Face à Face : Bruno Le Maire - 07/11
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Vous écoutez RMC, face à face, à Pauline de Malherbe. Il est 8h33 sur RMC et BFM TV, bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Bruno Le Maire. Vous êtes ministre de l'économie et des finances, on va parler salaire, on va parler inflation. Mais je dirais qu'on commence par ces nouvelles aujourd'hui. Le bouclier tarifaire à la SNCF qu'on nous annonce, le chèque fuel qui sera versé normalement à partir d'aujourd'hui. Les aides à la pompe qui seront donc prolongées avec ensuite des aides gros rouleurs dès janvier, des nouvelles aides aux entreprises. Vous nous aviez dit que le quoi qu'il en coûte c'était fini, mais quand il n'y en a plus, il y en a encore en fait.
Non, je vous le confirme, le quoi qu'il en coûte est fini et nous allons vers des aides qui seront plus ciblées. C'est-à-dire qui toucheront les personnes qui en ont le plus besoin, les ménages qui sont le plus touchés par l'inflation, les prix alimentaires, les prix de l'énergie, les prix des carburants. Et les entreprises qui sont réellement le plus touchées par l'augmentation du prix des matières premières. Les aides aux entreprises, elles sont ciblées. La remise sur les carburants, je l'ai toujours dit, elle s'arrête au 1er janvier. A partir du 1er janvier, ce ne sera une aide que pour ceux qui sont obligés d'utiliser leur voiture pour aller travailler.
Il y aura une augmentation le 1er janvier de 15% du prix de l'électricité, du prix du gaz. Nous l'avons annoncé, le président de la République et la Première Ministre l'ont confirmé. Non, c'est une évolution du dispositif de protection. Nous avons soutenu massivement les ménages et les entreprises depuis près de deux ans. Nous avons mis 110 milliards d'euros sur la table en 2021, 2022 et 2023. Et maintenant, il faut que nous ciblions les aides par souci de justice, parce qu'il faut que ça aille à ceux qui en ont le plus besoin, et aussi par souci de remise en ordre de nos finances publiques.
Alors pardon, mais quand vous dites que vous allez cibler, il y a certains moments où on se dit que c'est paradoxal. C'est-à-dire que vous poursuivez les aides, mais vous les rendez quasiment impossibles à toucher. Je voudrais quand même prendre l'exemple de ce qui se passe aujourd'hui. Pour pouvoir toucher le chèque fuel, il faut s'inscrire sur le site chèqueénergie.fr. Est-ce que vous pensez vraiment que c'est commode ? Ceux qui utilisent le fuel, c'est notamment les plus modestes, les plus âgés, qui vont devoir aujourd'hui commencer à rentrer sur le site internet chèqueénergie.fr.
Les plus modestes, ils ont le chèque énergie. Et eux, ils auront automatiquement, ils sont 200 000, le chèque fuel de 100 à 200 euros. Après, par souci de toucher tous ceux qui se chauffent au fuel et qui ont des niveaux de revenus modestes, nous avons ouvert ce site internet, il est très simple, mais je le redis pour tous ceux qui ont le chèque énergie, qui sont les plus modestes, le versement est automatique. Même chose, le reproche m'a été fait sur les aides aux entreprises. Quand on me fait des reproches ou des critiques, je les écoute et je corrige.
Je me souviens particulièrement, vous étiez venu annoncer ici un système dont on sentait que vous-même, vous saviez que c'était quand même compliqué.
Ce n'est pas facile, vous savez, ça n'est jamais facile. Quand on a un phénomène nouveau qu'est l'inflation, des aides à apporter qui doivent aller à ceux qui en ont réellement besoin de trouver les meilleurs dispositifs. Vous aurez, à partir de la mi-novembre, une possibilité de guichet pour les entreprises qui en ont besoin, qui sera extrêmement simple et qui a été construit avec les PME, avec les très petites entreprises, avec les acteurs de terrain, pour être sûr que ce ne soit pas trop compliqué à remplir. Et que toutes les entreprises qui ont besoin d'une aide pour payer leurs factures d'électricité ou leurs factures de gaz pourront réellement et rapidement les toucher.
On va y revenir sur la question du gaz et de l'électricité. Mais d'abord, vous disiez le mot inflation, hausse des prix. 12% d'inflation pour les produits alimentaires, juste l'alimentaire. Michel-Edouard Leclerc, ici même, accusait avant l'été, les industriels de gonfler leur marge au passage. Et vous, vous affirmez que non, qu'il n'y a pas de grain, qu'il n'y a pas d'abus, que cette inflation-là, elle est juste ?
Il faut toujours se méfier dans ces périodes qui sont des périodes difficiles, de la logique du bouc émissaire. Ça ne mène nulle part. On pointe du doigt les uns et les autres. On dit, si les prix augmentent tant, c'est qu'il y en a un qui s'en est mis plein les poches. Il y a des gens qui abusent. Moi, ma responsabilité de ministre de l'économie, c'est de garantir l'ordre public économique. Donc de faire la transparence totale. J'ai demandé un rapport. Le rapport a été rendu. Les parlementaires aussi ont travaillé sur ce sujet. Et ce rapport, il établit quoi ?
Qu'entre 2019 et 2022, si on prend une année de référence classique, hors crise Covid, 2019, les marges de la grande distribution ont légèrement diminué. Les marges de l'industrie agroalimentaire se sont effondrées. C'est-à-dire que les bénéfices de l'industrie agroalimentaire, aujourd'hui, sont beaucoup plus faibles qu'ils ne l'étaient en 2019. Les seuls qui sont protégés, même si je le dis avec prudence, parce qu'il y en a qui souffrent beaucoup aujourd'hui, c'est les agriculteurs, grâce à la loi Egalim, qu'a voulu mettre en place le président de la République. Quelle est la conclusion que je tire de tout ça ? C'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas de profiteurs sur les prix de l'alimentation.
Il y a tout simplement des prix des intrants qui augmentent, donc le prix du blé qui augmente, donc en bout de chaîne, le prix de la baguette qui augmente.
Il n'y a pas de profiteurs. Est-ce que vous diriez même que chacun a fait un geste ? Est-ce que vous diriez jusqu'à dire, non seulement ils n'en ont pas profité, mais ils ont joué le jeu, ils ont baissé leur marge, comme vous le dites ?
Ils ont comprimé leur marge. Alors après, nos auditeurs qui nous écoutent, ils disent, mais lui, il rêve, il habite où ? Moi, je vois bien que le prix de la cuisse de poulet l'a augmenté au supermarché, que le prix de la baguette a explosé, que le prix des pâtes a explosé. Je le sais, je fais mes courses, donc je vois bien à quel point les prix ont fortement augmenté. Mais ils ont augmenté à cause de l'inflation sur le prix des matières premières. Pas parce que les distributeurs ou les industriels de l'agroalimentaire se seraient mis plein les poches. Il y en a qui doutent, je vais rendre ce rapport public. Il y en a qui doutent encore, nous ferons un nouveau rapport.
D'ici six mois, je demanderai qu'on fasse exactement la même analyse pour vérifier.
Vous serez vigilant désormais régulièrement.
Bien sûr. Le rapport date de juillet, je comprends très bien qu'il y en ait qui me disent, mais attendez, juillet, ce n'est pas octobre. Et c'est en octobre que les prix d'alimentation ont le plus augmenté. Je l'entends. Et donc, d'ici six mois, nous aurons un nouveau rapport que je demanderai à nouveau à l'Inspection Générale des Finances, en associant à nouveau, s'il l'accepte, Stéphane Travers et des parlementaires, pour à nouveau faire la transparence. Si on veut garantir la cohésion de la société française, il faut de la transparence et s'assurer que personne n'en peut le déchouer.
C'est une question de cohésion de la société française ?
Bien sûr.
C'est une question de sentiment d'injustice ? Il y a une fragilité ?
Mais il y a une vraie fragilité. Il y a une vraie fragilité économique, de beaucoup de ménages dans notre pays, de familles, de gens qui ont du mal à nourrir leurs enfants. Enfin, c'est parfaitement légitime qu'ils me demandent des comptes, qu'ils demandent des comptes à l'industrie agroalimentaire, aux distributeurs, qu'on leur garantisse qu'effectivement, tout le monde est solidaire. Nous sommes dans une époque, à une période économique, où la solidarité doit être le maître mot entre les grandes entreprises et les PME, entre la grande distribution de l'agroalimentaire et les agriculteurs tout au long de la chaîne jusqu'au consommateur.
Vis-à-vis aussi des salariés, on y reviendra dans un instant, mais je reste quand même sur ce point. Je citais Michel-Édouard Leclerc qui en a fait une forme de combat. Vous dites, attention, non, personne n'en a profité. Mais il y a un patron de grandes distributions plus modeste, enfin, plus discret, je dirais, qui est le patron d'Intermarché, Didier Duopan, président du groupe des Mousquetaires. Il me disait également au micro d'RMC il y a un mois, je le cite, on nous demande des hausses impossibles. Il citait Danone et Mars. Danone et Mars qui demandent des hausses pas raisonnables. Et il précisait, nous aussi, nous avons nos propres usines avec nos propres marques.
On voit bien qu'il y a des hausses de coût de production, notamment sur l'eau, par exemple. Il disait de 7 à 8 %, mais Danone nous demande 22 % sur ces eaux minérales et gazeuses. Quand même, là, ça veut dire qu'il y a un problème.
C'est bien pour ça que je ne dis pas c'est pour solde de tout compte. Ce rapport que je rendrai public date de juillet, ça n'est pas pour solde de tout compte. Je m'assurerai, il y aura un nouveau rapport d'ici six mois pour nous assurer que tout au long de l'année, et s'il en faut un nouveau d'ici la fin d'année 2023, on le fera également pour avoir la plus grande vigilance sur le comportement des industriels vis-à-vis des PME et la grande distribution vis-à-vis de l'industrie agroalimentaire et de nos amis paysans.
Au passage, un mot sur l'inflation, hausse des prix donc de 6,1 % sur un an. Je disais 12 %, ça c'est sur les produits alimentaires. 6,1 c'est sur tous les prix. Est-ce qu'elle va se poursuivre cette inflation ?
Et tout notre combat, c'est de ramener l'inflation à des niveaux plus raisonnables dans les mois qui viennent. Et c'est ça qui nous amène à prendre des décisions qui sont difficiles.
Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin que l'inflation va se poursuivre, que ça va continuer à augmenter ? Est-ce que vous imaginez que ça va se tasser, voire même que ça va redescendre ?
Je peux vous dire que notre objectif avec nos partenaires européens, c'est de revenir dans les meilleurs délais possibles, mais ça prendra du temps tout au long d'année 2023, à une inflation qui soit plus raisonnable. Elle doit baisser dans le courant de l'année 2023. Vous dites qu'elle doit baisser,
mais vous ne dites pas qu'elle va baisser. Je veux juste qu'on sache à quoi s'attendre.
Bien sûr, mais je ne veux pas faire des promesses en l'air. Si demain, la crise s'aggrave en Ukraine, s'il y a une difficulté avec la Chine, s'il y a un problème avec les États-Unis, tout ça a un impact majeur sur le prix des matières premières. Mais notre scénario de référence, c'est une baisse progressive de l'inflation en 2023 et retrouver en 2024 des niveaux d'inflation qui soient plus raisonnables. C'est ça qui nous amène à prendre des décisions qui sont difficiles, cibler davantage les aides, ne pas accepter une indexation globale des salaires sur l'inflation, alors que je sais bien qu'il y a une demande de beaucoup de salariés là-dessus.
C'est parce que sinon, ça nourrirait l'inflation et que notre combat, c'est de nous débarrasser dans les mois qui viennent de cette inflation qui pénalise les plus modestes, qui est injuste, qui est violente pour beaucoup de nos compatrières.
Et qui est tirée notamment par la question des prix de l'énergie. EDF qui va encore plus mal que prévu. 26 réacteurs nucléaires sont à l'arrêt pour maintenant ce problème de corrosion sur un parc de 56. Et EDF qui a annoncé jeudi un nouveau report de la date de reconnexion de 4 de ces réacteurs qui, soi-disant, allaient être remis en marche et qui donc ne le seront pas. Est-ce que vous êtes toujours confiant sur notre capacité à traverser l'hiver ?
Nous sommes surtout exigeants vis-à-vis d'EDF. Et je sais que les salariés d'EDF, les ingénieurs, les ouvriers, les soudeurs qui s'occupent de ces corrosions sous contrainte travaillent nuit et jour à améliorer la situation. C'est difficile. Mais je veux leur rendre hommage. Parce que je sais qu'il se donne un mal que personne n'imagine pour tenir les engagements qui ont été pris. 45 gigawatts de puissance qui reviennent en décembre, 50 qui reviennent en janvier.
Non, ça c'est ce que vous leur avez demandé.
Oui, c'est ce que nous leur avons demandé. Mais ce n'est pas gagné. Ce n'est pas gagné. Ça reste nos objectifs. Ça reste ce qui a été demandé à EDF.
S'il y a des fissures, s'il y a des difficultés, ils ne vont pas remettre en marche.
Nous faisons le point. Agnès Pellier-Runacher qui est en charge du sujet énergétique fait le point régulièrement avec EDF. J'aurai l'occasion de faire le point avec le nouveau président d'EDF, Luc Rémont, dans les jours qui viennent. Je peux vous dire que nous sommes tous au gouvernement, à EDF, à quelque niveau que ce soit, totalement mobilisés pour essayer de tenir cet objectif.
Vous êtes même prêt à leur demander de débrider, comme on dit, les éoliennes et les barrages. Est-ce sans danger ?
Poser la question à la mise d'énergie, moi, je ne suis pas le spécialiste sur le sujet. Nous mettons la pression. Pourquoi ? Parce que nous voulons que nos compatriotes passent l'hiver le plus tranquillement possible. Ils font déjà des efforts de réduction de leur consommation d'énergie. Ils sont responsables. Et je veux que nos entreprises puissent fonctionner sans qu'il y ait de coupures de courant, de délestage qui pourraient pénaliser leur activité et donc l'emploi. C'est ça l'enjeu. Et c'est pour cela que nous sommes autant mobilisés avec Agnès Pannier-Runacher.
Dividende salarié, vous y êtes favorable. Vous l'avez dit dans une interview au journal Le Parisien ce week-end. Comment ça pourrait marcher concrètement ? D'abord, quelles entreprises ? Les grosses, les moyennes, les petites ?
Toutes les entreprises. Et quelle est la logique derrière ? La logique, c'est celle que nous défendons depuis cinq ans avec Emmanuel Macron. Du travail pour tous et du travail qui paye. Travail pour tous, on s'en approche. On a réussi à avoir un taux de chômage qui est un peu plus de 7 et on vise 5% d'ici 2027. Du travail qui paye, c'est quoi ? C'est d'abord des salaires. Et je ne veux laisser aucune ambiguïté là-dessus. J'entends les critiques, là aussi, elles sont intéressantes. Mais nous, ce qui compte pour nous, c'est les salaires.
Les partenaires sociaux ont dit qu'on ne veut pas de dividendes, on veut du salaire.
Ils ont raison d'insister sur les salaires. Les partenaires sociaux ont raison d'insister sur les salaires. Moi-même, depuis près de trois ans, je n'arrête pas de dire que toutes les entreprises qui le peuvent doivent augmenter les salaires. Et d'ailleurs, en 2022, elles l'ont fait. Plus de 4% d'augmentation des salaires à l'heure où je vous parle. Preuve que quand on demande des choses, sans forcément les imposer parce que ce n'est pas le rôle de l'État, ça donne des résultats. Plus 4% d'augmentation de salaires en 2022.
Mais ces dividendes salariés ?
Vous avez deux autres façons d'améliorer le revenu des salariés. Vous avez la prime, la prime Macron, 6 000 euros, défiscalisé. Je rappelle qu'il y a 10 millions de salariés qui l'ont touché. Pour 550 euros, en moyenne, c'est quand même pas rien. C'est des sommes qui sont importantes. C'est cette prime défiscalisée qui a permis d'arrondir les fins de mois de beaucoup de nos compatriotes. Et puis, il y a une troisième possibilité et elles sont complémentaires, je veux le dire. Moi, quand j'entends des syndicats qui nous disent « Ah, mais nous, on est contre la prime, on est contre les dividendes, on veut le salaire, c'est pas l'un ou l'autre, c'est l'un et l'autre.
C'est un salaire solide qui doit augmenter dans les entreprises qui le pleuvent, plus du versement de prime pour toutes les entreprises qui sont un peu plus incertaines, plus de l'intéressement et de la participation. Quand vous parlez
de dividendes salariés, est-ce que ça veut dire que quand une entreprise a de quoi verser des dividendes à ses actionnaires, elle devra aussi verser des dividendes à ses salariés ? C'est-à-dire dividendes actionnaires égale dividendes salariés.
C'est la logique de ce dividende salarié, le partage de la valeur. Quand une entreprise fait des profits, qu'elle peut verser des dividendes à ses actionnaires, elle doit garantir une meilleure rémunération à son salarié. Donc elle va prendre
un peu de ce qu'elle aurait donné aux actionnaires pour le donner aux salariés.
Exactement, le dividende salarié, c'est le profit pour tous, c'est pas le profit que pour quelques-uns. La logique de partage de valeurs, j'y crois profondément.
On entend bien aussi que c'est une forme de réponse de votre part à cette taxe, cette idée de taxe sur les super-profits. Vous vous dites plutôt que de taxer sur les super-profits pour partage les super-profits.
J'ai toujours défendu la même chose, qu'on taxe les super-profits des énergéticiens parce que les prix explosent. Oui, et si ça plaît à certains qu'on emploie ce mot, très bien. C'est ce que nous faisons. Je rappelle que le mécanisme de rente inframarginale, pour prendre le terme technique, c'est-à-dire tout ce qu'on récupère sur la rente des énergéticiens, ça va nous rapporter 26 milliards d'euros en 2023. Donc nous taxons bien les super-profits des énergéticiens. Mais après, ça ne va pas dans la poche des Français.
En revanche, ce que je trouve juste et ce que je trouve nécessaire pour la société française comme pour le capitalisme occidental de manière plus globale, c'est de garantir que quand une entreprise réussit, tout ne va pas dans la poche des actionnaires. Il y a une partie plus importante qui va dans la poche des salariés qui sont quand même les premiers à contribuer au bon fonctionnement d'entreprise.
Une forme de solidarité puisque c'est le mot que vous disiez depuis le début. C'est une forme de solidarité
et j'insiste vraiment là-dessus. Une forme de cohésion. Regardez ce qui se passe aux Etats-Unis aujourd'hui. Une polarisation totale de la vie de la société. Une polarisation totale de la vie politique dans un pays que j'ai toujours profondément aimé, qui est un pays de la liberté, qui est un modèle... Vous êtes inquiet de ces élections des élections ? Bien sûr, je suis inquiet. Je suis inquiet de la polarisation de la vie politique et de la vie sociale et de la nation américaine. Et je ne veux pas que la même chose arrive en France.
Ça pourrait avoir un impact chez nous.
Donc si on veut éviter la polarisation, il faut qu'il y ait plus de justice, il faut qu'il y ait du partage de la valeur, il faut qu'il y ait du dialogue, il faut entendre les critiques et améliorer nos propositions. C'est exactement ce que j'essaie de faire. Pour une société
donc moins divisée, puisque vous parliez des Etats-Unis, un mot sur la relation commerciale avec les Etats-Unis. Vous donnez une interview ce matin dans le journal Les Echos, mais qui est également à d'autres journaux européens. Parce que vous alertez et on a quand même un peu l'impression que vous nous dites qu'avec les Etats-Unis, on n'est plus seulement partenaire, on est en train de devenir concurrents, voire adversaires, pour essayer d'attirer à nous les meilleures entreprises. Ils attirent à eux des entreprises que nous voyons partir.
Ils attirent avec ce qu'on appelle l'IRA, l'Inflation Reduction Act, c'est-à-dire des possibilités de subvention pour les entreprises qui sont totalement exorbitantes. Qu'est-ce que ça veut dire très concrètement ? Je suis en négociation depuis plus d'un an avec une entreprise dont je ne donnerai pas le nom, qui est une entreprise étrangère, qui travaille dans le domaine du véhicule électrique et qui dit voilà c'est formidable, la France a pris le train en marche, visiblement elle est très dynamique, elle a des technologies, elle a des ingénieurs, elle est bien placée, je vais investir chez vous. Je vais investir et ça va créer 5000 emplois.
Il faut simplement que vous médiez, c'est classique dans ce genre de négociation, combien est-ce que vous pouvez mettre sur la table ? Moi je peux mettre à peu près jusqu'à un milliard d'euros. C'est respectueux des règles de l'OMC, c'est respectueux des règles de concurrence. Mais il se trouve que les Etats-Unis, eux, pour attirer 4 fois cette somme,
4 milliards,
et à financer l'intégralité de l'investissement.
C'est déloyal.
Et si je prends bout à bout tous les investissements qui sont concernés, ce sont 10 000 emplois industriels qui sont en jeu pour un montant de 10 milliards d'euros. Donc oui, je pense qu'il faut dire amigalement mais clairement à nos partenaires américains, ça n'est pas acceptable. Ça nous pose une difficulté majeure. Parce que le risque, si on ajoute à cela l'augmentation du prix d'énergie...
Pardon, mais c'est vrai que s'ils ont ces 4 milliards et que nous, on ne les a pas, on n'est pas dans le même jeu.
Nous sommes l'une des premières puissances commerciales du monde. Quand, là encore, au lieu de nous opposer, nous nous rassemblons entre pays européens. Mais nous ne les a pas, les 4 milliards. Nous sommes le premier marché...
De toute façon, on ne les a pas.
Mais nous pourrions les avoir au niveau européen. Je ne sais pas si c'est la bonne façon de réagir. Ce que je sais, c'est qu'il faut faire preuve de la plus grande fermeté, de la plus grande clarté avec nos amis américains. Est-ce que vous avez jusqu'à dire que les Américains... D'un côté, l'augmentation des prix d'énergie en Europe, alors que chez vous, les prix d'énergie n'ont pas augmenté. Et en plus, vous rajoutez à cela, double peine, des subventions qui sont exorbitantes. Tout cela nous fait courir le risque d'un choc industriel majeur sur l'industrie française et sur l'industrie européenne. Nous sommes entre alliés, nous sommes entre amis.
Il faut le dire, il faut que nous trouvions des solutions.
Est-ce que vous iriez jusqu'à dire que les Américains profitent en quelque sorte de notre situation de faiblesse actuelle ?
Non, je ne dirais pas ça. Je ne suis pas là pour pointer du doigt des alliés et des amis. Je suis là simplement pour dire à un ami, une nation amie... Vous vous souvenez
de la faire des super contrats de sous-marins nucléaires avec l'Australie ? Les Américains n'avaient que faire de nos désolations.
Je préfère prévenir plutôt que guérir. Je pense qu'il est temps que nous, Européens, nous disions très clairement à nos amis américains que nous avons sur ce sujet de l'IRA, Inflation Reduction Act, et sur le risque de désindustrialisation en Europe, une préoccupation majeure qui doit être réglée dans les meilleurs délais. Et nous, Européens, nous préférons trouver des solutions de compromis avec les Etats-Unis, mais si les solutions de compromis ne sont pas possibles, dans ce cas-là, nous saurons faire preuve de la même fermeté.
Bruno Le Maire, un mot de la COP qui s'ouvre aujourd'hui. Emmanuel Macron sera présent en Égypte. Ce matin, je recevais François Gémen qui est co-auteur du rapport du GIEC, qui est expert à la COP et qui demandait pourquoi est-ce que vous, Bruno Le Maire, vous avez refusé les amendements qui devaient permettre notamment des investissements massifs dans la rénovation thermique. Il disait c'est un quoi qu'il en coûte qui est nécessaire. Certes, ça va coûter de l'argent, mais c'est comme le Covid, c'est important, c'est nécessaire, c'est vital.
Parce que ces amendements étaient financés par l'abandon du bouclier énergétique. C'est-à-dire qu'ils étaient financés par des factures d'électricité et de gaz de 200 euros en moyenne par mois par ménage en France.
Et vous n'avez pas pu trouver un autre moyen de les financer ?
13 milliards, c'est 13 milliards et en tout cas, je ne vais certainement pas déshabiller Paul pour habiller Jacques. Je pense que ce n'est pas la bonne politique, ce n'est pas comme ça qu'on pourra y arriver. Est-ce qu'il faut aller plus loin sur la rénovation thermique des bâtiments ? Oui. Est-ce qu'il faut privilégier les rénovations globales ? Oui. Est-ce que c'est uniquement une affaire d'argent ? Non. Parce que quand vous faites une rénovation globale, c'est plus compliqué que lorsque vous changez uniquement les portes et les fenêtres. Très souvent, il faut trouver d'autres logements pour les personnes qui sont concernées. Ça prend plus de temps. Il faut avoir les artisans nécessaires.
Donc, on ouvre cette réflexion globale sur comment passer de gestes singuliers à des rénovations globales. Comment est-ce qu'on les finance ? Nous avons décidé dans France 2030 de consacrer des sommes très importantes à ces rénovations globales. Donc, il y aura l'argent disponible. Comment est-ce que nous faisons ? Quel calendrier ? Avec quels artisans ? Avec quelles entreprises ? Ça, ce débat-là, j'y suis prêt. Je pense même qu'il est indispensable. Mais ne faisons pas ça au détour d'un amendement qui va spolier les Français en les privant d'aide dont ils ont vraiment besoin de manière indispensable pour payer leurs factures de gaz et leurs factures d'électricité.
Bruno Le Maire, merci d'avoir répondu à mes questions ce matin. Vous êtes ministre de l'économie et des finances.
Bruno Le Maire