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interviewBLAST· 9 juin 2026 12 min

AFFAIRE LYHANNA : LA FAILLITE ULTIME DE LA MACRONIE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Un corps a été retrouvé près du lieu de la disparition de Lihana. L'affaire Liana, [musique] c'est clairement un raté qui est totalement symptomatique de la situation actuelle de la justice en [musique] matière de mineur, en matière d'agression sexuelle. Ce qui est triste, c'est qu'on s'est habitué à un fonctionnement qui ne fonctionne pas en réalité [musique] à une machine qui broie des victimes.

Et moi, je ne partirai pas en vacances et il y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances tant que j'aurais pas vu un par un les procureurs généraux pour qu'on fasse ce bilan [musique] de sa cour d'appel. C'est irréaliste et c'est et c'est assez démagogique et c'est pas la réponse qui a attendue. Et moi je ne veux entendre aucun argument de moyen dans cette affaire.

C'est une question de réponse, de fermeté, d'organisation, de responsabilité. La situation, elle est catastrophique. Elle est depuis de nombreuses années.

Certes, il y a [musique] une augmentation mais on partait déjà de très loin. Où êtes-vous 160000 enfants ? Où êtes-vous ?

Victime croit [cri] que l'ure en vous. Des violences sexuelles sur les [musique] femmes, sur les mineurs, des enquêtes qui demandent du temps, ce n'est pas visible. Et donc on a privilégié la voie publique à ce type d'enquête. [musique] Je suis Manon Le Fèvre substitut du procureur.

Ça c'est ma fonction et je suis secrétaire national pour le syndicat de la magistrature. En fait c'est pas du tout une surprise, c'est un effroi parce que forcément la situation telle qu'on la connaît, on ne s'y habitue pas. On ne s'habitue pas aux violences sexuelles sur les mineurs, jamais.

Mais par contre, ce qui est triste, c'est qu'on s'est habitué à un fonctionnement qui ne fonctionne pas en réalité, à une machine qui euh qui broie des victimes. Et ça, on s'est habitué et c'est pour ça que c'est pas une surprise pour nous. Et là, ce qu'on entend des professionnels depuis euh plusieurs jours, c'est ça aurait pu être moi, le le parquetier, ça aurait pu être moi derrière cette procédure et j'aurais pu euh potentiellement commettre des erreurs, j'aurais pu ne pas voir des choses.

Euh et c'est et c'est ça qui est difficile à faire comprendre aux citoyens et aux citoyennes aujourd'hui. [musique] Le discours politique cette fois-ci prend moins d'espace. En tout cas, la tentative de discréditer uniquement l'autorité judiciaire d'habitude fonctionne plus.

Et là, en fait, on a le sentiment quand même que les citoyens et les citoyennes, de nouveau ne valident pas ce discours. En tout cas, savent qu'il y a plus que ça. Mais en tout cas, l'attaque contre l'autorité judiciaire, elle est classique, elle est récurrente depuis plusieurs mois.

On en subit chaque semaine, on nous désigne comme des coupables idéales. Et puis c'est aussi un moyen de discréditer l'autorité judiciaire pour atteindre encore un peu plus son indépendance. puisque ce qui dérange les responsables politiques, c'est bien notre indépendance et et le fait que nous menions des enquêtes de manière indépendante.

En tout cas, on essae, c'est de plus en plus compliqué et c'est de nouveau aussi une façon de se déresponsabiliser puisque toutes les personnalités politiques qu'on a pu entendre au-delà du fait que ce soit des hommes politiques de nouveau, c'est que tout le monde a été à un moment en responsabilité et a entendu nos discours. notre syndicat mais pas que ont pu alerter ont hurler le la crise de la protection de l'enfance le manque de moyens l'absence et l'insuffisance des formations des professionnels et ils ont tous pu entendre et avoir accès à cette parole là et là aussi c'est une parole qui n'a pas été entendue. Savoir se remettre en cause, c'est très important dans la vie et de pas mettre la poussière sur le tapis.

Mais je sais pour avoir échangé avec eux aujourd'hui qu'ils en ont conscience, leur dire qu'ils ont par ailleurs jusqu'au 14 juillet, c'est-à-dire 1 mois, pour reprendre l'intégralité des plaintes qui touchent les enfants. L'intégralité des plaintes qui touchent les enfants. Il y en a à peu près 70000 qui touchent aujourd'hui les enfants soit pour des viols, soit pour des attouchements sexuels.

Vous allez demander pardon qu'on revoit d'ici à l'été 700 ans. Pas d'ici à l'été, d'ici le 14 juillet. Ouais, c'est de la communication déjà.

Il y a un ton par assez paternaliste que de rappeler qui est le chef euh ici et que s'il dit on va faire, or il y a une réalité de terrain qui est que 70000 procédures, on n'est pas assez. Puis je le rappelle hein, tous les procureurs ne travaillent pas sur le contentieux des mineurs. Tout il y a d'autres spécialités, d'autres urgences, en tout cas des urgences qui ont été qualifiées comme tel par le ministre.

Et euh c'est une façon de dire que d'habitude les magistrats sont en vacances et c'est pour ça qu'on ne traite pas de les violences sexuelles sur mineurs. Je vous laisse imaginer la la violence hein que ça peut représenter pour euh les professionnels qui euh qui œuvrent chaque jour sur ces procédures-là. Et puis euh voilà, un discours d'affichage de donner une deadline, mais en réalité ce qui va se passer que on va euh cravacher sur euh sur ces procédures mais en fait on va juste les regarder, on va les compter et puis en 14 juillet, on dira que oui, on a regardé mais qui va mener ses enquêtes ?

Euh combien de temps par mineur on va avoir de disponible pour faire des auditions ? c'est irréaliste et c'est et c'est assez démagogique et c'est pas la réponse qui a attendu c'est en fait la réponse qui apporté à chaque fois c'est une répression accrue plus de fermeté de la sanction ne parle que des sanctions en compte des magistrats depuis une semaine. Alors que c'est pas ça le l'attente c'est la protection des mineurs et c'est ce qui est demandé depuis le début et puis après on verra s'il doit y avoir des sanctions.

La situation, elle est catastrophique, elle est depuis de nombreuses années et en fait ce qui a été difficile pour nous, c'est de faire comprendre que face au discours qui avançait qu'il y avait une augmentation substantielle du budget de la justice, nous c'était aussi de dire que certes, il y a une augmentation, mais on partait déjà de très loin puisque on dépasse les 10 milliards pour un budget de l'autorité judiciaire, ça semble pas non plus totalement un budget astronomique compte tenu du nombre d'habitants dans ce pays. Et puis l'autre chose aussi, une partie de ce budget est quand même consacrée à l'administration pénitentiaire qui, vous le savez en fait enfin en tout cas accueille de plus en plus de personnes détenues puisque nous incarcérons nous magistrat beaucoup plus qu'auparavant. Et puis une réalité c'est que nous avons été submergés par des procédures de violence sexuelle justement parce que deux choses, on en a beaucoup plus parlé. la société a amené le sujet sur les tables des magistrats et puis deuxième chose aussi une nouvelle génération de professionnels qui a entendu s'en emparé un peu plus que ce que le faisait euh les autres avant. euh non pas qu'il ne voulait pas s'y intéresser, c'est que ce n'était pas un problème mis au devant de la société et le magistrat, il est censé quand même écouter un peu sa société et des nouveaux professionnels ont voulu prendre en main ce sujet-là et on a commencé à le traiter.

Donc toutes ces procédures, elles n'ont pas euh en tout cas le budget n'a pas permis de euh compenser l'arrivée de ces procédures. Et puis on parle de d'extrêmement, on est même pas 10000 magistrats en France, on est quasiment 70 millions d'habitants. C'est c'est impossible de le gérer. et puis les enquêteurs.

Là aussi, il faut prendre tous les services publics autour de la justice. Les enquêteurs ont été globalement mobilisé sur de l'action publique, de l'action sur la voie publique parce que c'était ce qui était visible, ce qui faisait du chiffre. Là où les violences sexuelles alors que pour autant ça représente un chiffre colossal mais ça prend du temps de faire des enquêtes sur des violences sexuelles sur les femmes, sur les mineurs.

Des enquêtes qui demandent du temps, ce n'est pas visible. Et donc on a privilégié la voie publique à euh à ce type d'enquête et là aussi évidemment service de police état de délabrement avancé le le la santé pareil l'éducation nationale tout ça est une chaîne et tous ces services publics là on ont vu leur effondrement et nous bout de chaîne autorité judiciaire on récupère finalement des personnes précarisées qui ont qui sont tombées aussi dans des actes de délinquence plus qu'avant des mineurs qu' protègement et qui commettent aussi des actes de délinquence c'est tout un système de société hein qui est en train de de de mourir et que nous on essaie quand même de défendre parce que on croit à une société qui défend ses services publics et qui protège les personnes les plus vulnérables. [musique] Alors, une nouvelle loi, on peut y y réfléchir.

En fait, s'il y a des propositions qu'on trouve intéressantes dans cette loi intégrale, notre crainte à nous, c'est que on en prenne quelques morceaux et que euh on fasse passer des lois et qu'on dise "C'est bon, c'est réglé." C'est un problème global de société. C'est une société qui doit apprendre à regarder en fait ses violences, à les appréhender, à sensibiliser évidemment et puis une autorité judiciaire, des services de protection de l'enfance qui doivent aussi apprendre à travailler sur ces violences sexuelles.

La réalité aujourd'hui, c'est que euh la protection de l'enfance, ce qui est quand même la première en première ligne pour les protéger et là, on n'est même plus dans un état de délabrement, c'est un état d'abandon, n'est plus en capacité de protéger ces enfants-là par manque de moyens. Les lieux de placement aussi sont des endroits assez assez terribles. Et puis on a recruté puisque l'idée étant de faire des économies sur le dos des services publics, on a recruté des gens qui ne sont ni formés ni adaptés à la prise en charge des mineurs.

C'est le cas dans la protection de l'enfance, c'est le cas dans l'éducation nationale et donc on a moins contrôlé, on a moins regardé qui venait. Ce qui n'empêchait pas avant on peut recruter des fonctionnaires, ça ne n'empêche pas la commission d'acte de violence sexuelle. Mais on a quand même pris ce ce risque là pour faire des économies.

Et là aussi, on nous dit qu' sous prétexte d'économie, on va moins recruter. On va recruter différemment et on va contractualiser tous ces métierslà et va mettre en danger et met en danger les enfants par ces choix-là, ces choix politiques là. Donc il y a un choix de société à faire.

Soit on continue vers un modèle qui se dirige vers un ultralibéralisme qui euh privatise tout et et ne permet qu'à ceux qui ont les moyens de s'en sortir, de le faire ou les moyens de mettre en avant leurs histoires. Quand des affaires éclatent aussi, c'est parce qu'on médiatise et qu'on a les pouvoirs de médiatiser et puis les autres qui devront se débrouiller. Et au au dernier rang de de cela, il y a évidemment les personnes précarisées et encore et les pires c'est les personnes racisées qui on le sait sont encore moins entendu et moins écouté que tous les autres.

Aujourd'hui, attention he dans les tribunaux, il reste encore des gens à former, des gens à sensibiliser. Ça a été très compliqué de faire apparaître des termes tels que patriarcat, tels que euh contrôle coercitif, emprise, violence systémique. Enfin, c'est des mots qui sont apparus très récemment [raclement de gorge] dans les tribunaux. et qui parfois font encore l'objet de certaines moqueries euh en tout cas de on nous taxe un peu d'ultraféminisme ou de ou de radicaux lorsqu'on amène ces termes-là.

Aujourd'hui, ces termes-là, ils sont utilisés par la hiérarchie, la haute hiérarchie judiciaire. Donc, on avance. Mais on pour sortir de ça, il nous faut du temps et des experts aussi parce que des psychologues, des psychiatres, nous n'en avons plus en tout cas au niveau judiciaire et et on aimerait en tout cas nous on appelle à dépasser évidemment ça et le jour on le dépassera, on aura moins de classement sans suite.

C'est une certitude. Nous avons tous classé, nous professionnels, des procédures dont on savait que un enfant nous décrivait quelque chose qui avait eu lieu et pour autant on s'arrêtait là puisqu'on ne pouvait pas aller au-delà dans cette procédure là et en tout cas on nous impulsait pas l'idée qu'il fallait dépasser ces simples auditions. On nous a pas bien appris à le faire en tout cas. [musique] [musique]