20H D'E. MACRON : LE MENSONGE LA BRUTALITÉ ET LE NÉANT
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Vous n'avez pas pu louper la grande allocution du président de la République ce lundi à 20h, qui a choisi de s'adresser aux Françaises et aux Français après avoir promulgué la réforme des retraites. Cette prise de parole survient dans un contexte de très forte tension sociale. Si le président a fait fuiter dans la presse quelques heures avant qu'il souhaitait réparer son lien avec les Français, et si son entourage le soutient corps et âme.
J'ai entendu un président qui avait les pieds dans le réel, qui était humble. Non, non, il n'est pas isolé du tout. Le président a fait un discours d'apaisement, mais de cap aussi, avec beaucoup de lucidité, avec un discours d'écoute.
Ces louanges n'ont pas suffi à apaiser l'opposition, puisque les Français étaient encore en nombre dans les rues lors de manifestations spontanées ce lundi soir, et que les syndicats ont réaffirmé leur opposition. Sur quelle planète vit Emmanuel Macron ? Cette allocution aurait pu être faite par ChatGPT.
Il y a une espèce de vide dans l'intervention du président de la République. Alors que doit-on retenir de cette allocution exactement ? Le président a-t-il fait des propositions concrètes ou a-t-il décidé de maintenir son cap ?
Quelles pourraient être les conséquences de cette prise de parole controversée ? Réponse tout de suite dans cette nouvelle émission pour Blast. Premièrement, revenons sur le contexte dans lequel s'est déroulée cette allocution.
Le Conseil constitutionnel a validé le 14 avril la majeure partie de la réforme des retraites. Emmanuel Macron l'a promulguée dans les heures qui ont suivi, et il a annoncé qu'il parlerait au français trois jours plus tard à 20h. Déjà vendredi, des manifestations spontanées ont éclaté un peu partout en France.
Alors que le Conseil constitutionnel, où des débordements étaient redoutés, a été protégé par une armée de policiers. Après cette fin de semaine mouvementée, un appel a été lancé à taper sur des casseroles pour couvrir le bruit de l'allocution. Manière de dire, puisque le président ne nous écoute pas, nous ne l'écouterons pas non plus.
L'idée vient de l'association Attac, et s'est étendue ce lundi sur les réseaux sociaux. L'idée a pris, et certains ont même fait des tutos humoristiques pour bien taper sur sa casserole. Résultat, la foule a été au rendez-vous, en témoignent ces images un petit peu partout en France.
Et même à Marseille, où les « concerts de casseroles » avaient pourtant été rendus illégaux via un arrêté publié quelques heures avant. À 20h tout pile, l'allocution a débuté comme prévu. Et dès la première minute, le président s'est emparé de l'argumentaire maintes fois utilisé par son gouvernement et lui-même pour défendre la réforme, et maintes fois démonté par les économistes.
Ces changements étaient nécessaires pour garantir la retraite de chacun et pour produire plus de richesses pour notre nation. Nous avons déjà expliqué en détail à Blast, dans ses trois vidéos, pourquoi cet argument était économiquement fallacieux. Et l'économiste spécialiste des retraites, Michael Zemmour, était venu le décrypter sur notre plateau.
Pour le président de la République, ça fait partie de sa stratégie économique. C'est peut-être à ce titre-là qu'il dit que c'est indispensable. Là où par contre son propos, à mon avis, est excessif, c'est d'une part dans la dramatisation.
Il faut faire cette réforme tout de suite et celle-là absolument, ou c'est la crise. Ce n'est pas vrai, ni du point de vue des retraites, ni du point de vue des finances publiques. Et puis le deuxième aspect sur lequel c'est excessif, c'est de dire qu'il faut absolument choisir cette réforme avec ce calendrier.
C'est-à-dire que des réformes des retraites, il y en a en France à peu près tous les cinq ans. C'est normal, en fait, on a un système qui se gère au fil de l'eau. Mais par contre, on dispose de différents leviers pour ajuster le système des retraites, le niveau des retraites, le financement ou l'âge de la retraite.
Et le gouvernement a choisi un levier en particulier, mettre tous les efforts sur l'âge de la retraite. Et ça, il n'y a rien d'indispensable. Encore une fois, on ne va pas tout détailler ici.
Mais il nous semblait nécessaire de rappeler à quel point cet argument est peu fondé économiquement. Même le président du COR, le conseil d'orientation pour les retraites, qui avait produit un rapport sur lequel se basait le gouvernement, a rappelé que la réforme n'était pas nécessaire. Suite à cela, la Première ministre a d'ailleurs menacé cet organisme historique.
Ces changements étaient donc nécessaires et constituent un effort, c'est vrai. Mais il est accompagné de mesures de justice, d'améliorations concrètes pour ceux qui ont eu des carrières longues, exercé des métiers les plus durs ou qui perçoivent des petites retraites. C'est le même argumentaire qu'il y a quelques mois, qui ne devient pas plus vrai à mesure qu'on le répète.
Car dire que cette réforme est juste est factuellement faux si l'on considère par justice ce qui ne creusent pas les inégalités. Inégalité entre jeunes et plus âgés, inégalité entre pauvres et plus aisés, inégalité entre hommes et femmes. Sur les carrières longues, la réforme va certes étendre le dispositif de carrière longue à certains qui n'y avaient pas accès, mais elle va en pénaliser d'autres.
Par exemple, ceux qui ont commencé à travailler entre 18 et 20 ans devront travailler jusqu'à 62 ans au lieu de 60 ans actuellement. Et surtout, même s'ils pourront potentiellement partir avant l'âge légal, l'allongement de la durée de cotisation va les obliger à travailler plus longtemps pour obtenir la même retraite. Or, ceux qui sont pénalisés sont avant tout ceux qui exercent les professions les moins qualifiées et les moins rémunérées.
C'est pour cette raison que cette réforme n'a cessé d'être dénoncée comme injuste. On passera sur le minimum des retraites à 1200 euros, censé améliorer la vie des plus modestes et qui n'était depuis le début qu'un mensonge, là encore largement démenti par les économistes et les journalistes. Ou encore sur les inégalités femmes-hommes que va accentuer cette réforme, puisque les femmes devront travailler en moyenne deux trimestres de plus que les hommes.
Bref, c'est vraiment tout sauf une réforme de justice. Et elle ne va globalement pas améliorer la vie des Français, puisqu'elle les obligera à travailler plus longtemps. Suite à ces affirmations erronées, Emmanuel Macron dresse un constat relativement lucide sur le pays.
Plus généralement, c'est une colère qui s'est exprimée. Colère face à un travail qui, pour trop de Français, ne permet plus de bien vivre. Face à des prix qui montent, qu'il s'agisse du plein, des courses, de la cantine.
Pour faire face à cette crise, il affirme qu'il va réindustrialiser la France, sans vraiment dire comment, tout en menant une politique écologique. Notre nouvelle économie, plus verte, respectueuse de nos terres et de nos paysages, n'est pas un rêve, mais une réalité, qui nous permet de créer des emplois et de tenir nos engagements pour le climat. Quand on décrypte des discours politiques, comme le font les journalistes, on tombe régulièrement sur des arguments fallacieux, de la mauvaise foi, de la manipulation de chiffres, que nous devons recontextualiser, mais pas souvent sur des mensonges purs et durs.
Et là, clairement, c'en est un. Et c'est si gros qu'on ne sait même pas par où commencer. Premièrement, une économie respectueuse de la terre et de nos paysages, qui serait une réalité.
Rappelons qu'en 2018, le gouvernement a jugé qu'une autoroute entre Castres et Toulouse était une priorité nationale, alors qu'elle condamnerait 400 hectares de terres agricoles, de zones humides et de forêts, ce qui est décrié par de nombreux scientifiques et chercheurs. On pourrait parler également de ce qui a déjà été fait, la bétonisation par la construction de résidences secondaires, dont le nombre a explosé ces dernières années dans certaines régions en France, comme on le voit sur cette carte, ruinant ainsi les paysages. Des mégabassines aux interdictions de pesticides toujours repoussées, en passant par l'épuisement des nappes phréatiques ou des extensions de la surface des aéroports partout en France, il suffit de suivre les émissions sur l'écologie de Paloma Moritz à Blast pour comprendre qu'on n'est vraiment, mais alors vraiment pas à la hauteur niveau respect de la terre et des paysages en France.
Pour ce qui est des engagements climat, la France ne les tient pas du tout depuis qu'Emmanuel Macron est au pouvoir, et nous en sommes vraiment loin. Encore une fois, il y a tellement de rapports, de scientifiques et d'institutions en tout genre qui le montrent tous les ans, plusieurs fois par an, qu'on ne peut pas tout détailler ici. Mais le dernier document en date à ce sujet a été co-rédigé par deux parlementaires, dont un membre de la majorité présidentielle, et même eux expliquent que la France est loin de respecter ses engagements.
Emmanuel Macron a assuré qu'il entamerait le chantier de la planification écologique. Ça fait déjà six ans qu'il promet de mener une vraie politique écologique sans jamais le faire, donc on peut seulement attendre et espérer que cette fois-ci, il tiendra vraiment ses promesses. Après l'écologie, le président a ouvert un chapitre sur la sécurité, avec un chantier concernant l'ordre républicain et la justice.
Et c'est bien la seule annonce qui a été faite ce soir-là. Le recrutement de 10 000 magistrats et agents, et la création de 200 brigades de gendarmerie, sans oublier le contrôle de l'immigration illégale. Nous renforcerons aussi le contrôle de l'immigration illégale, tout en intégrant mieux ceux qui rejoignent notre pays.
Enfin, dernier chantier qu'il dit vouloir aborder, celui du progrès pour le mieux vivre. Plusieurs minutes pendant lesquelles il explique notamment que les enseignants absents seront désormais systématiquement remplacés. Peut-être a-t-il oublié qu'il avait déjà fait cette promesse, et que les négociations avec les organisations syndicales sur le pacte qu'il leur proposait ont échoué.
Idem sur la santé, où il a réaffirmé sans complexe que les 600 000 personnes qui n'ont pas de médecin traitant y auraient désormais accès d'ici la fin de l'année, sans que rien de concret ne soit vraiment mis en place pour que ce vœu se réalise, et ce, alors que les négociations avec les médecins libéraux ont elles aussi échoué. On ne s'attardera même pas sur son énième promesse de désengorger les urgences, alors que non seulement les hôpitaux connaissent une situation dramatique, mais qu'en plus, cette situation empire à cause de sa politique, comme nous l'avions montré dans cette émission économique. Enfin, une fois qu'on a tout écouté, reste une question brûlante, celle de la crise démocratique en cours.
Car beaucoup de gens n'en peuvent plus d'entendre de vaines promesses. Il a placé énormément de termes qu'on lui a dit qu'il serait important de mentionner, mais on dirait que c'est un bingo. Alors un petit peu pour la gauche, donc premier volet, le travail.
Un petit peu pour la droite, l'immigration, la sécurité dans les campagnes, les territoires. La rénovation démocratique, mais ça fait six ans qu'on en parle, il n'y a jamais rien eu qui s'est fait. Et surtout, je pense que beaucoup de gens sont sensibles à cette espèce de hiatus, d'abysse entre les paroles et les actes.
Le président assure pourtant comprendre ces Français qui crient leur colère et leur détresse depuis des mois. Personne, et surtout pas moi, ne peut rester sourd à cette revendication de justice sociale et de rénovation de notre vie démocratique, en particulier exprimée par notre jeunesse. Il dit "surtout pas moi", mais n'annonce quasiment rien, en un quart d'heure d'allocution.
Pas une concession, rien pour répondre à cette opposition majoritaire et massive dans le pays. Il annonce vouloir refonder la confiance envers les institutions, sans jamais préciser comment, étant tout de même la main aux partenaires sociaux. Nous devons agir de manière encore plus vigoureuse.
C'est pourquoi j'ai proposé de recevoir les organisations patronales et syndicales dès demain matin, pour celles qui y sont prêtes. Et la porte sera toujours ouverte. Il semble oublier que les négociations ont été interrompues en premier lieu parce que le gouvernement ne voulait pas négocier, justement.
Ne voulait rien céder. Sa porte est ouverte aux syndicats, oui, mais pour ne faire aucune concession. Pour ne pas les écouter, en somme.
Cela explique probablement la réaction de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT suite à cette allocution. Mais le problème c'est qu'il nous tend la main après nous avoir fait un bras d'honneur, c'est-à-dire après avoir promulgué sa réforme dans la nuit de vendredi à samedi, alors que solennellement toutes les organisations syndicales lui ont demandé de tirer les leçons de la censure du Conseil constitutionnel. Idem du côté de Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT.
La porte est grande ouverte, elle a été fermée à triple tours pendant trois mois. Donc il faut être sérieux. On a demandé une rencontre avec les autres organisations syndicales durant le conflit des retraites.
On nous a expliqué que non, non, le temps du dialogue était terminé sur ce sujet des retraites. Et cette rupture du dialogue qu'Emmanuel Macron feint d'ignorer est problématique. Parce que de nombreuses personnes ont perdu foi en la démocratie.
Parce que tous les modes d'expression démocratique utilisés récemment, comme la grève ou la manifestation, n'ont pas été entendus. Pire, ils ont parfois été réprimés avec une grande violence. L'historien Pierre Rosanvallon, directeur d'études à l'EHESS, qui a siégé jusqu'en 2018 au Collège de France, alerte sur la gravité de la crise que nous traversons.
Je suis en colère parce que ce que je vois en tant qu'historien, c'est que je pense que nous sommes en train de traverser, depuis la fin du conflit algérien, la crise démocratique la plus grave que la France ait connue. C'est une dérive autoritaire par cécité, si je puis dire, par aveuglement sur ce qui est véritablement l'adhésion démocratique. Quelqu'un qui a de l'autorité, c'est celui-ci.
C'est celui dont la parole a suffisamment de vérité, a suffisamment de force pour qu'il ne soit pas obligé d'envoyer sa police et qu'il ne soit pas obligé de raconter des histoires. Bref, la crise démocratique est profonde. Cette allocution, au mieux, n'y changera rien, au pire, aura pour effet de jeter de l'huile sur le feu et de l'aggraver.
En attendant, les syndicats maintiennent l'appel à une mobilisation historique. L'union intersyndicale espère un raz-de-marée dans les rues pour montrer à Emmanuel Macron qu'il ne peut pas s'en sortir avec une simple allocution de 14 minutes et faire passer une réforme qui ne passe pas. Pour affirmer que tout n'est pas perdu, de nombreux militants rappellent que le CPE, le contrat première embauche, avait finalement été retiré face à la mobilisation, même s'il avait été promulgué juste avant.
Voilà, c'est la fin de cette vidéo, j'espère qu'elle vous a plu. N'hésitez pas à nous donner en commentaire vos impressions sur cette allocution. Qu'en avez-vous retenu ?
Pensez-vous que les mobilisations vont continuer ? En attendant, je vous rappelle que Blast est un média complètement indépendant, c'est aussi ce qui nous permet de produire ce type d'émissions. Et nous ne nous finançons que grâce à vous, notre audience.
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Emmanuel Macron