sécurité, j'ai vu des dispositifs qui méritent aussi d'être étudiés peut-être pour le secteur de la cybersécurité qui sont notamment le dispositif armée jeunesse ou les volontariés internationaux qui sont des très bonnes portes d'entrée justement dans ces milieux qui sont très masculins.
Donc il y a peut-être quelque chose à réfléchir et qui pourrait multiplier les portes pour les jeunes filles qu'on désespère de voir dans les filières initiales de formation.
Merci beaucoup. Anne, une petite réaction à ce que vient de dire Corine et notamment sur cette capacité qu'ont les entreprises. Alors vous avez été chez IBM vous l'avez dit donc on en parlait des entreprises qui m'en placent un certain nombre d'accompagnement en faveur des femmes c'est aux entreprises d'être proactives pour proposer pour accompagner les différents profils féminins ?
Oui, oui forcément alors effectivement IBM a vraiment inscrit une politique d'inclusion qui est déroulée au niveau mondial et d'ailleurs moi je trouve qu'il y a une différence de maturité sur le sujet entre les entreprises américaines et les entreprises françaises au sens sous-américain je pense en avance je vais on peut plus facilement entendre un patron français dire j'ai pas de femmes parce que de toute façon c'est comme ça et puis de dire les fameuses statistiques il y en a pas dans le secteur etc.
et puis ça s'arrête pour lui la question s'arrête là alors que dans les entreprises qui sont organisées pour traiter la question on va au-delà de ce constat et voilà on s'organise mais l'endroit où j'ai pour la seule fois vraiment ressenti que le sujet était traité et je voulais dommage que le général Durieux soit plus là c'est l'IHDN à l'IHDN donc il a donné les stats bien mieux que moi moi j'avais dit 30% mais c'est à peu près ça et bien pour moi quand on rentre dans un amphi ou dans un environnement où il y a 30% de femmes c'est pas mon habitude d'habitude c'est beaucoup moins et bien en gros c'est comme si le sujet était traité enfin je le ressentais plus je me sentais plus en minorité c'est à partir de là à mon avis qu'on se sent faire jeu égal avec le reste de l'assemblée après on peut se dire je suis toute seule de la salle et c'est pas grave beaucoup l'ont fait bravo mais moi je me sens pas en position de force quand je suis toute seule face à des gens qui sont différents de moi et puis que j'ai les regards tournés sur moi en tant que femme pour moi c'est quand même une barrière à franchir évidemment je me comporte rassurez-vous je me mets pas à pleurer mais je me comporte comme eux mais c'est quand même un élément qui nous met en position plutôt de voilà dans un jeu de rapport de force qui nous affaiblit un petit peu dans la posture et puis sur ce que font alors les entreprises font beaucoup de choses une petite remarque que je voulais ajouter à tout ce qui s'est dit c'est que pour moi c'est très important quand on initie des actions en entreprise en direction des femmes c'est de nommer des hommes et des femmes pour le faire mais surtout pas des femmes surtout pas des femmes seules en tout cas des femmes seules pour traiter les questions des femmes pour moi c'est pas ça qu'il faut faire et aussi parce que je l'ai vécu de façon parfois un peu trop frappante où on est dans un grand groupe arrive le patron américain arrive le grand patron il voit qu'il n'y a pas de femme il trouve la femme et il dit bah Anne tu vas t'en occuper comme si quelque part c'était moi qui étais responsable de ça donc d'abord je ne me sens pas du tout responsable forcément mécaniquement et en plus si je me mets à le prendre toute seule ce sujet là en fait ça place la femme dans une posture de minorité militante comme si elle jouait pour elle qui la met en permanence en position un peu soit de défense soit de faiblesse enfin une position qui n'est pas full power et donc pour contrecarrer ça pour moi ce qui est vraiment très important parce que ce qu'on cherche c'est pas d'être des minorités militantes on veut promouvoir un message d'universalisme au contraire c'est à chaque fois de mettre des binômes hommes-femmes pour traiter donc ça c'est vraiment voilà et puis tenir compte du fait qu'effectivement c'est exactement ce que t'as dit Jacques t'as décrit précisément ce point c'est que tenir compte du fait que quand la première qui arrive elle est stagiaire et elle est toute seule forcément c'est pas full power comme situation c'est quand même une réalité et ça serait pareil si c'était si je sais pas on est tout seul français au fond de la Chine avec des Chinois on se sent quand même si on voit un autre français arriver on se sent plus quand même avec ses semblables c'est juste le mimétisme c'est une des forces les plus importantes de l'humain donc c'est complètement normal et il faut en tenir compte et c'est exactement le type d'action le type d'attention que décrivait Jacques qui permettent de le dépasser
merci Jacques justement alors vous luttez contre la culture bro dans la tech expliquez-nous ce que c'est rappelez-nous ce que c'est et puis comment vous luttez contre cette culture bro à travers des événements des animations des team buildings
alors on ne lutte pas contre mais on lutte pour qu'il y ait d'autres cultures disons que le but c'est pas d'effacer ce qui est déjà fait mais c'est de laisser de la place pour que ceux qui veulent avoir une autre culture qu'il ne soit pas uniquement une culture bière baby foot bière c'est ça la culture
bro dans la tech
pour réduire
pour caricaturer c'est ça
et donc c'est du coup aussi venu d'une réflexion d'une de nos salariés une des premières qui nous a dit en fait vous n'organisez que des événements soirées bière baby foot c'est sympa il y a une bonne ambiance mais moi c'est pas mon truc et en fait on est maintenant elle me disait maintenant on est plus nombreuses on vient parce que la boîte nous plaît qu'il y a une bonne ambiance mais on voudrait des soirées qui ne soient pas centrées autour d'activités qui plaisent uniquement aux hommes et donc du coup on leur a payé un coaching en baby foot non je déconne non donc du coup effectivement on a organisé des soirées et en fait donc des soirées en fait avec avec juste de la confinabilité où il n'y avait où il n'y avait pas forcément des jeux mais des moments sympas on a choisi des endroits assez prestigieux pour mettre du prestige autour de en fait autour du fait qu'on changeait des lieux habituels et pour montrer aussi aux autres équipes qu'il fallait qu'il y avait autre chose et en fait le fait de mettre ces soirées nombreux sous un angle assez prestigieux ça a fait sortir les hommes de leur cave en fait et ça a donné vraiment une autre coloration une autre nuance à nos soirées et maintenant en fait ils ne sont plus du tout en demande des soirées qu'il y avait autrefois et ça a vraiment changé en fait l'ambiance interne et ça a ouvert évidemment la place des femmes et du coup le fait que les soirées soient plus ouvertes et inclusives et alors dans les autres initiatives qu'on a faites qui marchent bien moi je suis aussi vice-président de Exatrust qui est la fédération des entreprises de logiciels de cybersécurité pour schématiser et on a lancé ce qu'on appelle les cyber-héroïnes et donc on fait ça tous les ans à nos universités d'été on fait une série de vidéos avec chaque entreprise membre de la fédération nomme sa cyber-héroïne et ça donne vraiment aussi la femme sous un côté héroïne et ça remportait un franc succès on a eu des super feedbacks sur ces opérations annuelles et ça aussi permet de placer chaque femme de chaque entreprise enfin les femmes qui sont élues cyber-héroïnes dans un rôle d'héroïne qui n'est pas lié uniquement à leur rôle de femme sans qu'elle l'ait comme le disait Anne à le porter elle-même en fait elles sont nommées cyber-héroïnes donc ça les met en valeur sans qu'elles n'aient rien demandé et donc ça contribue effectivement à créer cette place qu'on veut donner
merci beaucoup à tous les quatre pour vos témoignages merci à tous les deux
merci à tous les deux merci à tous les deux