Discours de Xavier Bertrand en direct de la Villette - Evénement (03/11/2010)
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Quittons l'hémicycle. Direction la Cité des Sciences à la Villette où l'UMP prépare son projet pour 2012. Le parti majoritaire organise aujourd'hui son premier rendez-vous pour la France.
C'est le nom donné à cette série de débats que va organiser le parti majoritaire pour préparer la présidentielle. Thème choisi pour ce premier rendez-vous, l'éducation. Et c'est Xavier Bertrand, le secrétaire général de l'UMP, qui conclut cette journée.
On écoute tout de suite son discours en direct de la Villette. Vous avez su le faire avec intelligence, avec un esprit d'ouverture. Et je tiens aussi à le dire, pour Laurent et Nathalie, vous avez fait la preuve, comme de nombreux membres de l'équipe nationale, qu'on peut être membre du gouvernement et militant.
Et qu'on sait aussi, quand on exerce des responsabilités nationales, savoir que ce sont les militants qui nous donnent aussi notre légitimité. Et là aussi, je veux le dire aux uns et aux autres, merci de votre engagement au service de notre famille. Nous avons donc voulu commencer par l'éducation.
L'éducation n'est pas un sujet parmi d'autres. Mais c'est bien le premier de tous les sujets. Le premier de tous les impératifs.
Et aussi le premier de tous les devoirs. Pour cela, dans cette salle si bien nommée, j'emprunterai donc quelques mots à Condorcet. Non pas parce qu'il est natif de l'Aisne, à quelques kilomètres de ma ville de Saint-Quentin.
Mais tout simplement parce que ces mots sont justes et résonnent encore. Voici ce qu'il disait le 2 avril 1792 devant l'Assemblée nationale. Offrir à tous les individus de l'espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d'assurer leur bien-être, de connaître et d'exercer leurs droits, d'entendre et de remplir leurs devoirs.
Tel doit être le premier but d'une instruction nationale. Et sous ce point de vue, elle est pour la puissance publique un devoir de justice. Eh bien oui, ce devoir de justice, plus de deux siècles après, demeure la ligne directrice de notre action et de notre volonté politique.
L'idéal d'émancipation par le savoir n'est pas une chose du passé, mais un défi du présent et une ardente obligation pour l'avenir. Oh, bien sûr, les anciennes barrières sont tombées depuis longtemps. Les hommes ne sont plus soumis sous nos latitudes aux contraintes du travail forcé dès le plus jeune âge ou à l'impossibilité matérielle d'accéder au savoir.
Mais notre temps a inventé de nouvelles barrières qui font de l'instruction toujours un véritable combat. La force de ces nouvelles barrières réside en cela qu'elles sont présentées souvent comme des libérations. Elles ont des non-flateurs, divertissement, consommation, absence de limites.
Mais ce sont là des leurres, des pièges, voire des mensonges. Or, ce que nous voulons pour notre jeunesse, pour nos enfants, c'est beaucoup mieux que le divertissement, c'est la liberté. Ce que nous voulons pour notre jeunesse, pour nos enfants, c'est beaucoup mieux que la consommation, c'est la création.
Ce que nous voulons pour notre jeunesse, pour nos enfants, ce n'est pas l'absence de limites. Prôner il y a quelques décennies, c'est bel et bien la formation du caractère. Car le risque dans une époque qui offre beaucoup de plaisirs faciles et accessibles, c'est de se priver des joies plus élevées de la culture.
Le risque, c'est le manque d'ambition. Et je m'empresse de dire que le risque, ce n'est pas le manque de moyens, c'est bel et bien le manque d'ambition. Le mouvement populaire n'a pas le droit de manquer d'ambition.
Depuis 30 ans, nous le savons bien, cela a été dit pendant toute cette journée, les moyens de l'éducation nationale ont augmenté et les performances ont diminuées. Voilà la réalité. Et il n'y a que le parti socialiste aujourd'hui pour manquer cette évidence.
Les Finlandais, les Coréens, dépensent moins que nous pour l'éducation, alors qu'ils sont en tête des classements internationaux. Il faut regarder les choses en face. L'investissement dans l'éducation est une priorité, mais il faut avant tout s'atteler à la qualité, à la qualité de l'enseignement.
Le problème de notre système éducatif, ce n'est donc pas le manque de moyens, c'est bel et bien le manque de résultats. C'est ce sur quoi le gouvernement travaille depuis trois ans, c'est ce sur quoi il faut continuer d'agir. Mes chers amis, ce que nous devons offrir à nos enfants, c'est beaucoup plus qu'un budget en perpétuelle augmentation, c'est avant tout leur donner les moyens de leur développement et de leur autonomie.
C'est-à-dire du savoir, des règles, des horizons, des racines, des valeurs, un idéal. Depuis 2007, une prise de conscience a eu lieu et l'école a changé. L'école change.
L'éducation est au cœur de l'action du gouvernement de François Fillon, c'est la volonté du président de la République. D'ailleurs, le président de la République, si tôt après son élection, s'est adressé à tous les professeurs de France pour leur dire l'esprit de son action et leur dire aussi l'espoir que la nation mettait en eux. Trois ans après, le bilan est considérable, mais il reste du chemin à parcourir.
Cette majorité a beaucoup fait pour notre excellence universitaire et je veux en remercier à la fois les membres du gouvernement, mais aussi les parlementaires qui sont présents. Par la loi sur l'autonomie qui a remis en ordre de marche nos universités et nos pôles de recherche dans la compétition internationale, je veux ici, comme vous, saluer le formidable travail accompli avec courage par Valérie Pécresse. Elle a aussi, cette majorité, beaucoup fait pour notre école primaire, en réformant les programmes, pour les recentrer sur les savoirs fondamentaux.
Et je veux aussi remercier Xavier D'Arcos pour son courage et Luc Châtel pour l'énergie qu'il met dans son action à la tête de ce grand et beau ministère. Notre majorité a beaucoup fait pour personnaliser l'approche pédagogique avec l'aide individualisée. Elle a beaucoup fait pour revaloriser la carrière des professeurs.
Elle a beaucoup fait pour l'égalité des chances. Notre majorité a beaucoup fait et il reste tant à faire. Aujourd'hui, nous avons souhaité remettre en perspective l'ensemble de nos actions autour des valeurs fondamentales qui doivent guider l'éducation.
Le savoir, l'autorité, le mérite, au service d'un objectif, l'autonomie des jeunes et leur insertion dans la vie professionnelle. Le savoir, tout d'abord. Sur ce point, je ne me livrerai pas un long inventaire.
Je me contenterai d'indiquer qu'il y a une priorité absolue. Lire, écrire, compter à l'école primaire, dès l'école primaire. Le mouvement populaire, l'UMP, veut une mobilisation totale pour la lecture à l'école primaire.
Car aujourd'hui, en dépit de nos efforts, la situation n'est pas bonne. Elle est même alarmante. Les comparaisons internationales traduisent un véritable décrochage de notre pays depuis maintenant 20 ans.
A l'entrée en sixième, 40% des élèves, mes amis, 40% des élèves n'ont pas acquis l'ensemble des savoirs fondamentaux et rencontrent des difficultés de compréhension. 15%, 15% ne savent pas lire du tout. Ce n'est pas un problème parmi d'autres, c'est le problème fondamental.
Parce que ces connaissances de base sont la condition de toutes les autres. Sans elles, sans ces connaissances de base, c'est la scolarité toute entière qui devient une entreprise impossible. Bien sûr, il faut ouvrir l'école aux langues étrangères.
Il faut ouvrir l'école au monde professionnel. Le civisme est demandé par les uns et par les autres, c'est vrai. L'éducation citoyenne, la culture économique sont indispensables.
Mais ne perdons pas de vue notre priorité. Sans ces connaissances fondamentales, tout le reste est impossible. Tout le reste est virtuel.
Comment enseigner au collège si près de la moitié des élèves souffrent déjà de l'accueil en arrivant ? Et si 15% ne savent pas lire ? D'ailleurs, le récent rapport du Haut Conseil de l'Éducation enfonce le clou.
Les 15% d'illettrés à l'entrée du collège le sont toujours à la sortie. La réalité, c'est que ce qui n'est pas appris en CPCE1 ne l'est jamais ensuite. La réalité, c'est qu'au collège, il est déjà trop tard.
Nous devons donc agir avant, beaucoup plus tôt que le collège, en grande section de maternelle, au CP et au CE1. Avec un objectif, que 100% des élèves à la fin du CE1 sachent lire et écrire. Voilà un objectif ambitieux.
C'est celui que donne le mouvement populaire à la société française. Alors bien sûr, au-delà de cet objectif, au-delà de ce défi, commence à avoir le relevé. Le gouvernement a commencé de le faire.
En restructurant les programmes du primaire autour des fondamentaux. Cette réforme était indispensable. C'était la première moitié du chemin.
Mais les programmes ne sont pas tous. Il faut aussi améliorer les pratiques. Et en permettant la diffusion la plus rapide des méthodes les plus efficaces au nom du pragmatisme.
Ces bonnes pratiques existent. Des expérimentations récentes à Lyon, à Grenoble, ont prouvé que l'échec scolaire peut être divisé par deux en trois ans seulement, sans modifier les effectifs. Nous proposons donc, sous la forme d'un contrat d'objectif, passer entre les recteurs et chaque école primaire, un plan de mobilisation, qui contiendrait les mesures suivantes.
Tout d'abord, responsabiliser recteurs et directeurs d'écoles primaires sur les performances et sur les progrès en lecture de leur classe de CP et CE1, en leur fixant des objectifs précis, des objectifs clairs, sur la base notamment des tests actuels de CE1. Ce critère d'évaluation doit avoir la priorité sur tous les autres, tant que nous n'aurons pas très vite divisé par trois au moins le taux d'échec en lecture. Il va de soi que si nous donnons des responsabilités plus grandes aux directeurs d'école, nous devons leur donner aussi une plus grande autonomie dans l'organisation du travail pédagogique.
L'un ne va pas sans l'autre. Je pense en particulier que dans le cadre de cette mobilisation totale pour la lecture, l'utilisation de l'enveloppe horaire pourrait être plus souple, à condition qu'elle profite à l'enseignement intensif de la lecture et des autres savoirs fondamentaux. C'est une question de choix, mais nous nous sommes fixés ensemble un objectif prioritaire.
Sur cette question du rôle des directeurs d'école, le mouvement populaire reprend à son compte les conclusions du rapport de Frédéric Reiss, qui recommande une évolution importante de leur statut. Il faut reconnaître que le directeur d'école n'occupe pas simplement une fonction. Pour moi, il exerce un métier à part entière, celui de piloter son école et d'être responsable aussi de ses performances.
A cette fin, le directeur doit pouvoir participer au recrutement et aussi disposer de réelles marges de manœuvre en matière de formation continue. Évidemment, cela implique un plan de carrière. Et qui dit plan de carrière dit aussi meilleure rémunération à la hauteur des responsabilités capitales qu'il assume.
Et cela implique aussi que nous ayons donné aux établissements des libertés et des responsabilités accrues. C'est cela l'esprit de l'autonomie. Laurent Wauquiez, Nathalie Cochusco-Morizet ont eu raison de le rappeler dès ce matin.
Vous avez eu raison, message reçu, de le rappeler tout au long de cette journée. Parallèlement, il convient de mettre à la disposition immédiate des professeurs des écoles des méthodes dont l'efficacité a été scientifiquement établie. La France a des chercheurs.
Il faut que le ministère de l'Éducation tire toutes les conséquences de leurs résultats. A cette fin, nous proposons de créer un observatoire des pratiques pédagogiques et de lancer un programme scientifique de recherche qui aura pour mission de diffuser rapidement les meilleures pratiques. Pour les élèves qui manifestent de graves difficultés au cours du CP, il conviendrait de mettre en place des stages intensifs de remise à niveau à partir du mois de février.
Il serait par exemple possible de dispenser ces stages pendant les vacances scolaires, février, Pâques, au tout début de l'été, moyennant le versement d'heures supplémentaires aux enseignants qui acceptent de s'engager davantage. L'ensemble de ces mesures pourraient être réunies donc dans ce contrat d'objectifs dont je vous ai déjà parlé, que le recteur passerait avec chacune des écoles primaires de son académie. A chaque école, on fixerait des objectifs de progression en échange d'un meilleur accompagnement pédagogique par la formation continue basée sur des méthodes efficaces.
Il y a aussi la possibilité d'agir plus en amont encore. Je pense aux écoles maternelles, je pense aux crèches. En partenariat très étroit avec les municipalités.
Il conviendrait donc de favoriser la diffusion et l'application du programme de stimulation du langage. Il est actuellement appliqué à Grenoble et dans un premier temps, nous pourrions élargir l'expérimentation à l'ensemble des crèches et maternelles des zones d'éducation prioritaire. Vous l'aurez compris, notre logique est simple, très simple.
Un constat, 15% d'ilettrés en sixième aujourd'hui, un objectif, 100% de lecteurs à la fin du CE1 et pour cela des moyens, des directeurs responsables et plus autonomes, la diffusion des bonnes pratiques, le traitement le plus précoce possible des difficultés et des stages de remise à niveau. Atteindre cet objectif, c'est une condition nécessaire pour que notre école réalise les ambitions de la loi Fillon de 2005, qui fixe que tout jeune de 16 ans doit acquérir un socle commun de connaissances et de compétences. Mais pour l'atteindre, et c'est là notre deuxième point, il faut aussi repenser l'organisation du collège.
Le collège rencontre deux difficultés principales. La première est liée au problème que nous venons d'évoquer. L'arrivée en son sein d'enfants qui ne savent pas lire, avec toutes les conséquences que cela entraîne.
Mais l'amélioration aux primaires prendra du temps, nous le savons. En attendant, il faut donc prévoir au collège une aide intensive qui permette la remise à niveau de ces élèves qui n'ont pas encore pu acquérir les bases. On peut imaginer par exemple des cours de français et de mathématiques qui regrouperaient les élèves ayant de très grosses lettres cunes.
Des professeurs des écoles pourraient être associés aux professeurs de collège pour ces cours de rattrapage intensif. Là encore, il faut laisser aux chefs d'établissement et à leurs équipes la liberté de concevoir les solutions les plus efficaces, encore une fois par l'octroi d'une plus large autonomie. L'autre difficulté du collège est plus structurelle.
Elle est décrite depuis bien longtemps. Ce sont ses difficultés, voire son incapacité, à prendre en compte la diversité des élèves, la diversité de leurs aspirations, de leurs aptitudes et de leurs capacités. Dès lors, le collège, et on peut en juger par de très nombreux témoignages, semble à la fois trop théorique pour certains, ennuyeux pour d'autres et finalement peu productif pour beaucoup.
Si nous voulons que le collège soit plus efficace et qu'il permette réellement l'acquisition par tous du socle commun, sans étouffer la diversité des talents, il faut sûrement en repenser l'organisation. C'est ce que j'appellerais passer du collège unique au collège pour chacun. Il ne s'agit pas de jouer sur les mots, mais cela implique de prendre les mesures suivantes.
Faire en sorte que les élèves de 6e et 5e passent plus de temps avec les mêmes professeurs. Ces mêmes professeurs qui pourraient enseigner au moins deux matières au lieu d'une, cela permettrait d'avoir un meilleur suivi des élèves, de moins morceler les apprentissages fondamentaux du fameux socle de connaissance. Organiser aussi des groupes de niveau selon les matières pour éviter l'ennui des uns ou le décrochage des autres.
Créer aussi au sein du collège, à partir de la 4e, des prépas pros qui permettent aux élèves plus attirés par les matières technologiques, de poursuivre à la fois l'acquisition du socle commun, mais dans un cadre qui prépare mieux à la voie professionnelle. Je ne pense pas que le ministre du Travail, mon cher Eric, je ne pense pas que le ministre de l'Industrie seront contre cette proposition, bien au contraire. Car aujourd'hui, le collège se contente de préparer à la voie générale comme si c'était la seule voie d'excellence, ce qui n'est pas vrai.
Et c'est même, comme cela a été dit cet après-midi, je l'ai entendu, c'est même une hérésie. Enfin, donner aux chefs d'établissement la possibilité de participer au recrutement de leurs professeurs et de mettre au point des expérimentations pédagogiques. Sur tous ces sujets, je le dis, le soutien scolaire est aujourd'hui attribué à environ 200 000 de nos enfants.
Il faut généraliser ce soutien scolaire à toutes celles et ceux qui en ont besoin. J'en viens maintenant à un pilier sans lequel la transmission des savoirs est tout simplement impossible. L'autorité.
L'autorité des professeurs. Grâce au président de la République, nous avons rompu avec une forme d'angélisme qui avait pour conséquence tragique de faire passer toute affirmation de l'autorité pour un abus de pouvoir. Nous le savons, c'est au contraire l'autorité qui protège les plus faibles.
Sans autorité, c'est la force, pardon, c'est la violence des plus forts qui se déchaîne. Et pour éviter ces confusions catastrophiques, il faut partir d'une vision claire. Des relations entre les adultes et les enfants, entre les maîtres et les élèves.
Entre l'élève et le maître, il n'y a pas d'égalité. Refuser ce principe, c'est saper les fondements même de l'institution scolaire. Oui, entre l'élève et le maître, il n'y a pas d'égalité.
Il faut tout simplement l'admettre et le reconnaître. C'est pourquoi le mouvement populaire est favorable aux mesures qui renforcent l'autorité, le rayonnement et le prestige du métier de professeur. L'autorité des professeurs passe en effet d'abord par le respect de leurs fonctions et le respect du savoir, pas seulement au sein de l'école, au sein de notre société.
J'observe d'ailleurs que les pays qui ont les meilleures performances sont les pays où les professeurs constituent une véritable élite universitaire, du fait de l'attrait de la fonction et, il faut le dire aussi, du niveau du salaire d'embauche. Sur ce point, le mouvement populaire estime que la revalorisation du salaire des jeunes professeurs a été un pas important dans la bonne direction et qu'il faut réfléchir aux moyens de continuer en appliquant ce principe. S'il y a moins de professeurs, ils doivent être forcément mieux payés.
Mais l'autorité des professeurs n'est pas seulement individuelle, elle est aussi collective. Pour la renforcer, nous pensons comme de nombreux experts qu'il convient de renforcer l'esprit d'équipe au sein de la communauté éducative. Je me souviens de ce témoignage ce matin où il a été dit qu'il fallait un esprit d'équipe au sein de l'établissement, au sein de l'école.
Message bien reçu, je peux vous l'assurer. Les élèves doivent comprendre qu'ils ne viennent pas seulement au collège ou au lycée pour bénéficier, allez, d'une série de prestations ponctuelles, mais qu'ils font aussi partie d'une communauté humaine dotée d'un projet éducatif global. Et pour atteindre cet objectif, nous voulons proposer aux enseignants d'augmenter leur temps de présence au sein des établissements, quitte à réduire leur temps d'enseignement.
Voilà un beau sujet de débat à porter dans le cadre de l'élection présidentielle et à faire valider par les Français lors de l'élection présidentielle. Dans cet esprit, il nous faut réfléchir avec les professeurs à une évolution de leurs obligations de service et des conditions matérielles d'exercice de leur profession au sein des établissements. Les décrets en vigueur datent de 1950.
Le taux de bachelier n'avait rien à voir avec celui des années 80 et encore moins avec celui d'aujourd'hui. Voilà pourquoi ce débat est possible et je pense ce débat nécessaire. Pourquoi, par exemple, les professeurs n'auraient-ils pas de bureau ?
Il n'est pas normal au fond que les professeurs ne puissent pas corriger leur copie s'ils le souhaiteraient ou préparer leur cours, se concerter avec leurs collègues sur leur lieu de travail. Il n'est pas normal non plus qu'ils ne puissent pas recevoir facilement les élèves ou leurs parents pour assurer le suivi de la scolarité. Une telle réorganisation, par le temps qu'elle dégagerait, permettrait aussi la mise en place d'une mesure qui me tient particulièrement à cœur, la généralisation du soutien, encore une fois, pour tous ceux qui en ont besoin.
En étant présents plus longtemps dans l'établissement, les professeurs pourraient en effet organiser plus facilement des cours de rattrapage ou des travaux par petits groupes d'élèves. Au-delà de ces évolutions souhaitables, je veux souligner que le maintien d'une ambiance propice au travail passe aussi par le pur et simple respect d'une discipline élémentaire au sein des établissements. Le préfet des études, lancé par Luc Châtel, rencontre déjà un vrai succès dans une centaine d'établissements difficiles.
Et je crois qu'il faut effectivement un véritable responsable de la discipline qui soutienne les professeurs en cas de problème. Par ailleurs, nous devons généraliser le principe de sanctions vraiment éducatives. Que ce soit en dehors de l'école, mais que ce soit aussi à l'école, nous proposons le développement de travaux d'intérêt général.
Il existe des sanctions. Je préfère aussi des travaux d'intérêt général de substitution à ces sanctions parce que je crois aussi à leur valeur pédagogique, à leur force éducative, que ce soit au sein de l'établissement ou au sein d'associations de quartier ou au sein d'associations sportives pour les élèves perturbateurs. Voilà aussi une proposition du mouvement populaire.
Enfin, pour les perturbateurs à répétition et pour les décrocheurs, nous soutenons le développement des établissements de réinsertion scolaire qui ont été créés cette année. L'UMP estime que la nation doit aux élèves qui ont envie de travailler à l'école et qui font preuve de sérieux, une ambiance de calme et de sérénité dans l'établissement. Si cela doit passer par l'exclusion et la scolarisation des perturbateurs à répétition dans d'autres structures, à encadrement renforcé, il faut en tirer toutes les conséquences et aller dans cette voie.
C'est le prix de la tranquillité de l'ensemble de nos enfants. Mais si l'autorité est d'abord l'affaire de l'institution scolaire, dans le cadre de ce rendez-vous, c'est aussi, ne l'oublions pas, avant tout et surtout, l'affaire des parents. Je sais qu'il y a eu des grands débats quand nous avons voulu reprendre, mon cher Christian, la proposition de loi d'Éric Ciotti, qui vise notamment à suspendre les allocations familiales en cas d'absentéisme scolaire.
Cette idée qui est née dans notre mouvement, portée par l'ensemble des militants, cette idée est devenue une proposition de loi. Voter à l'Assemblée, voter au Sénat, c'est aujourd'hui la loi de la République. Et le principe est simple, c'est que si on n'envoie pas ces enfants à l'école, on les envoie dans le mur de l'échec scolaire.
Nous avons mis en place ce texte parce qu'il contribue aussi à cette idée fondamentale de responsabilisation. Vous le savez, le mouvement populaire n'a jamais été adepte de la confusion des genres. Pour nous, dans notre esprit, aux parents, l'éducation, aux enseignants, l'instruction, mais il convient que les uns et les autres aillent dans le même sens.
Que l'autorité des parents vienne seconder, appuyer l'autorité des professeurs et certainement pas la contredire. Pour beaucoup, sans aucune nostalgie, la réflexion qu'on entendait bien souvent, c'était « Est-ce que tu as été sage à l'école ? » Alors que parfois, rarement heureusement, mais parfois on entend « Est-ce que le professeur a été sage avec toi ? » Je préfère la version d'antan, mes amis.
Pour cela, il est essentiel que les parents, tous les parents, connaissent et comprennent l'immense importance des missions de l'école. Et au début de chaque année, nous proposons que lors d'une réunion de présentation organisée par le chef d'établissement, une charte soit remise aux parents. Trop souvent, moi aussi, j'entends des professeurs regretter que le dialogue avec les parents n'ait lieu qu'à la porte ou à la grille de l'école.
Je préfère les rendez-vous pris individuellement, au cours desquels, par exemple, cette charte pourrait être signée. Cette charte, dont la signature serait obligatoire de l'établissement, des parents comme de l'élève, contiendrait notamment le règlement de l'établissement, une série d'engagements pédagogiques et scolaires de la part des parties prenantes, mais aussi un rappel des droits et devoirs des parents et de l'élève, et un guide d'accompagnement de l'élève à destination des parents. C'est par une telle association, par une telle prise de conscience que les familles retrouveront leur juste rôle dans le parcours scolaire de leurs enfants.
Dans le même esprit, nous proposons que les conseils d'administration puissent être présidés soit par une personnalité qualifiée, soit par un parent d'élève. Je pense que l'école est aussi l'affaire de tous, c'est aussi l'affaire à cette juste place des parents et notamment des familles. J'en viens à présent au mérite des élèves et à la question de l'égalité des chances.
Le mouvement populaire fait de la promotion du mérite et de l'égalité des chances, vous le savez, un axe fort de sa politique, Camille. Et là, soyons clairs, l'égalité des chances, ce n'est pas l'égalitarisme. Promouvoir le mérite, c'est valoriser ceux qui font des efforts, ceux qui font des progrès, quel que soit leur point de départ.
Promouvoir l'égalité des chances, ce n'est pas abaisser les barrières des concours ou des examens. C'est certainement de donner plus à ceux qui ont moins au départ pour leur permettre de franchir les mêmes barrières que les autres, les mêmes, les mêmes concours et dans les mêmes conditions. Sur ce point, le gouvernement a beaucoup fait en créant et en développant les internats d'excellence ainsi qu'en augmentant le nombre de boursiers en classe préparatoire aux grandes écoles.
Aujourd'hui, nous proposons une nouvelle mesure. Certains la trouveront peut-être symbolique, je la crois nécessaire. Nous voulons encourager l'instauration de remise des prix et récompenses pour les élèves méritants, en particulier au collège.
L'idée n'est pas seulement de récompenser le niveau, mais l'idée, c'est de récompenser l'attitude scolaire et les efforts. Les enfants qui travaillent sérieusement à l'école doivent être valorisés et récompensés de toutes les manières possibles. Autre réflexion, je sais, je sais que c'est de nature à susciter les débats les plus enflammés.
Pour qu'une ambiance plus sereine s'installe dans les établissements, je sais qu'un grand nombre de nos concitoyens souhaiteraient que l'on mette en place un code vestimentaire, voire pour certains, un uniforme. Certes, les petits Anglais, les petits Japonais sont des millions à porter un uniforme, je le sais. Mais disons-le clairement, sa généralisation n'est pas forcément dans notre culture.
En revanche, et vous le savez bien, il existe d'autres solutions. Dans certains établissements, aujourd'hui en France, on applique des règles vestimentaires simples, un tee-shirt identique dans certaines écoles, un pantalon et une chemisette, comme en Martinique par exemple. Je crois que c'est bel et bien dans les établissements, par la voie d'un règlement intérieur partagé que la question peut être traitée, et qu'il ne s'agit non pas d'imposer une seule et unique tenue pour 12 millions de nos enfants, mais d'obtenir avant tout le port de tenues correctes, simples, discrètes et respectueuses.
Voilà, en revanche, une vraie piste de débat. Je le disais en commençant, l'objectif final du système scolaire, c'est de faire parvenir les jeunes à une véritable autonomie, c'est-à-dire choisir sa voie, choisir une formation conforme à ses aspirations. La question de l'apprentissage a été évoquée, mon cher Laurent.
C'est une solution, nous le savons bien, qui est fructueuse, qui est source de réussite dans de nombreux pays européens. C'est une voie dans laquelle nous nous engageons davantage encore, et je pense que c'est une bonne voie pour parvenir à cette autonomie. Et surtout, ce que nous voulons pour nos jeunes, c'est qu'ils puissent décrocher un emploi et se réaliser par le travail, le travail qui permet de s'accomplir, le travail qui permet de se faire une place dans la société, le travail pour lequel le président de la République, dès 2007, a voulu faire l'axe directeur de notre politique, encore et toujours, jusqu'à la fin de ce quinquennat.
Et pour atteindre cet objectif, nous devons faire des progrès dans trois domaines, l'orientation, la professionnalisation des filières et le financement des études. L'orientation, il n'est pas normal que des lycéens s'engagent dans des filières universitaires sans savoir où ils vont, sans connaître réellement les débouchés possibles, sans savoir s'ils ont de réelles chances de décrocher un emploi à la sortie. Nous ne voulons pas de ce qui s'appelle en réalité une sélection par l'échec.
C'est à la fois un gâchis épouvantable, doublé d'une immense hypocrisie. C'est pourquoi le mouvement populaire demande l'application la plus rapide possible de l'obligation pour chaque filière de l'enseignement supérieur de publier systématiquement son taux d'insertion professionnelle. Cette obligation ne saurait rester l'être morte.
La professionnalisation ensuite. On le sait, certaines filières très encombrées ne débouchent qu'à grand'peine sur l'emploi. Et le pire, c'est qu'on le sait.
Ou bien sûr des emplois qui sont absolument sans rapport avec les formations reçues. Nous sommes donc favorables à ce que les universités puissent développer des voies professionnelles en leur sein en créant de véritables licences professionnelles en trois ans pour former les techniciens dans notre pays à tant besoin, M. le ministre de l'Industrie.
Enfin, l'autonomie suppose d'avoir la capacité de financer ses études. Pour cela, nous proposons la création d'un système de prêt ascenseur social, un prêt qui serait plafonné en fonction du revenu des parents au nom de la justice, est remboursable à partir de l'entrée de l'étudiant dans la vie active en fonction du montant du salaire perçu. L'alternative ainsi proposée aux solidarités familiales permettrait aux jeunes de prendre en charge à titre individuel au nom de l'autonomie la décision de s'engager dans les études supérieures indépendamment de la situation financière de ses parents.
Mes chers amis, ce rendez-vous est le premier d'une longue série. Ce rendez-vous est une étape. Il a suivi nombre de rencontres, de clubs, de rencontres avec nos militants, de cafés populaires, de cafés des bars, d'ateliers.
Il a vocation, aujourd'hui, ce rendez-vous, à continuer à vivre grâce à vous, par vous, mais aussi dans l'ensemble de nos fédérations. Ce qui est important, c'est que nous puissions, avec des propositions audacieuses et ambitieuses, définir notre projet pour l'élection présidentielle et pour les élections législatives de 2012. Le candidat qui sera soutenu par le mouvement populaire aura bien sûr toute liberté pour retenir ou pas certaines de nos idées, mais plus nous serons ambitieux, plus nous serons audacieux, plus nous aurons la conviction que ces idées seront reprises et qu'elles vivront.
Votre engagement a été important tout au long de cette journée. Votre engagement a été important tout au long de ces semaines qui ont précédé et de ces mois qui vont suivre. Vous avez, mes amis, les grandes lignes de notre réflexion, d'une réflexion collective.
Et ce n'est là qu'un point de départ, je le répète. Nous allons continuer dans les mois qui viennent à préciser nos propositions, à mettre nos idées dans le débat public. Mais au moment de conclure, si j'avais une seule chose à répéter, une priorité à rappeler, c'est celle par laquelle j'ai commencé.
Tout commence par l'éducation, alors tout commence par la maîtrise des savoirs fondamentaux. Et nous voulons une mobilisation totale de la nation pour que 100% des enfants sachent lire et écrire à la sortie du CE1. Ce que je vous propose ce soir, c'est de faire de cet objectif notre grande ambition, pas seulement celle de notre famille politique, mais d'en faire une grande ambition nationale.
Une ambition qui traverse sous les clivages toutes les familles de pensée et qui rassemble tous les Français. Et qui les rassemble autour d'un objectif commun, un objectif de bon sens, au service de notre pays. car en définitive, si vous êtes rassemblés ici aujourd'hui, c'est parce que comme nous, vous voulez le meilleur.
Nous voulons le meilleur pour ceux qui nous sont le plus chers. Nous voulons le meilleur pour ceux qui sont l'avenir de la France. Je veux parler de nos enfants.
Je vous remercie. Xavier Bertrand a donc conclu ce premier rendez-vous pour la France consacré à l'éducation. Ces rendez-vous auront lieu toutes les six semaines et sont destinés à préparer le projet présidentiel de l'UMP.
Ils sont pilotés par deux forces montantes du parti, Laurent Wauquiez et Nathalie Kosciusko-Morizet. Le thème du prochain rendez-vous, ce sera la dépendance, la prochaine grande réforme du gouvernement. Tout de suite, on retourne dans l'hémicycle pour la suite de la séance.
Monsieur Philippe Marigny, rapporteur général
Xavier Bertrand