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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 19 novembre 2015 8 min

Marine Le Pen : "Taubira joue le rôle d’une assistante sociale, pas d’une ministre"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bonjour Marine Le Pen, qu'est-ce qui a changé en France depuis vendredi ?

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Marine Le Pen

Je pense que les Français se réarment psychologiquement et notamment en récupérant en grande partie une lucidité sur la situation de vulnérabilité du pays car ces attentats ont démontré quand même qu'énormément de choses qui auraient dû être faites par le passé ne l'ont pas été. Et espérons qu'elles seront mises en œuvre à partir de maintenant, ce dont hélas je doute.

0:30
Présentateur

Vous avez reconnu et salué des inflexions dans la politique du gouvernement. Et vous, est-ce que les attentats de vendredi vous ont fait sinon changer d'avis ou au moins évoluer sur certains points ?

0:41
Marine Le Pen

Ce serait bien dommage que je change d'avis puisque aujourd'hui une grande partie de la classe politique précisément rejoint l'avis du Front National sur toute une série de sujets. Le problème c'est que, si vous voulez, j'ai salué ces inflexions, ils mettent en œuvre un certain nombre de propositions qui sont directement issues de notre programme mais le problème c'est qu'ils les intègrent avec une absence de vision et surtout une absence de travail en amont. Par exemple ? Je vous donne un exemple, annoncer la déchance de la nationalité pour les doubles nationaux convaincus de radicalisme, c'est une bonne chose.

Mais c'est oublier qu'on ne peut pas expulser aujourd'hui des étrangers à cause de la suppression de la double peine, merci Nicolas Sarkozy, et que surtout nous n'avons plus de frontières. Donc expulser quelqu'un au-delà d'une frontière qui n'existe pas, ça a peu de sens. Donc j'ai un peu le sentiment, si vous voulez, qu'ils transforment l'or en plomb, c'est-à-dire qu'il y a des très bonnes mesures, mais que si on ne les intègre pas dans une vision globale et dans un plan qui lui-même est global, alors on leur supprime une bonne partie de leur efficacité.

1:45
Présentateur

Est-ce que c'est efficace expulser ou déchoir de la nationalité ? Est-ce qu'il vaut mieux avoir des terroristes en prison en France ou en liberté au Proche-Orient ?

1:57
Marine Le Pen

Écoutez, à partir du moment où ils sont écartés du territoire national, évidemment c'est la meilleure des solutions. Il y a 12 700 personnes qui sont actuellement identifiées pour radicalisation islamiste. Nous n'avons pas les moyens. 12 700 ? Oui, 12 700 personnes.

2:14
Présentateur

C'est quoi, c'est les fichés S ?

2:16
Marine Le Pen

Oui, c'est ça. Pour radicalisation, oui, il y a 12 700 personnes qui sont détectées pour radicalisation. C'est plutôt la moitié. Oui, on met souvent en cause les chiffres que je donne, puis on finit toujours par s'apercevoir qu'ils sont les bons. Moi aussi, j'ai un certain nombre de sources qui nous les donnent, dont 6 000, je le dis, qui sont potentiellement très dangereuses. Bon, nous n'avons pas les moyens en l'état de surveiller à un niveau d'efficacité l'ensemble de ces personnes. Nous commençons déjà par nous libérer de ceux qui sont étrangers et qui n'ont strictement rien à faire sur le territoire national. Car quelqu'un d'étranger dangereux sur notre territoire n'a rien à y faire.

Commençons par échapper, encore une fois, à ces doubles nationaux qui sont des personnes dangereuses et donc que l'on peut déchoir de leur nationalité. Mais la première des choses, permettez-moi de le rappeler, c'est d'abord de retrouver le contrôle de nos frontières.

3:04
Présentateur

Quand je vous interrogeais sur des éventuelles évolutions de votre part, je pensais à vos positions qui concernent les libertés individuelles. Est-ce que vous maintenez vos positions, votre opposition plutôt, à la loi sur le renseignement, aux écoutes téléphoniques, à la surveillance d'internet, à la fermeture des sites qui font l'apologie du terrorisme ?

3:24
Marine Le Pen

Je vais vous dire, parlons de PNR par exemple.

3:28
Présentateur

Je vais y venir, c'était ma question d'après.

3:30
Marine Le Pen

Oui, il n'y a pas de problème, on va en parler.

3:31
Présentateur

Alors PNR, je précise que c'est le fichier commun des passagers aériens, mesure réclamée par tous les services antiterroristes parce qu'il permet la connexion des fichiers et qu'il permettrait peut-être de repérer des terroristes qui font des allers, autour entre l'Europe et la Syrie.

3:46
Marine Le Pen

Oui, ça c'est vous qui dites que c'est réclamé par l'ensemble de la lutte antiterroriste. La réalité, c'est que c'est surtout demandé par les Etats-Unis, car l'intégralité des données sont transférées aux Etats-Unis sans d'ailleurs réciprocité, ce qui pose un énorme problème.

3:58
Présentateur

C'est très mal, forcément, parce que c'est les Etats-Unis, c'est que la Russie l'applique, la Russie a un PNR.

4:03
Marine Le Pen

Écoutez, laissez-moi terminer mon propos, parce que je veux bien... J'essaie de comprendre. Il s'agit là, en réalité, de surveiller les voyages de l'intégralité des citoyens de l'Union Européenne. Est-ce que c'est efficace ? Non, ça n'est pas efficace, car qu'est-ce que l'on constate aujourd'hui ? C'est que les services de renseignement ont quand même pas trop mal fait leur travail, puisque depuis Mera, qui au passage n'était pas un loup solitaire, donc on l'apprend aujourd'hui, en passant par Kouachi, Koulibaly et les barbares de vendredi, ils étaient quasiment tous fichés S. C'est donc que nous avions les renseignements.

Donc plutôt que de surveiller l'ensemble de la population, commençons sérieusement par surveiller ceux qui se baladent au sein de l'Union Européenne. Et pour cela, il faut que nous retrouvions des frontières nationales. On s'aperçoit, il y a une chaîne de défaillance et de carence absolument inouïe et objectivement très condamnable, quand même, qui ont permis le développement de l'ensemble de ces attentats. On apprend qu'une personne mise en examen pour terrorisme, mise en examen pour terrorisme, a pu tranquillement partir en Syrie et puis d'ailleurs en revenir. D'où l'utilité d'un fichier PNR peut-être ?

Mais écoutez, d'abord, excusez-moi, dans les derniers attentats, ils n'ont pas pris l'avion, ça c'est déjà la première chose. En l'occurrence, ils sont passés notamment par la frontière belge qui n'existe pas, puisqu'il n'y a plus de frontière entre la Belgique et la France. Mais M. Interpol, ça existait avant. Quand quelqu'un était fiché et dangereux et qu'il prenait l'avion, permettez-moi, dans le cadre d'un accord international entre différents pays, tel ou tel pays indiquait qu'une personne dangereuse... Or là, c'est pas le...

5:40
Présentateur

C'est exactement le principe du fichier PNR.

5:41
Marine Le Pen

Non, pas du tout. Car le fichier PNR consiste à collecter les données de transport de l'ensemble des citoyens européens et de les transmettre. Moi, je crois qu'est-ce que vous craignez ?

5:51
Présentateur

Je ne comprends pas quelle est votre crainte. Pourquoi vous refusez ce type de mesures qui, encore une fois, sont réclamées ? Il y a une page dans Figaro aujourd'hui qui est très éloquente sur ce sujet.

6:00
Marine Le Pen

Parce que je pense qu'à chaque fois qu'on est face à un danger terroriste, au lieu de se concentrer sur les gens qui sont dangereux, eh bien, on considère qu'il faut surveiller l'intégralité des citoyens. Et je pense que ça peut faire l'objet de dérives qui sont dangereuses. Et je crois surtout que c'est totalement inefficace. Donc, commençons par nous concentrer sur les 12 700 personnes qui sont radicalisées, sur les 6 000 qui sont extrêmement dangereuses, plutôt que de surveiller l'ensemble des citoyens. Et croyez-moi, on s'en portera mieux.

6:29
Présentateur

Vous êtes toujours pour la liberté totale d'Internet, contre la fermeture des sites qui font l'apologie terroriste. On sait à quel point, aujourd'hui, on voit ces terroristes qui n'ont pas fréquenté de mosquées, qui se sont radicalisées sur Internet ? Ah bon, mais vous savez ça d'où, vous ? Dans les éléments d'enquête qui sont...

6:47
Marine Le Pen

Non, mais écoutez, soyons sérieux. Non, non, mais ça, il faut arrêter aussi avec cette analyse. Vous, vous avez des informations ? La radicalisation spontanée, la radicalisation spontanée, ça peut arriver, mais c'est ultra minoritaire. La réalité, c'est que tous ces gens sont en réseau. Et encore une fois, on l'apprend au bénéfice de ces attentats. M. Méra n'était pas un loup solitaire qui s'était autoradicalisé tout seul, derrière son écran d'ordinateur. Ils sont en réseau. Le réseau, d'où l'intérêt de surveiller Internet ?

Et il y a un certain nombre d'ailleurs de lieux qu'il faudrait démanteler immédiatement, qui sont les mosquées salafistes, car on s'aperçoit que, évidemment, il y a aussi des recruteurs qui se servent de ces lieux. Or, pour l'instant, rien n'a été fait dans ce domaine. Et d'ailleurs, rien n'a été fait depuis des années. Rien n'a été fait sous Nicolas Sarkozy. Rien n'a été fait sous François Hollande pour lutter contre cela. L'intérêt d'Internet, c'est que ça permet de détecter précisément ceux qui vont sur ces sites et de considérer que ceux qui vont de manière récurrente sur ces sites sont des gens qui sont susceptibles de représenter un danger pour la société. Alors, c'est un choix.

Tout fermer ou profiter précisément de ces flux d'informations pour détecter les gens qui, demain, peuvent représenter un danger.

7:55
Présentateur

Marine Le Pen, invité de France Inter, on vous retrouve dans quelques minutes avec d'autres questions et celles des auditeurs de France Inter qui nous appellent au standard au 01-45-24-7000 dans un court instant, la revue de presse. Sous-titrage Société Radio-Canada