La "méthode Notre-Dame" à l'œuvre dans l'industrie ?
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:56OuverteRéponse directe
La réindustrialisation est-elle un projet de société ?
- 2:42OuverteRéponse directe
Quels sont ces 150 projets industriels ?
- 4:17OuverteRéponse partielle
A-t-on les matières premières et la technologie pour ces projets ?
- 6:41OuverteRéponse directe
D'où vient l'argent pour ces 71 milliards d'euros ?
- 8:06OuverteRéponse directe
32 000 emplois concernés : effet vertueux possible ?
- 10:28OuverteRéponse directe
Combien de temps peut-on gagner en simplifiant les procédures ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:13InvitéFait
« Emmanuel Macron veut appliquer la méthode Notre-Dame à 150 projets industriels stratégiques dans toute la France. »
- 0:33InvitéChiffre
« Cela concerne 150 grands projets stratégiques répartis sur 63 départements représentant un investissement de 71 milliards d'euros portés pour moitié par des petites et moyennes entreprises et des entreprises de taille intermédiaire. »
- 0:47InvitéFait
« Selon l'Elysée, cela couvre l'ensemble du spectre industriel stratégique, l'agroalimentaire, les centres de données, les biocarburants, les batteries, la santé, l'aéronautique, la défense. »
- 1:21InvitéFait
« Ce que nous voulons pour la France suppose de faire plus vite. »
- 1:24InvitéFait
« Rien ne justifie que nous soyons une nation qui sait faire en 5 ans la reconstruction de Notre-Dame de Paris et qui parfois met plus de 5 ans à faire un projet industriel ou un poulailler. »
- 3:34InvitéFait
« Il s'agit d'être vraiment souverain en matière d'industrie, c'est-à-dire d'être capable d'être quasiment autonome. »
- 3:50PrésentateurFait
« Les Chinois font ces investissements sur le solaire. Ça fait 15 ans que les Chinois investissent. »
- 4:12PrésentateurFait
« Si les Chinois prennent une décision qui pourrait être différente de la nôtre sur la façon de réaliser la transition, il faut qu'on arrive à mettre en place ces usines et il faut qu'on arrive à les mettre en place rapidement. »
- 4:26PrésentateurFait
« On n'a pas de pétrole, mais on a des idées. »
- 5:53PrésentateurFait
« On aura beaucoup de mal à rattraper. »
- 5:59PrésentateurFait
« Notamment dans le cadre du Critical Raw Materials Act, de l'acte européen, enfin du texte réglementaire qui permet de retrouver notre souveraineté sur les matières premières critiques. »
- 6:44InvitéChiffre
« Notre-Dame de Paris, 800 millions d'euros financés en immense majorité par les dons des fidèles à travers le monde. »
- 6:53InvitéChiffre
« Là, on parle cette fois de 71 milliards d'euros d'investissements cumulés, essentiellement privés. »
- 8:01PrésentateurChiffre
« L'État, depuis 2021, a mis en place le plan France 2030. 54 milliards investis sur l'industrie. »
- 8:06InvitéChiffre
« 32 000 emplois sont concernés par ces projets. »
- 8:40PrésentateurChiffre
« La France, elle a perdu 2-3 millions d'emplois industriels en 50 ans. »
- 11:57PrésentateurFait
« On a atteint la moyenne européenne, enfin on a même dépassé la moyenne européenne sur ces projets. »
Temps de parole
- Présentateur65 %
- Invité32 %
- Présentateur 24 %
≈ 1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. RCF Notre-Dame Emmanuel Macron veut appliquer la méthode Notre-Dame à 150 projets industriels stratégiques dans toute la France.
Pierre-Hugues, le président de la République l'a annoncé mercredi dernier lors de l'inauguration d'une mine de lithium dans l'Allier. Il veut s'inspirer de la simplification et de l'accélération des procédures pour la reconstruction de la cathédrale de Paris. Cela concerne 150 grands projets stratégiques répartis sur 63 départements représentant un investissement de 71 milliards d'euros portés pour moitié par des petites et moyennes entreprises et des entreprises de taille intermédiaire. Selon l'Elysée, cela couvre l'ensemble du spectre industriel stratégique, l'agroalimentaire, les centres de données, les biocarburants, les batteries, la santé, l'aéronautique, la défense.
Et pour en parler ce matin, Étienne, vous recevez Louis-Samuel Pilser, haut fonctionnaire et enseignant à Sciences Po et à l'école Polytechnique, expert associé au sein de l'Observatoire de l'économie de la Fondation Jean Jaurès. Il est l'auteur du livre « Souveraineté économique, analyse et stratégie ». C'est aux éditions Economica.
Louis-Samuel Pilser, bonjour. Bonjour Étienne. Merci d'être avec nous. Emmanuel Macron a eu ses mots mercredi. Ce que nous voulons pour la France suppose de faire plus vite. Rien ne justifie que nous soyons une nation qui sait faire en 5 ans la reconstruction de Notre-Dame de Paris et qui parfois met plus de 5 ans à faire un projet industriel ou un poulailler. Cette accélération passe par une simplification des procédures, en s'affranchissant de choses inutiles et des bureaucraties tatillonnent pour retrouver l'action. Il s'agit donc de partir des 150 cathédrales industrielles. Louis-Samuel Pilser à Notre-Dame de Paris, c'était Notre-Dame. Il y avait un supplément d'âme.
On ne peut pas comparer la cathédrale Notre-Dame de Paris à des projets industriels.
Justement, la réindustrialisation, je pense que c'est aussi un projet de société qui doit mobiliser tout le monde. C'est également un grand projet pour la France d'arriver à construire le lithium, les batteries, les panneaux solaires, mettre en place les usines qui nous permettront de retrouver notre souveraineté et de réaliser la transition écologique. Je pense que c'est un projet quasi spirituel également.
La méthode Notre-Dame pourrait s'appliquer à 150 projets. A titre d'exemple, il y a la mine de lithium d'Imeris dans l'Allier, un projet d'extraction de ce métal porté par Arven en Alsace, un projet d'agrandissement d'une usine de MBDA, ça c'est la Défense, en centre Val-de-Loire, ou encore le projet de Verso Énergie pour la production de biocarburants dans les Hauts-de-France. Quels sont les fleurons français sur lesquels on veut investir là aujourd'hui ? Quels sont ces 150 projets ?
Ces 150 projets, ils sont sur différentes filières. La plupart de ces projets, ils ont l'esprit initial de cette méthode Notre-Dame. Ils découlent de la loi Industrie Verte. Donc quand on a défini ces projets d'intérêt national majeur, initialement c'était pour cibler les projets qui étaient critiques pour notre souveraineté et pour la reconstruction écologique de la France.
Donc c'est essentiellement des projets, par exemple pour fabriquer des modules et des cellules solaires, avec Olosis, pour fabriquer, que vous l'avez cité dans l'Allier du lithium, pour fabriquer les produits qui sont critiques pour la transition écologique et sur lesquels il est nécessaire de mettre en place des usines rapidement pour faire face à la concurrence chinoise américaine.
Il s'agit d'être vraiment souverain en matière d'industrie, c'est-à-dire d'être capable d'être quasiment autonome. C'est essentiel dans un contexte de guerre ?
C'est essentiel dans un contexte de guerre, de bifurcation. Aujourd'hui, les efforts qu'il faut réaliser pour faire la transition nécessitent des investissements massifs. Les Chinois font ces investissements sur le solaire. Ça fait 15 ans que les Chinois investissent. Ils ont conquis l'essentiel du marché. Aujourd'hui, l'Europe est en rattrapage.
Donc si on veut être capable de continuer la course et si on souhaite ne pas être 100% dépendant de panneaux solaires chinois demain, ce qui peut poser problème dans un contexte de conflit, ou si les Chinois prennent une décision qui pourrait être différente de la nôtre sur la façon de réaliser la transition, il faut qu'on arrive à mettre en place ces usines et il faut qu'on arrive à les mettre en place rapidement.
Mais est-ce qu'on a les matières premières ? Et est-ce qu'on a la technologie ? Est-ce qu'on est capable, est-ce qu'on a la compétence même de monter ces industries en France ?
On n'a pas de pétrole, mais on a des idées. On n'a pas de matières premières, effectivement. Donc c'est des chaînes de valeur qui se remontent étape par étape. Quand on prend les batteries, quand on prend les technologies pour les véhicules électriques, effectivement, il y a des étapes sur lesquelles, durablement, on dépendra des chaînes de valeur chinoises parce que les Chinois, quand ils ont conquis ces industries, ils se sont employés à sécuriser également les matières premières qu'il y a derrière.
Donc sur un certain nombre de matières premières, on pense aux terres rares, on pense au lithium, on pense à l'ensemble des matières premières qui peuvent rentrer dans des batteries, dans des panneaux solaires, dans des voitures électriques. En fait, les Chinois sont quasi monopolistiques.
Donc ils avaient ces matières premières sur leur territoire ?
Pas forcément. En fait, parfois, ils l'avaient sur leur territoire. Mais typiquement, si on regarde les terres rares, les Chinois ont une grosse part de la production de terres rares au niveau de l'extraction. Mais c'est surtout sur le raffinage. C'est-à-dire qu'en fait, ils ont mis en place les usines qui permettent de faire le premier traitement de ces matières premières. Donc disons que l'ensemble des mines qui peuvent être, par exemple, en Australie, en Afrique ou Indonésie, etc., vont envoyer leurs produits dans des usines chinoises qui vont les pré-traiter et ensuite, ils vont les distribuer partout dans le monde.
Et donc, en fait, sur cette étape de pré-traitement, quasi systématiquement, quand on regarde toutes les matières premières, les Chinois sont quasi monopolistiques. Et ensuite, ils dispatchent dans le monde le lithium pré-traité, etc. Donc en fait, ils ont acquis un quasi-monopole sur cette étape. On aura beaucoup de mal à rattraper. Ensuite, ce qu'on peut faire et ce qu'on a commencé à faire au niveau européen, notamment dans le cadre du Critical Raw Materials Act, de l'acte européen, enfin du texte réglementaire qui permet de retrouver notre souveraineté sur les matières premières critiques, ce qu'on fait, c'est qu'on promeut le recyclage.
Donc on essaie de construire une filière qui permet de recycler, par exemple, les aimants pour restaurer des terres rares à partir des aimants. On peut restaurer, retrouver du lithium, du silicium à partir du recyclage des panneaux solaires, des batteries. Donc quand on arrive à recycler ces biens qui sont utilisés sur notre sol, on peut... On n'a plus besoin d'aller les chercher ailleurs. C'est ça, mais ça permet de retrouver 10%, peut-être 20% de notre production, mais ce n'est pas suffisant pour retrouver une souveraineté complète, évidemment. Donc il faudra aller beaucoup plus loin sur les prochaines années.
Louis-Samuel Pilser, merci d'être avec nous sur RCF Notre-Dame ce matin. On revient à Notre-Dame de Paris un instant. Notre-Dame de Paris, 800 millions d'euros financés en immense majorité par les dons des fidèles à travers le monde pour sauver ce joyau. Là, on parle cette fois de 71 milliards d'euros d'investissements cumulés, essentiellement privés. D'où vient cet argent ? Est-ce qu'on l'a déjà, là, quelque part, prêt à injecter dans ces projets ?
Alors, comme Notre-Dame, les Français doivent contribuer parce que si on veut fabriquer ces produits sur notre sol, il faut derrière que les consommateurs acceptent de payer parfois un peu plus cher pour que leurs produits du quotidien soient fabriqués sur le sol national. Pour retrouver notre souveraineté, il faut qu'on accepte de payer le prix de cette souveraineté. Donc, ça passe, par exemple, sur le sujet des médicaments dont on rapatrie la production par le fait d'accepter de payer un tout petit peu plus cher des médicaments en pharmacie quand ils sont fabriqués en France. Donc, ça, c'est possible. On commence à le faire.
Mais ça nécessite, comme la reconstruction de Notre-Dame, une pleine mobilisation de ceux qui y croient. Et sur le financement de ces investissements, c'est essentiellement de l'investissement privé. Donc, ce sont des grandes entreprises ou des PME qui investissent dans la construction de ces lignes de production. Mais c'est accompagné massivement par l'État. Donc, l'État, depuis 2021, a mis en place le plan France 2030. 54 milliards investis sur l'industrie.
32 000 emplois sont concernés par ces projets. Soit en 50 projets, 32 000 emplois, est-ce que ça peut avoir un effet vertueux, une sorte de réenclenchement d'une machine industrielle de grande ampleur, même au-delà de ces 150 projets ?
Oui. Alors, le problème, c'est que si on dézoome, il y a ces 150 projets qui sont les projets stratégiques qui ont été identifiés la semaine dernière, mais qui font l'objet d'un accompagnement en raison de leur caractère stratégique pour la souveraineté, la transition, etc. On a réussi à les déployer. Mais si on dézoome, en fait, la France, elle a perdu 2-3 millions d'emplois industriels en 50 ans. Donc, c'est rien,
32 000 emplois, c'est très peu, en fait.
Oui, exactement. Donc, c'est l'épaisseur du trait par rapport à tout l'emploi qu'on a perdu dans l'industrie depuis 50 ans. Donc, on a... L'industrie française s'est effondrée. Et factuellement, ce qu'on voit dans les chiffres, c'est qu'elle a commencé à se redresser après le Covid. Donc, à partir de 2021, on a eu plus de créations d'emplois industriels qu'on en a perdu. Mais depuis 2 ans, en fait, c'est terminé. Donc, ces 32 000 emplois industriels, certes, c'est très bien que ces usines sortent de terre. Ça renforce par ailleurs notre souveraineté et c'est important qu'on arrive à les mettre en place.
Mais si on regarde, si on fait le bilan de la reconstruction industrielle, en fait, on a eu quelques années de grâce après le Covid. Les industriels ont investi parce qu'ils se sont rendus compte que c'est important de restaurer une souveraineté française, européenne. Mais en fait, depuis 2024, on a plus d'usines qui ferment que d'usines qui ouvrent. En 2024, on a fermé 15 usines. Enfin, on a eu 15 usines de plus qui ont fermé par rapport aux ouvertures d'usines. Et 2025, c'est 65. Donc, on commence à avoir une vraie vague de désindustrialisation, notamment sur les filières de l'automobile, de la sidérurgie. Donc, on commence à avoir, disons, le vent commence à se retourner.
Louis-Samuel Pilser, merci d'être avec nous sur RCF Notre-Dame. L'enjeu, c'est d'aller vite. Le gouvernement veut aller plus vite avec la loi de simplification adoptée mi-avril au Parlement, ainsi qu'avec le décret contentieux pour les projets stratégiques promulgués ce mercredi 22 avril. Il prévoit notamment un seul degré de juridiction et non plus deux. La Cour administrative d'appel sera directement saisie des dossiers sans passer par le tribunal administratif. Simplifier l'ensemble des procédures pour faire gagner deux ans dans les processus d'autorisation environnementale, de permis de construire et de limiter les possibilités de recours.
Combien de temps on peut gagner en simplifiant aujourd'hui ?
Ce qu'il faut regarder, c'est la comparaison européenne. On a des délais qui sont les plus élevés d'Europe pour la mise en place des projets industriels. Enfin, en tout cas, qui l'étaient il y a deux ans. Il y avait un rapport qui s'appelait le rapport Guillaume qui date de 2022, je crois, et qui constatait qu'en France, ça mettait 17 mois de faire une usine, alors qu'en Allemagne, c'était à peu près 8. Donc, vous aviez un écart qui était... Mais c'est quoi ? Il vient d'où cet écart ? C'est incroyable. C'est du simple au double, quasiment.
C'est une procédure qui sont organisées différemment, notamment dans le cadre de la loi Industrie verte, ce qu'on a choisi de faire collectivement, et je pense que c'est une bonne chose, c'est qu'il y avait des procédures qui étaient réalisées de manière séquentielle. Notamment, il y avait un avis qui était réalisé des projets, et ensuite, il y avait un avis de l'autorité environnementale qui était un truc indépendant, enfin, disons que ce n'est pas directement le dépendant de la préfecture, et qui rendait un deuxième avis sur ce même sujet. Et qui nécessitait à nouveau
des délais à chaque étape, c'est ça ?
Exactement. Donc, en fait, on s'est dit que ces deux choses sont globalement décorrélées, on va les paralléliser pour que ce soit réalisé en même temps et qu'on économise un peu. Donc, ça, c'est une partie de l'explication de l'écart et de l'explication de l'amélioration des délais qu'on commence à constater à passer de 17 à, je crois, 14 mois en moyenne sur les déploiements de projets industriels. Et selon ce que le président a dit la semaine dernière, qu'on était sur les premiers projets accompagnés, projets d'international majeur, qu'à environ 8 mois de délai. Donc, on a atteint la moyenne européenne, enfin, on a même dépassé la moyenne européenne sur ces projets.
Ce qu'il faut rappeler, c'est que quand on accompagne 150 projets, vous en avez 6 qui sortent, c'est les plus rapides. Donc, en fait, la moyenne des plus rapides, il y a quand même un petit biais. Je pense qu'on sera autour de peut-être 9, 10, mais on atteint des délais comparables à la moyenne européenne, ce qui est une bonne chose.
Depuis le début des années 2000, Louis-Samuel Pilser, le code de l'environnement a triplé. Il est passé de 1000 à 3000 articles. On se rend compte que même certains projets qui sont pourtant bénéfices, qui sont pourtant au bénéfice de la transition écologique, sont bloqués au nom de l'environnement, notamment dans les énergies renouvelables. Pourquoi est-ce que là, on est dans une sorte de paradoxe français ?
Oui, en fait, c'est une tension fondamentale de la pensée écologique. Vous avez d'un côté une écologie de la conservation, de la nature, où il faut préserver la biodiversité. C'est important, évidemment. Mais de l'autre, vous avez une urgence qui est celle de la transition. Il faut construire les panneaux solaires, les voitures électriques, tous les produits qui nous permettent de transformer radicalement notre mode de vie pour s'adapter aux exigences associées aux limites planétaires. Donc, vous avez ces deux écologies qui, parfois, entrent en contradiction et vous avez, effectivement, ça arrive que pour une usine qui est critique pour réaliser la transition.
Donc là, j'ai en tête un exemple qui est celui de Flying Whales qui fabriquait des ballons dirigeables pour le transport de marchandises lourdes de manière un peu plus durable, moins carbonée, etc. Cette usine, le projet a été décalé significativement à cause de recours sur l'impact qu'avait la construction de l'usine sur des zones humides.
Donc, vous avez cette tension qui fait que, parfois, à cause de l'impact que peut avoir sur certaines espèces ou sur l'artificialisation de sols qui pouvaient être, disons, comprendre plus de biodiversité avant l'installation de l'usine, vous pouvez bloquer un projet qui peut être critique pour à la fois la reconquête de notre souveraineté mais aussi la transition. Donc, vous avez cette tension permanente.
Mais Emmanuel Macron a précisé qu'il ne s'agit pas de réduire l'ambition environnementale mais de remettre du bon sens. Est-ce que le bon sens peut aller contrarier quand même l'ambition environnementale
sur certains sujets industriels ? En fait, je pense que l'ambition environnementale, il faut la regarder de manière plus large. C'est tout l'enjeu. En fait, quand on bloque une usine, par exemple, même sur des sujets qui ne sont pas forcément critiques pour la transition, vous bloquez une usine d'industrie chimique, polluante, etc., parce que vous estimez que ça a un impact sur la biodiversité, l'usine, elle va aller se mettre en place en Inde où vous n'avez pas de normes et où vous avez un impact encore plus important sur cette même biodiversité.
Donc, est-ce que le fait d'accepter une certaine incidence sur nos écosystèmes à nous ne se justifie pas quand ça permet d'éviter d'avoir des dégâts dix fois plus importants à l'autre bout de la planète ? Si on dézoome, en fait, moi, je pense que cet arbitrage, il se justifie. Et quand c'est nécessaire pour réaliser la transition, de mettre en place une usine, je pense qu'il faut parfois faire certains sacrifices sur la préservation de la biodiversité, sans forcément mettre totalement à l'écart les études d'impact, la compensation, etc., mais il faut qu'on accélère et qu'on le fasse de manière plus réaliste et plus terre-à-terre, on va dire.
On a commencé cet entretien, Louis-Samuel Pilser, merci d'être avec nous sur RCEP Notre-Dame, avec le supplément d'âme que représentait la cathédrale Notre-Dame de Paris. C'est le point de comparaison de la réindustrialisation prise par Emmanuel Macron la semaine dernière. Est-ce qu'il y a, pour conclure justement, le besoin de réenchanter l'industrie, de nourrir une certaine forme de fierté industrielle française ? Emmanuel Macron le disait la semaine dernière, il faut protéger en mettant en place la préférence européenne. Les Chinois le font, les Américains le font. Nous étions les derniers à ne pas le faire.
Est-ce qu'il faut, à travers ça aussi, réengager une sorte de fierté française ou européenne d'exister face ou aux côtés, disons, des géants chinois et américains ?
Oui, complètement. D'ailleurs, à chaque fois qu'on a mis en place des grands projets dans ce pays, on avait des narratifs. Quand on a reconstruit le pays, on a fait plein de monnaies, on a reconstruit des usines partout en France, on a modernisé le pays. Avant, dans les années 30, l'agriculture, elle tournait au cheval. À partir des années 50, on déploie massivement des tracteurs. Vous voyez, c'est un grand projet. Dans les années 70, quand on décide de faire le nucléaire avec le plan Mesmer, on décide collectivement qu'on fait une cinquantaine de réacteurs nucléaires. On maille le territoire et pareil, c'est un grand projet. Vous avez des images, un récit.
Aujourd'hui, il faut qu'on retrouve ce grand récit. Il faut se rêver, quoi. Il faut faire rêver. Est-ce qu'il nous faut
un maga à la française ?
Je pense qu'il faut en tout cas un grand récit collectif pour expliquer que tous les Français s'engagent dans cette reconstruction de notre... Enfin, reconquête de notre souveraineté et dans cette reconstruction écologique qui permet de s'adapter à l'urgence du siècle qui est la transition.
Merci infiniment d'avoir été notre invité ce matin sur RCF. Notre-Dame Louis-Samuel Pilser. Je rappelle que vous êtes haut fonctionnaire et enseignant à Sciences Po et à l'École Polytechnique, experts associés au sein de l'Observatoire de l'économie et de la fondation Jean Jaurès. Vous êtes aussi l'auteur du livre Souveraineté économique, analyse et stratégie. C'est aux éditions Economica. Merci d'avoir été notre invité sur RCF Notre-Dame.
Et merci à vous Étienne Pépin à suivre la météo.