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interviewFrance Inter — Le téléphone sonne (sur Site radio)· 5 juin 2026 36 min

Quelle place prennent les jardins dans nos villes et dans nos vies ?

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et ce soir, on va un peu jouer les candides en se demandant pourquoi il est opportun toujours de cultiver son jardin au sens propre. C'est en marge de la 23ème édition de l'opération Rendez-vous au jardin, lancée par le ministère de la Culture. Le ministère de la Culture, 2800 sites ouverts pour aller ce week-end redécouvrir la richesse et la diversité des parcs et jardins à travers la France. Cultiver son jardin, donc, si Voltaire y voyait avant tout une façon d'atteindre la liberté spirituelle, nous allons être ce soir un peu plus terre à terre, les pieds dans la glace pour interroger par exemple notre accès aux espaces verts en milieu urbain.

Et pour cela, on va s'appuyer sur une enquête de l'INSEE qui pointe à un accès inégal des Français aux espaces verts dans les grands centres urbains. Un habitant sur deux n'a pas accès à un espace vert public à moins de 5 minutes de marche à pied de son domicile. Alors, que vient-on chercher dans les jardins, les parcs qui nous offrent de l'apaisement, des loisirs, des légumes, des fruits au cœur des villes ? Et puis, nous essaierons aussi de comprendre tout ce qui fait tant de bien quand nous mettons les mains dans la terre. Un jardin pour nourrir l'esprit, un jardin pour nourrir tout court. Ce seront nos deux prismes ce soir, l'arrosoir d'une main, le téléphone de l'autre.

Appelez-nous et venez nous dire votre jardin, votre rapport au jardin 0145 24 7000. Le téléphone va sonner jusqu'à 20h.

1:39
Invité

Le téléphone sonne 0145 24 7000.

1:43
Présentateur

Avec une première auditrice, Pascaline nous appelle de Cherbourg. Bonsoir Pascaline.

1:47
Invité

Bonsoir, merci de prendre mon appel.

1:50
Présentateur

Avec plaisir. On vous écoute ?

1:54
Invité

Alors, oui, donc moi je suis d'origine, je suis une fille d'agriculteur, donc je n'ai pas du tout fait ce métier. Mais par contre, je me retrouve tout de suite quand je suis dans mon jardin, que je cultive, que j'enerme mes plantes. Je peux y rester plusieurs heures et ça me fait un bien fou, ça me vide la tête. Mais j'aimerais savoir si ça fait ça à tout le monde.

2:17
Présentateur

Une bonne question, merci beaucoup Pascaline. Et pour vous répondre ce soir, deux invités. Ophélie Damblay, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes pépiniériste, créatrice de contenu vidéaste avec notamment votre chaîne sur YouTube, Ophélie, ta mère nature. Vous êtes aussi l'autrice du livre Guérilla Green, ce guide de survie végétale en milieu urbain qui est paru aux éditions Stankys. Et puis avec nous, le jardinier de Versailles. C'est le titre d'ailleurs de votre dernier livre, je crois bien. Oh non, c'était le premier. Ah, c'est le premier.

2:51
Invité

Mais il y a fort longtemps.

2:52
Présentateur

Alors, il ne ressort pas, je pensais qu'il ressortait. Non, mais il ressort tout le temps. Bonsoir Alain Baraton. Bonsoir. Alors, je vais commencer par vous Alain, parce que je sais, à propos de ce témoignage de l'auditrice qui nous dit, ça me fait du bien d'aller dans les jardins. Je sais que vous, ça vous a fait du bien en passant par les arbres. Il faut nous raconter ça.

3:13
Invité

Je devrais revenir sur vos propos. Quand vous avez énuméré à quoi servait un jardin, ce que l'on pouvait y trouver, vous avez oublié d'y mentionner un mot important, la liberté. C'est jardiner, c'est tout simplement la liberté, la liberté de faire corps avec une plante, avec la nature, et puis de enfin pouvoir récolter ce que vous avez semé. Le jardinage, c'est une véritable école de patience, d'observation. Moi, je me rappelle, quand j'étais tout petit, il y avait, ça se fait peut-être encore d'ailleurs, il y avait à l'école des professeurs, des instituteurs, qui nous apprenaient à faire germer le haricot, vous vous rappelez peut-être, dans du coton. Oui.

On mettait le haricot, on mettait de l'eau, du coton, et on voyait cette graine donner vie à un végétal. Mais c'était merveilleux. Donc, le jardinage, c'est tout simplement l'apprentissage de la vie, ça nous vit de la tête, effectivement, parce que nous redevenons enfin ce que nous sommes vraiment.

4:01
Présentateur

Il y a des études concordantes qui montrent que le jardinage a un impact déstressant, voire antidépresseur. C'est quelque chose que vous vérifiez régulièrement chez ceux que vous croisez parmi les visiteurs du parc de Versailles ?

4:14
Invité

Bien sûr, je pourrais vous dire qu'il y a un comportement dans un jardin, dans un parc qui n'est pas du tout identique au comportement dans une ville. Prenez les citoyens, quels qu'ils soient, qui rentrent dans un jardin. Généralement, ils se mettent à marcher moins rapidement, à moins qu'ils viennent pour y faire du sport, bien évidemment. Ils sont souvent souriants, ils sont en groupe et ils prennent le temps de contempler.

Mais à propos du jardinage de la santé, des études fort sérieuses faites au Canada ont montré que dans les hôpitaux qui ont pour mission de soulager les personnes souffrant de troubles psychologiques, lorsque l'hôpital était situé au milieu d'un jardin, le taux de réussite ou de guérison était nettement supérieur quand il y avait un jardin plutôt que là où il n'y en avait pas. Donc effectivement, aller dans un jardin, regarder ce qui s'y passe, les enfants s'amusent, les personnes âgées peuvent méditer sur leur vie passée, les amoureux s'y retrouvent, on y fait du sport, on lit, on dort, c'est vraiment un espace de bien-être.

5:11
Présentateur

J'ai commencé avec vous Alain Baraton parce que je savais qu'il y avait chez vous un prisme de la méditation au jardin. Ce n'est pas tellement votre prisme, au fil et d'emblée, vous croyez moins aux vertus méditatives du jardin qu'à ces vertus collectives. C'est votre prisme à vous ça.

5:25
Invité

Oui, en tout cas, l'un n'empêche pas l'autre, mais c'est vrai que l'endroit où j'exerce mon métier d'agricultrice, il est au beau milieu du 9-3 à Saint-Ouen, dans une zone qui est très urbanisée, très minérale. Et donc de monter des fermes urbaines qui sont la plupart du temps collectives, c'est permettre aussi aux gens de se rassembler, de recréer du lien entre eux. Et donc c'est des espaces où moi j'ai la chance de rencontrer tout type de personnes, ça peut être des enfants comme des personnes âgées, des personnes exilées, des élèves décrocheurs. Et en fait, c'est aussi des lieux où on peut regagner en confiance en soi. Ce sont des lieux où on peut partager nos savoirs et savoir-faire.

On est aussi nombreux et nombreux à être fils et filles de paysans. Donc il y a tout ce savoir qu'on a à transmettre. Et donc c'est des lieux où on peut regagner une raison d'être en ville.

6:15
Présentateur

Parce qu'il faut expliquer peut-être un peu plus précisément, Ophélie Damblet, que vous accueillez du public dans vos pépinières, désormais à Saint-Ouen, près de Paris. Que viennent chercher vos jardiniers, qu'ils soient apprentis ou confirmés ?

6:29
Invité

Tout simplement de se reconnecter un petit peu à la nature et aussi au métier agricole, parce qu'on est assez éloigné de ça quand on est urbain. Donc c'est tout simplement voir à quoi ressemble un plan de tomate, tout simplement. C'est vrai qu'on achète souvent nos légumes sans trop savoir comment ils poussent. Et donc de se confronter comme ça à quoi ressemble un plan d'aubergine, de piment, etc. Ça remet le concret au centre et ça donne envie aux gens de remettre les mains dans la terre. Et aussi, pourquoi pas, de consommer mieux ensuite.

7:03
Présentateur

On va en parler longuement ce soir. Pascal Le nous appelle au Standard France Inter. Bonsoir Pascal. Vous êtes à Paris. On vous écoute.

7:12
Auditeur

Oui, je vous appelle à 18ème. Alors, dans une petite place dans notre quartier de la Goutte d'Or, que des riverains ont invérit lors du Covid. C'était une place complètement minérale. Et lors du Covid, on a commencé à planter, à faire des bacs nous-mêmes avec des palettes, etc. Et de fil en aiguille, la mairie du 18ème s'est intéressée à notre jardin. Et depuis l'année dernière, on nous a apporté de la terre, on nous a fait des bordures. Et chacun, c'est pas un jardin, c'est devenu carrément un petit jardin, mais ça n'est pas fermé. C'est ouvert à tout le monde, c'est ouvert à tous les riverains. Et chacun peut venir planter, désherber, etc.

Mais notre gros, gros souci dans ce quartier, c'est que la nuit, notre jardin est dévasté par des killers et par des toxicos qui viennent se shooter. Et tous les matins, on est obligé de ramasser, de nettoyer ce qu'ils ont fait. La ville fait ce qu'elle peut. Mais si nous, on ne met pas la main à la terre, c'est le cas de le dire, c'est un vrai carnage. Donc on est vraiment malheureux parce qu'on peut être là, mais derrière.

8:28
Présentateur

On a un petit problème de liaison, mais on a bien compris vos propos, Pascal. Et effectivement, si les jardins sont souvent grillagés, c'est sûrement pour empêcher et éviter la situation que vous constatez chaque matin ou régulièrement le matin après une nuit dans le 18e, 19e arrondissement de Paris. Oui, Ophélie d'emblée, ce que dit cette auditrice, c'est que si on jardine seul, en fait, en revanche, le jardinage ouvre un réseau incroyable d'amis. Elle le raconte d'amis ou en tout cas de collègues de passage pour entretenir des jardins. Et ça, c'est votre prisme aussi.

9:04
Invité

Oui, tout à fait. Ce sont des lieux d'entraide aussi où on partage des savoirs, mais pas que. Ce sont des lieux d'hospitalité, de convivialité. Alors, parfois, on se retrouve aussi confronté à la réalité d'autres personnes qui sont parfois dans des situations de grande précarité. Et donc, c'est comment aussi on rend ses jardins ouverts à ces gens-là. Ce n'est pas forcément évident tous les jours, mais plus on responsabilise aussi le citoyen à lui dire, en fait, tu peux te réapproprier cet espace et en faire aussi un lieu qui t'est propre. En fait, c'est grâce à ça aussi qu'on fait perdurer des jardins.

Donc, moi, je suis pour quand même qu'on continue de laisser ouverts ces espaces parce que finalement, moi, j'ai aussi plein d'exemples, par exemple, de personnes qui sont en situation, par exemple, un peu irrégulière ou alors de personnes sans domicile fixe qui viennent dans ces espaces pour jardiner. C'est des lieux aussi où, en fait, ils regagnent en confiance et ils se trouvent très, très investis parce qu'ils ont aussi du temps pour ça. Et en fait, finalement, ça crée des interactions qui n'étaient pas du tout prévues. Et il y a de très, très belles histoires aussi.

10:12
Présentateur

Le jardinage sacré du collectif. Alain Baraton, je vous ai souvent entendu dire, un jardin sans visiteur n'est plus un jardin.

10:20
Invité

Ça n'a aucun intérêt, aucun intérêt. Je vais rebondir, si vous le permettez, sur ce que je viens d'entendre. Ophélie nous disait qu'en Seine-Saint-Denis, là où elle œuvre tous les jours, il y a, au milieu de sa friche, quantité de jeunes qui viennent découvrir à quoi ressemble un pied de tomate. C'est très important. Et je crois que tant qu'il y aura des initiatives comme celles prodiguées par Ophélie, il y a encore peut-être de l'espérance. Comment voulez-vous qu'un gamin qui n'a jamais vu pousser une plante ait la moindre conscience du temps qu'il faut pour obtenir un fruit, le travail qu'il faut pour obtenir une récolte ?

Le simple fait d'ouvrir ce genre d'établissement, c'est tout simplement des écoles de plein air. C'est une école verte que vous venez, que vous avez créée. Aujourd'hui, à Versailles, nous recevions des jeunes gens, des gamins, des quartiers dits difficiles, qui venaient en autobus par milliers découvrir les jardins. Ils avaient des regards admiratifs. Ils étaient là, ils avaient du mal à comprendre comment, avec quelques fleurs, on est capable de transformer un paysage. Si demain, on est capable, dans des friches en pleine ville, de montrer à un petit qu'en faisant pousser des légumes, un, on se recontacte, on reconnecte avec la nature mieux.

On peut avoir un métier dans les mains, mais c'est merveilleux. Donc, effectivement, il y a des personnes qui vont endommager la nuit pour des activités coupables, des espaces verts, mais hier encore, ils allaient sous les ponts, on n'a pas pour autant fermé les ponts. Il faut laisser les jardins ouverts, simplement éduquer dès le jeune âge. Et si je peux rajouter, j'ai eu la chance de suivre un groupe d'élèves décrocheurs en collège. Et ça a été fou, le moment où ils ont récolté leur première courgette. Ils en ont fait une danse et un chant tellement ils étaient contents. Et cette histoire de confiance, elle est aussi très, très importante.

11:58
Présentateur

Justement, Héléna est psychologue en ligne. Bonsoir Héléna, vous êtes à Colmar.

12:03
Auditeur

Oui, bonsoir.

12:05
Présentateur

On vous écoute.

12:05
Auditeur

Oui, alors moi, je voulais parler de mon expérience. Il y a quelques années, en 2017, j'ai fait un burn-out assez costaud qui s'est suivi d'une dépression. Et j'ai eu l'opportunité de travailler, de donner un coup de main dans les jardins d'amis, voire un petit peu en maraîchage. Et ça m'a permis de reprendre goût à l'activité, reprendre goût à la vie, notamment. Et ça m'a fait tellement de bien que lorsque je suis retournée au travail, quelques mois plus tard, j'avais pour projet de pouvoir offrir ça à mes patients. Donc voilà, je travaillais en psychiatrie. Ce jardin n'existait pas. Les moyens ne sont pas toujours là.

Mais par contre, grâce aux dons, les associations que je connais ont donné des outils, des plants, des graines. Et ça a été donc un projet collectif qui a été porté par le chef de service et par moi-même.

12:59
Présentateur

Merci beaucoup de ce témoignage. Le jardinage comme soutien psychologique. Le sentiment de fierté, on en parlait à Alain Baraton. Sa première tomate, son premier plan qui pousse. On s'en rappelle toute sa vie ?

13:11
Invité

Mais je vais même vous donner un exemple concret. J'ai la chance à Versailles d'avoir dans mon service, et depuis leur création, des travaux d'intérêt généraux. Vous savez, ce sont les peines prononcées par des tribunaux. Et en échange d'un travail pour la collectivité, je reçois des jeunes gens qui ont commis quelques délits. Un, je constate une adaptation au métier du jardin incroyable. Deux, le nombre de gamins que j'ai vus, qui étaient pourtant très désœuvrés, qui ont fait de mon métier leur métier. Et puis, ils se sont rendus compte que finalement, ils avaient une utilité. Le simple fait d'être capable de prendre une petite graine, de la mettre en terre et d'obtenir un résultat.

Ça leur redonne confiance en eux. Quantité de personnes dépressives, on l'a entendu il y a un instant, reprennent contact avec la vie, simplement en regardant un arbre, simplement en regardant un bosquet. Quand on voit un arbre, un arbre capable de vivre des centaines d'années, et de se dire que cet arbre a résisté à toutes les agressions sans bouger de place, c'est qu'il a peut-être un secret. C'est peut-être ça aussi le secret du jardinage, être capable de résister à toutes les agressions avec un maximum d'efficacité. C'est pas toujours simple, j'en conviens. On parle souvent du problème de renouvellement des générations dans le monde de l'agriculture.

Et en fait, d'ouvrir des espaces où on peut venir jardiner, c'est aussi susciter des vocations. Et pourquoi pas permettre à des personnes qui sont justement en situation de mal-être au travail, de burn-out, de pourquoi pas se reconvertir vers ces métiers. On en a grandement besoin aujourd'hui. Et donc, il faut aussi ces lieux passerelles, ces fermes urbaines, ces fermes pédagogiques, ces jardins partagés, pour permettre à ces gens de se former et pourquoi pas réinvestir le milieu agricole.

14:45
Présentateur

Et vous, c'est par les réseaux sociaux, au départ, que vous avez constitué une grande famille qui vous suit. Ils sont combien ? 400 000 aujourd'hui ? 500 000 ?

14:55
Invité

Si on réunit tout le monde, oui, ça doit faire à peu près ça dans les 500 000.

14:58
Présentateur

Ils vous suivent sur les réseaux sociaux. Vous avez voulu répondre aussi à un besoin de pédagogie, parce que mettre les mains dans la terre, quand on n'y connaît rien, on est voué à l'échec.

15:07
Invité

Ça peut faire peur. On a tous ce syndrome de la main verte, une grande légende urbaine que j'essaye de casser. Le fait de se foirer, ça fait partie du jeu. Donc déjà, moi, j'essaye de montrer aussi les moments où je n'arrive pas à faire pousser des choses. Voilà, il faut aussi un petit peu se détendre. Et c'est montrer à quel point c'est des joies d'enfants, en fait. Le jardinage, c'est s'émerveiller chaque jour. Et moi, je vous dis, ça fait 10 ans maintenant que je fais ce métier. Et je suis joyeuse comme une gamine de 4 ans quand je vois mes petits plans pousser.

15:36
Présentateur

Je le comprends, parce qu'on partage tous cette même joie et cette même fierté de voir pousser une première rose ou une tomate. Sur vos vidéos, la vocation pédagogique autour du jardinage, ça a pris une forme théâtrale chez vous, avec de l'humour. Il faut expliquer un petit peu ça.

15:54
Invité

Alors, ça ne vient pas de nulle part. J'ai une formation de comédienne, donc j'avais besoin de mettre en scène les choses.

15:59
Présentateur

Ça se voit quand on va rechercher. Vous faisiez notamment une chronique sur les plantes dont tout le monde se fout.

16:05
Invité

Oui, tout à fait.

16:06
Présentateur

C'était important parce que vous avez remis au goût du jour des plantes dites moches ou des plantes qu'on avait délaissées ?

16:11
Invité

Oui, les fameuses plantes mal aimées, celles qui poussent dans les interstices des trottoirs et autres friches industrielles. Donc, c'est a priori ces plantes qu'on délaisse. Finalement, quand on commence à les observer, à les reconnaître, on se rend compte qu'en fait, elles ont des vertus médicinales. Elles sont aussi le gîte et le couvert d'énormément d'insectes et autres animaux. Et en fait, on se rend compte qu'au pied de notre immeuble, on a tout un univers végétal incroyable.

16:37
Présentateur

Alain Baraton, ces plantes mal aimées, vous les avez aussi mises en exergue, notamment à France Inter.

16:41
Invité

Oui, j'ai fait du bon mieux. Je voudrais revenir sur vos propos quand vous dites qu'il faut mettre un terme à cette légende de la main verte, surtout pas, surtout pas. C'est le thème de ma chronique tous les semaines et dimanche à 7h40. Non, effectivement, j'essaie de réhabiliter celles qu'on a aimées. Je pense aux glaïeules. Je pense à toutes ces fleurs qui, autrefois, faisaient la fierté de nos grands-mamans et qui sont devenues un petit peu désuètes, démodées, en un mot, has-been. Et il est vrai que c'est triste de voir que des fleurs qui, hier encore, ornaient les jardins que nous avons aimées, eh bien, ne sont plus vraiment entretenues. Qui nous parle aujourd'hui des mieux-autistes ?

On n'en voit pratiquement plus les glaïeules. Il n'y a rien de plus moche qu'un glaïeule, objectivement. Mais c'est drôle, remettons des glaïeules. Et effectivement, prenons le temps, vous avez raison, quand on marche en ville, de s'arrêter, de voir qu'une petite fougère innocente est capable de soulever le goudron. Regardez le pissenlit, qui est capable, en plein milieu d'un trottoir, pourtant sacrément, j'allais dire, usagé, et bien, de pousser, de produire des fleurs, de produire des graines. Il est là, fier, et il vous provoque de par sa présence. Il faut bien sûr donc le laisser vivre. Donc, effectivement, j'ai bien aimé le changement des termes.

Autrefois, on parlait des mauvaises herbes. Ça y est, maintenant, on parle d'Adventis, qui pousse là où elle n'a prêté des herbes mauvaises.

17:51
Présentateur

Et j'aime bien ce nouveau discours. – Et vous, venez nous faire part de votre rapport au jardin, au jardinage. Nous sommes ensemble jusqu'à 20h.

18:00
Invité

– France Inter, le téléphone son.

18:04
Présentateur

– Louis est en ligne. Bonsoir, Louis. – Oui, bonsoir, France Inter. – Vous nous appelez des Pyrénées-Orientales.

18:10
Invité

– C'est ça. En fait, je suis vigneron retraité, et je cultive mon potager depuis une trentaine d'années, après que mon arrière-grand-père, que mon grand-père, que mon père les cultivait, et au-delà de cultiver des légumes, j'ai le sentiment de cultiver la mémoire aussi. Parce qu'on l'oublie un peu trop, la mémoire, des fois. Et encore plus cette année, parce que j'ai un copain qui m'a offert quatre plantes de tomates, qu'un vieux monsieur qui est décédé depuis longtemps, qui s'appelait Pitou, qui était un ouvrier agricole espagnol, avait donné à son père, et depuis une cinquantaine d'années, le père de Gilbert, donc Gabriel et puis Gilbert, ont continué à ressemer ses tomates.

Donc j'étais très fier de pouvoir semer les tomates, de planter les tomates de Pitou.

19:06
Présentateur

– De Pitou.

19:07
Invité

– Pitou. Et son fils Narcisse en pleurait, quand je lui en ai parlé. – Merci beaucoup. – Je pense que dans la dimension de la culture des jardins, potagers ou autres, il y a cette dimension de mémoire et de reproduire des gestes, comme le dit joliment Charles Aznavour dans sa chanson, et moi je reste là.

19:33
Présentateur

– Merci beaucoup de ce très beau témoignage, Louis, dans les Pyrénées-Orientales. Vous nous parliez de mémoire, Ophélie Damblay. Vous aussi, dans votre pépinière, il me semble que vous entretenez ce patrimoine alimentaire à travers vos graines. Il y a un secteur qui permet que les graines rejoignent une banque de conservation.

19:57
Invité

– Oui, tout à fait. Ça me touche beaucoup comme témoignage parce que je suis complètement d'accord sur le sujet de la mémoire. Moi, c'est ma grand-mère qui m'a donné envie de faire ce métier, si j'ai un peu de recul. Et aujourd'hui, c'est vrai que je m'attarde sur des semences anciennes dites paysannes et j'ai eu la chance de travailler avec le conservatoire de semences de Vavilov. Donc en fait, l'idée, c'est de remettre en culture ces graines, puisqu'en fait, c'est des êtres vivants. Donc il faut régulièrement les faire pousser pour qu'elles continuent aussi de pouvoir s'adapter à nos...

20:32
Présentateur

– À nos ères modernes.

20:32
Invité

– À nos ères modernes, qui sont de moins en moins faciles pour elles. Donc j'ai eu cette chance-là de participer quelque part à de la conservation de patrimoine alimentaire. Donc ça, c'est très puissant. Et ensuite, pour revenir à cette histoire de mémoire, je dirais qu'aujourd'hui, malheureusement, nos jeunes générations, les générations futures, elles sont à la fois très intéressées par ces sujets, mais elles sont en perte de connaissance. Et donc, il y a un vrai enjeu à éduquer nos enfants sur ces sujets-là. Et notamment, pourquoi pas, avec un programme de jardinage à l'école ?

21:03
Présentateur

– Eh bien, pourquoi pas ? Donc on espère que le gouvernement vous entend pour mettre ça à l'école. Il y a cette urgence aussi, peut-être, que vous mettez en exergue à Saint-Ouen, dans votre pépinière, à produire soi-même, et surtout le plus sainement possible.

21:18
Invité

– Oui, on voit en ce moment les scandales liés au PIFAS, au cadmium, etc. – Je pense qu'on commence à tous et toutes être un petit peu angoissés à l'idée de manger. Et cette notion du bien manger, elle devrait être pour tout le monde. On a un tiers des gens aujourd'hui qui déclarent sauter des repas à cause aussi des finances. Donc on est vraiment dans une situation extrême. et donc reprendre du pouvoir en jardinant, juste en comprenant aussi comment ça fonctionne, c'est se sentir moins accablé par ces soucis-là. Et quand on le fait collectivement, qu'on s'organise, on se sent plus puissant aussi. À Paris, je crois qu'on a deux ou trois jours d'autonomie alimentaire.

C'est vraiment pas beaucoup si on coupe les frontières. Donc c'est aussi ces enjeux-là.

22:02
Présentateur

– Nous sommes très dépendants, effectivement, pour notre alimentation. Alain nous appelle. Bonsoir Alain.

22:08
Invité

– Bonsoir.

22:10
Présentateur

– On vous écoute.

22:11
Invité

– Oui, je voulais juste... Merci pour votre émission. C'est sympa de me laisser parler de mon expérience. Voilà, je voulais... Oui, vous faire état de cette expérience. En fait, quand je suis arrivé en Cévennes, donc il y a 45 ans à peu près, j'ai attaqué un jardin comme ça sur ma maison que je venais d'acquérir. Et puis au début, évidemment, production, production. Donc je faisais... J'avais trois grands jardins et donc je me suis retrouvé avec des quantités énormes et petit à petit, je me suis orienté plutôt sur le jardin de curé, le jardin de charme.

Et donc, en mémoire de ma mère qui a doré les plantes, donc j'ai mis des rosiers anciens par dizaines, j'ai repris les pivoines de ma mère que j'ai déplantées du nord et que j'ai remis ici. J'ai des centaines de pivoines et beaucoup, beaucoup de fleurs. Je récupère aussi dans les jardineries des plantes qu'on me donne pour rien et que je soigne, quoi, et puis que je remets comme ça. J'ai creusé un bassin, ça a une folie, j'ai deux bassins avec maintenant plein d'animaux qui viennent. Et donc, j'ai un jardin de charme, en fait, en même temps, et avec une petite serre ancienne que j'ai fabriquée.

Donc, ce qui fait que beaucoup de gens viennent me voir, surtout au printemps, ils repartent avec des brassés de fleurs et j'offre des fleurs. En fait, l'essentiel de mon truc au printemps, c'est d'offrir des immenses brassés de pivoines et de roses aux gens que j'apprécie. Et voilà.

23:40
Présentateur

Quelle belle vocation, quelle belle initiative. Merci Alain dans les Cévennes. Vous aviez vu Trop Grand. Vous le disiez, vous allez vous rejoindre tout à l'heure Alain Baraton et Ophélie Damblay. Une simple friche suffit au départ pour expérimenter. Inutile de penser trop grand.

23:58
Invité

Oui, il faut produire pour ses besoins. Moi, je voudrais revenir sur trois mots. On a parlé de la transmission. Important, on transmet un savoir. Le sentiment également. Quand on crée un jardin, quand on récolte les tomates de pitou, on se rappellera tous les ans de pitou lors du déjeuner. Mais également, le partage. Je ne connais pas personnellement de jardinier, qu'il soit professionnel ou amateur, qui jardine pour lui-même. Un jardinier, par définition, est quelqu'un qui travaille pour le voisin, pour la collectivité, pour l'autre, et qui prend plaisir à partager. Quel intérêt y a-t-il à produire des légumes ou des fleurs pour ne pas les offrir ? Ça n'a aucun sens. Mais il est vrai.

Il est vrai que quand on passe devant une propriété, quelle qu'elle soit, que l'on a de l'autre côté de la grille, un homme ou une femme qui vous offre un bouquet de fleurs qu'il vient à peine de cueillir, eh bien, je peux vous garantir qu'immédiatement, on accepte l'effort et on en part avec le sourire. Juste également une petite étude qui avait été menée au Japon. Il a été prouvé que quand on croise une personne avec un bouquet de fleurs dans les mains, on lui sourit. C'est pratiquement obligatoire. En France aussi, faites l'expérience, prenez des fleurs et portez-les. Tout le monde vous sourit. C'est le pouvoir des fleurs.

25:07
Présentateur

Le pouvoir des fleurs. C'est une chanson, il me semble aussi. Laurent Woulzy, non ? Peut-être. Peut-être bien. Ophélie Damblay, vous faites, il faut le rappeler, partie du réseau AFOP, cette association française de l'agriculture urbaine qui promeut les jardins partagés en ville. Réexpliquez-nous comment fonctionnent les jardins partagés.

25:28
Invité

Alors, les jardins partagés, c'est tout simplement des espaces où on peut venir jardiner de manière collective. Alors, chaque jardin a un petit peu son propre système, son organisation. Il y a parfois des parcelles attribuées individuellement par famille et d'autres zones où vraiment n'importe qui peut venir jardiner quand il veut. Nous, à l'AFOP, l'association d'agriculture urbaine française, on s'occupe aussi de fermes pédagogiques, de fermes productives. Donc, il y a en fait tout type de format. Ça peut être aussi des associations, des entreprises, des citoyens qui se mettent à jardiner, à cultiver. Nous, on milite pour un droit à la terre pour toutes et tous, y compris en milieu urbain.

Et notre rêve, ce serait qu'une ferme soit accessible à toutes et tous à moins de 15 minutes de la maison. Donc, on n'y est pas encore, mais on a déjà 4500 espaces de ce type qui existent aujourd'hui en France. Ce sont des lieux qu'on peut vraiment susciter des métiers, des vocations.

26:24
Présentateur

Les municipalités qui disent qu'elles reverdissent un peu les centres-villes parce qu'aujourd'hui, il y a besoin de créer du frais avec ces températures caniculaires. Elles ont l'air d'être de plus en plus sensibles aux arguments que vous avancez. Est-ce que vous leur donnez du crédit à ces mairies ?

26:43
Invité

Évidemment, il y a un enthousiasme. On a aussi des mairies qui sont engagées depuis des années sur ces questions et donc on a aussi déjà des exemples qui fonctionnent dans plein de villes. Aujourd'hui, il y a un vrai enjeu à les pérenniser, ces espaces. Souvent, on est sur des baux assez précaires. Moi-même, aujourd'hui, j'ai signé pour trois ans, ce qui est déjà bien, mais on parle quand même de nature et la nature, elle met du temps à se réinstaller. Et aussi, il y a une histoire acteur et actrice de ces espaces. Il faut leur laisser le temps aussi de s'investir.

Et donc, il y a tout un travail encore à faire pour que les municipalités comprennent que ces espaces doivent rester sur le long terme.

27:21
Présentateur

C'est ce que vous dites quand vous réclamez un peu de souplesse pour les jardins partagés. Ça veut dire d'augmenter un petit peu plus la durée du bail. Une question, Alain Baraton, et je veux adresser aussi à la pépiniéris qui est en face de vous, au filet d'emblée. Question sur quelques graines. Il y a des graines qu'on ne peut plus exploiter, de vieilles graines et des tomates. Ces graines, elles n'ont pas le droit d'être vendues désormais ? Ce fameux catalogue officiel

27:43
Invité

qui est une absurdité monumentale qui, à l'origine, avait pour objet de garantir la qualité des graines à quiconque les achetait. Entre-temps, les grands grainetiers, les grands semenciers mondiaux se sont emparés du sujet et effectivement, on a transformé ce catalogue des graines en une sorte de monopole réservé à certains. Imaginez qu'aujourd'hui, on est capable de vendre à des pays très pauvres comme en Afrique des graines tellement bien conçues qu'elles ne peuvent pas, une fois qu'elles ont germé, donner naissance à d'autres graines. Mais la graine est parfaite. Elle va donner le produit que l'on veut, peut-être, mais on ne peut pas souvent la réutiliser.

Juste à titre d'anecdote, quand vous achetez les graines aujourd'hui où il y a marqué les petites graines de flore, les graines F1, pardonnez-moi, pas formule F1, ça veut dire que cette graine ne pourra pas donner naissance à d'autres graines. Non, il y a aujourd'hui un véritable scandale au niveau des graines, au niveau de quelques autorisations. Souvenez-vous, à ce micro, il y a quelques années, de longues années, j'avais été mis en cause par le ministère de l'Agriculture car j'avais osé promouvoir le purin d'ortie. Il était hors de question de promouvoir un produit qui n'a fait l'objet d'aucune autorisation de mise sur le marché.

L'eau non plus, d'ailleurs, à ce sujet, n'a jamais été légalement autorisée. Non, il faut aujourd'hui rendre les graines aux paysans tout simplement et quand on avait quelqu'un comme Pitou, par exemple, qui produisait ces graines depuis 50 ans, expliquez-moi où est le danger à ce que demain vous puissiez utiliser les graines de cet homme. Et donc, au filet d'emblée,

29:11
Présentateur

ces graines, elles se vendent sous le manteau, j'imagine ?

29:13
Invité

Alors, il y a un formidable système qui s'appelle le troc qui nous permet à toutes et tous de troquer tout simplement nos graines et ça, c'est en toute légalité. C'est une possibilité, c'est plus difficile pour les maraîchers et les maraîchères qui, pour le coup, elles, doivent attester d'où viennent leurs graines.

29:31
Présentateur

Jacqui nous appelle. Bonsoir, Jacqui.

29:34
Invité

Oui, bonsoir. Bonsoir, François Inter. Vous êtes anim,

29:38
Présentateur

je précise, vous êtes anim.

29:40
Invité

Oui, anim, oui, tout à fait. Oui, il fait un temps superbe, d'ailleurs. On a de la chance parce qu'hier, il a plu, mais l'orage est passé. La pluie,

29:48
Présentateur

c'est bon, c'est bon la pluie pour la Terre.

29:51
Invité

Absolument. Je ne vais pas contredire Alain Baraton là-dessus et d'ailleurs, je voudrais lui rendre hommage pour le travail et les paroles que j'ai entendues encore de sa part ce soir et je voudrais témoigner, je n'ai pas de questions, mais je voudrais témoigner. Je suis né en 1960 et j'ai vécu dans la cité des Courtillères face au jardin d'Aubervilliers de 0 à 18 ans et j'ai eu un plaisir immense de pouvoir vivre avec ces jardins qui ont été amputés.

et on a vu des manifestations il y a 4-5 ans justement, ces jardins qu'on a amputés pour y construire, enfin, y mettre du béton et c'était un espace de vie extrêmement important dans une banlieue 93 à Pantin qui était extrêmement important pour tous les copains. Alors, ce sont des jardins qui étaient régis par la commune qui les attribuait d'une manière sur liste d'attente et nous avions environ 500-600 jardins à l'époque et c'était un enchantement de pouvoir, avec les copains, de pouvoir aller dans des jardins alors que nous habitions dans une ville très dense au niveau du béton qui était très jeune, même s'il y avait encore des moutons, me disaient mes parents lorsqu'ils ont emménagé.

C'était en 1960 et l'importance de ces jardins s'est perpétuée de génération en génération où les enfants pouvaient vivre vraiment la nature parce que nous avions plein d'arbres fruitiers, chaque jardin avait une cabane donc, adolescents, nous avons vécu des aventures dans ces cabanes. Il y avait le fort d'Aubervilliers qui était complètement abandonné à l'époque, enfin presque et une dimension diversité d'insectes et de fruits et de légumes.

On a appris les bases et ces jardins dans les villes sont indispensables véritablement pour transmettre et l'importance de ces jardins devraient être encore privilégiés, accentués parce que ce sont véritablement des espaces de vie et d'apprentissage de la nature et nous en avons extrêmement besoin.

32:15
Présentateur

Nous en avons évidemment besoin et c'est le travail qu'Ophélie Damblay c'est là que vous œuvrez inévitablement et vous remettez le métier sur l'ouvrage pour chaque année reprendre. Vous connaissez très bien ces jardins de Pantin parce que votre pépinière aujourd'hui à Saint-Ouen elle était avant à Pantin ?

32:35
Invité

Elle était à Pantin, j'étais très proche de ces jardins et je suis très touchée par ce témoignage parce qu'il y a eu des soucis avec les Jeux Olympiques qui ont grappillé des bouts de ces terres quand on sait que depuis les années 60 plus de 80% des jardins familiaux les jardins ouvriers ont disparu on se rend compte à quel point la pression foncière la pression aussi consumériste de la ville a grignoté ces espaces qui sont si riches de vies d'apprentissage voilà ce qui a été dit auparavant et donc de militer pour réouvrir des nouveaux jardins ça me paraît essentiel

33:14
Présentateur

ça fera du bien à tout le monde Alain Baraton on va parler un petit peu d'histoire avec vous on a dit de vous que vous aviez contribué à dépoussiérer non seulement l'image de Versailles mais aussi l'image du rapport au jardin qu'est-ce qu'il a fallu dépoussiérer qu'est-ce qui était vieillot avant et qui semblait un peu

33:36
Invité

l'image du jardinier en tant que tel le jardinier il y a 40 ans était forcément un monsieur déjà d'un certain âge avec une barbe blanche un chapeau de paille parce que tout le monde sait qu'un jardinier met un chapeau de paille marquerait qu'Ophélie dans ce studio a un chapeau de paille une paire de bottes et bien sûr un tablier il y avait une vision caricaturale une caricature je crois que j'ai bien modestement contribué j'ai voulu faire en sorte qu'on redevienne fier d'être jardinier vous avez cité Voltaire au tout début de cette émission je pourrais rappeler que Voltaire disait jardinier est le plus noble des métiers il n'y a pas plus noble profession que celle de jardinier le jardinier c'est la femme c'est l'homme qui soigne les plantes qui contribue à mettre un petit peu de la nature en ville et de l'entretenir et puis on parle beaucoup de friche la friche en fait aujourd'hui c'est quand même un espace contrôlé qu'on le veuille ou non on laisse peut-être les plantes s'amuser ou se développer seule mais il y a quand même un professionnel qui est un petit peu en retrait et qui regarde ce qui se passe mais il est vrai que l'image du jardinier a nettement évolué quand on voit Ophélie par exemple elle me semble tout à fait moderne de ce temps alors que quand j'ai débuté dans la profession il y a maintenant 50 ans les gens connus dans le domaine du jardin je ne les citerai pas je ne veux pas porter atteinte à leur mémoire étaient des caricatures malheureusement compétentes mais caricaturales

34:56
Présentateur

il y a toujours eu dans l'histoire de la France post-révolution de grands jardiniers

35:01
Invité

oui la preuve c'est que si je vous demandais maintenant de me citer le nom de quelques jardiniers vous auriez bien du mal à les trouver aujourd'hui on va vous citer 50 cuisiniers sans aucune difficulté les couturiers n'en parlons pas mais le jardinier est le seul peut-être qui exerce un métier qui est aussi une activité de retraite et beaucoup de personnes qui nous écoutent ou qui nous dirigent sont persuadées que vu qu'ils ont un jardin ils seraient capables d'être jardiniers ce n'est pas aussi simple mais il est vrai que quantité de très grands noms Jussieu le célèbre botaniste était jardinier le nôtre à qui l'on doit à la française bien évidemment mais Truffaut qui n'est pas seulement pour moi c'est une marque c'est une marque mais ce fut un homme qui a permis par exemple en 14-18 de donner à manger aux poilus qui mourraient dans les tranchées non il y a eu de grands noms du jardinage mais malheureusement ils n'ont pas de gloire posthume et c'est injuste

35:51
Présentateur

et c'est injuste et ce sera le mot de la fin merci beaucoup à tous les deux d'être venu brillamment répondre aux questions des auditeurs de France Inter je renvoie d'abord au rendez-vous au jardin ce week-end de 1800 sites en France la liste des jardins et des parcs est sur le site du ministère de la culture je rappelle votre livre Ophélie Damblay Guerilla Green le guide de survie végétale en milieu urbain paru chez Stankis et puis Alain Baraton un livre toujours un livre sur le coude sur le dictionnaire amoureux des arbres qui est celui que j'aime le plus merci et puis

36:30
Locuteur

le guide de survie végétale sur le livre et l'autre dans le livre du métier et la liste il est en train de partir d'où et le livre et le livre et le livre et le livre et le livre et le livre et le livre

Quelle place prennent les jardins dans nos villes et dans nos vies ? · Pourquijevote