L'interview "Savoir comprendre" : Frédéric Valletoux - 25/05
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC. RMC, 6h-9h. Vourdin Direct. Bien, Ségur de la santé qui va commencer aujourd'hui. Grande concertation avant un plan présenté au mois de juillet. Début juillet. Ce matin, dans Libération des soignants, publie un manifeste. Ils écrivent à Emmanuel Macron, Quentin Vinay. Que veulent-ils ?
Ils réclament tout simplement des moyens pour la santé. Ils demandent une revalorisation des carrières pour les soignants. Un accès aux soins égale pour tous, quel que soit son territoire. Une réforme de l'assurance maladie. Davantage de liés aux urgences. Une refonte des études de médecine. Et un stock de masques. Un stock stratégique, comme il l'appelle, pour au moins 6 mois.
Frédéric Valtoux, bonjour. Bonjour. Président de la Fédération hospitalière de France. Vous participez évidemment à cette grande concertation, Frédéric Valtoux. Première chose, la priorité, les traitements, les salaires. De tout le personnel soignant. Il faut augmenter ses salaires, Frédéric Valtoux. Vous le demandez aussi.
Oui, il faut considérer enfin ceux qui ont fait face à la crise. Ceux qui ont montré à quel point ils pouvaient être engagés. Et sous les yeux de tous les Français, il faut considérer et les rémunérer à leur juste place. C'est ça qui est important. Alors, il y a les soignants, mais il y a tous les métiers de l'hôpital. Tous les petits métiers dont on ne parle moins, mais qui participent à faire tourner l'hôpital. Donc, il y a effectivement un grand enjeu parce que c'est dans tous les métiers de l'hôpital que les salaires sont très bas. Et qu'aujourd'hui, il faut poser la question de la juste rémunération. C'est majeur, c'est important. Sans ce signal-là, on ne fera pas autre chose.
Oui, il faut absolument, si j'ai bien compris, réduire les écarts de rémunération entre le public et le privé, Frédéric Valtoux.
Alors, les écarts de rémunération entre le public et le privé, c'est un autre sujet. Parce qu'effectivement, au fil du temps, s'est installé un système de santé où, par exemple, pour un médecin, prenez un exemple d'un médecin radiologue, il peut gagner trois fois plus en traversant la rue et en allant s'installer dans la clinique en face. Il n'aura pas les gardes à faire. Il aura la gestion de son temps et de son planning. Il aura moins de contraintes et il aura un salaire parfois trois fois supérieur.
Donc, c'est vrai que ces écarts-là qui ont grandi avec le temps, qui se sont accentués avec le temps, il faut absolument poser la question parce que c'est un élément de concurrence auquel l'hôpital ne peut pas faire face. Et on voit nos forces, surtout médicales, je pense que ça concerne beaucoup les médecins, qui parfois s'en vont et ça, c'est un sujet que personne n'évoque mais qu'il faut mettre sur la table de manière très précise.
Bien, vous êtes associé évidemment à cette réflexion. Un millier d'hôpitaux publics, la Fédération hospitalière de France, 3 800 établissements médico-sociaux. Vous allez être associé aux côtés de représentants des hôpitaux, des EHPAD, de la médecine de ville et évidemment de tous les personnels, soignants ou pas. Frédéric Valtoux, à l'hôpital, parce qu'il y a des choses que le grand public ne comprend pas. C'est vrai qu'on nous dit, et c'est la réalité, les personnels soignants ou non soignants sont mal payés. Mais en même temps, il y a de l'argent qui va vers l'hôpital. Alors où passe cet argent ? Est-ce qu'il doit être mieux utilisé ? Est-ce qu'il peut être mieux utilisé ?
Alors, deux mots, et sans à le redire avec trop de chiffres. La France consacre 200 milliards à ses dépenses de santé. L'hôpital, c'est 80 milliards d'euros. Donc vous voyez, c'est une partie majeure, mais ce n'est pas la totalité évidemment des dépenses de santé. Il y a la médecine de ville, il y a la médecine générale. Alors, les problèmes de l'hôpital, ce n'est pas que ce qui se passe dans les quatre murs de l'hôpital. C'est aussi ce qui se passe autour. Comment on peut régler le problème des urgences si on ne règle pas la question de l'accès aux généralistes pour les Français ? Comment on règle la question des financements de l'hôpital, comme vous le dites ?
Effectivement, si on ne s'intéresse pas à ces 30% de dépenses de santé qui, dans le système, ce sont des dépenses inutiles, des actes redondants, des actes non pertinents. Donc là, il y a des marges de manœuvre financières où effectivement, on peut rationaliser la dépense, mieux dépenser pour pouvoir mieux payer le salaire de l'hôpital. Oui, mais attention, tout le monde a peur.
Tout le monde a peur, le personnel dit, très bien, mieux dépenser, rationaliser, mais ça veut dire moins de personnel, rationaliser. C'est un mot, rationaliser, qui fait peur.
Non, ça ne veut pas dire moins de personnel, ça veut dire qu'aujourd'hui, quand dans un département à l'autre, d'un département à l'autre mitoyen, vous avez des écarts de pratique, ou par exemple, sur une opération de la cataracte, parce que vous habitez tel département, vous êtes deux fois moins opéré de la cataracte que le département d'à côté. Ça veut dire que dans le département d'à côté, il y a sans doute des gestes médicaux qui ne servent à rien, il n'y a aucune raison que vos voisins à 50-100 km soient deux fois plus opérés de la cataracte.
Donc, dans les pratiques médicales, il y a des écarts, il y a de telles différences qui, derrière, génèrent des dépenses qui sont importantes et qu'il faut absolument arriver à équilibrer. Et là, on gagnera, déjà, je ne parle même pas des moyens pour faire tourner à l'hôpital, je parle des pratiques médicales de l'ensemble des professionnels de santé, et j'y inclue bien sûr le privé.
Là, effectivement, on a des écarts qui permettront des économies importantes qu'on réinvestira pour les 250 ou 300 euros nécessaires pour mieux payer 300 euros par mois pour mieux payer l'infirmière ou l'aide-soignante, mais aussi qu'on pourra mieux payer la consultation généraliste qui, aujourd'hui, est trop basse à 25 euros. Donc, dans notre système de santé, il y a beaucoup de déperditions d'argent et c'est à cette déperdition-là qu'il faut s'attaquer pour, effectivement, concentrer la dépense là où elle est utile. Les petits salaires, l'investissement hospitalier, etc.
Bien, merci beaucoup Frédéric Valteau. On aura l'occasion de vous retrouver, évidemment, tout au long de ce plan, de cette discussion. Il faut aussi, dites-vous, sortir du carcan national pour introduire des dérogations aux 35 heures dans le respect du dialogue social. Il est 7h52.
Frédéric Valletoux