"On peut encore rattraper la course" déclare le cofondateur du Conseil de l'Hydrogène
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- InvitéFait
« Il y a quelques années, il n'y avait quasiment pas de fabrication d'électrolyseurs. »
- InvitéFait
« Il y avait péniblement quelques centaines de mégawatts de lignes de fabrication qui étaient en train d'être construites. »
- InvitéFait
« Il y a aujourd'hui une centaine de sociétés en Europe qui cherchent des financements. »
Temps de parole
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Bonsoir à toutes et à tous. Est-ce un cas isolé ou le symptôme d'un démarrage compliqué de la filière de l'hydrogène en France ? L'entreprise McPhee qui annonçait l'ouverture de la plus grande gigafactory pour fabriquer des électriseurs en vue de la fabrication d'hydrogène vert il y a moins d'un an à Belfort. Cette entreprise est déjà à vendre. Dernier jour aujourd'hui pour déposer une offre de reprise devant le tribunal de commerce. Bonjour Pierre-Etienne Franc. Bonjour. Merci d'être en ligne avec nous, invité ECO de France Info. Vous êtes un spécialiste de l'hydrogène, cofondateur du conseil de l'hydrogène, à la tête d'un fonds d'investissement spécialisé, auteur de plusieurs ouvrages.
Est-ce que le cas de cette gigafactory démontre que la filière de l'hydrogène en France a beaucoup de mal à se mettre en place ?
Ce n'est pas un sujet purement français, c'est un sujet européen, mais dans une dynamique qui est souvent un peu critiquée alors qu'elle est quand même très forte globalement. Si on prend juste un peu de recul avant de venir sur les problèmes, il y a quelques années, il n'y avait quasiment pas de fabrication d'électrolyseurs. Il y avait péniblement quelques centaines de mégawatts de lignes de fabrication qui étaient en train d'être construites et on ne savait pas très bien comment ça allait décoller. Entre temps, l'Europe s'est dotée d'un programme de financement des équipementiers pour faire des électrolyseurs, mais aussi des piles à combustible, des réservoirs.
De manière assez remarquable, il y a eu près de 2 milliards de secrètes sur le territoire français qui ont été mis en dotation pour financer ces centrales de production.
Donc des subventions publiques.
Les subventions publiques ont été là pour cette première étape. Le problème, c'est que derrière, pour mettre en œuvre, pour déployer ces électrolyseurs, il faut des clients. Et ces clients, ils ne vont pas basculer d'une fourniture d'hydrogène gris ou classique, qui est très compétitive, mais qui émet beaucoup de CO2, à du verre, qui est plus cher en général, sans avoir des réglementations qu'ils imposent. Et la transposition de toute la politique européenne a pris un temps considérable. Elle n'est toujours pas achevée dans les principes liés.
Les outils qui font du delta de coût entre de l'hydrogène vert et de l'hydrogène fait à base de gaz naturel ne sont en place que dans très peu de pays. Et donc, ça patine.
Et donc, le problème, c'est toujours le même au niveau européen. Pierre-Etienne Franc, c'est un problème de prix de l'hydrogène vert et de réglementation. Si je vous sublime, ce n'est pas un problème de subvention publique ?
C'est un problème de transposition rapide des réglementations qui sont décidées au niveau européen et de mise en œuvre des politiques publiques qui étaient prévues depuis le départ. Tous ces acteurs, McPhee n'est pas le seul, il y a aujourd'hui une centaine de sociétés en Europe qui cherchent des financements. On parle de près de 4 milliards. Et sur la France, il y en a pour près de 800 millions de recherches de financement.
En fait, tous ces acteurs se sont mis en ordre de bataille pour suivre les conséquences des directives européennes sur la baisse des émissions dans les grandes industries émettrices, les engrais, le raffinage, les transports, la chimie, la pétrochimie, l'acier, et se dire « je me prépare ». Simplement, comme les transpositions ne sont pas là et que les soutiens publics ne sont pas là pour accompagner ce delta de coût qui est nécessaire pour passer à des procédés verts dans l'acier, dans l'ammoniaque, etc., les lignes ne sont pas chargées.
Et donc, ça veut dire que la demande n'est pas là parce que l'industrie lourde, vous avez parlé de l'acier, il y a la chimie, effectivement, l'ammoniaque, tout ça. Aujourd'hui, il n'y a pas cette demande pour l'hydrogène vert, faute de subventions publiques, pour le coup.
Faute de la mise en œuvre, je reviens là-dessus, il y avait des règles qui avaient été prévues pour, quelque part, que l'ensemble de l'industrie européenne se mettre dans une dynamique bas carbone, que ce soit les véhicules, mais aussi les productions chimiques, le raffinage, l'ammoniaque, l'acier. Un certain nombre de projets sont en cours, par exemple, en Suède, un très, très gros projet d'acier dans lequel on est investisseur, de plus de 2 millions de tonnes, qui va décarboner et, pour ça, investir 800 mégawatts de production d'hydrogène vert.
Mais ces projets ne sont pas encore assez nombreux parce que les outils réglementaires, les protections aux frontières, vous savez, le fameux mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, le SIBAM, qui permet de protéger les producteurs d'acier contre l'importation d'acier carboné venant de Chine ou de Russie. Bon, ces mécanismes-là ne sont pas encore complètement en place. Donc, du coup, il y a un décalage entre la préparation des équipementiers et la mise en œuvre des projets. Et ce décalage, il faut le soutenir financièrement.
Donc, soit c'est des fonds comme nous qui le faisons, et tu sais si on le fait, soit ce sont des politiques publiques qui accompagnent ces équipementiers le temps que les projets arrivent.
Et donc, ça ne vous étonne pas, un, que McPhee ait des problèmes de demande aujourd'hui, et que dans le même temps, la France ait revu à la baisse sa stratégie hydrogène pour les 10 ans à venir.
Ça ne m'étonne pas, mais ça me soucie un tout petit peu parce que, de l'autre côté, en Chine, vous avez déjà plus de 500 000 tonnes d'hydrogène fabriquées à base d'électrolyse. Vous avez plus de la moitié de la capacité de fabrication d'électrolyseurs qui est en place. Ils ont pris le contrôle de toute la chaîne de production des camions et des bus d'hydrogène. Ils avancent beaucoup plus vite que nous, si vous voulez. Donc, on a lancé la dynamique, on a créé les réglementations, on a donné le tempo de ce qu'il fallait faire pour avoir des industries propres. Et derrière, la mécanique réglementaire et de financement ne suit pas assez vite. On peut encore rattraper la course.
C'est ça, c'est-à-dire que le décrochage, aujourd'hui, le décrochage, Pierre-Étienne Franc, on peut le rattraper. Vous avez souligné le temps d'avance qu'a pris la Chine. Effectivement, le rapport de l'Agence internationale de l'énergie souligne que 40% de la croissance est aujourd'hui portée par la Chine. Mais vous pensez que ce décrochage, il peut se rattraper ?
Il peut se rattraper si on décide d'avoir une approche politique sur ces sujets qui est cohérente, consistante et qui dure. C'est-à-dire qu'on fait des réglementations qui sont simples, ce qui n'est pas le cas, qui sont rapides dans leur exécution. Donc, il faut que la gouvernance européenne soit beaucoup plus efficace et qui soit efficace au sens que si on n'applique pas une réglementation et qu'on ne décarbone pas son process, on est perdant. Et au contraire, si on le fait plus vite que les autres, on est gagnant. Si vous prenez le cas de l'acier, je reprends le cas de cette société en Suède.
Aujourd'hui, ils arrivent à vendre leur acier décarboné avec des primes de plus de 200 euros la tonne. Donc, en fait, quand on a le produit qui est disponible, l'aval, c'est-à-dire les clients qui ont besoin de produits plats et de produits blancs, notamment dans le monde de l'automobile, sont prêts à payer parce que le surcoût pour le consommateur final est très faible. Et donc, il y a une demande.
Si on prend le cas de l'ammoniaque... Oui, ça veut dire qu'il y a une demande quand c'est accompagné.
Quand la réglementation est là. Quand la réglementation est là et qu'en plus, un certain nombre de soutiens publics sont là pour accompagner le passage.
Une fois qu'on a parlé de tous ces freins au développement de la filière, vous investissez, vous, quand même, dans l'hydrogène vert, notamment en Europe, notamment en France. Est-ce que vous pouvez nous donner une idée des projets concrets dans lesquels vous investissez aujourd'hui ?
Aujourd'hui, on a quand même déployé près de 600 millions dans tout un tas de projets, dans une dizaine de sociétés, à la fois des développeurs de projets qui sont en train de préparer ces investissements qui permettront de charger des usines de McPhee ou d'autres acteurs de la filière. Donc, on en a quelques-uns en France, notamment. Et on parie, par exemple, sur le développement des soutiens pour tout ce qui est fuel synthétique, qui sont clés pour l'aéronautique, mais aussi pour le maritime. On soutient des sociétés comme Élise ou Aitugène qui ont des projets dans le sud de la France ou dans la vallée du Rhône. On est aussi très investis dans la mobilité hydrogène.
On possède le contrôle d'une des principales sociétés de taxis hydrogènes au monde et parisienne, qui s'appelle Aissetco, parce que pour nous, l'hydrogène apporte des avantages particuliers en complément des solutions électriques, non seulement en termes d'autonomie, de temps de charge, mais aussi de confort d'usage pour l'utilisateur. Et enfin, va nous permettre d'accompagner le renforcement nécessaire du réseau électrique par des compléments d'énergie qui ne sont pas uniquement dépendants du réseau électrique. On a les vrais enjeux à terme de soutien du réseau électrique et on ne pourra pas tout faire par l'électrique.
Et donc, il y a un avenir pour l'hydrogène vert en France et en Europe, à condition d'avoir les bonnes conditions ?
Absolument. Si vous voulez une souveraineté européenne qui fonctionne, il faut progressivement se déprendre de notre dépendance au pétrole et au gaz et développer plus de renouvelables, plus de nucléaires et plus de vecteurs non électriques qui sont essentiellement basés sur de l'hydrogène. Donc, l'usage est l'un des facteurs clés d'une compétitivité, d'une souveraineté européenne renouvelée.
Merci beaucoup Pierre-Etienne Franc, directeur général du fonds d'investissement YI24, spécialisé donc, on l'a compris, dans l'hydrogène vert. Invité Éco de France Info ce soir.