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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 29 août 2024 9 min

L'amertume des électeurs du RN - reportage #cdanslair 29.08.2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- C.Roux: Le RN a été d'office exclu des consultations. Chez les électeurs de M.Le Pen, la pilule a du mal à passer.

Nous sommes allés à Soissons. Le député frontiste a été élu au premier tour là-bas. - Soissons, ville paisible de l'Aisne, conquise par le RN.

En 2 ans, le nombre d'électeurs RN a plus que doublé ici. Lors des dernières législatives, le député n'a eu besoin que d'un seul tour pour être réélu à l'Assemblée. Sonia a toujours voté pour le RN.

Cette fois, cette mère y a cru avant de déchanter. - Je pensais que J.Bardella allait être Premier ministre et être à côté de monsieur Macron.

Mais monsieur Macron a changé. Il a fait à son idée. - Sonia est en formation.

Elle touche le RSA. Au quotidien, c'est difficile. Il faut tout compter. - Il Restera 4,90 euros.

On prend quand même? - Euh...

Non. Je ne peux pas les payer. - Une situation inconfortable qu'elle impute au président de la République. - Macron est pour les riches et pas du tout pour les pauvres.

J'essaie de faire attention, de prendre le strict minimum, mais il y a toujours un moment où il y a un truc qui nous rattrape. - Sur le marché, Elodie non plus ne digère pas l'évolution politique du pays depuis les législatives. - 1,94 euro. - Comme plus de 9 millions de Français au 1er tour, elle aussi a voté pour le RN. - J'ai du mal à me dire qu'il faut aller voter.

Ca ne changera jamais. Ca sera toujours les mêmes partis qui vont passer et les autres, qui peuvent apporter quelque chose à la France, ne passeront pas. - Elle s'inquiète pour ses 3 enfants, notamment quand elle voit l'argent dépensé pour les JO. - Beaucoup d'argent pour peu.

C'est 15 jours. Certes, c'était magnifique, mais il y a eu beaucoup d'argent. Ils auraient mieux fait de le donner aux Français qui en avaient besoin.

Nous, Français, on a besoin d'un peu plus d'aides. Pas forcément des aides sociales, mais des aides, des produits qu'on a besoin au quotidien, un peu d'essence... - Un mécontentement que Brice, lui, observe depuis son stand de fruits et légumes.

Pour la 1re fois, il a choisi de voter blanc. - Le président est haut perché. Il ne se rend pas compte de ce que c'est, la France qui se lève tôt le matin.

Des amis ont dit qu'il avait entendu la France qui travaille...

En fait, non. Tout le monde est attaché à son fauteuil. Il a peur de le perdre.

Il faudrait arrêter de penser que la politique est un métier. - L'impression d'être abandonnés, méprisés par une classe politique bien loin de leur quotidien. - C.Roux: E.Fottorino, votre réaction à ce reportage?

Qu'est-ce qu'on dit à ces électeurs? - E.Fottorino: Pour eux, c'est trop long, mais au-delà du temps, c'est le fait qu'on n'a pas entendu leur voix.

Les demandes, c'est le pouvoir d'achat...

On ne parle pas encore de la rentrée des classes mais ça arrive. Toutes les questions sociales et sociétales qui sont adressées au monde politique et aux dirigeants, ils ont l'impression que le bulletin de vote qui devait servir à dire quelque chose...

Ce n'est pas comme si ça n'avait pas été dit. Ce n'est pas parce que le paysage politique est fracturé qu'il n'y a pas eu de message passé. Que ce soient les électeurs du RN ou de la gauche, ils ont dit quelque chose sur l'attente qu'ils ont vis-à-vis des politiques.

Ce fossé qui continue de se creuser chaque jour qui passe fait que c'est un ferment explosif. Le peuple, à un moment donné, se lève. Et pourquoi?

Parce qu'il y a une mesure, comme ça, dont on ne pensait pas qu'elle serait aussi inflammable...

Et tout d'un coup, Paris est dans la rue. - C.Roux: C'est le pari de J.-L.Mélenchon, qui appelle à une mobilisation dès le 7 septembre? - E.Fottorino: On ne peut pas décider qu'un peuple va être calme ou pas.

On ne peut pas changer de peuple, disait-on à l'époque de L.Jospin...

Le peuple est là. Ce sont encore les vacances, les JO, mais dans quelques semaines, si la situation continue comme ça, il peut y avoir à tout moment une flammèche qui s'allume et qui met les gens dans la rue. - C.Roux: 43 jours après, parfois, certains ne font pas la même lecture de ce scrutin?

Certains disent que le message qui a été porté est un message de droite, une France de droite qu'il faut entendre. On pourra revenir sur ce qui s'est passé avec ce gendarme fauché par un multirécidiviste et le cri de colère de sa veuve...

De l'autre côté, on a une partie de l'électorat et de la classe politique qui dit que c'est un message de gauche qui a été envoyé au pays. - E.Fottorino: On est dans une sorte de préjugé.

On dit par exemple que la sécurité, c'est à droite, et les salaires, c'est à gauche. C'est absurde. A gauche, il y a aussi une demande de sécurité.

La question des salaires touche aussi des petits patrons qui ne vont pas pouvoir garder des employés si le Smic augmente. En fait, on paye quelque chose: on est incapables, dans notre pays, au niveau politique, de faire vraiment des compromis. Avant, il y avait le fait majoritaire.

Il y avait une majorité qui appliquait le programme et personne ne discutait. Je pense qu'on est à la veille d'une crise institutionnelle et politique aussi grave que celle de 58. Elle peut déboucher sur une autre manière d'élire un président de la République, des députés.

C'est possible. On ne peut pas continuer comme ça avec ce mépris. - C.Roux: Qui méprise qui?

Les élites? - E.Fottorino: Oui, et même le président de la République et les chefs de partis politiques.

Le vote n'a pas eu d'incidence sur leur comportement. - C.Meeus: A Paris, on entend beaucoup, en ce moment, et dans les reportages, qu'il y a une bonne nouvelle, que le prix à la pompe a baissé.

Sous-entendu que les Français ne doivent pas se plaindre, ils vont récupérer du pouvoir d'achat. Sauf que les Français, notamment en province, n'ont pas perçu ça. Certes, il y a une baisse par rapport à la hausse la plus récente.

Mais ils n'y retrouvent pas leur compte par rapport à 2 ou 3 ans. Si la classe politique continue à tenir ce discours, il va y avoir un décalage grandissant avec les Français, notamment ceux de province. D'accord, ça a baissé de quelques centimes, mais ça avait tellement augmenté...

De la même façon, vous évoquiez ce qui s'est passé dans le sud-est de la France... - C.Roux: Avec ce gendarme qui a été fauché. - C.Meeus: On voit que la droite et l'extrême droite se saisissent de ce fait divers pour réclamer une plus grande sévérité.

Ca rappelle ce qui s'est passé au moment de Nahel. La gauche et l'extrême gauche s'étaient aussi saisies de cet événement. On est dans quelque chose d'assez classique, politiquement.

Pour moi, le vrai problème, c'est le décalage qu'il va y avoir entre les Français, qui ont l'impression d'une impuissance publique...

Quand on voit le pedigree de la personne soupçonnée... - C.Roux: Un multirécidiviste qui circulait