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interviewFrance Culture — L'Esprit public· 27 avril 2025 26 min

Quel État palestinien faudrait-il reconnaître ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Emmanuel Macron

On doit aller vers une reconnaissance. Et je ne le ferai pas pour l'unité ou faire plaisir à tel ou tel. Je le ferai parce que je pense qu'à un moment donné ce sera juste. Et parce que je veux aussi participer à une dynamique collective. C'est-à-dire qu'il doit permettre aussi à tous ceux qui défendent la Palestine de reconnaître à leur tour Israël ce que plusieurs d'entre eux ne font pas. Notre objectif c'est quelque part en juin, avec l'Arabie Saoudite, de présider cette conférence où on pourrait finaliser le mouvement de reconnaissance réciproque par plusieurs.

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Invité

En mai 2024, il y a presque un an, Emmanuel Macron déclarait que la France était prête, sur le principe, à reconnaître un État palestinien. Mais pas tout de suite, à un moment utile, ajoutait le président français. Pas sous le coup de l'émotion. On était alors à un peu plus de 6 mois des attaques du 7 octobre et du début de la riposte militaire israélienne sur Gaza. Depuis du sang a coulé sous les bombes, l'émotion n'a pas disparu. Mais le moment utile est peut-être advenu.

Confidence d'Emmanuel Macron il y a quelques jours, donc à la télévision, vous venez de l'entendre, la France pourrait reconnaître l'État palestinien au mois de juin à l'occasion d'une conférence des Nations Unies consacrée à cette question. Si tel était le cas, elle deviendrait le 149e pays à franchir le pas, quelques mois après d'autres Européens comme l'Irlande, la Norvège, l'Espagne ou la Slovénie. Alors pourquoi maintenant ? Parce que le conflit s'enlise et parce que le pouvoir a changé aux États-Unis avec lui la façon de faire de la politique au Proche-Orient.

Alors certes, Joe Biden ne brillait pas par ses initiatives, mais du moins restait-il dans les clous de la diplomatie traditionnelle. Donald Trump lui encourage l'annexion de cette bande de terre par Israël et continue de défendre son projet de Gaza-Riviera. Une reconnaissance plus large qu'elle ne l'est aujourd'hui de l'État palestinien pourrait-elle freiner un tel projet et encourager dans un deuxième temps une résolution du conflit israélo-palestinien avec la fameuse solution à deux États ? Une telle hypothèse ouvre autant de questions qu'elle n'en résout. Car comment reconnaître un État d'abord qui n'existe pas encore ?

Au-delà de la portée symbolique, quelle serait sa raison d'être juridique ? Et à l'intérieur de quelles frontières ? Par ailleurs, un État, c'est une autorité politique avec des représentants qui, pour l'incarner, le Hamas, impossible, le FATA, tout sauf en position de force. Enfin, cette reconnaissance de l'État palestinien ne doit-elle pas s'accompagner d'une reconnaissance de l'État d'Israël par des pays de la région comme l'Arabie Saoudite, la Syrie ou encore le Liban ? Et la France a-t-elle un rôle à jouer ?

C'est la question dont nous débattons à présent avec toujours Thomas Gomart, directeur de l'IFRI, Yves Bertoncini, consultant en affaires européennes, François Gemmène, spécialiste migration et climat, et Anne-Laurene Bujon, directrice de la revue Esprit. Cette question de l'État palestinien et de la reconnaissance par la France, on en avait discuté il y a un an. Vous étiez déjà là, Anne-Laurene Bujon et Thomas Gomart. On était donc partis sur cette idée que, enfin en tout cas, le président Macron, que le moment utile n'était pas encore advenu. Est-ce qu'un an après, ce moment utile, il est présent ?

2:59
Présentateur

Alors, c'est vrai qu'on est un peu troublé. On est un peu troublé que cette question revienne maintenant. On se dit, est-ce que ce n'est pas trop peu et trop tard pour le coup ? Est-ce qu'on n'a pas laissé passer le moment utile ? La question s'était posée au printemps dernier parce qu'un certain nombre d'autres pays européens avaient décidé à ce moment-là de reconnaître l'État palestinien avec toutes les difficultés que vous indiquez, qui étaient déjà là à l'époque. Quel territoire ? Quelle structure politique ? Et à ce moment-là, la France avait jugé que ça n'était pas utile.

La question s'est reposée, je crois, en janvier 2025 quand on a eu cette perspective de cesser le feu où, de nouveau, il était possible de demander quel était l'horizon politique dans lequel on pouvait inscrire ce conflit interminable et de demander donc, est-ce qu'on peut reprendre un processus de paix ? Est-ce qu'on peut reprendre des négociations régionales ? Est-ce qu'on peut, à nouveau, prôner la solution à deux États ? Et je suis retournée lire les textes en janvier qui sont pleins d'espoir. Donc oui, il faut reconnaître l'État palestinien dans ses frontières de 1967.

Oui, il faut libérer les prisonniers politiques et notamment Marwan Barghouti qui pourrait prendre la tête d'une autorité palestinienne refondée, renouvelée. Et donc, bien sûr que c'est symbolique et que ça ne résout pas tous les problèmes, mais au moins, cette déclaration symbolique, il faut la faire. Alors, aujourd'hui...

4:34
Invité

Mais il faut la faire pourquoi ? C'est-à-dire que ça change quoi de la faire si ça n'est que du symbole ?

4:39
Présentateur

Alors, c'est toujours la même question. Le symbole, c'est fort. Le symbole, c'est important. Et donc là, je dis... En fait, devant la politique du fait accompli, on se dit mais il n'y a plus d'État palestinien à sauver. Il n'y a plus d'État palestinien possible à reconnaître. Il n'y a plus de solution à deux États. Sauf que, quelle est l'alternative alors ? Ne rien faire, rester devant ce désastre, ne rien dire, ne rien demander, ne rien essayer d'initier. Donc, je crois qu'on n'a pas le choix. Je crois qu'il faut essayer de faire quelque chose.

Donc, même s'il y en a ce décalage entre la politique du fait accompli, les réalités de terrain et le discours diplomatique, le symbole me paraît important. Mais surtout, je crois, parce que le président Macron le présente comme une initiative franco-arabe, une initiative collective dans la région. Donc là, cette perspective de reconnaissance d'un État palestinien, ça se inscrirait dans un projet de conférence à l'ONU en juin, un peu avant, un peu après, un sommet du G7.

5:39
Invité

Avec l'Arabie saoudite. C'est-à-dire, c'est une conférence qui se ferait... Je ne dis pas que l'Arabie saoudite va reconnaître Israël en échange de cette reconnaissance de l'État palestinien, mais en tout cas, l'idée de faire quelque chose ensemble.

5:53
Présentateur

Elle a laissé entendre que c'était possible, que donc il y aurait reconnaissance de l'État palestinien d'un côté, reconnaissance de l'État d'Israël par les puissances arabes qui ne l'ont pas encore reconnue. C'est une façon aussi de redonner du poids au plan arabe de reconstruction de Gaza qui se donne comme alternative à cet axe Trump-Netanyahou qui a entrepris de vider la bande de Gaza de sa population et d'annexer la Cisjordanie. Donc, en fait, on ne peut pas se résigner à l'impuissance devant ce que cet axe Trump-Netanyahou est en train d'accomplir. Donc, même si ça semble peu et difficile, je crois qu'il faut le faire, en effet.

6:35
Invité

Et en même temps, Thomas Gomart, 148 pays l'ont déjà fait, ont reconnu l'État palestinien. On ne voit pas très bien ce que ça a changé pour ce territoire et pour les Palestiniens. Qu'est-ce que ça changerait qu'un 149e pays, la France en l'occurrence, le fasse ? Je pense qu'au regard de la mobilisation de la diplomatie israélienne pour que ça ne se fasse pas, ça montre aussi l'importance de cette décision. C'est-à-dire que vous avez une diplomatie israélienne aujourd'hui qui se mobilise beaucoup contre les propos du président de la République.

Vous avez une diplomatie israélienne aussi qui se retrouve à voter avec les États-Unis, la Russie et la Hongrie contre la résolution présentée par l'Ukraine contre sa propre agression en février dernier. Ce qui montre bien la difficulté aujourd'hui et l'isolement d'Israël qui, au fond, bénéficie et surjoue son soutien par les États-Unis. De ce point de vue-là, d'avoir des pays européens comme la France, il y a le cas aussi de l'Allemagne, encore plus spécifique compte tenu de l'histoire, d'avoir un changement de pied de la France, ça serait une défaite diplomatique pour Israël évidente.

Alors, c'est embarrassant pour Israël et la difficulté à prendre cette décision s'explique, à mon avis, par un certain nombre d'éléments rappelés par Anne Lorraine. le premier élément fondamental pour Paris et très embêtant, c'est que, pourquoi ça tarde ? C'est que l'arrière-plan de cette discussion sur une éventuelle reconnaissance d'un État palestinien, c'est le dossier iranien. Et Paris est alliée avec Tel Aviv sur le dossier iranien et Paris est contre Tel Aviv quand Tel Aviv détruit Gaza et détruit le droit international en colonisant la Cisjordanie.

Donc ça, c'est le premier élément qui, à mon avis, explique beaucoup de ce qui peut être perçu comme une forme d'hésitation, c'est-à-dire l'arrière-plan iranien. La deuxième chose, c'est qu'il y a toujours aussi une très grande prudence en France sur ces questions-là avec cette hantise ou les formes de ce qu'on appelle l'importation du conflit israélo-palestinien en France avec les réactions de la communauté juive dont une partie aujourd'hui se tourne très ouvertement vers le Rassemblement national et de la communauté musulmane.

Et puis enfin, je crois effectivement que cette dimension d'une conférence possible avec l'Arabie saoudite est aussi centrale parce que la dynamique qui va être reprise par Donald Trump au-delà de ces discussions actuelles bilatérales avec l'Iran, c'est le prolongement éventuel des accords d'Abraham qui avait vu la reconnaissance par Israël lors de son précédent mandat par le Bahreïn, par les Émirats, par le Maroc et le Soudan. Et la question de l'Arabie saoudite est évidemment la question centrale.

Alors vous avez effectivement été très prudent en disant qu'il n'y avait pas ce possible équilibre entre reconnaissance éventuelle dans l'État palestinien et reconnaissance par Israël de l'Arabie saoudite mais il y a une chose qui a beaucoup changé depuis le 7 octobre. D'abord le 7 octobre a remis sur le devant de la scène internationale de la question palestinienne que tout le monde s'était employé et enterré mais surtout l'Arabie saoudite et MBS en particulier a expliqué qu'ils ne pourraient pas progresser dans le sens des accords d'Abraham sans traitement de la question palestinienne.

Est-ce qu'en tout cas il faut réfléchir de manière parallèle Yves Bertoncini c'est-à-dire aller vers une reconnaissance plus large de l'État palestinien mais tout en exigeant que l'État d'Israël soit aussi reconnu par davantage de pays et par davantage de ses voisins ?

Oui je le crois et je crois qu'Emmanuel Macron a pris une très bonne initiative en associant l'Arabie saoudite dans cette logique qui est la logique française traditionnelle à la reconnaissance de deux États bon évidemment la France reconnaît Israël depuis longtemps et elle s'apprête sans doute et je crois que c'est utile à reconnaître l'État de Palestine quand bien même il y a beaucoup à dire sur les frontières et aussi le gouvernement bon tout ça c'est une réponse aux atrocités du Hamas le 7 octobre et par la suite les prises d'otages et aux crimes commis par le gouvernement Netanyahou dans la répression quand même à Gaza qui est quand même absolument épouvantable et puis juste une petite parenthèse qui n'est pas une parenthèse d'ailleurs Yves Bertoncini mais puisque vous évoquez le 7 octobre est-ce que ça ne risque pas d'être considéré par le Hamas notamment comme une forme de récompense suite au 7 octobre c'est-à-dire on reconnaît un État palestinien ça prouve que la stratégie suivie par le Hamas était une bonne stratégie c'est possible on peut faire de belles choses pour de mauvaises raisons et en tout cas le Hamas dont il faut souhaiter qu'il quitte la bande de Gaza et qu'il soit chassé et pourquoi pas par des électeurs un jour parce que c'est aussi un des éléments du problème côté palestinien l'absence d'élection aussi bien d'ailleurs en Cisjordanie le Fatah Mahmoud Abbas que le Hamas dans la bande de Gaza nous avons en Israël une démocratie il faut quand même le reconnaître c'est aussi pour ça qu'on a des liens avec ce pays mais ce pays effectivement et ses autorités redoutent ce qui pourrait arriver alors que la partie reconnaissance de l'État d'Israël y compris par l'Arabie Saoudite la Syrie enfin les voisins serait un gain absolu pour ces pays et il faut qu'on soit attentif à ça Israël a le droit d'exister et d'être en sécurité et je crois que la France n'a jamais dit autre chose mais de l'autre côté effectivement dans ce contexte nouveau qui a été créé la reconnaissance de l'État de Palestine serait un pas au moins symbolique ce qui fait que c'est un enjeu puisque vous avez rappelé le chiffre de 148 États qui l'ont reconnu c'est qu'en fait il y a très peu d'États occidentaux qui ont reconnu l'État de Palestine au niveau de l'Union Européenne il y en a une petite douzaine mais à l'intérieur il y avait les pays de l'ex-bloc soviétique la Pologne la Roumanie qui avait fait ça dès 88 mais dans le mouvement je dirais soviétique et puis seulement récemment la Suède en 2014 vous avez cité l'Espagne l'Irlande la Slovénie donc on voit bien qu'il y a quelque chose qui se déclenche et l'un des enjeux de ce point de vue-là de l'initiative d'Emmanuel Macron sera de savoir combien d'autres pays européens il arrive aussi à entraîner au-delà de la France pour la reconnaissance de cet État de Palestine alors une fois qu'on aura fait ça ben voilà il faudra évidemment consolider ce qui pourrait être cet État de Palestine ses frontières on va sans doute y revenir et ses autorités gouvernementales j'ajoute simplement que pour que quelque chose de productif advienne il faudra aussi que les Israéliens retournent aux urnes soyons attentifs au fait qu'il y a aujourd'hui dans la société civile israélienne voilà des opposants qui manifestent bruyamment des représentants des services secrets des militaires qui sont dans la rue en ce moment pour dire tout le mal qu'ils pensent du gouvernement d'extrême droite conduit par Benjamin Netanyahou la solution j'ai déjà dit qu'il faudrait des élections en Palestine viendra sans doute parce que c'est une démocratie de nouvelles élections et de la désignation de nouveaux dirigeants en Israël François Germain justement est-ce que ça n'est pas un mauvais moment pour reconnaître l'État de Palestine le fait de constater notamment dans la bande de Gaza ça fait quand même pas mal d'années qu'il n'y a plus d'élections est-ce que plutôt que de faire de la reconnaissance de l'État palestinien une forme de préalable est-ce qu'il ne faudrait pas plutôt le penser comme l'aboutissement d'un processus ?

C'est toute la question évidemment je pense que sur le principe ça ne se discute guère en réalité les trois quarts des pays on l'a rappelé ont déjà reconnu l'existence de la Palestine en tant qu'État nous aurions dû le faire bien avant et sincèrement c'est une honte que des pays comme la France l'Allemagne la Grande-Bretagne ou évidemment les États-Unis n'aient pas encore reconnu cet État palestinien la difficulté maintenant c'est est-ce qu'il faut le faire maintenant est-ce que c'est un moment utile ou est-ce que ça va davantage compliquer la recherche de la paix dans la région il y a des arguments je crois qui plaident d'un côté comme de l'autre il faut rappeler d'ailleurs les critères de Montevideo qui définissent comment est reconnu un État dans le droit international pour être reconnu dans le droit international un pays doit disposer d'un territoire ce territoire doit être occupé de façon permanente par une population il doit être doté d'une autorité politique et cette autorité politique doit être reconnue par la communauté internationale et alors le pays peut prétendre au statut d'État ces critères-là ils sont remplis aujourd'hui ?

alors on a aujourd'hui un pays dont le territoire est menacé par les plans d'annexion par les plans de Riviera Gaza etc et donc la reconnaissance d'un État palestinien par la France pourrait contribuer à protéger le territoire contre ces vérités d'annexion sur la population on voit bien aujourd'hui la tentative d'un nettoyage ethnique à Gaza on voit bien les vérités de nettoyer complètement la bande de Gaza et d'en faire sortir les palestiniens et là encore il y aurait la possibilité sans doute de protéger la population contre les vérités de nettoyage ethnique la difficulté c'est évidemment la question de l'autorité politique aujourd'hui qui détient cette autorité politique on voit bien que le FATA est en position de faiblesse on voit bien que c'est le Hamas qui est la main et d'une certaine manière on craint que ce soit une sorte de cadeau qu'on ferait au Hamas et dont on légitimerait un peu l'autorité si on reconnaissait l'état palestinien et donc c'est toute la difficulté qui est là faut-il protéger le territoire et n'est-ce pas reconnaître aussi une certaine forme de légitimité au Hamas c'est une question qui est diplomatiquement très compliquée et vous y répondriez comment vous alors justement François j'amène à cette question il me semble qu'il y aurait une initiative quand même européenne intéressante à prendre et c'est là où ce dossier ne me paraît pas sans lien avec celui que nous venons d'évoquer à savoir quel est le rapport que nous pouvons prétendre avoir avec les pays du sud si en tant qu'européens nous ne reconnaissons pas la Palestine comme état et il me semble que dans un processus aussi de normalisation avec pas seulement la Palestine mais aussi les autres pays du sud il me semble que la reconnaissance de la Palestine pourrait être une étape là-dedans on pourrait l'assortir néanmoins d'une condition qui soit la condition d'élection et de lancement d'un processus démocratique qui s'assurerait que le Hamas disparaisse définitivement de la scène politique palestinienne le problème c'est que chaque bombardement israélien évidemment renforce le Hamas Thomas Gomart oui je pense que la grande difficulté c'est aussi la situation sur le terrain parce que il faut un territoire or ce territoire je pense à la Cisjordanie est mité désormais par la colonisation et Gaza est détruite Michel Fouché qui est un ancien ambassadeur et un géographe a fait un article que je recommande à tout le monde dans la revue politique étrangère Israël-Palestine quelle géographie où il raconte une scène entre le cartographe palestinien qui présente les choses à Yasser Arafat sur la colonisation en Cisjordanie dans un moment où précisément les frontières étaient très floues or en réalité on se rend compte que cette colonisation je n'ai pas le chiffre précédent en tête mais c'est de l'ordre de 750 000 colons israéliens en Cisjordanie rend impossible le fait d'avoir une structure étatique durable dans la configuration actuelle c'est-à-dire une autre manière de le dire c'est que si on envisage une situation à deux états en Cisjordanie pour l'instant Gaza à part ça impliquerait le départ des colons israéliens et donc dans la configuration et vu la pente illibérale prise par Israël dirigée par Benyamin Netanahou ça semble être quand même une perspective a forceri après le 7 octobre et cette cette férocité de la réponse israélienne ça semble être une perspective très peu très peu possible donc je pense qu'il faut aussi garder ça en tête c'est-à-dire que les israéliens à forcerie avec Benyamin Netanahou rendent impossible depuis plusieurs années la solution à deux états que les européens ou la communauté internationale pour ce qu'il en reste rappelle à chaque occasion la réalité géographique des choses rend cette perspective très très éloignée et renvoie effectivement une reconnaissance qui serait de nature uniquement symbolique alors effectivement on peut dire c'est très important dans un rapport avec les pays du sud mais enfin l'histoire européenne a aussi son importance dans l'existence d'Israël et la manière dont Israël s'est construite par rapport à l'histoire européenne donc je pense aussi que là il faut arriver à trouver probablement le bon équilibre entre ce qui relève de la construction d'Israël de son droit à la légitime défense qui a été reconnu par un certain nombre de pays européens juste après le 7 octobre d'un effort vis-à-vis des pays du sud je pense que ça peut pas être l'un ou l'autre mais ça doit rester l'un et l'autre mais le bon équilibre ça veut dire quoi ?

ça suppose de différer justement cette reconnaissance ?

ça suppose de l'utiliser au bon moment pour faire changer le cours de la politique israélienne c'est ça à mon avis c'est probablement ça que se dit le président de la république c'est à partir de quel moment ça peut avoir un effet sur les positions de Benjamin Netanyahou je suis pas certain que les conditions soient réunies actuellement Yves Bertoncini oui je crois que c'est l'élément clé c'est à dire que le gouvernement israélien de la même façon que le gouvernement des palestiniens si ses dirigeants n'ont pas la je dirais la sagesse de Cincinnati qui est retourné comme Sharon l'a fait jadis d'ailleurs où je dirais le pape Célestin qui est abdiqué et qui est reparti dans son château enfin dans un château et bien il faudra que les élections ils pourvoient et encore une fois là Israël a un atout il y aura des élections à un moment ou à un autre en Israël les Israéliens devront choisir leur destin qui ils veulent pour les diriger et bon bah écoutez on en prendra acte ça sera un vertique démocratique mais c'est clair que ça serait plus simple si le gouvernement de Benjamin Netanyahou tombait et qu'il était remplacé par des hommes de meilleure volonté y compris après que l'émotion des atrocités commises par le Hamas se soit un tout petit peu dissipée y compris en ayant obtenu le retour de tous les otages voilà et côté palestinien ce qu'on peut noter ça date d'hier c'est tout frais c'est que Mahmoud Abbas qui est là depuis 20 ans quand même sans élection non plus a pris la décision de nommer un vice-président donc Hussein Al-Sheikh et donc ça c'est pas mal parce que ça pourrait préfigurer une succession possible il va falloir des hommes neufs ou des femmes neuves pour inventer je dirais un avenir commun alors après deuxièmement une fois qu'on a dit ça les gouvernements un état c'est un gouvernement sur un peuple et un territoire François Gemmène l'avait rappelé dans quel territoire quelles frontières bah oui je suis bien d'accord avec ce qu'a dit Thomas Gomart la logique de colonisation des Israéliens dans une logique en plus de séparation c'est à dire que les territoires les nouvelles colonies sont connectés à Israël mais isolés du reste de la Palestine avec plein de checkpoints de murs etc bah oui il faudra faire avec ça il faudra quand même mais ça aussi je crois que les Israéliens doivent être conscients on parlait de colonisation avant pour ce qui est de la France il va devoir il va devoir il y avoir des plans de désengagement des retraits il y en a eu Ariel Sharon simplement il avait une forte légitimité au moment où il a essayé de conclure c'était dans le prolongement des accords d'Oslo Isaac Rabin et tout ce qui s'en est suivi hommage à Rabin au passage et bien il y a eu des retraits il y a des colonies qui vont devoir être détruites il faut le dire parce qu'elles étaient elles étaient mal placées elles étaient illégitimes elles rendraient trop difficile la viabilité d'un état palestinien et pour le reste et bien il y a des colonies qui resteront très probablement il faudra une négociation pour savoir lesquelles et il faudra essayer de faire en sorte s'il y a une volonté de paix des deux côtés une reconnaissance réciproque de l'existence de l'état voisin et bien essayer de faire en sorte que tout ça se passe dans l'harmonie la plus grande possible il y a quand même plus je termine là-dessus de liens qu'on ne le croit entre la Palestine et Israël au quotidien il y a des liens économiques notamment donc il y a quand même un socle sur lequel malgré tous les tous les outrages commis on doit pouvoir bâtir quelque chose avec peut-être le risque Anne-Laurene Bujon que ces initiatives diplomatiques figent la situation politique côté israélien et côté palestinien alors que on voit bien que c'est si la donne politique change de ces deux côtés que ça peut avancer aussi

23:06
Présentateur

oui alors moi je suis un peu saisie de vertige là quand je nous entends discuter de ce qu'il faudrait faire dans six mois dans un an dans deux ans parce que il faut quand même aussi dire qu'on est dans une situation de très très grande urgence et où même la question donc on a dit et on a eu raison de le dire qu'il ne pouvait pas y avoir de solution uniquement sécuritaire ou militaire à ce conflit et qu'il fallait chercher des solutions politiques mais là il me semble que l'urgence humanitaire prend le pas sur tout si on n'agit pas maintenant on continue de demander de cesser le feu immédiat la reprise de l'acheminement de l'aide humanitaire immédiatement ça n'est suivi d'absolument aucun effet donc je dis demander cette solution à deux états maintenant et même si ça semble lunaire et complètement déconnecté c'est beaucoup mieux que ne faire rien du tout parce que là si on attend encore dans trois mois dans six mois il ne restera plus de palestiniens vivants et en bonne santé à Gaza et la Cisjordanie sera définitivement annexée donc moi je suis quand même il y a ce sentiment de très très grande urgence est-ce qu'il faut demander une solution à deux états même si c'est prêché dans le désert pour obtenir autre chose une solution à un état mais que quelque chose bouge que les lignes bougent on ne peut pas rester là à observer ce qui est en train de se passer qui est au-delà du dramatique

24:35
Invité

François Gemmène pour conclure sur cette question au regard de l'urgence humanitaire ça paraît lunaire justement d'envisager cette question de la reconnaissance palestinienne et de la solution à deux états ou bien au contraire ça la rend d'autant plus nécessaire c'est vrai qu'on a un peu l'impression ici de tirer des plans sur la comète alors qu'il y a une sorte d'apathie généralisée il faut le dire et d'une certaine forme de normalisation un peu médiatique et politique de ce qui est en cours à Gaza chaque bombardement russe sur Kiev provoque effectivement des réactions internationales et à juste titre et c'est comme ça que ça doit être ce n'est pas du tout le cas sur ce qui se passe à Gaza et on a l'impression qu'on s'est finalement un peu habitué il y a vraiment une situation de deux poids deux mesures qui est tout à fait frappante encore récemment à l'enterrement du pape on a vu Donald Trump qui rencontrait Volodymyr Zelensky qui relançait les espoirs de paix dans la région sur la question de Gaza tout est bloqué et donc on pensera ce qu'on veut de cette initiative de reconnaissance d'un état palestinien au moins il y a la volonté d'essayer de faire quelque chose et de faire bouger quelques lignes et on ne voit plus très bien aujourd'hui ce qui permettrait de faire bouger les lignes et effectivement on le rappelait à l'instant il y a une urgence humanitaire absolue il y a un besoin absolu de réaction de la part de l'Union Européenne il faut absolument sortir de cette apathie et donc j'ai tendance à dire qu'il faut un peu tout essayer de l'Union Européenne