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interviewParti socialiste (sur YouTube)· 6 juillet 2021 23 minAutoproduit

Conseil national du 5 juillet 2021 | Le discours du Premier secrétaire

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

A bientôt. Nous retrouvions ce soir dans des conditions que beaucoup n'avaient même pas osé espérer. Merci donc à chacun d'entre vous d'avoir livré bataille dans des conditions parfois si âpres qu'elles confinaient à l'abnégation et même au sacrifice. Je veux évidemment adresser un salut tout particulier aux militants de la région PACA qui, par leur responsabilité, ont évité le 27 juin cette tâche brune du déshonneur sur notre carte de France. Merci à toutes et tous d'avoir réveillé l'espoir. Quels sont en effet les premiers enseignements de ce scrutin ?

Je le sais bien et vous aussi, nous sommes conditionnés depuis quatre ans par des enquêtes d'opinion qui concluent toutes à un duel inévitable entre la droite libérale et l'extrême droite. Et pour la seconde fois, en un an, les Français ont choisi de déjouer tous les pronostics, de refuser de mettre leur pas sur un chemin tracé pour eux. Ils ont placé la gauche en tête. Emmanuel Macron comme Marine Le Pen sont les deux grands perdants de ce scrutin. L'un comme l'autre ont activement fait campagne. Le premier, espérant à minima jouer le rôle de faussaire de roi. La seconde, espérant trouver l'élan qui la propulse jusqu'à l'échéance suivante. Ils ont rencontré un mur électoral.

Le Rassemblement national s'est effondré, n'approchant la victoire que dans une seule région. La République en marche a subi un revers humiliant. Les cinq ministres dépêchés dans les Hauts-de-France n'ont même pas franchi le seuil de 10% permettant de se maintenir au second tour. Je veux d'ailleurs que vous notiez qu'en l'absence de menaces de victoire de l'extrême droite, les candidats de La République en marche ont tous appelé à voter pour Xavier Bertrand. Comme pour les municipales, La République en marche a confirmé la fin du « en même temps », l'UDF est de retour. La droite l'a emporté dans cette région métropolitaine, dans cinq régions par un membre des Républicains.

Et parmi ces cinq régions, l'une d'entre elles, PACA, je viens de le dire, n'a été conservée par Renaud Muselier que par la grâce du retrait de la liste de rassemblement de la gauche et des écologistes. La gauche, elle, l'a emporté dans cinq régions métropolitaines. Et dans les trois régions outre-mer qui ont basculé, La Réunion, la Martinique et la Guyane, dans ces cinq régions métropolitaines, la liste était tirée par un candidat ou une candidate socialiste. À La Réunion, c'est Huguette Bello, désormais d'hiver gauche, qui l'a emporté dans une alliance de second tour avec notre camarade et amie Erika Barreitz. En Martinique, c'est un député apparenté socialiste qui a triomphé.

Comme lors des dernières élections municipales, on nous avait prédit le pire. Le pire, c'est-à-dire la perte de plusieurs de nos régions au profit de la République en marche, des Républicains ou même du Rassemblement national. Comme à chaque échéance, les avis de décès du Parti socialiste étaient déjà mis sous pli et n'ayez aucun doute, cela serait arrivé à bon port, contrairement aux professions de foi des premiers et seconds tours. Rien, rien de tout cela n'est arrivé. Et Carole Delga a même obtenu la victoire la plus éclatante de France dans la région Occitanie.

Nos présidentes et présidents ont été confortablement réélus en Nouvelle-Aquitaine avec Alain Rousset, en Bretagne avec Loïc Chéné-Girard, en Centre-Val-de-Loire avec François Bonneau, en Bourgogne-Franche-Comté avec Marie-Guyte Dufay. Bien sûr, nous sommes trop lucides pour nous aveugler totalement au soleil de ces succès et croire naïvement qu'une hirondelle ferait forcément le printemps. Mais je sais aussi, l'histoire qui aurait été racontée si nous avions perdu ne serait-ce qu'une seule région. Ce que je sais, une note, un vote, vaut mieux que mille sondages. Les droites, oui, n'ont pas dit leurs derniers mots, mais la gauche s'est requalifiée.

Les défaites répétées lors des élections intermédiaires n'ont jamais rien annoncé de bon pour le pouvoir en place. Il reste une année avant le scrutin présidentiel et ces longs mois ont toujours été l'occasion de bouleversements. Le peuple français n'aime pas se voir dicter un résultat avant même qu'il a eu à se prononcer. Le résultat de ces régionales et départementales, c'est l'ouverture de nouveaux possibles. C'est vous, les premiers, qui l'avez compris. Des petits matins aux portes des gares, au soleil de midi, sur les marchés de plein air, aux soirées en porte-à-porte. Vous avez été porter ce message simple qu'une alternative est possible.

Seule la résignation conduit à l'inévitable défaite. Bien entendu, tous les perdants cherchent à relativiser la portée de cette élection. Parce que l'abstention a été massive, aucune conclusion, selon eux, ne saurait donc en être tirée. Je n'aurai pas la cruauté ce soir de rappeler les déclarations des mêmes lors des scrutins passés, pour peu qui les aient emportés. Mais passons. Je ne veux pas donner davantage le sentiment que nous ne prendrions pas la mesure de cette trop faible participation. Les causes sont multiples. Elles sont réalité connues. Absence de campagne de sensibilisation aux enjeux. Complexité des sujets.

Scrutin proportionnel de listes pour les régionales, mais scrutin binominal majoritaire pour les départementales. Défaillance inouïe de la distribution des documents de campagne. Absence de vote par correspondance. Mais je ne veux surtout pas ignorer ce qui demeure la cause principale, la défiance croissante vis-à-vis de la politique. Cette défiance croît sensiblement. Elle n'est pas le fruit du hasard. Elle s'amplifie dangereusement depuis quatre ans, parce que la confusion est organisée au sommet de l'État. Si la droite et la gauche, c'est la même chose, alors que reste-t-il sinon les extrêmes pour sanctionner le pouvoir ?

La violence verbale, symbolique et parfois même physique se généralise. Si les camps intermédiaires qui nous représentent, syndicats, parlements, collectivités locales, ne sont plus entendus, alors que reste-t-il sinon la brutalité et l'outrance pour se faire entendre ? Le désintérêt prospère à chaque scrutin local. Si le président seul décide de tout, alors son élection n'est-elle pas l'unique moment qui suppose notre mobilisation ? Ce sont ses doutes qui taraudent les Français. Et il déserte un peu plus une vie démocratique dont il s'était déjà éloigné. Mais, là encore, au-delà de la responsabilité du pouvoir actuel, le signal d'alarme vaut pour nous aussi.

Moi, je veux dire avec vous, aux Français, qu'en 2022, ils auront une bonne raison de se déplacer, avec une gauche qui assume le face-à-face avec les libéraux et qui n'a pas renoncé à changer la vie, une gauche qui approfondit la démocratie en jouant pleinement le dialogue social, qui élabore ses solutions en lien avec la société civile organisée, qui accorde une véritable place à l'initiative citoyenne, une gauche qui décentralise et qui accorde aux collectivités davantage de liberté d'agir, une gauche qui fait évoluer la Ve République pour en finir avec la monarchie constitutionnelle.

J'entends que cette volonté de relativiser notre résultat n'est pas exclusivement celle des perdants de cette échéance. Le Congrès arrive et même si le moment est mal approprié pour dénoncer un effacement, je sais bien qu'il n'est jamais totalement vain de le plaider. Des contre-vérités, il reste toujours quelque chose. Mais enfin, mais enfin, que faisaient ces esprits éclairés et critiques au cours des trois dernières années, au moment même où notre survie était engagée ? En quoi ont-ils contribué à nos travaux sur le projet ? Comment est-il possible qu'ils n'aient pas pris connaissance du travail de nos groupes parlementaires dans leur travail d'opposition et de proposition ?

Où étaient-ils pendant ces années où nous étions accueillis sous les sifflets dans les manifestations ? Où étaient-ils quand il a fallu quitter Solferino du fait de dettes qui n'étaient pas les nôtres ? Où étaient-ils pour aider à reclasser les salariés que nous avons dû licencier ? Où étaient-ils quand il fallait défendre nos positions dans les médias ? Ils n'étaient pas là. Ils étaient retirés dans les résidences secondaires de la République. L'effacement, oui, l'effacement, nous le vivons chaque fois que nous renonçons à ce que nous sommes, chaque fois que nous préférons l'air du temps aux convictions profondes qui nourrissent depuis plus d'un siècle la pensée socialiste.

L'effacement, nous le vivons chaque fois que certains d'entre nous manquent à toute solidarité pour utiliser notre temps de parole à la seule fin d'attaquer la direction du Parti socialiste ou de tirer dans le dos d'une candidate pour mieux appeler à des accords avec la République en marche, au mépris des militants qui se battent jour après jour, voie après voie, et qui sont restés depuis quatre ans fidèles à notre famille politique. Il y a des gens pour lesquels la politique s'apparente au règlement de comptes permanents. Moi, les seuls comptes que j'ai à régler le sont avec ma conscience d'hommes et de socialistes. Je ne me trompe pas de combat.

Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? Inégalité, discrimination, pollution, réchauffement climatique, pauvreté, précarité, dévoiement de la démocratie, régression de nos libertés. Ils sont là, les enjeux. Et c'est sur ces combats-là que personne ne doit s'effacer. Allons-nous accepter des inégalités devenues insupportables dans un pays, le nôtre, où 42 milliardaires ont vu leurs revenus augmenter pendant une pandémie qui a mis en chômage partiel des salariés qui, eux, voyaient leur pouvoir d'achat baisser ?

Allons-nous supporter longtemps la propagande de toutes les droites parties en croisade contre un racialisme condamnable, mais ultra-minoritaire, mais qui, en revanche, refuse de regarder en face cette société où les discriminations minent la promesse républicaine ? Combien de temps accepterons-nous de regarder l'Arctique fondre, le permavrost dégelé, la canicule carbonisée des villages, près de 50 degrés au Canada, 48 degrés en Sibérie, 50 degrés en Irak ? Inondations au Japon, famine climatique à Madagascar, feu de forêt partout dans le monde. L'urgence climatique ne relève plus de spéculation. Elle est sous nos yeux.

Combien de temps nous faudra-t-il pour faire évoluer nos institutions démocratiques que le présidentialisme tue ? Combien faudra-t-il d'années encore pour que nous saisissions que la concentration des pouvoirs dans les mains d'un seul ? La destruction du dialogue social, l'asservissement du Parlement, le mépris des collectivités locales, renvoie les désespérés, les persécutés vers la violence des maux et parfois même le passage à l'acte ? Combien de temps accepterons-nous de voir nos libertés rogner au doux prétexte de notre protection contre le terrorisme ou la Covid ?

Combien de temps encore accorderons-nous à la droite et à l'extrême droite le droit de détourner de son objet le combat laïc pour en faire un outil de stigmatisation à usage exclusif ? Combien de féminicides attendrons-nous encore pour faire de la lutte contre le sexisme et les violences faites aux femmes une priorité absolue ? Combien de temps concéderons-nous aux grandes plateformes numériques cette incroyable régression qui consiste à payer des travailleurs à la tâche sans leur garantir ni protection sociale ni droit au chômage ou au congé ? Oui, chers camarades, combien de temps accepterons-nous de regarder sans voir ?

Combien de temps en faudra-t-il encore pour passer du commentaire à l'action ?

Il y a dans ces quelques exemples toutes les raisons de désespérer du pouvoir actuel et toutes les motivations pour retrouver la gauche une gauche qui assume sa mission historique c'est ce que nous avons entamé avec l'écriture de notre projet pour 2022 autour de Boris, Corinne, Christophe autour du travail de fond mené par nos secrétaires nationaux par nos trois groupes parlementaires nous ne sommes pas limités à commenter nous avons cherché les mesures opérationnelles qui permettent les grandes transitions et les vraies transformations au cœur d'une République que nous voulons fraternelle L'ensemble sera présenté à Blois et soumis au vote des militants à l'occasion du congrès Tous ces combats-là sont essentiels Tout le reste est vain Pour les mener, il nous faudra rassembler Oui, rassembler, largement C'est notre responsabilité Refuser d'un même geste l'effacement et l'isolement et rechercher le dépassement C'est ce qu'ont fait nos camarades victorieux au régional C'est pour son ouverture d'esprit et sa liste étendue à la société civile, aux écologistes, aux radicaux, à place publique, à Nouvelle-Dôme que José Bové a accordé son soutien dès le premier tour à Carole Delga Jamais le repli sur Souvent n'a attiré personne Quand l'accord n'a pas été fait dès le premier tour il l'a été au second et quand il ne l'a été que partiellement au second Comme en Bretagne la porte a été ouverte pour la composition des exécutifs donc au troisième tour La gauche ne peut pas se limiter à une course de petits chevaux qui sont renvoyés sans cesse à l'écurie Chacun le sait Cela a été dit par plusieurs d'entre vous dans le débat Depuis Épinay le rassemblement demeure le meilleur atout pour figurer dans le deuxième tour de l'élection présidentielle Comme toujours il ne relève pas de l'évidence Nous avons, nous, soutenu le principe d'un processus commun conduisant à une candidature commune Mais les insoumis et les communistes ont déjà désigné leurs candidats et sont partis en campagne Les écologistes, eux, sont entrés à cinq dans une phase de primaire interne Nous respectons leur volonté Mais dès lors, que devons-nous faire ?

Nous devons, nous, avancer en ayant la volonté de continuer à rassembler C'est ce que nous demandent les électeurs de gauche à une écrasante majorité L'élection régionale et départementale nous a conféré un rôle Le rôle de force motrice Les écologistes, c'est vrai ont raison de revendiquer une progression sensible Les communistes peuvent aussi se vanter de belles percées aux départementales en dehors de la contre-performance du Val-de-Marne Mais il n'y a que des socialistes qui nous ont conduits à la victoire Ce n'est pas un jugement de valeur Pas davantage d'une appréciation personnelle ou partisane C'est un constat Ce n'est pas moi qui le dis Mais 5 227 865 Français qui ont voté à gauche lors de ces élections régionales Je pense être d'autant plus fondé à le dire que je n'ai pas mégoté mon soutien au candidat écologiste au régional dès le premier tour Au second tour, j'étais à Nantes où je suis venu apporter solennellement notre soutien au candidat écologiste Mathieu Orphelin Avec Guillaume Garraud nous avons loyalement souhaité cette victoire Partout, j'ai souhaité que les écologistes amplifient le score de la gauche au premier tour Comme l'ont voulu Najat en Auvergne Rhône-Alpes Comme l'a souhaité Audrey en Ile-de-France Ce ne fut malheureusement pas le cas C'est une simple observation Leur position de leader n'ont pas créé de nouvelles dynamiques contrairement aux régions où nous avions le privilège de tirer le rassemblement Alors, j'entends que ces élections seraient d'abord la victoire des sortants La belle affaire Ce serait la principale voire la qualité exclusive des candidats victorieux Il y a quatre ans à l'heure du dégagisme c'était le cas des défauts Ce serait maintenant devenu le gage de l'intangibilité Soyons sérieux Il y a trois ans à Aubervilliers je vous avais appelé à une renaissance à une renaissance par les territoires La démonstration est faite Elle demeure incomplète Les situations sont contrastées Mais si la gauche peut revenir au pouvoir l'an prochain Elle n'a pas de meilleur atout que de s'appuyer sur cet immense réseau d'élus reconnus Partout où nos politiques publiques sont identifiées et incarnées Le jugement sur les socialistes est positif Cette position ne nous donne évidemment aucun droit à l'hégémonie mais elle nous impose un devoir particulier celui de rechercher le rassemblement Si les régionales s'étaient soldés par nos défaites et la victoire d'autres formations à gauche je n'ai aucun doute sur ce qui aurait été affirmé notamment par nos partenaires écologistes Ils auraient réclamé une candidature commune derrière leur candidat le candidat désigné par leur primaire Et d'une certaine façon ils auraient eu raison Mais ce n'est pas ce qui s'est produit Le risque aujourd'hui c'est que le débat se cristallise autour de l'idée d'une alternance qui ne pourrait venir que de la droite Notre devoir est de porter la démonstration inverse LR ce n'est pas l'alternance parce qu'ils sont d'accord sur tout ou presque avec le pouvoir actuel La réforme de l'assurance chômage ils sont pour Le recul de l'âge de départ à la retraite ils plaident pour comme ils étaient favorables aux ordonnances pénicaux à la loi restreignant le droit d'asile à la mutilation de l'ISF ou à l'instauration de la flat tax Et quand ils se distinguent c'est pour pousser toujours plus à droite pour marcher sur les plates-bandes de Marine Le Pen avec Nadine Morano Guillaume Pelletier ou Éric Ciotti L'extrême droite justement Personne ne peut ignorer qu'elle demeure une menace Et c'est pour cela que nous devons faire de notre université d'été un grand moment d'affirmation de notre projet ce qui nous conduira inévitablement à relever le défi de la controverse face aux conservateurs aux libéraux et à l'extrême droite offre contre offre c'est pour cela que nous devons faire de notre congrès celui de l'unité autour de notre projet C'est à ces conditions-là que nous nous distinguerons dans un contexte où la confusion règne à droite comme à gauche La campagne présidentielle est tous les cinq ans le moment décisif celui au cours duquel les Français évaluent les candidatures jauge les visions alternatives sous-pèse les propositions concrètes Nous serons prêts comme prévu Nous nous y engageons pas simplement pour figurer pour être les témoins d'une époque ou pour lancer des alertes impuissantes Nous entrons dans cette bataille pour la gagner J'achève mon propos Je suis optimiste Pas par tempérament ou par naïveté mais par la force de notre volonté Je sais d'où nous venons Je mesure le chemin parcouru depuis 2017 Je sais les efforts que chacun a dû produire pour que s'opèrent ses premiers résultats Je sais qu'il en faudra bien d'autres encore pour gagner les échéances futures Mais je sais aussi que les épreuves nous ont forgés que les défaites nous ont appris que la soif de justice nous entraîne et nous mobilise Rien ne nous sera jamais donné Alors allons le chercher Chers camarades Vive la gauche Vive la République et vive la France