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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 24 mai 2021 25 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalSolidarités & familleSécuritéInstitutions & élections

Benoît Hamon : "Jamais les électorats écologiste, insoumis, socialiste, n'ont autant demandé l'unité"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 79 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:47RelanceRéponse directe

    Cette réunion tout à l'heure, c'est quoi ? C'est une réunion pour rien ?

  • 1:24OuverteRéponse directe

    Candidature unique de la gauche et des écologistes, qui est dictée par quoi ?

  • 2:52RelanceRéponse directe

    Mais être contre l'extrême droite, très bien, mais après quand on regarde vos positions de fond, y a-t-il vraiment une union, une unité de pensée entre Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot ?

  • 3:30ComplaisanteRéponse partielle

    Je ne sais pas, Léa Salamé, si d'abord les différences sont si nombreuses que cela.

  • 4:31OuverteRéponse directe

    Vous avez l'impression que vous pourriez travailler ensemble, que vous pensez pareil sur la plupart des choses...

  • 5:53FerméeRéponse partielle

    Est-ce qu'Emmanuel Macron ne fait pas, là aussi, ce que vous demandez depuis des mois ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:33PrésentateurFait
    « Loin d'être un rempart à l'extrême droite, Emmanuel Macron, aussi bien dans les urnes par les scores électoraux du Rassemblement National, que sur le fond, à travers les lois liberticides, la diabolisation de la gauche et des écologistes, la banalisation des idées d'extrême droite, nous sommes dans une situation où le péril d'une victoire de l'extrême droite est possible, probable, tangible. »
  • 2:14PrésentateurFait
    « jamais les électorats écologistes, insoumis, socialistes, n'ont autant demandé l'unité. »
  • 2:22PrésentateurFait
    « Parce qu'ils savent que s'il y a deux ou trois candidats, il n'y a aucune chance d'être au second tour. »
  • 3:54PrésentateurFait
    « si on veut demain faire en Europe ce qu'a fait Joe Biden, eh bien il faudra en partie désobéir aux traités »
  • 4:02PrésentateurFait
    « Emmanuel Macron lui-même désobéit aux traités, puisqu'il demande au Conseil d'État de ne pas respecter, ou en tout cas de donner un avis qui permettrait à la France, en dépit de ce que nous dit l'Europe, de conserver les données personnelles dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. »
  • 5:17PrésentateurChiffre
    « Remplacer notre système d'allocations familiales en disant que nous verserions, par exemple, à chaque jeune de 0 à 18 ans, 300 euros. 200 euros qui iraient aux parents, et 100 euros qui seraient placés sur un compte, disponibles à l'âge de ses 18 ans, pour lui donner un capital de plus de 20 000 euros. »
  • 6:49PrésentateurChiffre
    « un tiers des pauvres en France n'ont pas le RSA. »
  • 7:02PrésentateurFait
    « Il suffirait d'automatiser le RSA et nous pourrions lutter beaucoup plus efficacement contre la pauvreté. »
  • 8:02PrésentateurFait
    « l'épanouissement de la démocratie est lié à l'égalisation des possibles, on va dire, ou l'égalisation des conditions, comme disait Tocqueville. »
  • 9:12Invité politiqueChiffre
    « quand vous voyez que pour 86% des Français, la lutte contre l'insécurité sera essentielle dans leur choix de 2022 »
  • 9:19Invité politiqueChiffre
    « 6 Français sur 10 disent ne plus vouloir accueillir de migrants aujourd'hui »
  • 9:23Invité politiqueFait
    « 6 Français sur 10 disent qu'il y a un problème avec l'islam aujourd'hui dans la République, que c'est une menace »
  • 17:54PrésentateurChiffre
    « 74% des policiers d'actives s'apprêteraient à voter pour Marine Le Pen en 2022. »
  • 19:37PrésentateurFait
    « Gérald Darmanin, c'est le grand cirque de la récupération politique. »

Temps de parole

  • Présentateur73 %
  • Benoît Hamon14 %
  • Présentateur 213 %

2,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin un conseiller régional d'Île-de-France, ancien candidat socialiste à l'élection présidentielle, auteur récemment de « Ce qu'il faut de courage », plaidoyer pour le revenu universel aux éditions Équateur, également candidat dans les Yvelines aux élections régionales, sur la liste de Julien Bayou. Bonjour Benoît Hamon. Bonjour Nicolas Demorand. Bonjour Léa Salamé. Et merci d'être au micro d'Inter. Cet après-midi se tiendra donc en visioconférence la deuxième réunion des partis de gauche, à la différence de la première qui avait mis autour de la table la plupart des personnalités de premier plan de la gauche.

Ce nouveau rendez-vous sera consacré, nous dit-on, au sujet de fond, avec l'audition d'un certain nombre de plateformes de la société civile. Benoît Hamon, on ne sent pas d'envie folle de se réunir, on ne sent pas de désir farouche d'avancer vers l'union, vers l'union des forces de gauche. Cette réunion tout à l'heure, c'est quoi ? C'est une réunion pour rien ? Une réunion pour faire semblant ? Honnêtement, à quoi sert-elle ? Écoutez, il ne faut pas que ce soit une réunion pour faire semblant. L'objectif, en tout cas affiché par les participants, théorique, c'est que nous rapprochons les positions sur le fond et que nous examinions l'hypothèse d'une candidature unique.

Candidature unique de la gauche et des écologistes, qui est dictée par quoi ? D'abord, un contexte politique en 2022 qui n'a pas grand-chose à voir avec celui de 2017. Loin d'être un rempart à l'extrême droite, Emmanuel Macron, aussi bien dans les urnes par les scores électoraux du Rassemblement National, que sur le fond, à travers les lois liberticides, la diabolisation de la gauche et des écologistes, la banalisation des idées d'extrême droite, nous sommes dans une situation où le péril d'une victoire de l'extrême droite est possible, probable, tangible.

Ça appelle, de la part de la gauche et des écologistes, qui ont toujours été la famille politique qui a fait du combat contre l'extrême droite presque quelque chose de principiel, ça les appelle à regarder dans quelle situation ils seront au moment de l'élection présidentielle. La deuxième chose, qui est un élément de contexte aussi, c'est que jamais les électorats écologistes, insoumis, socialistes, n'ont autant demandé l'unité. Et ils le demandent pourquoi ? Parce qu'ils savent que s'il y a deux ou trois candidats, il n'y a aucune chance d'être au second tour.

Que la seule hypothèse où nous pourrions être au second tour, et donc en capacité, là, d'affronter Marine Le Pen, c'est celle de l'unité. Et j'espère, c'est tout ce que je peux vous dire, c'est que d'abord les électeurs, mais aussi les intellectuels de gauche, les universitaires, les chercheurs, diront aux politiques qui ont la responsabilité de la stratégie, c'est à eux de dire comment conquérir le pouvoir, unissez-vous, en tout cas moi j'y vais pour ces raisons-là.

2:52
Benoît Hamon

Mais être contre l'extrême droite, très bien, mais après quand on regarde vos positions de fond, y a-t-il vraiment une union, une unité de pensée entre Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot ? Quand vous regardez ce qu'ils pensent et ce qu'ils disent sur l'Europe, sur les relations internationales, sur la Russie, sur la Chine, ils ne sont pas d'accord sur la sécurité, on l'a vu encore la semaine dernière. Est-ce qu'au fond vous voulez, à quoi ça sert d'unir des gens qui ne pensent pas pareil ? C'est des questions qui sont des questions régaliennes, c'est la compétence du président de la République de savoir comment on va agir par rapport à la Russie, par rapport à la Chine.

Quel est le lien entre Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot ? Expliquez-nous.

3:30
Présentateur

Je ne sais pas, Léa Salamé, si d'abord les différences sont si nombreuses que cela. Il y a sans doute sur les questions de politique étrangère des différences. Mais prenons la question européenne. Sur la question européenne, on prêtait aux insoumis d'être désobéissants à l'égard des traités, et aux autres d'être obéissants, en quelque sorte de dire, c'est dans le cadre des traités qu'on va agir.

Aujourd'hui, personne ne dit plus tout à fait cela, en tout cas sur la question des traités, je prends la question de la fiscalité, si on veut demain faire en Europe ce qu'a fait Joe Biden, eh bien il faudra en partie désobéir aux traités, d'ailleurs Emmanuel Macron lui-même désobéit aux traités, puisqu'il demande au Conseil d'État de ne pas respecter, ou en tout cas de donner un avis qui permettrait à la France, en dépit de ce que nous dit l'Europe, de conserver les données personnelles dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Donc on voit aujourd'hui que, sur ce sujet-là, il y a des rapprochements possibles, là où c'était un point de fracture extrêmement fort.

La transition écologique unit tout le monde, l'analyse que la redistribution des richesses fonctionne mal, que le projet éducatif est en panne, que le projet social a besoin d'un nouveau souffle, sur tous ces sujets-là, on peut trouver un chemin en commun.

4:31
Benoît Hamon

Vous avez l'impression que vous pourriez travailler ensemble, que vous pensez pareil sur la plupart des choses...

4:36
Présentateur

Alors je vais prendre un exemple, je pense que sur la question sociale par exemple, en 2017, moi j'entre avec le revenu universel. Le revenu universel, il fait débat sur le travail à gauche. D'autres proposent aujourd'hui la garantie pour l'emploi, qui est inspirée en gros d'un élargissement du principe du territoire zéro chômeur, c'est-à-dire qu'une personne au chômage de longue durée se verra offrir au SMIC horaire la garantie d'un emploi. Aujourd'hui, il y a des synthèses qui s'organisent autour de ça.

Thomas Piketty, qui parle régulièrement sur vos antennes, en proposait une, qui est de faire la garantie de l'emploi, avancer sur le revenu de base, et proposer par exemple un capital d'émancipation. Est-ce qu'on peut s'arrêter d'un mot là-dessus ? Mais ça, c'est une grande réforme. Le capital d'émancipation, ce pourrait être quoi ? Remplacer notre système d'allocations familiales en disant que nous verserions, par exemple, à chaque jeune de 0 à 18 ans, 300 euros. 200 euros qui iraient aux parents, et 100 euros qui seraient placés sur un compte, disponibles à l'âge de ses 18 ans, pour lui donner un capital de plus de 20 000 euros.

Cette proposition-là aurait l'immense mérite de mettre le pied à l'étrier à tous les jeunes, quel que soit leur projet, quelle que soit leur position sociale d'origine, et de leur offrir les conditions d'un vrai épanouissement. Ça, c'est une réforme qui est sur la table, qui peut faire l'objet d'une discussion, et très honnêtement, insoumis écologistes ou sociodémocrates

5:52
Benoît Hamon

peuvent parfaitement avancer sur ces questions. Peut-être jusqu'à Emmanuel Macron, quand vous voyez qu'il réfléchit à une garantie jeune de 500 euros par mois, octroyée aux moins de 25 ans, qui n'ont ni formation ni emploi, quand on voit qu'il a généralisé le pass culture à l'ensemble du territoire pour les jeunes. Est-ce qu'Emmanuel Macron ne fait pas, là aussi, ce que vous demandez depuis des mois ?

6:10
Présentateur

Écoutez, moi je demande à Emmanuel Macron de faire le minimum du minimum pour respecter la dignité des personnes pauvres, c'est de faire les deux choses suivantes. Le RSA jeunes, faisons-le, plutôt que de l'appeler d'une autre manière, faisons-le, tout de suite. C'est un peu plus de 560 euros, c'est très en dessous du seuil de pauvreté, mais faisons-le.

6:27
Benoît Hamon

Il ne va pas l'appeler comme ça, mais il est en train de réfléchir à quelque chose qui ressemble.

6:30
Présentateur

Écoutez, si on répare l'erreur qui est celle de la création du RMI, où on a voulu commencer le RMI à partir de 25 ans, c'est très bien, il faut le faire, moi je le réclame depuis des années, toutes les associations le demandent. Mais qu'ils fassent la deuxième chose que je vais vous dire, et que toutes les associations humanitaires et de soutien aux pauvres demandent. Automatiser le RSA. Vous le savez sans doute, mais pour obtenir le RSA, il faut remplir un dossier. Et parce que des personnes pauvres sont très éloignées, des guichets où on peut le faire, ou ont honte de le demander, un tiers des pauvres en France n'ont pas le RSA.

Il suffirait d'automatiser le RSA et nous pourrions lutter beaucoup plus efficacement contre la pauvreté. Pourquoi ne le fait-on pas ? Pour faire des économies. Sur le dos des pauvres. Et ça, cette mesure-là, je n'ai toujours pas entendu Emmanuel Macron, c'est simple à faire. La proposer alors que c'est le bon sens qu'on demande de le faire. Benoît Hamon, il y a un contexte électorale, évidemment, j'enfonce une porte ouverte. Comment expliquez-vous que dans ce contexte, la gauche soit au plus bas ? Dans les sondages d'intention de vote, tous les candidats possibles peinent à atteindre 10%. Jean-Luc Mélenchon est un peu plus haut, autour de 12%. Le total gauche se situe entre 20% et 25%.

Jamais donc la gauche n'a été aussi faible. Qu'est-ce que c'est ? Est-ce un problème de personne ? Un problème d'idée ? Comment analysez-vous ce fait-là ? Je pense que c'est les deux. Ce serait trop facile si c'était qu'un problème de personne. Après tout, on pourrait... Ça se réglerait finalement assez facilement. Ça serait peut-être un peu compliqué, mais en tout cas, il y a un vrai sujet d'idée. La gauche n'est plus en phase avec son époque. Non, mais regardons par exemple, c'est pas nouveau, l'épanouissement de la démocratie est lié à l'égalisation des possibles, on va dire, ou l'égalisation des conditions, comme disait Tocqueville.

Et on voit que sur ces sujets-là, sur la question de l'égalité, tantôt pour ce qui concerne l'égalité réelle des droits, est-ce que finalement, même si formellement on a les mêmes droits, on en bénéficie en vrai, de manière effective, sur le fait de reconnaître l'autre comme son égal, l'état d'esprit, sur le fait que la position sociale qu'on aura est liée vraiment au mérite et pas à l'origine sociale. On voit que l'éducation nationale ne remplit plus cette mission-là. On voit que sur ce processus d'égalisation des conditions, la gauche est en panne souvent d'idées, pas toutes.

Il y a de bonnes choses dans le programme de Mélenchon, il y en a aussi dans les programmes des sociodémocrates et des écologistes, mais il n'y a plus de grands projets pour l'égalité. Sur la question sociale...

8:55
Benoît Hamon

Mais est-ce que les Français demandent plus d'égalité aujourd'hui quand vous regardez l'état des forces, et ce qu'ils demandent, et l'état des sondages et des mouvements de l'opinion, est-ce qu'ils demandent plus d'égalité ou est-ce qu'au fond, ils demandent plus de sécurité ? Ce que je veux dire, c'est est-ce que la société tout simplement ne se droitise pas ?

Quel que soit ce que vous allez proposer ou pas, quand vous voyez que pour 86% des Français, la lutte contre l'insécurité sera essentielle dans leur choix de 2022, quand 6 Français sur 10 disent ne plus vouloir accueillir de migrants aujourd'hui, quand 6 Français sur 10 disent qu'il y a un problème avec l'islam aujourd'hui dans la République, que c'est une menace, est-ce que vous n'avez pas l'impression qu'au fond, la gauche a tout simplement perdu la bataille des idées et de l'époque, et que vous pourriez parler d'égalité, vous pourriez parler d'autres choses, ça n'imprime plus ?

9:37
Présentateur

Il va à l'autre chose. La première chose à dire, c'est croire qu'une société inégalitaire est une société sûre, est une folie. Aucune société inégalitaire n'est une société sûre.

Et échanger aujourd'hui, balancer l'égalité au motif que les Français n'en veulent pas pour choisir la sécurité, balancer la question sociale au motif que la question identitaire domine, je vois bien que c'est la tentation, et voire, c'est même plus que la tentation, la translation d'une partie d'élite venue de la gauche, mais c'est vain, et ça nous mène à une forme d'hégémonie culturelle qui est celle des idées conservatrices, de la détestation de la gauche, de la préférence pour les discriminations, de la haine de l'égalité.

Cette hégémonie culturelle, moi je la constate, et c'est vrai que c'est beaucoup plus difficile de défendre nos idées aujourd'hui que ça l'était il y a 10 ou 20 ans, pour autant faut-il que les principes qui sont ceux qui nous ont amené un jour à nous engager en politique au nom de l'égalité et au nom de la liberté tombent, qu'on se taise, qu'on rentre dans notre niche, voire même qu'on se convertisse, non.

Et moi je le redis, je parle de l'égalisation des conditions parce que je crois que, d'abord, le libéralisme a substitué à l'idée de cette égalité des conditions le concept d'égalité des chances, et même sur l'égalité des chances, je considère aujourd'hui que la République échoue, parce qu'il n'y a pas d'égalité des chances, mais que, là encore, c'est une vision rabougrie rétrécite de l'égalité, et qu'il me semble qu'elle doit être au cœur du projet politique de la gauche.

Mais Benoît Hamon, quand on voit un certain nombre de débats d'idées à gauche, défense des minorités, le mouvement woke, et le wokeisme, les réunions non mixtes, pensez-vous sincèrement que la gauche a là, tient là son avenir, que défendre les minorités peut remplacer la construction de majorité, pour le dire, de cette manière ? En fait, il faut articuler l'un et l'autre, c'est-à-dire que... Oui, mais est-ce que c'est pas désarticulé ? C'est ça la question aujourd'hui ? Peut-être qu'on est encore dans un moment désarticulé avant de trouver notre cohérence et notre équilibre.

Et moi, je constate aujourd'hui qu'effectivement, la gauche, elle se régénère, en tout cas dans ces débats, ce qui ne veut pas dire que ce sont des débats simples, elle se régénère.

11:39
Benoît Hamon

Est-ce qu'elle parle à quelqu'un d'autre qui est elle-même ?

11:41
Présentateur

Mais justement, non. Et vous avez parfaitement raison. C'est qu'on est très auto-centré à se parler entre nous et encore quand on y parvient et à ne parler que de nous-mêmes. C'est pour ça que je voulais aborder la question sociale et la question éducative ce matin parce qu'il me semble que ce sont des préoccupations encore plus après la crise Covid, encore plus quand on sait l'impact des nouvelles technologies et de la révolution numérique. Il y a une nouvelle concurrence pour un prof. Ça s'appelle Internet à travers les savoirs qui sont distribués, les objets par lesquels on se vide la tête et on ne se la remplit pas.

Bref, il y a donc besoin de parler de ces choses-là mais ce que vous évoquiez, je veux revenir à la question des sujets sur les discriminations des minorités, ça régénère aujourd'hui le débat à gauche incontestablement par le féminisme, par la question de l'antiracisme, par la question de l'écologie aussi et du climat. Le débat, les idées sont en train de s'abouillonner.

12:30
Benoît Hamon

Mais sur le racisme et le féminisme, ça pèse quoi dans la société ?

12:35
Présentateur

Mais sauf... Peut-être que... Ces questions-là, ces débats-là... Comme motivation d'un électeur, peut-être que ce ne sera pas la principale motivation d'une grande partie des électeurs, je veux bien l'entendre, mais ce n'est pas pour autant qu'il faille aujourd'hui que l'on tolère qu'une société soit patriarcale et qu'elle soit raciste. Et donc... Mais je ne dis pas que vous... C'est le cas.

12:52
Benoît Hamon

D'abord non, et deuxièmement, quand la seule chose que vous proposez, c'est ça, c'est le décontreux patriotisme... Non, mais en l'occurrence,

12:58
Présentateur

je ne me dis pas ça. Non, mais j'essaie de...

13:00
Benoît Hamon

Je vous pousse évidemment dans votre tranchement pour essayer de comprendre ce que la gauche a proposé à part cela.

13:05
Présentateur

Moi, je vous mets sur la table une proposition. Puisqu'on veut s'inspirer de l'Europe, il y a une formidable institution en Europe, dans un pays qui s'appelle le Danemark, qui s'appelle l'école populaire, la Folk-Oil School. Dans l'école populaire, les adultes et les jeunes vont à l'école sur leur temps de congé. Voyez-vous, pour y faire des cours sur, je sais quoi, le jazz scandinave, la philosophie, la science. Cette école-là est un des instruments par lesquels la cohésion nationale a été possible au Danemark. Pourquoi ? Parce qu'on continue à apprendre.

Eh bien, moi, je pense qu'il y a beaucoup de Français qui, en raison du fonctionnement de notre système éducatif, ont un souvenir traumatique, parfois, de l'éducation nationale, de l'école. Pourquoi ? Parce qu'on y trie par l'échec, parce qu'on n'était pas dans les premiers, parce qu'on était moyen, voire même qu'on était en bas du classement. Eh bien, moi, je pense qu'il faut reconstruire une école de ce type en France. Comment ? Moi, je propose qu'il y ait une sixième semaine de congé payée, optionnelle et éducative.

Elle serait de droit pour tout salarié qui demanderait à aller à cette école-là, à passer une semaine sur les bancs de l'école avec des plus jeunes, avec des plus vieux, à partager des temps communs d'apprentissage. Et elle serait financée par des fonds de la formation professionnelle qui ne sont pas utilisés en partie. Voilà quelque chose que je mets sur la table.

14:16
Benoît Hamon

La gauche revienne sur l'éducation et le social, c'est ce que vous dites, pas seulement les questions identitaires et de minorité.

14:21
Présentateur

On l'attend là-dessus et je le dis à vos auditeurs, mais il y a quelque chose qui me terrifie. Moi, j'ai entendu des électeurs de gauche me dire « Oui, mais il y aura Le Pen, mais la gauche reviendra comme après Trump aux Etats-Unis. » Cessons d'avoir une vision romantique de ce que va être l'arrivée du nationalisme au pouvoir comme si on allait revenir de manière mécanique au pouvoir, nous, derrière. D'abord, rappelez que l'extrême droite gagne le pouvoir par les urnes, mais régulièrement refuse de le perdre par les urnes. Et la tradition du fascisme en France et en Europe n'est pas une tradition qui est une tradition « cool », on va dire. Si on pouvait...

Ce n'est pas le bon mot, mais c'est une tradition violente, c'est une tradition antirépublicaine, c'est une tradition raciste. N'oublions pas non plus que le pouvoir qui serait celui de Marine Le Pen dans la Ve République est considérable.

Et que ce qui a été fait pendant les cinq dernières années au prétexte de lutter contre le terrorisme qui a transféré dans le droit commun des instruments d'une justice d'exception, par exemple, plus les moyens de cybersurveillance à l'aune de ce monde-là, avec les pouvoirs de la Ve République et ceux de nomination du président de la Ve République, imaginer Marine Le Pen au pouvoir, ça n'a absolument rien de normal et moi je ne crois pas à l'alternance mécanique après Marine Le Pen.

15:37
Benoît Hamon

Il n'y a pas que des électeurs de gauche qui disent ça, il y a aussi des dirigeants de la gauche qui disent c'est plié de toutes les manières, c'est perdu pour 2022, autant viser 2027, voire même ceux qui disent autant miser sur Marine Le Pen, comme ça on revient.

15:49
Présentateur

Ce sont des imbéciles. mais moi je ne prendrai pas une seconde le risque que mes enfants connaissent le fascisme dans ce pays. Voilà. Pas une seconde.

15:56
Benoît Hamon

C'est-à-dire qu'en cas de second tour Macron-Le Pen, votre choix sera clair ?

15:59
Présentateur

J'aimerais que ce ne soit pas ce second tour-là. Mais chaque fois qu'il y aura l'extrême droite, moi je sais ne pas confondre, mais je le dis ici et solennellement, moi je l'ai fait le soir en 2017, j'ai appelé à voter immédiatement pour Emmanuel Macron parce qu'il était face à Marine Le Pen. M'a-t-il donné raison dans ce qu'il a fait ? Il n'a pas été le rempart à l'extrême droite ni dans les urnes, elle progresse, ni dans les politiques. Est-ce que fait Darmanin à la manif des policiers notamment ? Alors, précisément, mercredi dernier, il y a des policiers manifestés devant l'Assemblée nationale à Paris.

Qu'avez-vous pensé, Benoît Hamon, de cette manifestation à laquelle se trouvaient Olivier Faure, Yannick Jadot, Anne Hidalgo, Gérald Darmanin, mais aussi Jordan Bardella ? Écoutez, il y avait d'abord l'hommage à Éric Masson et Stéphanie Monfermé et un hommage auquel chacun d'entre nous, chaque citoyen s'associe. Et y compris la sensibilité à la difficulté du métier de policier aujourd'hui et à la souffrance qui est celle de bon nombre de policiers. Ça, c'est une chose.

Mais dans une manifestation dans laquelle les syndicats ont comme mot d'ordre la mise en cause de la justice, la fin de l'individualisation des peines, l'augmentation de la sanction pénale dont on sait qu'elle est parfaitement inefficace à lutter contre l'insécurité, la pression de la police sur la justice, ça, c'est pas le patrimoine ni intellectuel, ni politique, ni culturel de la gauche.

17:21
Benoît Hamon

Et donc quoi ? Gérald Darmanin ne devait pas y être, c'est ça ?

17:23
Présentateur

Gérald Darmanin, c'est le grand cirque de la récupération politique. Et bon, Gérald Darmanin, envoyé par Emmanuel Macron, essaye de faire de la récupération politique. Ce que moi, je constate, c'est que la gauche n'avait rien à faire là. Mais absolument rien à faire là. Aucun des mots d'ordre qui sont là ne sont des mots d'ordre de gauche. On peut parfaitement se mettre autour de la table. Je vais vous dire, vous avez donné une information sur France Inter qui mérite qu'on s'y attarde.

En début de semaine dernière, je crois, vous avez évoqué sur votre antenne, si je ne me trompe pas, un sondage du Cevipof, un sondage du Cevipof fait avec Ipsos qui dit que 74% des policiers d'actives s'apprêteraient à voter pour Marine Le Pen en 2022.

18:02
Benoît Hamon

En cas de second tour face à Emmanuel Macron.

18:04
Présentateur

74%. C'est un chiffre considérable.

18:08
Benoît Hamon

Des policiers d'actives,

18:08
Présentateur

on précise. Parce que 60% pour ce... Oui, mais des policiers d'actives. Donc, nous confions une arme à des femmes et des hommes qui tous les jours font ce métier qui est celui d'assurer la sécurité. Mais aussi de partager une vision de la République qui est celle d'une République dans laquelle il n'y a pas de discrimination. Dans lesquelles aujourd'hui, on doit pouvoir comme citoyen quelle que soit son origine sociale...

18:30
Benoît Hamon

Sur la police, vous voulez dire quoi ?

18:31
Présentateur

Je pense que c'est un indicateur à minima d'une institution en souffrance, d'une institution malade et qui suppose qu'on travaille avec elle. Mais vis-à-vis de ça, moi je le dis aux dirigeants de gauche, il y a des principes. Et parmi les principes, c'est on ne manifeste pas avec l'extrême droite. Ça n'arrive jamais.

18:51
Benoît Hamon

Vous dites ce qu'a dit Audrey Pulvar qui a dit que cette manifestation soutenue par l'extrême droite qui marche sur l'Assemblée nationale pour faire pression sur les députés lui semblait glaçante. Gérald Darmanin va porter plainte au nom du ministère de l'Intérieur contre elle estimant que ses propos viennent profondément diffamer la police de la République. Votre réaction ?

19:09
Présentateur

C'est le syndrome du ministre de l'Intérieur qui n'a pas assez joué aux petits soldats quand il était jeune. Franchement, je ne sais pas, ce côté matamor, viril, un ministre de l'Intérieur sur deux, sinon deux sur trois, en surjoue le côté bonhomme, comme on dit, vous voyez. Et je trouve ça ridicule. Je retiendrai de Gérald Darmanin qu'il est probablement le premier ministre de l'Intérieur de la République et d'un gouvernement dit libéral à avoir dit à la leader de l'extrême droite qu'elle était trop molle sur un texte sur le séparatisme, trop molle, et qu'il l'invitait, elle et ses députés, à voter son texte. C'est une rupture.

C'est une rupture que moi j'impute à Emmanuel Macron parce que c'est son ministre de l'Intérieur. Et on ne peut pas banaliser les idées d'extrême droite, en même temps diaboliser la gauche et les écologistes sans que ce soit sans conséquences. C'est pour ça qu'aujourd'hui, celui-là, M. Darmanin, qui fait des procès aux uns et aux autres, quand il se retournera pour appeler les électeurs de gauche à faire barrage à Marine Le Pen, quelle crédibilité aura-t-il ? Quelle crédibilité aura-t-il ? Question sur un autre, un ancien ministre de l'Intérieur Sophie sur l'application d'Inter dit qu'elle lit la presse espagnole et qu'elle apprend que Manuel Valls revient en France.

Il démissionne déjà, dit-elle, entre parenthèses, de la mairie de Barcelone. Croyez-vous, un nouvel avenir politique en France pour lui ? Benoît Hamon. Moi, je n'ai pas de commentaire à faire sur ce sujet. Alija, que pensez-vous de faire l'unité derrière celui qu'elle appelle le patriarche Mélenchon qui ne veut pas lâcher, c'est le plus ancien, donnons-lui sa chance, on sera tous derrière, dit-elle. Réaction, Benoît Hamon ? Moi, je pense qu'il ne faut pas poser Doucasse. C'est pour ça que j'ai dit dans cette réunion des dirigeants de gauche, si on veut vraiment l'unité, il ne faut pas qu'on explique que c'est l'unité à condition que ce ne soit pas celui-là ou pas Mélenchon ou pas Jadot.

Et Taubira, Nicolas. Voilà, Alija était un garçon et Benjamin en est un aussi. Vous ne les inventez pas, là, j'espère. Non, absolument pas. Candidature commune autour de Christiane Taubira. On est nombreux à en rêver, dit-il. C'est vrai que, si je peux me permettre cette expression-là, moi, personne n'ignore la sympathie, le désir que j'ai ou que j'ai eu, en tout cas, qu'elle puisse représenter toute la gauche. Est-ce que ce serait possible ? Ce serait aussi compliqué pour tous les autres.

21:30
Benoît Hamon

Est-ce qu'elle le souhaite ?

21:31
Présentateur

Est-ce qu'elle le souhaite ? Je n'en sais rien. Mais c'est vrai que elle incarne à la fois sur la question de la République mais surtout de l'émancipation. Une capacité à porter un discours sur l'individu, l'émancipation des individus et en même temps la République et le projet collectif, elle incarne là une synthèse intelligente, éclatante.

21:51
Benoît Hamon

C'est votre candidat, si on comprend bien.

21:53
Présentateur

Non, mais vous me demandez un portrait de Christiane. Moi, je l'aime beaucoup. Ce n'est pas un secret pour personne. Mais vous avez donné deux critères qui sont des critères importants. Le souhaite-t-elle ? A priori, non. Et le peut-elle ? Ce n'est pas encore gagné.

22:09
Benoît Hamon

En novembre dernier, Benoît Hamon, vous ne mâchiez pas vos mots sur la chaîne CNews, d'une télé d'extrême droite, complotiste, conspirationniste, qui défend les idées parce qu'ils sont parfois racistes et qui met à l'antenne des gens trois fois condamnés pour incitation à la haine raciale. Il se trouve que CNews a dépassé à plusieurs reprises ces derniers jours BFM en audience. Et au fond, qu'il y ait sur le modèle de Fox News aux Etats-Unis une chaîne qui parle à une autre partie de la société que la vôtre, à un électorat conservateur. n'est-ce pas normal ?

22:35
Présentateur

Ah mais moi, je ne reproche pas l'existence de médias d'opinion.

22:39
Benoît Hamon

Mais vous ne voulez pas y aller ?

22:40
Présentateur

Je n'y vais pas parce que je n'ai pas envie de tomber dans ce registre-là. On ne débat pas avec Pascal Praud, on ne débat pas avec Éric Zemmour. Si vous êtes obligé... Ce qui est énoncé par Éric Zemmour régulièrement, ce sont des contre-vérités historiques. Sauf que c'est fait à vitesse d'un média télé et qu'il faut attendre la contre-expertise des historiens pour pouvoir démontrer à chaque fois que ce qui se raconte sur cette chaîne et dont les journalistes maintenant, je veux dire, sont aussi les... qui y travaillent, sont coproducteurs de cette ligne-là, c'est souvent une ligne ultra-conservatrice, discriminatoire, islamophobe, parfois raciste, des propos qui y sont entendus. Oui.

23:23
Benoît Hamon

Et vous mettez tout le monde dans le même sac ?

23:24
Présentateur

Je mets tout le monde. Vous savez, il y a... Non. Non, alors la réponse est non. Je ne les mets pas tous dans le même sac, évidemment. Mais il y a une humeur, il y a une température. Il y a un... Et personne ne doute de ce qu'est l'humeur de ces news. Mais je veux dire, oublions les journalistes que j'ai cités. Le sujet, c'est M. Bolloré, patron de cette chaîne, qui fait de belles affaires ailleurs, qui est champion pour déclencher des procès aux uns et aux autres. Lui qui maltraite ses propres salariés. C'est ce modèle-là dont je ne veux pas. Et ça rappelle une chose, l'extrême droite, elle est dure pour les travailleurs. Elle est dure sur le plan social. Nous l'oublions jamais.

Et je le dis aux ouvriers, aux classes populaires qui sont parfois tentées d'aller voter de ce côté-là. Ils n'auront rien à y gagner sur le plan social. En un mot, Benoît Hamon, humeur et température de la vidéo du président de la République avec les Youtubers McFly et Carlito qui se sont livrés à un concours d'anecdotes. Ça a été mis en ligne hier. Vous l'avez vu ? Vous en pensez quoi ? Non. Pour être très honnête avec vous, c'est ma fille de 9 ans qui m'en a parlé. Donc, c'est une mission accomplie. Une mission accomplie, sans doute. Mais c'est très bien. Le président de la République fait les influenceurs.

Ce serait bien qu'il pense aux étudiants qui font la file pour manger à peu près normalement. Moi, je demande à un président de la République d'aller raconter toutes les petites blagues qu'il veut. D'un point de vue-là, il ressemble à un autre. Il ressemble à un autre. Mais ce serait bien qu'il fasse le boulot sur les jeunes qui sont pauvres aujourd'hui. Je ne peux pas vous dire autre chose que cela. Benoît Hamon, merci d'avoir été à notre micro ce matin.