Allocution de Catherine Vautrin pour l’inauguration d’Eurosatory 2026
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« depuis 2017, sous l'impulsion du président de la République, Emmanuel Macron, l'accroissement de notre budget militaire permettra son doublement en 2027. »
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« Elle prévoit 36 milliards d'euros supplémentaires qui ajoutés aux 413 milliards prévus d'ici 2030 répondront à nos priorités. »
- 22:46Invité politiqueChiffre
« Chez KNDS à Roam, les effectifs ont doublé en 7 ans grâce aux investissements dans la chaîne de véhicules Scorpion. »
- 23:02Invité politiqueChiffre
« Chez Safran à Montlusson, la capacité de production des bombes à deux SM à meur aura été multipliée par 6 entre 2022 et 2026. »
- 23:20Invité politiqueChiffre
« 120 millions d'euros sont investis pour étendre et moderniser le site avec 500 emplois créés d'ici 2030 pour soutenir la forte demande de ces armements. »
- 23:34Invité politiqueChiffre
« Chez MBDA, la production de missile a doublé entre 2023 et 2025 et je salue l'annonce la semaine dernière de la création d'un nouveau site de mécanique à proximité d'Orléon pour répondre à l'objectif de multiplier par 6 la production de missile en France entre maintenant et 2030. »
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« Et nous sommes en phase, je vous l'annonce ce matin, de négociation exclusive avec un groupement souverain composé de Safran et MBDA. »
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Ah. ! Oui. ! Vous allez bientôt assister à l'allocution de Madame la Ministre des Armées. À l'issue de cette allocution, je vous demande de bien vouloir rester en place pour laisser les autorités quitter le lieu. Merci. Allocution de Madame la Ministre des armées.
Mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les ambassadeurs, monsieur le chef d'état-major des armées, monsieur le préfet, monsieur le délégué général pour l'armement, mesdames et messieurs les élus, messieurs les chefs d'état-major d'armée, monsieur le secrétaire général pour l'administration, monsieur le directeur général des relations internationales et de la stratégie, mesdames et messieurs les officiers généraux, mesdames et messieurs les dirigeants d'entreprise, cadres, ingénieurs, acteurs de notre écosystème de défense, mesdames et messieurs en vos grades et qualités. Dans l'agenda mondial, il est des rendez-vous qui disent quelque chose de l'état du monde.
Eurosatory est de ceux-là. Avec plus de 2600 exposants et 300 délégations venues de près de 100 pays que je salue chaleureusement, ce salon est le plus grand rendez-vous de la défense et de la sécurité terrestre et aéroterrestre du monde. C'est une fierté pour la France de l'accueillir. Que ses organisateurs, son président, toutes les équipes, le GICAT, toutes celles et ceux qui rendent cet événement possible soient chaleureusement remerciés. Il y a quelques instants, nous venons d'assister à des démonstrations impressionnantes qui ouvrent une fenêtre sur ce qu'est le combat d'aujourd'hui.
Au-delà de la seule vitrine technologique, nous avons vu des savoir-faire éprouvés sur le terrain, des matériels testés dans des situations au plus près de la réalité des conflits actuels. C'est ainsi que l'on prépare l'engagement. C'est ainsi que l'on aguerrit une armée de métier comme celle de la France. Je remercie les militaires, les entreprises, les ingénieurs, les techniciens, toutes les équipes qui ont pris part. Là réside la force d'Eurosatory. Réunir l'industrie, les armées, nos partenaires autour d'une même exigence opérationnelle et au-delà toute la communauté de défense. Garder le terrain comme point de départ et le combattant comme point d'arrivée.
Je veux vous redire mesdames et messieurs les officiers généraux, officiers, sous-officiers, officiers mariniers, soldats, marins, aviateurs, personnel civil des armées présents, combien la responsabilité qui m'a été confiée par le président de la République et le Premier ministre à la tête du ministère des armées m'oblige. Combien je suis évidemment fière et heureuse d'être à vos côtés dans les temps troublés que nous traversons et fière et engagée pour avec vous préparer l'avenir. Car ce salon s'ouvre dans la gravité. Lors de l'édition 2022, la guerre d'agression russe contre l'Ukraine était dans tous les esprits.
Une guerre de haute intensité sur le sol européen avec son cortège de victimes, de destructions et d'angoisses. Une guerre à laquelle nous, Européens, n'étions pas moralement préparés, qui a justifié les efforts accomplis pour remettre à niveau notre outil de défense et pour promouvoir l'autonomie stratégique, c'est-à-dire notre capacité à garder les clés de notre destin. En 2024, cette guerre avait déjà changé notre manière de concevoir le rôle de la masse, des feux, des munitions, des drones, de la guerre électronique, de la profondeur ou de l'endurance. En 2026, ces enseignements demeurent plus que jamais.
Mais ils s'inscrivent désormais dans un environnement plus vaste, instable et dangereux. La guerre en Ukraine continue de peser sur la sécurité de tout notre continent. Le peuple d'Ukraine continue de de se battre avec un courage qui le respect et l'admiration. Je salue très chaleureusement les représentants de l'Ukraine présents parmi nous et leur redis notre détermination à continuer de soutenir leur combat aux côtés des États membres de la coalition des volontaires. Malheureusement, l'Ukraine n'est pas le seul objet de nos inquiétudes. Au Proche et Moyen-Orient, je salue l'accord annoncé cette nuit et redis l'engagement de notre pays à participer à sa réalisation.
Tant la mer Rouge, le golfe arabo-persique, la Méditerranée orientale nous rappellent que les équilibres régionaux touchent directement nos intérêts et ceux de nos alliés. Nos approvisionnements et la compétitivité de nos entreprises, la liberté de navigation, la sécurité de nos ressortissants et celle de nos partenaires. Car partout, les règles internationales sont contestées. Les menaces hybrides se multiplient. Aucun espace n'est à l'égard de la conflictualité. Ces menaces visent nos armées, nos entreprises, nos infrastructures, mais aussi nos opinions publiques, nos institutions, nos forces morales.
C'est pourquoi la résilience et la résistance de la société tout entière deviennent un enjeu de défense. Elle passe par un effort de clairvoyance et des choix propres à garantir notre capacité à décider de notre sort et à épauler nos alliés. Face à cela, l'Ukraine, nous le rappelle chaque jour, la supériorité opérationnelle n'est jamais acquise. L'adaptation de nos armées est une nécessité permanente. Tenir dans la durée, protéger nos soldats, préserver leur liberté d'action, combiner les effets sur terre, dans les airs, en mer, dans l'espace, dans le champ informationnel et électromagnétique, voilà quels sont les termes du combat aujourd'hui.
Mesdames et messieurs, devant vous, acteurs de la défense et de la diplomatie, venus de tous horizons, je veux le rappeler sans ambiguïté, la France a pris la pleine mesure des bouleversements mondiaux. Depuis 2017, sous l'impulsion du président de la République Emmanuel Macron, l'accroissement de notre budget militaire permettra son doublement en 2027. D'une logique de réparation, nous sommes passés à une logique de réarmement. Aujourd'hui, je défends devant le Parlement l'actualisation de la loi de programmation militaire. Elle prévoit 36 milliards d'euros supplémentaires qui, ajoutés aux 413 milliards prévus d'ici 2030, répondront à nos priorités.
La frappe dans la profondeur, les munitions, les drones, la défense solaire, l'espace, la modernisation de notre dissuasion et la préparation opérationnelle à laquelle nous devons accorder, au regard du contexte que je vous ai décrit, la plus grande place. L'exercice Orion fut, à ce titre, l'un des plus grands exercices interarmées de ces 20 dernières années conduits en France avec une très importante de alliée. Cet effort budgétaire massif que j'évoquais est indispensable mais ne suffit pas. Il faut aussi que la révolution copernicienne se fasse dans les mentalités. C'est tout le plan DGA de combat que j'ai annoncé.
Une DGA encore plus proche de nos forces, plus ouverte aux innovations venues du terrain, plus exigeante avec les industriels et plus attentive aux temps opérationnels. Notre devoir est de nous préparer à des circonstances difficiles, ce qui est aussi indispensable pour contribuer à les prévenir. La victoire ne se joue plus uniquement sur le champ de bataille. Elle se joue sur les chaînes de production. Notre première arme, c'est l'usine. Pour garantir la souveraineté, notre souveraineté, la souveraineté de nos alliés, la DGA, l'industrie et les forces forment un seul et même bloc de combat. La cohérence et l'approche collective sont nos meilleurs gages de victoire.
Il y a 10 jours, la DGA a ainsi piloté à ma demande l'exercice Endurance, premier du genre, dont l'objectif était d'éprouver notre industrie face à une demande massive et simultanée dans une hypothèse de conflit de haute intensité. Cette manœuvre inédite, complémentaire de l'exercice réquisition, fut un succès riche d'enseignements qui a finalement permis un véritable stress test grandeur nature. Vous le voyez, la France, pays usine, accélère. Au-delà des sites concernés par la méthode Notre-Dame annoncée par le président de la République en avril dernier, c'est un secteur entier de notre industrie qui est fort de son excellence et s'inscrit dans une dynamique mondiale sans précédent.
Chez KNDS à Roanne, les effectifs ont doublé en 7 ans grâce aux investissements dans la chaîne de véhicules Scorpion. J'ajoute que dans quelques jours, c'est une première pour un site de défense, l'un des projets majeurs d'extension de KNDS sera désigné comme projet d'intérêt national majeur. Chez Safran à Montluçon, la capacité de production des bombes A2SM Hammer aura été multipliée par 6 entre 2022 et 2026. 120 millions d'euros sont investis pour étendre et moderniser le site avec 500 emplois créés d'ici 2030 pour soutenir la forte demande de ces armements.
Chez MBDA, la production de missiles a doublé entre 2023 et 2025 et je salue l'annonce la semaine dernière de la création d'un nouveau site de mécanique à proximité d'Orléans pour répondre à l'objectif de multiplier par 6 la production de missiles en France entre maintenant et 2030. Au-delà des grands industriels et je pourrais tous les saluer, je salue en France la multiplication des acteurs impliqués dans le réarmement. Nos ETI, nos PME PMI installées sur tous nos territoires.
Je souhaite la bienvenue aux plus de 300 exposants qui viennent à Eurosatory pour la première fois, mais également des investisseurs familiers du secteur de la défense après les travaux menés dans le cadre du dialogue de place. Mesdames et messieurs, ce réarmement n'est pas seulement français, il est et doit être européen. Nous vivons dans un monde dans lequel les technologies évoluent à très grande vitesse où nos compétiteurs comme nos adversaires sont engagés dans la mise à niveau de leur outil de défense et la recherche de sa supériorité sur le champ de bataille. Le risque, finalement, c'est celui du décrochage.
C'est d'avoir des équipements dépassés, c'est de dépenser beaucoup, mais trop tard et donc mal, de manquer les ruptures technologiques qui feront la la de ne pas faire les efforts d'anticipation et de remise en cause nécessaire. C'est pour cela que nous devons coopérer davantage, mutualiser nos investissements, harmoniser nos besoins, miser sur la BITD européenne pour garantir notre liberté d'action et l'interopérabilité de nos forces. Coopérer pour viser l'excellence et l'adéquation aux besoins de nos outils de défense, pour faire le choix de la cohérence, pour faire le choix de la puissance.
C'est vrai dans le domaine de l'industrie terrestre dans toutes ses composantes, car elle est au cœur des évolutions du warfare qui se sont fait jour depuis 2022. Mais aussi pour les missiles, pour les roquettes, pour les obus de 155. Et vous le savez, notre pays a souhaité se doter pour la frappe dans la profondeur d'un successeur au lance-roquettes unitaire. Et nous sommes en phase, je vous l'annonce ce matin, de négociations exclusives avec un groupement souverain composé de Safran et MBDA. Je voudrais ici remercier l'ensemble des compétiteurs de la grande qualité des différentes offres.
C'est pour toute la chaîne de valeur que nous recherchons, bien évidemment, cette qualité, ce savoir-faire. Des poudres et explosifs, par exemple, chez Eurenco jusqu'aux moteurs de missiles chez Roxel, notre industrie a pris le tournant du combat centré autour de la donnée. Nous devons y investir massivement avec des systèmes capables d'évolutions rapides. Je salue l'engagement des armées pour développer des systèmes pionniers. Application du quantique, développement d'outils de C2 irrigués par l'IA et conçus d'emblée en vue de l'indispensable interopérabilité avec nos alliés de l'OTAN. C'est le projet Arcadia que vous pourrez découvrir ici, flotte de robots.
Et je le rappelle, il est important que l'argent du contribuable européen bénéficie à l'industrie européenne, aux emplois européens et évidemment aux territoires européens. C'est du bon sens, mais c'est aussi une question de souveraineté. Mesdames et messieurs, réduire nos dépendances extérieures, créer un marché suffisant en Europe, agréger les commandes, donner de la visibilité à chacun d'entre vous, industriels engagés, c'est comme cela que nous deviendrons plus forts. Les exemples sont là.
Le Danemark, où j'étais la semaine dernière, avec la commande du système terrestre de missile solaire de nouvelle génération SAMP/T NG, illustre typiquement la force et l'attrait des programmes franco-italiens. Je pourrais évoquer la qualité et la complémentarité du partenariat avec la Suède, avec l'achat réciproque de missiles tricolores MMP par les Suédois et l'acquisition de missiles suédois NLAW par nos forces. Hors du milieu terrestre, je ne résiste pas à vous dire que nous avons fait le choix du Global Eye parce qu'il est le meilleur aéronef de sa catégorie disponible aujourd'hui.
Et évidemment, comment ne pas parler de la Marine et du fait que le gouvernement suédois viennent de faire le choix de la FDI, bâtiment offrant le meilleur standard de dernière génération déployé à la mer. La journée de l'industrie franco-belge, organisée ce 16 juin ici, témoigne également de la profondeur de cette relation bilatérale avec nos amis belges, qui s'articule intimement du champ de bataille à l'usine. L'Union européenne a également un rôle à jouer et j'accueillerai le commissaire Kubilius mercredi, notamment pour favoriser l'agrégation de la demande. Avec l'Ukraine, enfin, Eurosatory franchit une étape inédite. 40 sociétés ukrainiennes sont présentes à Eurosatory.
C'est considérable et je remercie l'Ukraine qui a fait d'Eurosatory son salon de l'armement. Je m'en réjouis. Nos partenariats dépassent le seul continent. La France est aujourd'hui le 2e exportateur mondial d'armement. C'est une une fierté. Cela évidemment permet non seulement des partenariats, renforce l'interopérabilité et fait vivre une communauté partout dans le monde. Alors bien sûr, ce modèle doit s'entretenir. Je veux ici dire la priorité qui est la mienne de préparer l'avenir. Préparer l'avenir, c'est préparer les femmes et les hommes qui contribuent à l'effort de défense. Car la défense recrute activement.
Ça a été rappelé tout à l'heure par le général de Montenon, que ce soit dans les armées, dans le cadre du service national, mais pas seulement. Dans nos entreprises, dans nos laboratoires de recherche, ingénieurs, techniciens, chercheurs, financiers, acheteurs, juristes, logisticiens, communio- communiquant. La communauté de défense a besoin d'un panel exceptionnel de compétences, de talents, car il n'y a pas qu'une seule manière de servir la défense de la France. Il y a mille et une manière, et bien plus encore qui ne manqueront pas d'émerger demain et après-demain.
Et c'est finalement le sens d'Eurosatory, de rassembler toutes celles et ceux passionnés par la défense, engagés pour leur pays. C'est la raison pour laquelle j'ai le plaisir de déclarer le salon Eurosatory 2026 ouvert.
[applaudissements]