«Performer» : Claude Onesta est l'invité de Culture médias
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Mais d'abord, j'ai la chance de recevoir l'un des plus grands entraîneurs français, ancien responsable de l'équipe de France masculine de Handball et directeur de la performance pour la France au Joo de Paris. Bref, un homme qui sait motiver les autres. Bonjour Claude Nestar.
Bonjour et merci beaucoup d'être là ce matin. Performer la méthode. C'est le titre de votre livre témoignage sur votre expérience aux Jeux Olympiques de Paris. l'occasion pour vous de livrer aussi les secrets de votre méthode pour réussir.
Mais alors, il faut pas s'attendre à un livre de développement personnel à de bons sentiments ou un récit rempli de joie de nostalgie. Non, dès le début vous expliquez que les 7 ans qu'ont duré votre mission sur les Joo ont été un marathon de souffrance à ce point-là. Oui, après j'étais pas venu pour me pour prendre du plaisir.
J'étais venu pour travailler et et transformer un modèle qui était un peu un peu en délicatesse. Bon, j'ai vu que la transformation c'était quelque chose de compliqué. Ouais. que faire bouger tout ça c'était difficile et que et pour autant pour autant je pense qu'on a réussi à à réaliser des performances enfin les athlètes ont réussi à réaliser des performances assez exceptionnelles bien sûr bien sûr mais alors pourquoi après avoir tout gagné pendant 15 ans avec les Bleus du hand alors que vous pouviez enfin prendre votre retraite peénard pourquoi avoir accepté de vous relancer dans cette galère pour te le donner ça j'étais j'étais parti pour dérouler jusqu'à la fin tranquille j'étais plutôt plutôt en situation favorable.
Ouais. [rires] Et puis puis quand on vous appelle et qu'on vous dit bah les Jeux Olympiques viennent de nous être attribué, on va savoir les organiser, on pense mais la le risque c'est que les athlètes français soient pas au rendez-vous et que ça gâche la fête et que ça soit dramatique. Donc là, vous avez l'impression d'avoir une mission.
Ah, c'est vraiment une mission. C'est-à-dire à aucun moment je me dis qu'est-ce que j'ai gagné parce que si je me pose la question, je viens pas. OK.
Euh par contre, j'ai vécu 30 40 ans dans ce dans ce secteur d'activité et j'ai fait partie comme les autres de ceux qui rallaient et de ceux qui pensaient qu'il fallait faire autrement. Hm. Donc quand on vous dit un jour ben maintenant vas-y, tu peux le faire du camion.
Ouais, on y va. tu te dis, "Ben, j'ai pas le droit de de me défausser, j'ai pas le droit de reculer." Donc, mais et mais j'y suis allé un peu naïvement quand même pensant que les jeux à Paris ça allait faire ça allait fédérer tous les acteurs autour de cette ce projet que tout le monde allait être réuni.
Ouais. Non non, j'ai vite [raclement de gorge] j'ai vite [rires] compris que c'était peut-être pas comme ça que ça allait se dérouler. Alors, votre première mission le donesta, ça a été de rédiger un rapport d'abord sur le sport français.
Mais alors des rapports de ce genre, il y en a déjà eu pas mal avant vous. Euh, on sait que souvent ils vont surtout servir à remplir une armoire. Euh, j'imagine que vous aviez cette inquiétude là.
Oui, parce que j'ai commencé par lire ces fameux rapports qui avaient déjà été déjà été publiés et sur lesquels d'autres avaient travaillé et et j'ai très vite compris que ce que j'allais pouvoir identifier avait déjà été identifié. Ouais, j'avais pas [raclement de gorge] j'avais pas vu autre chose. Euh après donc j'ai vite compris, je me suis dit mais pourquoi tout ce qui a déjà été analysé n'a jamais rebondi sur des solutions ?
Bon et là on commence à se heurter à toutes les problématiques que j'ai dû que j'ai [raclement de gorge] dû avec sur avec lesquelles j'ai dû lutter, c'est-à-dire la lourdeur de l'administration, le pouvoir politique, le manque de volonté politique. Oui. Pas de volonté mais peut-être parfois de courage décisionnaire. de choix mais je sentais bien que l'opportunité là c'était pas une réflexion générale comme d'habitude, c'était adossé à un projet exceptionnel et unique et que l'événement qui qui allait arriver s'imposait à nous tous et qu'il fallait qu'on soit au rendez-vous.
Donc h je me disais que dans ces conditions-là, c'était peut-être la seule fois où on aurait l'opportunité voir l'obligation de réussir et qu'il [grognement] allait falloir que ça bouge. Et alors vous arrivez à votre poste au ministère des sports Claude Nesta et alors là il y a une scène absolument géniale dans votre bouquin que vous racontez et qui dit beaucoup des joies de l'administration française. Vous demandez que votre équipe travaille en open space ce qui paraît pas délirant hein comme demande.
Mais on vous répond que c'est pas possible parce que il y a une photocopieuse et que la photocopieuse ça fait du bruit et que du coup il faut que chacun soit dans son petit bureau. Ah oui, on est sur des grosses problématiques. Ah non non mais c'est enfin moi je débarquais de de la lune quoi.
Je je posais des questions qui me paraissaient simples et on me répondait toujours par des règles, par des règlements, par des Et là la la la le personnage que je connaissais pas, que je rencontre à cette occasion me dit "Ben voilà, [gémissement] la règle c'est que vous devez avoir un bureau pour chaque collaborateur de 7 m²." Ouais. Je dis "Vous voir, ça va être plus simple.
On va pas mettre de cloison, on va tout se mettre au milieu puis on va discuter toute la journée. Et là, je voyais le gars, il me regardait comme un extraterrestre. C'était impossible.
Le pire, c'est quand vous lui avez demandé un frigo pour faire des apéro, quoi. Non mais puis parce que j'ai dit mais une fois un frigo au fond avec un canapé qu'on puisse par moment s'isoler peut-être boire un coup. Ah monsieur, vous avez pas le droit de boire sur le lieu de travail, vous avez pas aïe aïe aïe.
Et moi, bon après moi je suis un peu provoque donc je me suis dit mais vous rendez compte les jours on va jouer de la guitare et tout ça ça va être [rires] drôle. Et je pense que les conditions, le gars se décomposé mais mais après je je lui ai dit écoutez si vous voulez pas le faire c'est pas grave, on va le faire nous. Ouais bah quand vous serez parti ben on va démonter les cloiseurs, on va le faire notre truc.
Et donc j'ai réussi parce qu'il y a quelqu'un qui a dû lui dire "Bon arrête. nous ne nous l'énerve pas, [rires] il est sensible, il va certer les cloisons après il va faire un bouquin et tout mais c'est symbolique cette histoire d'op space. Je trouve c'est symbolique de de du manque d'esprit collectif que vous avez identifié même dans le sport français.
Vous dites même en vue des JO de Paris, il faut il faut réussir à créer cette émulation et que tout le monde aille dans le même sens quoi. Le paradoxe c'est que dans la discussion de fond tout le monde est d'accord. Tout le monde vous dit "Oui oui mais tu as raison je comprends ce que tu veux faire.
Tu as raison, c'est sûrement par là qu'il faut passer. Ouais. Mais à la fin, ça la discussion finit toujours par "Oui, mais tu sais c'est pas possible." Hm hm.
Parce que la la le décret, la loi, le truc, le machin le Ben, j'ai dit "Ben, on va les changer les lois." Alors là, quand tu dis changer les lois, tu as l'impression d'avoir touché à quelque chose. Mais moi j'ai dis mais c'est vous pouvez pas me demander de venir transformer le modèle si toute la journée vous me faites passer par les mêmes codes et les mêmes organisations qui ont qui qui avait lieu précédemment.
Laissez-moi aller ailleurs. Et ailleurs, c'est pas possible parce qu'ailleurs c'est ça les terrorise ailleurs. Et puis vous avez identifié Cludonesta qui avait aussi un une sorte de lassitude chez les coachs en général et et le fait qu'ils savent faire progresser leurs athlètes mais pas forcément les faire gagner.
Donc vous allez établir un plan coach et l'un des piliers c'est de d'augmenter certains coachs. Ouais. Vous dites ça passe aussi par l'argent à un moment.
Oui, mais parce que j'avais le sentiment, bon, j'avais fait ce métier longtemps et j'avais souvent côtoyé mes mes collègues, mais j'avais pas forcément analysé leur leur fonctionnement, leur leur leur organisation spécifique. Et je me rends compte que c'est là ces gens-là pour la plupart sont au bout de d'une aventure lourde. Ils ont l'impression que quoi qui se passe, qui gagne, qui perdent, ça change rien. il y a une espèce de d'habitude et tu te dis mais tu peux pas gagner les les Jeux Olympiques avec des avec des habitudes quoi.
Tu tu dois tu dois être à l'initiative tous les jours. Tu dois être celui qui va créer la dynamique que le que l'athlète va suivre. Bien sûr.
Et mais là [raclement de gorge] quand j'ai commencé aussi à dire bah on va augmenter la rémunération mais j'ai vu les autres monter autour et dire mais comment il va gagner plus que moi ? C'est pas possible. Enfin, je dis mais ça t'a pas effleuré l'esprit que dans le foot les joueurs ils gagnent plus que leur entraîneur.
Ah ! Ah ouais ! Mais là non, ça c'est pas possible.
C'est moi le chef donc je peux pas je peux pas avoir un mec qui gagne plus que moi. Et je suis vraiment très content qu'au moment où vous disiez ça, il y a le patron d'Europen qui vient de rentrer en régie [rires] pouvoir avoir une bonne discussion pendant la publicité. Claudesta merci.
On revient tout de suite et on va parler musique avec Joeo.
Gérard Onesta