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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 1 mars 2022 25 min

Guerre en Ukraine : sanctions économiques contre la Russie, TotalEnergie, prix du gaz... Le 8h30 franceinfo de Bruno Le Maire

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Marc Fauvel. Depuis hier, la Russie est plongée dans une crise financière. Le cours du rouble s'est effondré. La bourse de Moscou n'a pas pu ouvrir de toute la journée. Dans la foulée des sanctions, infligées notamment par l'Europe, est-ce qu'elles ont atteint leur but ?

0:13
Bruno Le Maire

Oui, les sanctions sont efficaces. Les sanctions économiques et financières sont même d'une efficacité redoutable. Et je ne veux laisser planer aucune ambiguïté sur la détermination européenne sur ce sujet. Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie. A la Russie ou à Vladimir Poutine ? A la Russie, à Vladimir Poutine, à son gouvernement. Mais le peuple russe en paiera aussi les conséquences. Soyons clairs. Nous voulons viser le cœur du système russe. Nous visons Vladimir Poutine. Nous visons les oligarques. Mais nous visons aussi toute l'économie russe. Nous avons donc préparé un train de sanctions qui sont en cours d'examen actuellement.

Je pense qu'on aura les propositions de la Commission européenne ce matin. J'ai eu hier très longuement au téléphone à la secrétaire américaine au Trésor, Jeannette Yellen, pour préparer, si nécessaire, un nouveau renforcement des sanctions économiques et financières. Nous aurons une réunion du G7 cet après-midi sur le sujet. Et j'ai convoqué également demain une réunion des ministres des Finances européens pour m'assurer de la bonne exécution de ces sanctions. Elles doivent frapper vite. Elles doivent frapper fort. Et on en voit, comme vous l'avez dit, déjà les effets. L'Europe s'est effondré de 30%. Les réserves de change russes sont en train de fondre comme neige au soleil.

Et le fameux trésor de guerre de Vladimir Poutine est déjà réduit à presque rien. On voit l'effondrement du marché. On voit également l'augmentation de l'inflation. Nous allons voir des queues de russes qui cherchent à avoir de l'argent liquide dans les banques. Et puis la Banque centrale n'a pas eu d'autre choix que d'augmenter les taux d'intérêt de 10 à 20%. Ce qui veut dire que les entreprises ne pourront pas emprunter, sauf à des taux très élevés, pour investir et pour développer l'économie. Nous allons donc provoquer l'effondrement de l'économie russe.

1:57
Invité

De nouvelles sanctions, vous dites ce matin, Bruno Le Maire. Des sanctions si nécessaires, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ces sanctions vont être appliquées ? Jusqu'à quand ?

2:05
Bruno Le Maire

Elles seront appliquées le temps que Vladimir Poutine revienne à de meilleures intentions en Ukraine. Ce dont Vladimir Poutine n'a pas eu conscience et ce dont je crois les peuples européens sont en train de prendre conscience, c'est que États-Unis et Europe ensemble sont de très loin le continent économique, financier le plus puissant de la planète. Et c'est un message aussi que nous adressons à tous les régimes autoritaires qui veulent contester l'efficacité, le poids politique des démocraties sur la planète. Économiquement, financièrement, l'Europe et les États-Unis ensemble ont un pouvoir d'action qui est absolument considérable.

Et nous avons en plus, à la faveur de cette agression délibérée de Vladimir Poutine, pris conscience de la nécessité de nous armer militairement. Donc cette crise, qu'est-ce qu'elle montre ? La puissance économique et financière de l'Europe et des États-Unis quand elles agissent ensemble, main dans la main, et elles font prendre conscience à l'Europe de la nécessité absolue de devenir aussi une puissance politique et militaire.

3:09
Présentateur

Vous avez promis hier, Bruno Le Maire, d'identifier toutes les personnalités russes ayant des avoirs en France et qui ont une proximité avec le Kremlin, avec le pouvoir ou avec Vladimir Poutine. Vous en avez recensé combien pour le moment ?

3:21
Bruno Le Maire

Pour le moment, il y a une liste européenne qui comprend à peu près 488 personnalités. Donc nous sommes en train, avec l'aide des banques, et je salue d'ailleurs l'engagement des banques, des assureurs qui font tout ce travail de screening pour repérer si ces oligarques sont sur leur compte et s'il faut par conséquent geler les avoir. Ça, c'est un premier travail qui est en cours de réalisation. Combien en France ? Pour l'instant, je ne peux pas vous donner le chiffre pour une raison qui est simple. Cet examen est extrêmement long à faire.

Parce qu'il faut repérer des noms dans des listes qui comprennent des millions de personnes, au sens strict, puisque c'est des comptes bancaires qui sont considérés. Donc ça va prendre un peu de temps. Et dès que nous aurons les éléments, nous les ferons remonter, évidemment, à l'Union européenne. Mais j'ai également demandé que nous fassions le travail inverse. C'est-à-dire pas simplement prendre les listes européennes dans lesquelles vous avez les oligarques russes pour vérifier s'ils sont ou non dans les banques françaises ou sur les territoires français. Mais nous allons faire exactement le même travail depuis le territoire français.

Et j'ai mis en place au ministère de l'Économie et des Finances une task force qui comprend la Direction Générale des Finances Publiques, les services de renseignement financier et les douanes pour repérer l'ensemble des oligarques russes qui se trouveraient en France, leurs biens, leurs avoirs, pouvoir les geler et pouvoir les saisir. Nous avons également étendu d'ailleurs cette recherche au nom des oligarques, au nom de leurs conjoints, au nom de leurs enfants, au nom de leur SCI, de façon à ce qu'ils ne puissent pas se dissimuler derrière des montages financiers. Ces montages financiers sont très nombreux.

En deuxième lieu, nous allons faire en sorte qu'il ne s'agisse pas simplement d'un gel des avoirs, mais d'une saisie des avoirs. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que lorsqu'il y a gel, vous ne pouvez plus user de votre yacht, de votre voiture ou de votre appartement quand on le saisit ou perdez la propriété de cet appartement, de ce yacht ou de cette maison. Nous sommes en train de travailler juridiquement avec la chancellerie pour que le gel devienne une saisie. Nous allons toucher au cœur le pouvoir russe.

5:19
Invité

Toucher au cœur le pouvoir russe, c'est ce que vous dites, sauf que dans sa dernière intervention, le président ukrainien explique qu'acheter russe, c'est donner de l'argent pour tuer des Ukrainiens. Il parle de l'énergie que les Européens achètent aux Russes. Est-ce qu'il faut des maintenance privées du gaz et du pétrole russe ?

5:34
Bruno Le Maire

Soyons honnêtes et transparents comme nous l'avons été depuis le début de cette crise. C'est très compliqué pour un certain nombre de pays européens. Pour la France, ce n'est pas une difficulté. Nous dépendons à 20% du gaz russe. Pour un certain nombre de pays de l'Est qui dépendent à 100%, ça veut dire que du jour au lendemain, il n'y a plus de moyens de faire tourner leurs usines, il n'y a plus de moyens de chauffer leur population. C'est très compliqué et très difficile. Si ça ne dépendait que de la France, on aurait coupé le gaz russe, on aurait coupé le pétrole russe aujourd'hui.

Si ça ne dépendait que de la France, je pense que sur le retrait des banques du système SWIFT, dont certaines banques qui servent au paiement du gaz russe, nous serions probablement allés plus loin. Mais l'objectif de la France qui exerce sous autorité du Président de la République la présidence de l'Union Européenne, c'est de maintenir à tout prix l'unité européenne. Et l'Europe a montré depuis le début de cette crise, en particulier grâce à l'engagement total du Président de la République, son unité. Et c'est notre unité.

6:27
Présentateur

Mais ça veut dire que Vladimir Poutine, Bruno Le Maire, tient en quelque sorte l'Europe aujourd'hui, puisqu'il arrive à faire infléchir des décisions aux communes en disant, regardez, si vous me menacez trop, c'est moi qui ferme le robinet. Et vous venez de le rappeler vous-même,

6:37
Bruno Le Maire

on ne peut pas, certains pays ne peuvent pas s'en passer. Le rapport de force économique et financier, il est totalement en faveur de l'Union Européenne, qui est en train de découvrir sa puissance économique. Mais pas le rapport énergétique. Je vais être très clair avec vous, Marc Fauvel. C'est la Russie qui va souffrir, pas l'Europe. L'Europe, elle aura peut-être effectivement un peu plus d'inflation, parce que peut-être que les prix du gaz vont un peu augmenter. Mais c'est la Russie qui va souffrir. C'est l'économie russe qui va souffrir. Et c'est le système financier russe qui va s'effondrer sous nos yeux.

L'Europe, elle, la seule conséquence qu'elle peut avoir dans les semaines qui viennent, c'est une petite augmentation des prix en fonction de l'augmentation des prix de l'énergie. On va en parler des conséquences en France.

7:16
Présentateur

Je voudrais revenir d'un mot sur une formule que vous avez utilisée tout à l'heure, au tout début de cet entretien. Le peuple russe en paiera les conséquences. Le peuple, y compris les... Ceux qui manifestent contre Vladimir Toutrin, y compris les gens qui n'ont pas d'argent. Aujourd'hui, ils vont tous souffrir.

7:33
Bruno Le Maire

Et bien sûr. On ne sait pas faire autrement. Et Marc Fauvel, on ne sait pas faire autrement. Vladimir Poutine est en train de livrer une guerre effroyable au peuple ukrainien. Au moment où je vous parle, vous avez des civils qui sont sous les missiles de Vladimir Poutine. C'est Vladimir Poutine qui fait peser la menace d'une guerre militaire avec toutes les conséquences que l'on connaît sur les peuples européens. Nous nous ripostons. Je ne suis pas sûr que Vladimir Poutine s'attendait à une riposte aussi unie, aussi ferme, aussi radicale sur le plan économique et financier de la part de l'Union européenne et des Etats-Unis. Nous nous irons jusqu'au bout.

Nous irons jusqu'au bout le temps qu'il faudra. Nous visons évidemment prioritairement Vladimir Poutine, les oligarques et tout le système politique russe. Mais nécessairement, c'est le peuple russe aussi qui en supportera les conséquences en raison de son dirigeant.

8:25
Présentateur

On vous retrouve dans un instant, Bruno Le Maire. Le temps du fil, Info, 8h41 avec Lisa Guyenne.

8:29
Invité

Un convoi militaire russe aux portes de Kiev. Il s'allonge sur plus de 60 kilomètres et se trouve à quelques dizaines de kilomètres de la capitale ukrainienne d'après des images satellites. L'ambassade de France va délocaliser son personnel de Kiev, Alviv, près de la Pologne. Accusé de relayer la propagande d'Etat de Moscou, les médias Rechattaday et Spoutnik interdit dès aujourd'hui dans toute l'Union européenne, quel que soit leur canal de distribution. C'est l'application des sanctions décidées par l'Union européenne ces derniers jours. Sanctions également économiques décidées par l'UE et reprises hier par d'autres pays.

Le Japon, la Suisse, Monaco qui décident à leur tour du gel des avoirs des oligarques et de plusieurs banques. La Turquie, elle, interdit le passage du détroit du Bospor au navire militaire. En football, en France, ils vont tenter de crier l'exploit face à l'OGC Nice. Ce soir, les joueurs amateurs de Versailles en demi-finale de Coupe de France. Trois divisions les séparent des Niçois, actuellement troisième de la Ligue. Le 8.30 France Info, Salia Brakia, Marc Fauvel. Toujours avec le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire. Vous disiez juste avant le fil Info que ça allait prendre un peu de temps pour recenser tous les biens et les avoirs des oligarques russes.

S'ils vous écoutent ce matin, ils ont le temps de tout retirer.

9:45
Bruno Le Maire

Non, parce que les sanctions sont déjà prises. Il y a des choses que l'on dit, des choses qu'on ne dit pas pour être plus efficaces. Aucun oligarque ne passera entre les mailles de nos filets. C'est notre objectif.

9:58
Invité

Un mot sur Total. Le britannique BP et le néerlandais Shell vont mettre fin à leur activité en Russie. Est-ce que vous demandez la même chose à Total et à Engie, qui eux aussi ont des activités sur place en Russie ?

10:11
Bruno Le Maire

Je vais en discuter avec le président de Total, Patrick Pouyanné, avec la directrice générale de Engie, Catherine McGregor. Moi, je crois qu'il y a désormais un problème de principe à travailler avec toute personnalité politique ou économique proche du pouvoir russe. Une fois encore, c'est la liberté européenne qui est attaquée. C'est une nation souveraine qui est attaquée et menacée par Vladimir Poutine. Donc je considère qu'il y a désormais un problème de principe à travailler avec quelque personnalité que ce soit proche de Vladimir Poutine.

10:43
Invité

Et concrètement, ça veut dire quoi ? Quand il y a un problème de principe, on fait quoi ? On se retire ?

10:46
Bruno Le Maire

Nous allons en discuter une fois encore avec le président de Total. Pour Engie, c'est un peu différent. Il possédait une part de Nord Stream 2. Ils ont vendu cette part. Désormais, c'est un prêt. Donc c'est quelque chose d'assez différent. Dans le cas de Total, Bruno Le Maire,

10:59
Présentateur

Puis-je faire une précision sur les activités de Total Énergie en Russie ? Total qui est actionnaire du groupe Novatec, qui est le deuxième groupe gazier russe, qui est un groupe entièrement privé, qui est dirigé par un proche de Vladimir Poutine, vous l'avez laissé entendre il y a quelques instants, mais qui est un homme présent dans la liste des oligarques sanctionnés. C'est-à-dire que le plus grand groupe français, aujourd'hui, fait des affaires avec quelqu'un dont vous venez de dire qu'ils ne sont plus les bienvenus en France

11:23
Bruno Le Maire

et qu'on va peut-être leur prendre tout. Tout ça ne m'a pas échappé. C'est bien pour ça que je dis qu'il y a un problème de principe, mais avant d'annoncer une décision, je préfère en discuter avec le premier intéressé. Vous allez le voir aujourd'hui ? Je crois qu'il est parfaitement conscient de la gravité de la situation, qui est Patrick Pouyanné. Il a une conscience aiguë de la gravité de la situation, du problème de principe que cela pose, et je pense que nous pourrons prendre des décisions ensemble dans les jours qui viennent.

11:46
Invité

Bruno Le Maire, du fait du conflit et des sanctions dont on vient de parler, les prix du carburant, du gaz, le blé, le maïs, les engrais s'envolent, car la Russie domine les exportations, pour le gaz particulièrement, le bouclier tarifaire pour les particuliers en France est prévu jusqu'en juin. Est-ce que vous pensez le prolonger ?

12:02
Bruno Le Maire

Oui, moi je souhaite qu'on prolonge ce bouclier tarifaire. Le Premier ministre s'était exprimé sur ce sujet, et je crois que notre responsabilité, c'est de protéger les particuliers. Ensuite, je pense qu'il faut vraiment garder la mesure, parce que sinon on fait le jeu de Vladimir Poutine lui-même. Les prix du pétrole, ils ont augmenté entre l'avant-crise et l'après-crise de 3%, entre le début de l'agression et avant l'agression de 3%, tout simplement parce que la Russie produit 8 millions de barils sur les 100 millions qui sont consommés par jour. Cela reste marginal. Sur le gaz, la position russe est plus forte, mais les prix ont augmenté de 10%.

Donc on n'est pas dans une flambée multipliée par 2, par 3 ou par 4. J'envisage tous les scénarios, bien entendu, c'est ma responsabilité. Nous avons pris la décision avec le Premier ministre et le Président de la République de protéger les particuliers. C'est la priorité absolue. Ensuite, nous allons regarder avec les entreprises les plus fragiles et celles qui sont exposées à la concurrence internationale, si une action est nécessaire. Nous allons le faire au niveau européen. J'en ai discuté dès hier avec la Commission européenne et avec mes partenaires européens, et ce sera au cœur des discussions que nous aurons mercredi entre nos partenaires européens.

13:09
Présentateur

C'est-à-dire qu'il pourrait y avoir une sorte de bouclier tarifaire aussi pour certaines entreprises, qui pour l'instant sont exclus du dispositif.

13:15
Bruno Le Maire

Pour certaines entreprises, pas un bouclier tarifaire global pour toutes les entreprises. Là aussi, je préfère être très sincère avec vous. Pour celles qui consomment le plus d'énergie, par exemple. Pour celles qui, vraiment, consomment beaucoup de gaz et qui sont exposées à la concurrence internationale. C'est les deux conditions que je fixe pour qu'elles puissent bénéficier d'une protection. Les autres, soyons clairs, elles auront une augmentation des prix du gaz, parce que nous ne pourrons pas protéger toutes les entreprises contre cette augmentation des prix du gaz. Ma priorité, c'est les ménages.

Ensuite, cela se retrouvera dans les prix et cela pourra entraîner une augmentation qui n'aura rien à voir avec celle que peuvent connaître d'autres territoires et en particulier la Russie. Une légère inflation qui reste, à mon sens, modérée. Voilà aujourd'hui les conséquences que nous avons envisagées au niveau économique global en Europe.

14:02
Invité

Pour les prix à la pompe, qui ne cessent d'augmenter là aussi, est-ce qu'un blocage des prix est envisagé ou pas du tout ?

14:08
Bruno Le Maire

Je rappelle juste que ce n'est pas ce qui est envisagé parce que nous avons déjà mis en place des mesures de protection en matière énergétique qui sont les plus généreuses en Europe. 17 milliards d'euros qui ont déjà été mis sur la table pour geler les prix du gaz. Et je vous le dis, je souhaite qu'on puisse aller jusqu'à la fin de l'année et protéger les particuliers. Pour plafonner les prix de l'électricité à 4%. Aujourd'hui, ils devraient avoir augmenté de 40%. De 40%. Nous avons protégé massivement les ménages français contre l'augmentation des prix de l'électricité. Les prix à la pompe, évidemment que je les suis de très près. Vous avez des augmentations de 2-3 centimes actuellement.

Elles sont toujours trop élevées, bien entendu, mais ça reste modéré. Et moi, quand j'écoute les Français, que je discute avec eux, je vois qu'ils ont parfaitement conscience que la liberté a un prix. Que la défense de la liberté en Ukraine a un prix. Que la défense de nos valeurs les plus fondamentales a un prix. Ce prix, nous faisons tout avec le Président de la République et le Premier ministre pour qu'il soit le plus supportable possible. Mais oui, certaines entreprises vont avoir des augmentations de leurs factures de gaz. Et nous ne pourrons pas protéger toutes les entreprises. Oui, il pourra y avoir une légère inflation en fonction de l'évolution des prix de l'énergie.

Notre responsabilité, c'est de protéger les plus faibles, protéger les plus fragiles, protéger les très petites entreprises. Nous l'avons fait depuis le début de la crise. Nous continuerons de le faire.

15:25
Présentateur

Vous dites inflation légère, Bruno Le Maire. On n'en est plus tout à fait là. Dans les derniers chiffres de l'INSEE, on est à 3,6% d'inflation. On n'a pas vu ça depuis des décennies en France. Est-ce qu'il faut une intervention, et si oui, massive, des banques centrales pour tenter de calmer un peu ça ? D'abord, cette inflation, elle ne date pas de la crise ukrainienne. Mais elle augmente mois après mois.

15:42
Bruno Le Maire

Oui, mais la première. Là aussi, pour juste rassurer les Français sur ce qui se passe et bien expliquer ce qui se passe. On n'a même pas encore, d'ailleurs, les effets de la crise ukrainienne. L'inflation, elle vient d'abord de la vigueur de la reprise économique et de l'augmentation des prix d'énergie. S'il y a sur le marché du gaz une augmentation plus forte dans les jours ou dans les semaines qui viennent, elle se verra effectivement par un surcroît d'inflation qui, je pense, sera mesuré et limité. Et jusqu'où on peut aller comme ça ? 4, 5% ? Mais l'objectif, c'est de continuer à travailler avec les banques centrales.

Nous avons eu avec Christine Lagarde une longue discussion lors de la réunion des ministres des Finances qui s'est tenue vendredi dernier. Je le redis, nous en aurons une nouvelle mercredi prochain de façon à ce que la politique monétaire s'ajuste sur cette réalité de l'inflation. L'Europe a tout pour protéger ses citoyens. Et elle le fait.

16:32
Invité

Bruno Le Maire, depuis le début de la guerre, plus de 500 000 réfugiés ukrainiens ont fui vers les pays voisins. La France va prendre sa part. C'est ce qu'a dit Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur. Éric Zemmour est le seul candidat à la présidentielle à être contre l'accueil des réfugiés. Il pense que nous devons plutôt aider les Polonais à accueillir les Ukrainiens. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

16:51
Bruno Le Maire

Je crois qu'il est cohérent et logique. Il défend Vladimir Poutine. Il refuse les réfugiés. Je lui reconnais de la cohérence dans ses propos. Même si, pour moi, il frise l'indécence. On ne va pas demander à la Pologne d'accueillir l'intégralité des réfugiés ukrainiens. Ou alors c'est qu'il n'y a plus de solidarité européenne. Le Premier ministre polonais a pris une position très courageuse et très dure ce matin même sur la question des sanctions contre la Russie, sur la question de la protection de la liberté de l'Ukraine. Nous devons faire preuve de solidarité vis-à-vis de la Pologne.

Et nous devons chacun prendre une part de cet effort qui, une fois encore, est un effort pour la liberté, pour nos valeurs les plus fondamentales, pour le respect de la démocratie contre les régimes totalitaires, pour le respect de la souveraineté des nations, contre l'invasion de Vladimir Poutine. Cet effort, il doit nécessairement être partagé entre les nations européennes.

17:47
Présentateur

8h50, le fil info avec Lisa Guyenne et la suite de cet entretien avec vous, Bruno Le Maire, dans un instant.

17:52
Invité

Signalé par des images satellites, un convoi militaire russe long de plus de 60 kilomètres s'approche de Kiev en ce moment. L'armée ukrainienne confirme que les forces russes se sont regroupées sur les dernières 24 heures. L'encerclement de la capitale inquiète aussi la France qui délocalise son ambassade à Lviv, près de la Pologne. L'Ukraine qui dit avoir abattu plus de 5000 militaires russes depuis le début de l'invasion il y a 6 jours. Ce matin, le gouvernement annonce aussi la mort de plus de 70 soldats ukrainiens dans le bombardement d'une base militaire au nord-est du pays. Et hier, au moins 11 civils sont morts dans la deuxième ville d'Ukraine, à Kharkiv.

Vladimir Poutine pourrait-il comparaître devant la justice pour cette guerre ? En tout cas, la Cour pénale internationale veut ouvrir rapidement une enquête pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. La guerre qui a déjà provoqué le déplacement de plus d'un demi-million d'Ukrainiens. Et en France, les réfugiés vont pouvoir circuler gratuitement dans les TGV et les intercités. C'est ce qu'a annoncé le PDG de la SNCF hier soir après des initiatives similaires en Allemagne et en Autriche. France Info Vous nous avez dit tout à l'heure, Bruno Le Maire,

19:03
Présentateur

l'objectif de la France, l'objectif de l'Occident. Aujourd'hui, c'est l'effondrement de l'économie russe. Est-ce que la Banque Centrale Russe est à terre, elle aussi ?

19:11
Bruno Le Maire

La Banque Centrale Russe, elle est au cœur de cette guerre économique et financière totale que nous voulons livrer contre la Russie. Et je vais être très précis. Nous n'allons pas geler uniquement les avoirs en devise de la Banque Centrale Russe qui représente 650 milliards de dollars. Nous allons aussi geler les avoirs du Fonds National pour le Bien-être qui avait été créé en 2014 au lendemain de l'annexion de la Crimée. C'est 200 milliards de dollars. Et nous allons geler le Fonds Souverain Russe qui est investi dans un certain nombre d'entreprises et qui représente plus de 30 milliards de dollars. Au total, c'est presque 1 000 milliards de dollars d'avoirs russes que nous allons geler.

Vous voyez que nous sommes déterminés à aller le plus loin possible dans la guerre financière-économique que nous livrons à la Russie.

19:55
Invité

Deux médias russes, Russia Today, Spoutnik, suspendu de diffusion partout en Europe, dès aujourd'hui. C'est ce qu'annonce ce matin le commissaire européen Thierry Breton. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous ne faites pas confiance au discernement des Français pour savoir ce qu'est de la propagande, ce qui ne l'est pas ?

20:10
Bruno Le Maire

Ça veut tout simplement dire que quand on livre une guerre de ripostes à un État qui vous attaque, il vaut mieux éviter la propagande. Et que ce que nous faisons très simplement, c'est d'interdire la propagande sur notre territoire, la propagande des agents russes et du pouvoir russe, du pouvoir du Kremlin sur le territoire européen.

20:28
Présentateur

Mais elle n'existait pas avant ?

20:30
Bruno Le Maire

Elle n'existait avant, mais les enjeux n'étaient pas exactement les mêmes. Je rappelle simplement que le dirigeant russe a décidé d'envahir un pays souverain, que nous ne connaissons pas la suite de ses intentions, que personne ne sait jusqu'où Vladimir Poutine s'arrêtera, et que donc la politique et le choix stratégique qui a été retenu par le président de la République, et qui a été un choix, à mon sens, sage, ferme et responsable. C'est la riposte massive, tous azimuts, économique, financière, médiatique, militaire également, en positionnant des troupes aux frontières de l'Ukraine, en Pologne ou en Roumanie. Et je pense que c'est cette fermeté qui paiera.

La fermeté du président de la République est, à mes yeux, la seule bonne option face à Vladimir Poutine. Vous diriez qu'on a été collectivement trop naïfs avec Vladimir Poutine et qu'on se réveille aujourd'hui ? On a pensé que c'était du bluff. Je pense que les démocraties, globalement, ont été trop naïves face à la montée en puissance des régimes totalitaires et que la force de leur réaction doit nous rassurer. Vous savez, quand on était enfant, on apprenait cette phrase latine « si vis pacem parabellum » « si tu veux la paix, prépare la guerre ». Même dans le monde du XXIe siècle, ces règles qui datent de l'Antiquité restent valables.

Si on veut la paix, c'est ce que la France a toujours défendu depuis des décennies. Ça vaut par exemple pour le budget de la défense. Ça veut dire

21:51
Présentateur

qu'il faudra dans le quinquennat si Emmanuel Macron

21:53
Bruno Le Maire

est bien candidat. Je pense que ces événements actuels valident la stratégie française et la vision française de l'Europe telle qu'elle a été défendue depuis des décennies par les présidents de la République et les majorités successives. Indépendance énergétique, nous avions raison. Nécessité d'avoir notre propre énergie, notamment l'énergie nucléaire, nous avions raison. Nécessité absolue d'avoir une défense forte, nous avions raison. Nécessité de construire des moyens militaires européens et de ne pas remettre toute notre sécurité dans les mains de l'OTAN.

Je pense que là aussi nous avions vu juste ce que cette crise ukrainienne montre et ce que la réponse européenne montre, c'est que l'Europe ne peut pas se contenter d'être une puissance économique et financière même si c'est efficace. Elle doit aussi devenir une puissance militaire. Et le paradoxe de toute cette situation, c'est que c'est la violence de Vladimir Poutine qui va créer enfin l'indépendance stratégique européenne.

22:53
Invité

Bruno Le Maire, nous en sommes au 7ème jour de guerre. Hier encore, Emmanuel Macron s'est entretenu avec Vladimir Poutine et avec le président ukrainien, Zelensky. De leur côté, Valérie Pécresse et Éric Zemmour proposent Nicolas Sarkozy comme médiateur européen dans ce conflit. Qu'est-ce que vous en pensez ?

23:10
Bruno Le Maire

Il y a un seul médiateur. C'est le président de la République. Et on voit bien qu'aujourd'hui, le médiateur européen le plus important, celui qui discute régulièrement avec M. Zelensky, avec le président Poutine, avec l'ensemble des dirigeants européens, c'est Emmanuel Macron. Et je pense que dans une crise de cette gravité qui suscite beaucoup d'inquiétudes chez nos compatriotes, beaucoup d'inquiétudes dans les familles, dans toutes les familles, on discute de savoir si Vladimir Poutine va utiliser l'arme nucléaire, jusqu'où ira-t-il, que va-t-il faire à la population civile ukrainienne. Tout le monde est bouleversé par cette crise.

Et croyez-moi, si avec le président de la République depuis des jours, jour et nuit, nous travaillons sur ce sujet, nous renforçons les sanctions, j'ai poussé sur Swift pour qu'on déclenche Swift le plus rapidement possible, j'ai poussé personnellement pour qu'on élargisse au plus grand nombre de banques possibles. Nous avons pris la décision avec le président de la République de cibler la banque centrale russe. C'est notre proposition. L'idée d'avoir l'intégralité des avoirs de la banque centrale des près de 1 000 milliards de dollars, c'est une proposition française.

Si aujourd'hui, nous voulons répondre à cette inquiétude des Français, il faut qu'il y ait de la fermeté, il faut qu'il y ait un seul médiataire et un seul chef, et c'est Emmanuel Macron.

24:20
Présentateur

Emmanuel Macron qui a trois jours encore pour se déclarer officiellement candidat. Le premier meeting qui était prévu samedi prochain à Marseille a été annulé, on l'a appris hier, ça veut dire qu'il ne fera pas campagne.

24:30
Bruno Le Maire

Et la campagne, aujourd'hui, les débats sont posés.

24:32
Présentateur

Il considère qu'il n'a pas besoin de faire campagne, que tout le monde connaît

24:35
Bruno Le Maire

son bilan et son projet. Ce sera à lui de préciser ses propositions quand il le souhaitera. Contrairement à ce que j'entends dire beaucoup, moi je trouve que cette campagne, elle est de bonne qualité. Que chacun des candidats a pu exposer ses propositions sur l'économie, sur les entreprises, sur les questions environnementales. Beaucoup plus qu'on ne le dit. Je pense que les Français ont été très attentifs à ça. Aujourd'hui, je le redis, cette crise militaire suscite une inquiétude au fond des tripes françaises. Tous les Français, aujourd'hui, sont inquiets de ce qui se passe en Ukraine.

Je pense qu'aucun ne comprendrait que le chef des armées, chef de l'État, ne se concentre pas exclusivement sur cette crise. Merci à vous Bruno Le Maire, ministre de l'économie, invité ce matin de France Info. Merci, bonne journée.