Indépendance de la presse : on en est où ? - Avec Sophie Taillé-Polian
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 40 %Défensif 15 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:49OuverteRéponse directe
C'est quoi votre combat ?
- 1:11OuverteRéponse directe
C'est quoi la concentration ?
- 1:58ComplaisanteRéponse directe
Sacha, tu voulais nous faire un peu de pédagogie sur cette proposition de loi ?
- 2:44OuverteRéponse directe
En quoi l'information n'est pas un service comme un autre ?
- 4:21OuverteRéponse directe
Comment ça vous est venu à vous, en tant que députée, ces sujets-là ?
- 6:19OuverteRéponse directe
Est-ce qu'elle a des chances de passer, votre proposition de loi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:13Invité politiqueFait
« La concentration, c'est le fait que, finalement, il y a une grande majorité des médias, environ 80% d'entre eux, qui sont possédés par une poignée de personnes qui ont beaucoup de moyens et qui ont des intérêts bien particuliers. »
- 1:31Invité politiqueFait
« C'est d'abord de mettre les médias au service de ces intérêts économiques. »
- 1:42Invité politiqueFait
« Et donc, de rompre avec la notion d'indépendance des médias, des journalistes, l'honnêteté journalistique, qui sont pourtant des principes constitutionnels. »
- 5:28Invité politiqueChiffre
« Et on savait que ces 4 milliards d'euros, à peu près, ils ne pouvaient pas aller à autre chose qu'à l'audiovisuel public. »
- 7:35Invité politiqueFait
« Il y a La Croix, il y a Mediapart, il y a Le Monde, il y a Les Echos, où ce dispositif, il est déjà en place depuis des années. »
- 11:50Invité politiqueFait
« Quand on voit Bolloré qui dit « mes médias, chez moi », on voit bien que là, il y a un rapport très personnel à ces médias-là. »
- 12:05Invité politiqueFait
« Et donc, l'indépendance et l'étanchéité qu'il devrait y avoir, qui, je le répète, est garantie par la Constitution, on ne parle pas d'un petit truc, elle n'est pas là. »
- 13:23Invité politiqueFait
« Donc l'ARCOM ayant sanctionné à plusieurs reprises, mis en demeure des dizaines de fois ces deux chaînes-là, ce serait logique qu'elle ne les renouvelle pas tout simplement. »
- 20:03Invité politiqueFait
« Mais même pas ! On leur pose la question. C'est ça qui est intéressant dans ces auditions qu'ils ont apporté. »
- 23:11Invité politiqueFait
« Parce que Vincent Bolloré utilise les médias au sens très large pour fabriquer l'opinion au service de son projet politique. »
Temps de parole
- Sophie Taillé-Polian72 %
- Présentateur12 %
- Invité6 %
- Invité 25 %
- Invité 35 %
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Cette émission a été rendue possible par le CNC et par la Commission nationale du débat public. Donc à suivre, Rodolphe Saadé, c'est un nom que vous entendrez. Puisqu'on va parler maintenant du sujet de l'indépendance des médias, je vous demande un ton d'applaudissements pour notre invité de cette partie. L'invité Actu, c'est Sophie Taillé-Pollian. Bonsoir Sophie Taillé-Pollian. Bonsoir. Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes députée, vous siégez au sein du groupe Écologiste. Vous êtes députée Génération, si je ne dis pas de bêtises. Et vous venez du Val-de-Marne. Absolument. Merci d'être avec nous.
Vous êtes une députée en pointe sur les combats qui concernent justement l'indépendance des médias. Vous déposez une proposition de loi qui s'appelle protéger la liberté éditoriale des médias, qui sollicite des aides de l'État, qui est passée en commission cet été hier et qui sera en séance publique le 4 avril prochain. C'est quoi votre combat ?
Le combat, globalement, c'est d'avoir un espace médiatique plus démocratique, en fait, où le débat puisse avoir lieu, où on puisse retrouver une confiance entre les citoyens, citoyennes et les médias en général. Donc, ça passe par pas mal de choses, parce que la situation, elle s'est beaucoup détériorée, et notamment du fait de la concentration.
C'est quoi la concentration ?
La concentration, c'est le fait que, finalement, il y a une grande majorité des médias, environ 80% d'entre eux, qui sont possédés par une poignée de personnes qui ont beaucoup de moyens et qui ont des intérêts bien particuliers. Et donc, quels sont les dangers de la concentration ? Il y a deux dangers majeurs. C'est d'abord de mettre les médias au service de ces intérêts économiques. Et puis, ça peut être aussi, et on le voit beaucoup avec Bolloré, de mettre ces médias au service de ces intérêts politiques. Et donc, de rompre avec la notion d'indépendance des médias, des journalistes, l'honnêteté journalistique, qui sont pourtant des principes constitutionnels.
Je précise que vous avez participé aux auditions de la commission d'enquête sur les attributions de fréquence de la TNT à la télévision. On va en parler. Vous êtes également la co-autrice de la pétition pour le non-renouvellement de la fréquence de C8 et celle de Seigneault. Sacha, tu voulais nous faire un peu de pédagogie sur cette proposition de loi ?
Oui, oui, oui. Moi, j'étais journaliste au JDD l'année dernière. Donc, voilà. Et nous, quand on a fait la grève au JDD, il y a eu beaucoup de commentaires qui n'étaient pas forcément méchants, entre guillemets, qui nous ont dit, mais on ne comprend pas, vous avez un actionnaire. Pourquoi, comme dans une entreprise classique, entre guillemets, vous ne suivez pas soit les décisions de votre actionnaire, soit vous démissionnez ?
Et en fait, est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi, avec vos mots, en quoi l'information, plutôt que les mots d'un journaliste ou d'une journaliste, en quoi l'information, ce n'est pas un service comme un autre, et qu'on ne peut pas être dépendant des décisions d'un actionnaire, justement, sur le plan éditorial ?
En fait, l'information, ce n'est pas un bien comme un autre. Et donc, les entreprises de presse, ce n'est pas des entreprises comme les autres, parce qu'elles ont un rôle social, un rôle démocratique essentiel. Il n'y a pas de démocratie sans une presse libre. Donc, il y a besoin d'argent public, notamment pour faire un service public de l'audiovisuel. Mais si on veut toute la diversité, toute la richesse des opinions, il faut qu'il y ait le privé. C'est sûr, c'est certain.
Mais par contre, si on veut qu'il y ait une qualité d'information, une qualité de débat, il faut que les journalistes qui travaillent dans différents organes de presse, qui puissent représenter les différents courants de pensée, ils nous assurent d'une chose, c'est qu'ils bossent dans un état d'esprit de précision, le respect de la déontologie. Et donc, on sait quand on ouvre le Figaro, qu'on va lire un journal de droite, on le sait. On sait que quand on ouvrait le JDD jusqu'à présent, on n'était pas non plus sur un brûlot gauchiste.
Mais on savait que bon an, mal an, il y avait des informations recoupées, vérifiées, et que donc, même si la ligne éditoriale ne convient pas à tout le monde, c'était quand même la qualité du journalisme. Et en fait, c'est ça le problème. C'est d'avoir une garantie que quand on ouvre un média, on sait qu'on a une information recoupée, vérifiée, et traitée d'une manière honnête, honnête intellectuellement. L'honnêteté intellectuelle, c'est vrai que c'est un concept qui est, à mon avis, un petit peu éloigné maintenant des pratiques du nouveau JDD.
On parle beaucoup de neutralité, en fait, et d'objectivité. Ça n'existe pas. Ça n'existe pas. Le vrai terme, c'est l'honnêteté intellectuelle du journaliste, pour le coup. D'accord avec vous.
Comment ça vous est venu à vous, en tant que députée, ces sujets-là ? Vous étiez journaliste, vous aviez un lien avec les médias avant ou pas ?
Non, moi, je suis une simple citoyenne et je m'informe. Et je trouve qu'on a besoin de sources où on peut se dire, bon, là, on arrive à décrypter peut-être la ligne éditoriale, le point de vue du journal, etc. Mais on sait que, quand même, ce qu'on va lire, c'est du sur-niveau fait. Après, les analyses, on peut toujours les remettre en cause, etc. Mais, en fait, ce mandat parlementaire, il s'est ouvert sur une décision hallucinante, brutale, impréparée d'Emmanuel Macron. Une des seules mesures qu'il avait annoncées pendant sa campagne, d'ailleurs. C'est la fin de la redevance de l'audiovisuel public. Ce qui garantit que l'audiovisuel public n'est pas un média d'État.
Ce n'est pas le président qui téléphone au président de l'Umedia pour lui dire maintenant, il faut dire ça, ça et ça. L'ORTF, selon notre histoire française. Mais c'est un service public de l'audiovisuel, donc des garanties d'indépendance. Et les garanties de son indépendance, c'était un financement, ce qu'on appelle affecté. C'est-à-dire que, dans les impôts sur le revenu, on payait la redevance. Et on savait que ces 4 milliards d'euros, à peu près, ils ne pouvaient pas aller à autre chose qu'à l'audiovisuel public.
Donc, avec la suppression de cette redevance, finalement, chaque année, les députés, enfin le gouvernement, puisque là, en ce moment, c'est plutôt 49-3 et compagnie, ils peuvent décider de faire varier le montant du budget. Donc, évidemment, les journalistes, les rédactions, le service public peuvent se dire, bon, je vais peut-être être gentil avec le pouvoir pour ne pas que mon budget pèse l'année prochaine. Donc, le mandat s'est ouvert là-dessus, sur cette grosse décision. Et donc, après, finalement, moi, je me suis saisie du sujet. Et puis, après, je ne l'ai plus lâché parce que c'est fondamental pour notre démocratie. On parle souvent de nos institutions qui vont mal.
Et c'est vrai, de la place du citoyen, de la citoyenne dans le cœur des décisions. Mais l'information, c'est essentiel pour pouvoir agir.
Est-ce qu'elle a des chances de passer, votre proposition de loi ?
Oui, oui, elle a des chances de passer.
Il y a une chance d'avoir une majorité de mains qui se lèvent pour la voter ?
Moi, je me dis, avec des gens qui se disent libéraux, parce que sur le plan économique, mais sur le plan politique aussi, ce serait la base qu'elle passe.
Je crois qu'Emmanuel Macron ne souhaite pas se fâcher avec certains grands actionnaires.
C'est vrai, mais peut-être qu'on peut se dire qu'il y a des parlementaires qui, leur mission démocratique, leur tiendrait à cœur. Non, mais trêve de plaisanterie. Je pense que ce n'est pas impossible. Pourquoi ? Parce qu'il y a beaucoup de députés, y compris sont membres de la majorité, qui ont signé cette proposition de loi quand je l'ai déposée au moment du JDD. Alors maintenant, ils subissent des pressions, ça c'est sûr, pour ne pas la voter, ne pas la défendre.
Mais je crois qu'il y en a quand même un nombre que je ne sais pas encore définir précisément, on verra jeudi, qui savent quand même qu'il y a quand même besoin de rééquilibrer un peu entre le pouvoir des actionnaires et le pouvoir des rédactions. Ce n'est pas une mesure, d'ailleurs, ce n'est pas du tout une mesure qui suffit à elle seule. C'est vraiment une mesure d'urgence. Mais il y a des journaux où ça existe et où ça marche. Et ce n'est pas que des journaux très marqués. Il y a La Croix, il y a Mediapart, il y a Le Monde, il y a Les Echos, où ce dispositif, il est déjà en place depuis des années.
Mais ça fonctionne, les investisseurs ne sont pas partis, les journaux en question n'ont pas arrêté de publier, ne se sont pas effondrés, etc. Pas du tout. C'est quelque chose d'opérationnel et on a le feedback, parce que c'est déjà en place depuis pas mal de temps dans plusieurs titres.
Votre proposition de loi vise à mettre en place dans les journaux un mécanisme qui permet aux journalistes d'avoir leur mot à dire sur leur dirigeant.
Un vote d'agrément, c'est-à-dire si le directeur de la rédaction, qui est le directeur de la rédaction ? C'est celui qui est le responsable hiérarchique des journalistes. Mais il fait interface aussi avec le directeur de la publication, qui lui gère aussi les pubs, qui gère aussi les liens avec les actionnaires. Donc il fait un peu pivot entre les journalistes et l'actionnaire, l'éditeur. Et donc lui, avec ce vote, il sera quelque part légitimé par la rédaction. Donc il aura plus de force aussi en cas où l'actionnaire voudrait intervenir, lui dire non, ça ne va pas être possible. Et puis ça permet à chaque renouvellement que la rédaction donne son avis. C'est un droit collectif.
Aujourd'hui, les journalistes, ils ont quand même des droits particuliers dans notre pays. Et c'est très bien, c'est des droits individuels, notamment la clause de conscience. Mais c'est le droit de prendre la porte, en vrai. C'est le droit de prendre la porte en étant mieux indemnisé que si juste on démissionne de son job parce qu'on trouve que ça ne va pas. Donc c'est des conditions favorables. Et c'est très, très bien. C'est des garanties d'indépendance, mais qui ne sont pas suffisantes. Donc il faut rajouter un droit collectif. Parce qu'un journal, on le fait à plusieurs.
Et moi, après, ma philosophie politique me fait dire que plus on donne de pouvoir aux salariés dans une entreprise, mieux c'est. Parce qu'au fond, c'est quand même eux qui fabriquent le produit. Et le produit-là, il est encore plus précieux que n'importe lequel dans notre société.
Sacha ?
Alors là, je vais un peu me faire l'avocat du diable. Les journalistes n'aiment pas que l'actionnaire ait une action sur l'éditorial. Tout comme on n'aime pas que les politiques aient une action sur l'éditorial. Quelle ligne rouge vous allez dessiner pour garantir aux journalistes que ça n'ira pas plus loin en termes d'action politique sur l'aspect éditorial ? À partir d'où on met le curseur ? Comment on fait ?
Je pense que c'est l'indépendance des rédactions. Elle doit être améliorée de diverses manières. D'abord, il impose aux actionnaires d'être plus transparents. Parce que des fois, on ne sait pas trop les montages de possession des journaux. Et puis aussi, le fait de donner une place au conseil d'administration. Il y a plein de propositions qui sont sur la table. Celles que j'ai déposées dans le cadre de la journée d'initiative parlementaire. Vous savez, les niches, les groupes d'opposition, on a très peu de temps. Donc, on est obligé vraiment d'être sur des mesures assez symboliques. Là, elle n'est pas que symbolique, cette mesure. Elle est aussi opérationnelle.
Après, pour les politiques, déjà, il faut sauvegarder l'audiovisuel public et son indépendance avec un financement sécurisé. Et puis, il faut aussi donner la possibilité aux journalistes de dire non. Et pour ça, il leur faut des droits individuels, des droits collectifs. J'y reviens.
Est-ce que vous pouvez nous dire ce que vous pensez des auditions de la commission d'enquête qui ont été menées ? La commission d'enquête sur l'attribution des canaux TNT se pose la question du renouvellement des canaux TNT de C8 et CNews. Ont été auditionnés des journalistes ? Cyril Hanouna, Vincent Bolloré. Quel a été votre sentiment, vous qui avez participé à ces auditions ?
Moi, c'est très intéressant, dans le sens où quand on fait des auditions, des heures, des heures, on se plonge dans le sujet. Donc, c'est passionnant. Après, les limites d'une commission d'enquête à la française, ce n'est pas une commission d'enquête à l'américaine, avec des questions, on a tout le temps, etc. Et on est quasiment juge, quoi.
Vous avez trois minutes pour poser vos questions.
Donc, des fois, c'est un peu... Il suffit de faire un petit numéro de claquette, et M. Bolloré sait très bien faire ça, et on s'en tire très bien. Donc ça, c'est sûr que c'est la limite des commissions d'enquête à la française. Donc, bon, cela dit, on a quand même appris des choses. Quand on voit Bolloré qui dit « mes médias, chez moi », on voit bien que là, il y a un rapport très personnel à ces médias-là. Et donc, l'indépendance et l'étanchéité qu'il devrait y avoir, qui, je le répète, est garantie par la Constitution, on ne parle pas d'un petit truc, elle n'est pas là. Et que donc, M.
Bolloré, il utilise ses chaînes, non seulement pour se faire de l'argent, mais en plus aussi pour promouvoir son projet politique. Et c'est la raison pour laquelle j'ai posé, je sais que ça fait débat, une pétition pour que le renouvellement de C8 et CNews ne soit pas accordé par l'ARCOM. Et je voudrais quand même revenir là-dessus parce que j'ai entendu énormément de choses sur la liberté d'expression et je voudrais quand même qu'on en parle.
L'ARCOM, c'est l'autorité de régulation de la communication. C'est le nouveau nom de ce qu'on appelait avant le CSA. Et l'ARCOM a un milliard de rôles, dont un rôle quand même assez important, c'est celui d'attribuer des canaux de TNT à des entreprises qui veulent et qui proposent d'en faire des chaînes. En l'occurrence, quand l'ARCOM attribue une chaîne à une entreprise, il y a une convention qui est passée où ils se mettent d'accord sur un certain nombre de principes, sur un certain nombre de choses que va être obligé de faire la chaîne.
La convention entre l'ARCOM et les chaînes du groupe Bolloré est dénoncée par une tribune notamment que vous avez initiée et qui propose de retirer au groupe Bolloré ces chaînes TNT.
De ne pas les renouveler parce que là on renouvelle 15 chaînes, donc c'est l'occasion. D'une part, quelqu'un qui ne respecte pas la convention, je ne sais pas si, en général quand on bosse avec quelqu'un et qu'il ne respecte pas son devis, sa convention, je ne sais pas quoi, après la fois d'après on ne travaille plus avec lui, ce serait logique. Donc l'ARCOM ayant sanctionné à plusieurs reprises, mis en demeure des dizaines de fois ces deux chaînes-là, ce serait logique qu'elle ne les renouvelle pas tout simplement. Mais après, en fait, le problème, et ça rejoint la question de tout à l'heure sur est-ce que les politiques doivent influer sur la ligne éditoriale ?
Et finalement, est-ce que les politiques doivent dire, moi je ne veux pas de C8 ou je ne veux pas de CNews parce que ce n'est pas ma ligne et que c'est finalement l'extrême droite ? Le problème, c'est que toutes les lignes éditoriales doivent avoir le droit de citer dans l'espace médiatique global. Mais les chaînes de télé, ce n'est pas la même chose. Ce n'est pas la même chose parce que c'est une ressource rare. En fait, c'est comme un espace public. On le confie à des gens et donc ils ont un devoir, c'est de permettre à tous les courants de pensée de pouvoir s'y exprimer. Mais alors, vous avez C8 ou CNews, ils pleurent, ils disent « ah mais oui, mais vous ne venez pas sur notre plateau ».
D'accord, on ne vient pas sur leur plateau. Bien sûr, on n'y vient plus. Pourquoi on n'y vient plus ? Mais parce qu'on n'y est pas respecté. C'est-à-dire qu'on y va, on sert de punching ball. Donc ce n'est pas ça la liberté d'expression. Ce n'est pas de faire venir les gens avec lesquels on n'est pas d'accord pour leur taper sur la gueule. C'est de les laisser s'exprimer, d'être dans le contradictoire, de pouvoir respecter tout le monde. Ce que C8 et CNews ne font pas, ne font pas. Donc c'est la raison pour laquelle, sur une chaîne de télé, il n'y en a pas beaucoup. Donc les chaînes de télé, elles doivent respecter ce qu'on appelle le pluralisme interne. Ce n'est pas le cas ici.
Et vous avez tout à fait le droit de choisir vos invités, de ne pas faire le pluralisme interne. Parce que n'importe qui peut, sur Twitch, sur Youtube, sur tout un tas d'autres médias, créer des médias qui répondront à ces problématiques, ces visions, etc.
C'est pour ça qu'il n'y aura jamais de mesure du temps de parole sur Internet.
Exactement, et qu'il ne faut pas, comme il ne faut pas qu'il y ait non plus dans les kiosques. Parce qu'on va dans un kiosque, il y a des règles. Tous les journaux doivent être affichés. On doit pouvoir trouver les journaux d'extrême droite, les journaux d'extrême gauche, et toute la palette entre les deux. Mais le nombre de chaînes de télé ne permet pas ça. Les canaux hertiens, ils sont limités. Leur nombre, c'est une ressource rare. Donc ça revient à un service d'intérêt général. C'est la raison pour laquelle, quand on confie à une boîte privée, elle doit s'engager à faire respecter le pluralisme.
Ça ne veut pas dire pas avoir de ligne éditoriale, mais ça veut dire faire de honnêteté intellectuelle et journalistique, et puis respect des différentes opinions.
Malek ? Madame la députée, moi j'ai été chroniqueur trois ans, chez Cyril Hanouna, sur C8. Donc je parle avec un passé qui ne passe pas. Donc j'ai une belle expérience. Et si je parle juste de mon unique expérience, moi en tout cas, on ne m'a jamais bridé dans mon expression. J'ai peut-être servi de punching ball à certains contradicteurs, mais en tout cas, on m'a toujours laissé ce que je voulais dire. Madame la députée, est-ce que vous êtes contente de ces auditions-là ?
Est-ce que vous n'avez pas l'impression que ça a été un petit peu le théâtre pour que chacun fasse son petit cinéma, pour que Xavier Niel, qui est un peu frustré parce qu'il avait son projet de chaîne, qu'il a été empêché dans ce projet-là, est venu mettre des taquets à d'autres ? Vincent Bolloré est venu tirer sur d'autres ? Ara Apriquian, qui est aujourd'hui patron des programmes chez TF1, a de la rancœur contre le groupe Canel. Il est venu aussi balancer ses scudes. Chacun, en fait, est venu un petit peu régler ses comptes.
Et en réalité, est-ce que vous n'avez pas, peut-être que ce n'était pas votre ambition de départ, mais est-ce que ça n'a pas permis, notamment à Cyril Hanouna, à Pascal Pro, à toutes ces personnes qui ont été auditionnées, d'avoir un petit regain de sympathie, en réalité, vu qu'ils ont été confrontés comme ça pendant de longues heures sur ces auditions ? Je complète juste avec ce qu'il dit, excuse-moi. Il y a aussi des députés qui ont réglé leur compte. J'ai vu les députés du RN face à Quotidien, notamment, ça faisait un peu régler mon compte, un peu corral de manière générale.
Sophie Taillé-Pollian.
Moi, je suis membre de cette commission parce que dans toutes les commissions d'enquête ou les missions d'information, chaque groupe a droit, a des places pour respecter le pluralisme. Donc, j'ai été désignée par mon groupe parce que c'est moi qui m'occupe des médias pour le groupe Écolo. Donc, après, je participe à l'organisation des auditions, aux choix, etc. Ça revient au président, qui est de Renaissance, et au rapporteur, Aurélien Saint-Toul, qui est de LFI. Donc, pour moi, c'est difficile de juger tout ça parce que je ne suis pas dans le cœur de cette machine-là.
J'ai la liste des auditions, je viens, j'ai la possibilité de poser des questions, ce que je fais, parce que c'est quand même rare de pouvoir le faire. Après, moi, je trouve qu'on n'a pas beaucoup de... En tant que député, on n'a pas beaucoup d'outils parlementaires à notre disposition. Donc, bon, il faut bien choisir les outils. L'initiative parlementaire, ça veut dire déposer des propositions de loi, on a une journée par an, donc voilà. Et sinon, les amendements, tous les 49-3, souvent, on ne peut pas les débattre. Donc, il faut bien imaginer ça. Après, moi, je trouve que c'est toujours bien que le débat ait lieu.
Et ce que je trouve bien, je pense que la pétition que j'ai lancée, ça participe de ça, c'est que là, il y a 15 chaînes qui sont renouvelées et il y a un débat public. Il y a un débat public. Parce que sinon, c'était l'ARCOM, qui est une autorité indépendante, qui fait son travail, comme elle le juge, bon. Après, chacun peut avoir sa vision, mais c'est une autorité indépendante. Moi, en tant que politique, je ne souhaite pas que ce soit renouvelé, mais je les laisse travailler, c'est normal. Mais en tout cas, ils feraient ça, ils feraient leur boulot dans leur bureau, quoi. Et personne ne serait au courant.
Grâce à cette commission d'enquête, grâce à la pétition que j'ai initiée, grâce au travail de plein d'assos sur la question, parce que la liste est longue. En fait, ce sujet, il est sur la table. Et on se pose la question, est-ce que c'est normal qu'on entende à la télévision des propos racistes ? Est-ce que c'est normal qu'on entende à la télévision ? Sur la qualité, aujourd'hui, des auditions,
est-ce que vous estimez avoir appris des choses ?
Est-ce que ça vous a aidé dans cette émission-là ? Moi, j'ai appris des choses, oui, bien sûr. Et puis, me retrouver en face de Bolloré, pour lui dire, mais comment vous expliquez ? Vous dites que ce n'est pas votre souci, mais en fait, vous dites ma chaîne, vous dites « chez moi », etc. Donc, il était un petit peu quand même embêté. Et puis, M. Hanouna aussi, quand je lui ai… D'ailleurs, il m'en a beaucoup voulu. Pas qu'un peu. Voilà. Et donc, quand même, il a fallu qu'il se justifie. Et moi, la leçon que j'en tire, c'est qu'ils ont eu des sanctions, la dernière 3 millions d'euros, etc. Mais pour eux, ce n'est pas grave, ce n'est pas de leur faute.
Enfin, je veux dire, donc, ça montre bien que le dispositif actuel, ça ne marche pas. Ils se disent « ce n'est pas grave, on prend le fric ». De toute façon, ils sont tellement riches, M. Bolloré, qu'il peut payer tout ça. Donc, ce n'est pas un souci. Donc, le caractère dissuasif des sanctions ne marche pas. Donc, il faut arrêter de leur confier ces chaînes. Parce que pour eux, c'est injuste, ce n'est pas de leur faute. Et il faut les laisser continuer. Non, non et non.
Saphira ?
Oui, moi, j'ai l'impression qu'en fait, le caractère dissuasif, c'est surtout parce qu'en fait, c'est pécunier, c'est des amendes et qu'on fait face à des actionnaires qui sont quasiment millionnaires, enfin, qui sont millionnaires, mais qui sont quasiment milliardaires. Qu'en fait, moi, j'ai l'impression qu'on est aussi dans un système où l'actionnariat pose problème. Ça, c'est dit.
Maintenant, la spécificité de C8 et CNews, j'ai l'impression, vous m'excuserez, Madame la députée, qu'elle n'est pas totalement dite et assise, bien qu'elle apparaît quand même dans la pétition, c'est quand même l'incitation à la haine raciale, c'est quand même l'incitation à la haine et c'est ce qui spécifie en fait cela des autres chaînes. Et moi, en tant que jeune, je me sens à chaque fois, j'ai l'impression qu'on me crache dessus, j'ai l'impression qu'on crache sur mes parents, sur mes grands-parents, sur mon histoire, sur mon quartier. C'est extrêmement violent parce qu'en fait, lorsque les gens regardent ces chaînes-là, ça les pousse à des radicalisations, à des passages à l'acte.
Est-ce qu'il ne serait pas temps aussi d'avoir une sanction claire quand on a des débats qui peuvent agiter le racisme, l'antisémitisme, le sexisme et que ça doit être ça la ligne rouge parce que parfois, il y a des sanctions. Moi, je me pose toujours la question de est-ce que ça pourrait impacter, je ne sais pas moi, un média de gauche ou un média d'extrême-gauche parce que c'est toujours la pseudo-neutralité, le machin. Mais moi, j'ai l'impression que ce qui permet en fait de distinguer et de sanctionner, c'est en fait qu'au bout d'un moment, il y a eu 36 000 signalements pour racisme, pour sexisme et antisémitisme et qu'en fait, il n'y a rien qui n'est fait.
Est-ce que ça, c'est apparu en fait dans la commission d'enquête, ces débats-là ?
Oui, finalement. On a sorti la liste. Moi, je l'ai sorti, je leur ai dit. Alors, j'ai dit, j'en ai fait une liste, mais je n'avais pas le temps en trois minutes de dire toutes les sanctions. Et qu'est-ce qui se passe ? Rien. Ils continuent. Et ils ne continuent pas en fait. Ils vont de plus en plus fort.
Ils sont justifiés en disant à chaque fois, on réfléchit, comment on fait, comment on fait,
Mais même pas ! Mais même pas ! On leur pose la question. C'est ça qui est intéressant dans ces auditions qu'ils ont apporté. En fait, on pouvait se dire, bon ben, en fait, c'est un dérapage, là, il y a quelqu'un qui a merdé ou on fera mieux la prochaine fois. Mais même pas, en fait. Ils ne mettent rien en place derrière. Rien. Monsieur Hanouna, il dit juste, ah ouais, mais vous comprenez, je fais X heures de direct par jour, donc c'est normal que des fois, ça dérape. Eh ben non ! C'est pas normal ! Donc, soit il en fait moins, soit il s'organise différemment. C'est pas grave ! Mais, donc, ça a bien pointé le fait que ces sanctions, elles ne sont pas dissuasives. Et moi, je suis d'accord.
En tant que vieille, en tant que femme, en tant que citoyenne, j'en ai marre de voir ces trucs-là. C'est insupportable. Et donc, il faut passer de l'indignation qu'on est nombreuses et nombreux à ressentir régulièrement, à l'indignation individuelle, à des actions collectives. Et je trouve, moi, que cette commission, elle a eu cette vertu de bien démontrer que c'est pas parce qu'on leur met des sanctions, des mises en demeure, des machins, des trucs, des courriers, ils s'en foutent. Et on le sait pourquoi ? Parce que Vincent Bolloré utilise les médias au sens très large pour fabriquer l'opinion au service de son projet politique.
Et quand je dis les médias, je parle de la publicité, je parle évidemment de télé, de radio, de journaux. Des éditions. Exactement, de maisons d'édition. Il y a un projet politique derrière, il faut que ça s'arrête. On ne peut plus juste dire « Ah oui, mais c'est compliqué ». Non, ce n'est pas compliqué. Il faut que ça s'arrête. Et je pense qu'on a suffisamment de choses dans leur bilan pour montrer qu'ils ont passé la ligne à de multiples reprises. Et cette commission d'enquête, elle vient démontrer qu'ils n'en tirent aucune leçon. Donc, pourquoi on leur redonnerait à nouveau ces canaux qui sont, une fois de plus, je le dis, un bien public ? L'État entretient ces canaux, ça coûte cher.
Là, on a refait des investissements pour qu'ils soient au top en termes de technique. Donc, à un moment donné, ça va quoi. Il y a d'autres gens qui peuvent, j'en suis sûre, prendre le relais. Et alors, je ne dis pas que les chaînes qu'ils remplaceraient seraient extraordinaires, je n'en sais rien, mais en tout cas, respecter le minimum qui est demandé, pluralisme interne, respect de la dignité humaine, pardon, on a l'air de dire que c'est incroyable. Mais moi, c'était fou, pardon, je termine avec ça. Mais hier, il y a eu l'audition d'Yann Barthes.
Il commence par dire, bon ben moi, après on pense ce qu'on veut de ces émissions et je crois poser une question qui montrait que je suis un peu dubitative. En tout cas, il a dit, moi, les valeurs, c'est humanisme et antiracisme. Donc, j'ai salué qu'il dise ça. J'ai dit, c'est bien.
Je suis d'accord avec vous
et moi aussi. Et là, les députés RL, ils ont dit, ah, connivence. Ben ouais, connivence antiraciste,
disons antiraciste. Merci beaucoup. Sacha, Sophie Taillé-Pollion. Sophie Taillé-Pollion, députée du Val-de-Marne.
Sophie Taillé-Polian