Le gouvernement est un vaisseau qui navigue à l'aveugle ! - Laurent Jacobelli (BFMTV)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:24OuverteRéponse directe
Est-on proche du point de rupture auprès de cette majorité socle commun parmi les forces qui soutiennent Michel Barnier ?
- 4:24RelanceRéponse partielle
C'est le RN et Ensemble pour la République, main dans la main, pour faire obstacle à la gauche, c'est ça ?
- 6:20RelanceRéponse directe
On ne peut pas dire que ce soit un grand succès stratégique pour vous, non ?
- 7:13FerméeRéponse directe
Et il n'y a pas de majorité pour avaliser ces 75 milliards de recettes supplémentaires ?
- 8:23OuverteRéponse directe
Est-ce que vous demandez au Sénat de garder une partie des hausses d'impôts que vous aviez votées ?
- 9:24OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est une bonne nouvelle pour les entreprises, pour les ménages, que ce budget ait été retoqué ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:37Locuteur non identifiéChiffre
« 362 voix contre, 192 voix pour. »
- 2:02Locuteur non identifiéFait
« notamment sur les super-profits, les super-dividendes ou encore le patrimoine des milliardaires. »
- 3:46Locuteur non identifiéFait
« La vérité, c'est que c'était une avalanche fiscale, une hystérie fiscale, des taxes, des impôts en plus. »
- 4:57Invité politiqueChiffre
« 37 milliards de taxes supplémentaires se vantent, M. Coquerel, sur les réseaux sociaux. »
- 5:02Invité politiqueChiffre
« 37 milliards. »
- 5:02Invité politiqueFait
« Ils ont même proposé des taxes sur les bouteilles d'eau, des taxes sur le carburant des agriculteurs. »
- 7:06Locuteur non identifiéChiffre
« on a en tout voté environ 75 milliards de recettes supplémentaires »
- 8:07Locuteur non identifiéChiffre
« on est arrivé en dessous de 3% de déficit. »
- 14:00Locuteur non identifiéFait
« La première chose, c'est qu'il y aura bien une revalorisation des retraites dès le 1er janvier pour toutes les retraites. »
- 14:05Locuteur non identifiéFait
« Elle sera à peu près de la moitié de l'inflation, mais elle concernera tous les retraités. »
- 14:12Locuteur non identifiéFait
« il y aura une deuxième revalorisation, cette fois-ci pour les retraites les plus modestes, avec un objectif, c'est de les protéger intégralement de l'inflation »
- 16:12Invité politiqueFait
« si je vous dis que l'année prochaine, je vais vous donner 100 euros par mois pendant 6 mois, ou si je vous dis que je vais vous donner 50 euros par mois pendant 12 mois, c'est exactement la même chose. »
- 18:27Locuteur non identifiéFait
« Si on enlève les retraités modestes, quand même, il y a eu l'effort pour les retraités modestes, il faut quand même le souligner, ce qui n'est pas totalement négligeable. »
- 19:40Invité politiqueChiffre
« Au lieu de 4 milliards d'économies sur les retraites, on va faire 3,5 milliards d'économies. »
- 19:51Invité politiqueChiffre
« 500 millions d'euros qui sont rendus aux retraités sur une économie de 4 milliards. »
Temps de parole
- Présentateur30 %
- Invité15 %
- Laurent Jacobelli13 %
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- Locuteur non identifié 211 %
- Locuteur non identifié 39 %
- Locuteur non identifié 49 %
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Alors que le volet recette du budget 2025 vient d'être retoqué à l'Assemblée nationale, rien ne va plus au sein d'un socle commun, de moins en moins socle, avec si peu en commun. L'annonce de Laurent Wauquiez sur les retraites a agi comme une petite bombe. Désaccord des macronistes sur le fond, mais aussi sur la forme. Bref, une difficulté supplémentaire dans une assemblée toujours aussi éclatée qu'à l'avenir pour le budget qui va donc désormais passer devant les sénateurs. Est-on proche du point de rupture auprès de cette majorité socle commun parmi les forces qui soutiennent donc Michel Barnier ? On pose la question à nos invités. Bonsoir Anna Cabana.
Bonsoir Benjamin.
Merci d'être avec nous ce soir, éditorialiste BFM TV. Deux députés qui ont en commun de s'être opposés à ce budget. Bonsoir Mathieu Lefebvre. Bonsoir. Députés ensemble pour la République du Val-de-Marne. Et bonsoir Laurent Jacobelli. Bonsoir. Députés du Rassemblement national, porte-parole du RN, députés de Moselle. Et bonsoir Mathieu Plannes. Bonsoir. Merci d'être avec nous ce soir, directeur adjoint du département analyse et prévision de l'EFCE. Vous nous direz dans un instant ce à quoi ressemble la stratégie économique du gouvernement. Il faut dire qu'on a un petit peu de mal à y voir clair.
Juste avant de vous entendre, mesdames, messieurs, on va aller tout de suite sur le terrain, retrouver Anthony Lebeau à l'Assemblée nationale. Anthony, ça y est, le volet recette a été rejeté, retoqué par les députés. Ça veut dire trois semaines de débat pour rien et un texte qui va au Sénat dans l'État où il était au début de la discussion à l'Assemblée ?
C'est parfaitement résumé, Benjamin. C'est même un rejet massif aujourd'hui à l'Assemblée nationale. 362 voix contre, 192 voix pour. La partie recette de ce budget a été largement rejetée à l'Assemblée nationale. Alors dans le détail des votes, les groupes qui soutiennent le gouvernement, à savoir droite républicaine et les groupes du Bloc central ont voté contre, tout comme le Rassemblement national. Quant aux voix pour, les 192 voix pour proviennent intégralement des groupes du Nouveau Front populaire. Alors il n'y avait clairement aucun suspense, pas de surprise quant à l'issue de ce vote. Pourquoi ?
Parce que la version initiale de ce budget présenté par le gouvernement au mois d'octobre dernier, en fait, était largement remaniée, amendée par le Nouveau Front populaire qui a obtenu un certain nombre de victoires par l'adoption d'amendements qui permettaient de rajouter des taxes supplémentaires, notamment sur les super-profits, les super-dividendes ou encore le patrimoine des milliardaires.
inacceptables pour le Rassemblement national et pour les groupes parlementaires qui soutiennent le gouvernement de voter, je les cite, un budget dit NFP compatible, voire même LFI compatible, parce que ce budget, après ces discussions-là, effectivement, avait été en grande partie tamponné par le Nouveau Front populaire.
Alors Michel Barnier, le Premier ministre, lui, avait décidé de laisser se poursuivre les débats parlementaires jusqu'au vote, de ne pas utiliser l'article 49.3, ce qui lui permet, en l'espèce, avec ce rejet, de se délester au fond de tous les amendements qui avaient été votés par l'Assemblée nationale, y compris ceux dont le gouvernement ne veut plus, et donc de renvoyer au Sénat la copie initiale du gouvernement, celle qui avait donc été présentée en octobre par le gouvernement.
Voilà ces 3-4 semaines de débats qui se sont achevées ici à l'Assemblée nationale par, au fond, un texte initial qu'on avait présenté du côté du gouvernement qui sera, pour la totalité, dans sa globalité, présenté dans les mêmes termes au Sénat. Et les discussions au Sénat commenceront d'ici 15 jours maintenant.
Anthony Lebeau, c'est en direct de l'Assemblée nationale avec Médéric Sultani. Alors, Mathieu Lefebvre, Anthony Lebeau se résumait très bien une situation qui, pour ceux qui ne maîtrisent pas les moindres coutumes de la vie parlementaire et politique, peut-être un peu difficile à comprendre, puisqu'on a un budget qui est présenté par le gouvernement. Michel Barnier qui fait durer les débats, qui se fait mettre en minorité tout au long de la discussion, et qui finit quoi ? Par se féliciter, vous comme membre du socle commun, que ce budget ait été retoqué par l'Assemblée nationale ?
Écoutez, un budget qui aurait été adopté avec les voix de la France insoumise, il faut se méfier. La vérité, c'est que c'était une avalanche fiscale, une hystérie fiscale, des taxes, des impôts en plus. Un cauchemar pour les entrepreneurs, pour les salariés de ce pays. Et évidemment, nous avons voté contre un budget dans lequel il n'y a aucune contribution à l'Union européenne. Ça s'ajoute à une copie gouvernementale qui était d'ores et déjà beaucoup chargée en impôts, et pas beaucoup chargée en réformes.
Moi, je crains que quand on a ouvert la boîte de pendants fiscales en disant qu'il y a un problème de justice fiscale dans notre pays, on ait ouvert la voie à l'idéologie d'Éric Coquerel et de ses amis, considérant qu'il fallait faire payer plus les Français, et que dans le fond, dans notre pays, on taxait pas assez les Français. Je suis tout à fait opposé à ça, il fallait évidemment s'opposer à ce projet de budget.
Donc Laurent Jacobili, si je comprends bien l'équation politique, c'est le RN et Ensemble pour la République, main dans la main, pour faire obstacle à la gauche, c'est ça ?
Ah non, pas vraiment. D'abord, le premier budget que nous avons eu à étudier était très mauvais. Voilà, très mauvais, parce qu'il ne prenait pas en compte le fait que notre pays a besoin de plus d'entreprises, de plus de créations de richesses, et que les Français étaient déjà matraqués fiscalement. M. Barnier est arrivé en disant « Eh bien, on va les matraquer encore plus, et on va encore plus asphyxier les entreprises ». C'était déjà une très mauvaise idée. Et puis par là-dessus, la gauche a transformé l'Assemblée nationale en asile fiscal. Ils ont inventé des taxes sur tout. 37 milliards de taxes supplémentaires se vantent, M. Coquerel, sur les réseaux sociaux. 37 milliards.
Ils ont même proposé des taxes sur les bouteilles d'eau, des taxes sur le carburant des agriculteurs. Ces gens sont drogués à la taxe. Mais le vrai problème, c'est qu'Emmanuel Macron a amené la France dans le mur, qu'aujourd'hui, notre pays, il est exsangue, et qu'il faut éviter à la fois la folie fiscale qui viendrait du centre et la folie fiscale qui vient de l'extrême-gauche. On a été les seuls remparts pendant tout ce débat. Parce que, mon cher collègue, vous, vous y étiez. Je le reconnais. Vous avez voté une grande partie des taxes. Non, mais vous avez voté une grande partie des impôts. Les élus de la droite et du centre étaient complètement absents. La stratégie, c'était quoi ?
Il laissait la gauche pourrir le budget pour après dire, vous voyez, nous, nos 30 petits milliards de pression fiscale supplémentaire, ce n'est pas grand-chose à côté des stalinistes. Oui, effectivement, mais c'est une stratégie à court terme. Aujourd'hui, on n'a pas de budget.
– Staliniste, je ne suis pas sûr que le terme soit extrêmement approprié. – Mathieu Plannanacar. – Je l'assume. – Oui, ça ne m'étonne pas si vous l'utilisez, que vous l'assumiez. Je vous donne la parole dans un instant. Justement, je voudrais qu'on retrouve à l'Assemblée nationale le président de la commission des finances insoumis, Eric Coquerel. Bonsoir, Eric Coquerel. – Bonsoir. – Merci d'être avec nous ce soir. On évoquait sur ce plateau, effectivement, les diverses taxes, divers impôts qui avaient été votés, souvent avec les... On avait vu ces députés insoumis se congratuler dans l'hémicycle d'avoir réussi à faire passer ces mesures. À la fin, le texte est retoqué.
Et il arrive devant le Sénat vierge de toutes ces modifications. On ne peut pas dire que ce soit un grand succès stratégique pour vous, non ?
– Déjà, la première défaite, c'est pour celle du gouvernement. Parce que c'est la première fois dans la Ve République qu'un budget est rejeté à l'Assemblée nationale. Je vous rappelle que ce n'est pas nous qui gouvernons, c'est le gouvernement, il vient avec un budget. Le bilan, c'est que les propres partisans du gouvernement sont uniquement réduits à voter contre le texte qu'ils ont soumis à l'Assemblée et en plus en comptant sur le Rassemblement national pour arriver à leur fin. Ce n'est pas très glorieux. Donc de ce point de vue-là, la première défaite, ce n'est pas la nôtre, c'est la leur. Après, il y a une deuxième lecture, effectivement, que nous, on assume.
C'est qu'on avait réussi, parce qu'on estime qu'on avait des majorités pour ça et on l'a prouvé, à modifier considérablement le texte. Alors, pour le dire très clairement, on a en tout voté environ 75 milliards de recettes supplémentaires avec un écrit...
Et il n'y a pas de majorité pour avaliser ces 75 milliards de recettes supplémentaires ?
Oui, il n'y a pas de majorité parce que le Rassemblement national décide de soutenir le gouvernement et de sauver le gouvernement. Mais par contre, il y a eu des majorités à chaque fois. Et d'ailleurs, pour les trois quarts, avec le Rassemblement national qui s'est abstenu ou a voté pour, je tiens comme ça à le rappeler à M. Jacobelli que j'écoutais, pour taxer les multinationales, les très riches, qui sont à peu près 90% en réalité de nos recettes. C'est-à-dire qu'on n'a pas touché au TPE, pas touché au PME, pas touché aux Français. Enfin, si, on y a touché de manière positive puisqu'on a supprimé la taxe sur les électricités qui était prévue à l'encontre de tous les Français.
Donc, nous, on a assumé ce qu'on voulait. On voulait montrer une chose, c'est que le problème de déficit dans ce pays, c'était un manque de recettes du cadeau fiscaux depuis 2017 fait par M. Macron vis-à-vis des ultra-riches, des actionnaires, des grandes entreprises. Et en le faisant, en les supprimant, figurez-vous, on est arrivé en dessous de 3% de déficit. Je trouve que c'est une belle démonstration.
– Éric Coquerel, le texte rejeté va désormais au Sénat avec ensuite la perspective de ce qu'on appelle une commission mixte paritaire, c'est-à-dire un accord entre députés et sénateurs. Est-ce que vous demandez au Sénat, à majorité de droite, de s'inspirer de la copie que vous aviez proposée et donc alimentée ? Est-ce que vous leur demandez de garder une partie des hausses d'impôts que vous avez votées ?
– Il serait bien aspiré de le faire parce que j'ai cru comprendre que dans le même temps, la droite ne voulait pas non plus l'augmentation de l'électricité, qu'il récusait le fait de supprimer certaines exonérations sociales, qu'il récusait, à mon avis de manière insuffisante, une partie des coûts pris sur les retraités, donc il va bien falloir trouver de l'argent quelque part. Nous, on en apporte. On dit « il y a une autre méthode ». Bon, s'ils la refusent aussi, je ne sais pas très bien ce qu'ils vont faire. Mais je n'ai pas trop d'illusions pour répondre à votre question.
Je pense que le Sénat va durcir le texte, mais sauf que je tiens à rappeler quelque chose, à un moment donné, le texte fera qu'il revienne à l'Assemblée. Et là, l'Assemblée, M. Barnier n'aura pas plus de majorité qu'il en a eu ces jours-ci pour faire passer son texte.
Et effectivement, à ce moment-là, se posera la question d'utilisation du 49.3. Mathieu Plann, est-ce que c'est une bonne nouvelle pour les entreprises, pour les ménages, que ce budget tel qu'il a été en partie dessiné par le nouveau Fonds populaire ait été retoqué ?
Ah oui, pour les entreprises, je pense. Effectivement, il y avait quand même un choc fiscal qui était massif. Donc ça posait la question de la soutenabilité de telle mesure. Donc effectivement, là, on repart au début, j'allais dire. La question, c'est effectivement quelle va être finalement la couleur finale de ce projet de loi de finances. Je pense que cette incertitude posent d'autres problèmes, aussi économiques, dans la prévision, dans la stabilité. Mais clairement, on voit qu'il n'y a pas ce choc fiscal. Ce que je voulais aussi dire, c'est que le projet de loi de finances initiale, quelque part, il n'est un peu ni de gauche ni de droite.
Et c'est aussi peut-être pour ça qu'il y a un problème, c'est qu'il n'y a pas vraiment d'ossature. C'est-à-dire qu'à la fois, il cherche le choc de gauche...
Une ministre de droite qui décide d'augmenter les impôts là où on refusait de les augmenter ces dernières années.
Exactement. Sur les plus riches, sur les grosses entreprises. Et de l'autre côté, il y a de la réduction de dépenses publiques, sur la dépense sociale, sur un certain nombre d'emplois, éventuellement, ou sur la masse céréale des fonctionnaires. Donc vous voyez, finalement, ils ne contentent personne. Mais en même temps, c'est un travail difficile, en très peu de temps, de vouloir redresser les comptes publics qui ont fortement dérivé, pour sortir justement un projet de loi de finances cohérent avec des montants qui sont de cet emploi.
Juste avant de vous donner la parole à Anna Cabana, C'est intéressant ce que vous disiez, Mathieu Plannes, sur l'environnement économique et social. Dans un contexte où il y a des menaces sur l'emploi industriel, où il y a un risque de plans sociaux qui se multiplient. Ce que vous dites, c'est que là, le fait d'avoir un budget retoqué, quand on est investisseur national, international, on voit la situation et on se dit, oula, ce n'est pas forcément un contexte extrêmement propice à l'investissement et à la création d'emplois.
Alors, oui, effectivement, vous avez besoin de vous projeter. Et on voit bien que le problème aujourd'hui de la France est la difficulté de se projeter dans l'avenir sur, en fait, à quelle sauce vous allez être mangé. On le sait bien, réduire les déficits publics, ce n'est jamais facile. Mais savoir comment vous trouvez les équilibres, comment vous le faites, est-ce que vous avez une stratégie de moyen terme qui va supporter le plus l'effort fiscal ou budgétaire. Et là, on voit que c'est difficile. Peut-être les entreprises se sont contentes parce qu'elles évitent le pire d'un choc fiscal massif. Mais à côté de ça, on n'a quand même pas le début de l'histoire, voire la fin de l'histoire.
En tout cas, il y a encore beaucoup d'incertitudes. Et l'incertitude, c'est vraiment jamais bon en économie.
Justement, sur la fin de l'histoire, Anna Cabana, le texte va au Sénat, avec l'idée de supprimer ce qui a pu créer les contestations, ici et là, notamment sur la question de la fiscalité. Ça veut dire que maintenant, tout est dans la main des sénateurs, avec l'idée d'enlever certaines hausses de taxes qui étaient jugées excessives. C'est ça, le chemin désormais pour le budget ?
Mais ça veut dire qu'on vient d'avoir plus de trois semaines de théâtre parlementaire pour rien, sachant que ce scénario-là, il était connu, et notamment de Michel Barnier. Je ne sais pas si vous vous souvenez quand même des mots employés par Michel Barnier lors de sa passation avec Gabriel Attal. Il disait qu'il promettait avec lui le respect du Parlement. Moins d'esbrouf. Non, moins d'esbrouf, plus de respect de différentes forces politiques et plus de respect du Parlement.
Or là, en fait, sous couvert de ne pas vouloir dégainer tout de suite le 49-3, en fait, on a vraiment trois semaines de théâtre parlementaire pour arriver à une copie qui arrive au Sénat vierge de tout ce qui s'est passé pendant ces trois semaines, de tout ce folklore qu'on peut, alors que les uns et les autres appellent, soit l'hystérie fiscale, enfin bref, on ne va pas se battre sur les mots, mais en tout cas, si vous voulez, tout ce qui s'est joué à l'Assemblée nationale pendant ces trois semaines, en fait, ne sert à rien. Et il y a tabou la rasa et on envoie la copie, si vous voulez, vierge de tout ça au Sénat.
Benjamin, pour les téléspectateurs, il y a quelque chose là de parfaitement incompréhensible. Je veux dire, il faut quand même, non mais il faut le dire, c'est-à-dire que ça n'est compréhensible que de nous et encore parce qu'on est là à essayer de bosser en essayant de voir quels sont les arrière-plans, les arrière-pensées et les méandres parlementaires. Mais il y a un problème de pédagogie, il y a un problème de pédagogie politique pour ce gouvernement Barnier. C'est-à-dire que sous couvert d'expliquer que tout est simple avec lui, que c'est l'honnêteté fait homme et la transparence fait homme, je crois qu'on n'a pas exactement une démonstration de simplicité.
Et un budget qui a été rejeté, vous évoquiez les singularités de la période, il y en a une autre, elle concerne ce qui a été annoncé par Laurent Wauquiez, président du groupe droite républicaine, hier soir au 20h de TF1. Vous pensiez que Laurent Wauquiez n'était pas ministre ? Écoutez, et visiblement Mathieu Lefebvre, ça ne plaît pas beaucoup dans ce fameux socle commun, on vous interroge dans un instant, mais d'abord écoutez Laurent Wauquiez, puis la réaction de l'ancienne porte-parole du gouvernement, Prisca Thébnaud.
La première chose, c'est qu'il y aura bien une revalorisation des retraites dès le 1er janvier pour toutes les retraites. Elle sera à peu près de la moitié de l'inflation, mais elle concernera tous les retraités. La deuxième chose ensuite, c'est qu'au 1er juillet, il y aura une deuxième revalorisation, cette fois-ci pour les retraites les plus modestes, avec un objectif, c'est de les protéger intégralement de l'inflation, pour qu'il n'y ait pas de perte de pouvoir d'achat pour, on va dire, les retraites modestes de notre pays.
Et les gens ont du mal à comprendre ce qui se passe sur le budget, et donc de rajouter du bruit, de la polémique, de la complexité, pour en fait avoir une mauvaise annonce au final, n'est pas très pertinent, n'est pas très responsable.
Bonne audience ! Comme disent les jeunes, je ne sais pas s'ils disent encore ça les jeunes, mais le socle commun, il faut arrêter de nous raconter cette fable que vous tirez tous dans le même sens, si j'ose dire.
Non, mais il y a une forme de cacophonie budgétaire, incontestablement, à laquelle participe cette déclaration d'hier soir. Mais la question, c'est, est-ce que la mesure qui a été présentée hier par Laurent Wauquiez est utile aux Français ? Moi j'ai peur qu'il s'agisse d'un marché de dupe, et que Laurent Wauquiez ait transféré une forme de sous-indexation temporaire des retraites à quelque chose qui soit durablement plus pénalisant.
Car vous, ce que vous dites Mathieu Lefebvre sur ce qui a été annoncé très précisément par Laurent Wauquiez, c'est qu'à la fin, les retraités ne sont pas gagnants.
Je pense qu'à la fin, ils ne sont pas gagnants. Les retraités, notamment en 2026, n'auront pas autant de retraites que ce qu'ils auraient dû avoir avec le projet du gouvernement. On a là une annonce qui participe de la cacophonie budgétaire et qui n'est pas forcément plus utile aux Français. À la fin, moi je m'en fiche de savoir qui annonce quoi.
Oui, mais sauf que ce que ça dit quand même Mathieu Lefebvre, c'est que visiblement Laurent Wauquiez a davantage l'oreille de Michel Barnier que vous.
Oui, mais si cette oreille conduit à ce que ce soit une mesure inutile pour les Français ou inefficace, je préfère qu'il ait un petit peu moins l'oreille et qu'on agisse plutôt dans le détail pour essayer d'améliorer la vie des Français et singulièrement des retraités. En revanche, qui annonce, qui fait quoi, tout ça c'est de l'appareil politicien, ça n'intéresse pas les Français. Ce que les Français vont regarder, c'est de combien va augmenter leur pension en janvier prochain et je crains que ce ne soit de ce point de vue une fausse promesse qui est faite M. Wauquiez hier.
Oui, sauf que, attendez, Laurent Jacobelli, on peut après effectivement regarder le montant d'indexation en 2026. Le fait est que le projet initial prévoyait qu'entre janvier et juillet, les pensions de retraite ne soient pas indexées. Le fait est qu'entre janvier et juillet, elles seront indexées, certes de la moitié de l'inflation, mais elles seront quand même indexées.
Alors Benjamin Duhamel, si je vous dis que l'année prochaine, je vais vous donner 100 euros par mois pendant 6 mois, ou si je vous dis que je vais vous donner 50 euros par mois pendant 12 mois, c'est exactement la même chose. Dans aucun cas, vous vous en sortirez mieux. Et ce qu'a fait M. Wauquiez hier, il nous a fait une Lucie Castel de droite. En fait, il a l'impression d'être Premier ministre.
C'est pas sûr qu'il apprécie la comparaison, Laurent Wauquiez.
Il arrive sur le plateau, il annonce une mesure qui est complètement loufoque et qui ne sert absolument à rien. C'est un mensonge pur. C'est du théâtre, c'est de la com' pure, mais ça montre bien aussi que ce gouvernement n'a aucune colonne vertébrale. J'entends Mathieu Lefebvre, honnêtement, je ne peux pas croire une seconde qu'il fasse partie du bloc majoritaire. À l'Assemblée nationale, les plus virulents dans les amendements étaient les soi-disant amis de M. Barnier. Donc M. Barnier est finalement le capitaine d'un vaisseau où chaque matelot veut aller dans un sens différent. C'est vraiment très, très inquiétant.
Avant d'entendre l'économiste Mathieu Plannes sur ce sujet pour qu'il nous dise un peu la vérité des prix, si je veux dire, Laurent Jacobelli, un point très précis. Parmi les menaces de censure du côté de votre groupe Rassemblement national, il y avait le fait de s'en prendre aux retraités. Est-ce que là, ce qui a été annoncé par Laurent Wauquiez, est à même de vous convaincre de ne pas censurer le gouvernement si d'aventure un 49-3 est décidé par Michel Barnier ?
Enfin, on n'est pas des pigeons non plus. On voit bien que ce n'est pas du tout une vraie mesure, que c'est simplement la manière un peu plus habile que M. Barnier de présenter exactement la même mesure. Donc la censure est toujours possible ? Oui, mais c'est très clair. Augmentation des taxes et des impôts sur les classes moyennes, non-indexation, juste-indexation des retraites, étouffement fiscal des entreprises, c'est au revoir, voilà, c'est clair. Donc il y a un processus...
Donc à date, on l'État ?
L'État, on n'a pas de budget, donc on est revenu au budget initial. Le budget initial, pour nous, on l'a dit, transgressait toutes nos lignes rouges et donc nous ne pourrons pas l'accepter.
Sur cette mesure très précise qui a été annoncée, est-ce que c'est mieux ? Ou est-ce que, comme l'explique là encore dans une forme de convergence de vues assez singulière de la période Mathieu Lefebvre et Laurent Jacobelli, c'est un tour de passe-passe ?
Alors, c'est l'option 2 que je prends là. Ah, tour de passe-passe ! Alors, tour de passe-passe, j'explique. Si on enlève les retraités modestes, quand même, il y a eu l'effort pour les retraités modestes, il faut quand même le souligner, ce qui n'est pas totalement négligeable. Mais en revanche, pour les retraités les autres, c'est même moins bénéfique à moyen terme. C'est-à-dire que sur la première année, ça ne change rien, en fait, ils auront le même montant, mais par contre, ils vont finir à la fin de l'année avec un niveau de retraite inférieur à ce qu'il aurait été.
Je prends un exemple simple, si c'est 1 700 euros de retraite, une revalorisation de 0,9 % vous amène à 1 715, donc ils finiront à 1 715 euros, alors que dans le deuxième cas, ils auraient fini l'année à 1 730, et l'année d'après aussi. Donc en fait, ils vont avoir une indexation, cette sous-indexation, c'est une bonne nouvelle pour le budget, pour le coup, parce que c'est une mesure qui est plus durable. Dans l'autre cas, c'était une mesure qui était plus exceptionnelle et temporaire. Donc en fait, en réalité, c'est effectivement un tour de passe-passe qui est plus bénéfique au budget, mais moins pour les retraités.
Mais vous dites quand même que pour les retraités les plus modestes, c'est mieux que la situation prévue initialement. Bien sûr, eux, ils ont l'indexation complète, au moins sur l'ensemble de l'année. Bien sûr, de ce point de vue, c'est une bonne nouvelle. Mais de ce point de vue, c'est une bonne nouvelle, et il faut s'en féliciter. Et encore une fois, moi, peu m'importe d'où vient le message qu'il annonce, si les retraités en dessous de 1 400 euros sont protégés, évidemment. Mais je pense aussi à tous les autres retraités. Il y a aussi beaucoup de Français, c'est la moitié des Français.
Il y a plus de la moitié des Français qui touchent plus de 1 400 euros de retraite et qui ont bien, eux aussi, droit à vivre de leur vie de travail. On peut avoir un débat de politique économique qu'on n'a d'ailleurs pas du tout, malheureusement. Mais pas uniquement un débat de politique budgétaire de court terme.
C'est ce que nous regrettons. Une fois encore, nous, ce qu'on ne comprend pas, c'est qu'on s'en prenne aux retraités. Une fois encore, c'est dans les dépenses de l'État qu'il faut aller chercher. Et là, pour le coup, le travail n'est pas fait. C'est contraire à ce que nous avait promis, M. Barnier. Au lieu de 4 milliards d'économies sur les retraites, on va faire 3,5 milliards d'économies. Excusez-moi, mais c'est encore inacceptable. C'est encore inaudible. C'est 500 millions d'euros qui sont rendus aux retraités sur une économie de 4 milliards. Ce n'est pas une augmentation. Donc tout cela, c'est du flanc. Excusez-moi l'expression.
Et donc ce sont les retraités qui vont payer pour les erreurs de gestion d'Emmanuel Macron et de ses gouvernements.
– Anna Kamala, là encore, arrêt sur image de ceux qui nous rejoignent et qui écoutent. Un député qui appartient au même ensemble, au socle commun que Laurent Wauquiez, qui dit tout ça, c'est de la com', ça ne sert à rien. Au point qu'on se pose la question de savoir si ce qu'a dit Laurent Wauquiez au 21h de TF1 devant plusieurs millions de téléspectateurs est réel ou si c'est seulement une sorte de poudre de perlimpinpin comme dirait le président de la République. Qu'est-ce qui se passe là ? Comment on peut imaginer une seule seconde que ces députés-là continuent de travailler ensemble ?
– Non, mais là, il y a clairement le socle commun inventé et cher à Michel Barnier. Il est quand même largement fissuré. Parce que dans la mise en scène de Laurent Wauquiez, il faut voir que ça a rendu extrêmement furieux, y compris les ministres, n'est-ce pas ? Les vrais ministres en exercice de ce gouvernement. Et je pense notamment au ministre de l'Économie, Antoine Armand, qui a très peu apprécié d'avoir été supplanté dans l'exercice de ce magistère de la parole, quand même, qui est le ministère de l'Économie, par le président du groupe de la droite républicaine à l'Assemblée nationale. Parce que c'est ça, exactement, ce qui s'est joué.
Et de ce point de vue-là, c'est un coup politique que Laurent Wauquiez considère avoir réussi. Parce qu'il y a eu un deal, Benjamin, entre Laurent Wauquiez et Michel Barnier. Et ce deal, il remonte à l'entrée en fonction de Michel Barnier. Michel Barnier ne voulait pas de Laurent Wauquiez au sein de son gouvernement. Vous vous souvenez que Laurent Wauquiez voulait être ministre de l'Intérieur. Barnier ne voulait pas de Laurent Wauquiez. C'était les présidentiables, ceux qui se prennent pour tels, en tout cas, à l'extérieur.
Et néanmoins, Laurent Wauquiez lui a apporté son soutien sur le budget, à la condition que le ministre, enfin le ministre, le Premier ministre, lui laisse faire ce numéro-là. C'est-à-dire qu'il lui donnait la possibilité de se mettre en avant et de mettre à son actif le fait d'avoir, dit Laurent Wauquiez, sauvé les petites retraites. C'est ça, le jeu qui s'est joué là pour Laurent Wauquiez. Il espère que les 17 millions de retraités vont lui pouvoir lui tenir, lui être reconnaissant d'avoir cette battue pour eux.
Et je ne suis pas certain que cette séquence contribue à raffermir le lien entre les citoyens, les électeurs et la politique et la classe politique. Merci beaucoup, messieurs. Merci à Nakabana d'avoir été les invités de Tout le monde veut savoir. Tout le monde veut savoir.
Laurent Jacobelli